‹ Exposition universelle 1889;Chapitre 20 sur 40 · fi CAUSERIKS SClENTlFlyUES · texte numérisé non relu

fi CAUSERIKS SClENTlFlyUES

Iridié, (lus J» Mil, Boiirgoois, Plé, Pécou et Desbois. An-dessus, mie grande frise dt'conitivc de 6 mètres de haut, peinte par MM. Larastre et Carpozat, re-

présente en allL-gorie la France conviant les naliom A VExpoittion de 1889. Quatre tables portent, en outre, les noms des nations qui ont accepté l'invitation de la France, .\u-dossous encore, et entre les fermes inter-

iiiL'diaires, cxislent duiizc panneaux vitrés en verres multicolores ii«i laissent entrer sous le tlômo une lumière tamisée. Enfin, au somniel, la coujinle a l'aspect

«l'un ciel constellé sur lequel s'étendent de longs rayons brillants, et, au centre, couronnant le tout, une draperie aux couleurs françaises,

Extérieurement, le dôme profile ses lignes brillantes sous sa riche couverture aux Ions d'acajou et aux lames d'or ; à son sommet, on a placé une statue colos-

CAUSEllIKS SCIENTIFIQUES.

sale de 9 mitres de hauteur : La France distribuanl des palmes et des lauriers. Celte statue, exécutée en zinc re-

poussé par M. CoutelUer, d'après le plâtre de M. Uelaplanche, est supportée par un squelette en acier coulé. Ce squelette a été construit p;ir MM. Laurent, Moisant et Savey ; il est fixé surl'ossature métallique du dôme.

Le poids total de la stntue cl do son squelette de soutien est de 8,000 kiloj^ramnies. Le squelette se compose d'un fût central pnrtant de la jambe gauche qu'il

traverse et va jusqu'à la t6te ; de ce fût divergent une série de bras secondaires sur lesquels on a (ix6 les membres et les ailes. On a tout calculé pour que la statut' puisse résister à un effort de vent égal ù 70 kilogrammes par mètre carré, ce qui est suffisant. Il ne faudrait pas que cette statue s'écliappftt de son logement.

262 CAUSERIICS SCIENTIFIQUES.

La porte d'entrûe, en ofrive surbiiissi^e, est ornée de nombreux motifs de décorations en céramique et en stalT colorés ; qniiiid on arrive du Trocadéro, le dôme de M. Bouvard a vraiment grand air.

A l'intérieur, l'architecte a Musé aux exposants le

)ioin d'orner les galeries à leurs fantaisies. Tous les portiques qui donnent accès de la rue centrale aux paieries ont une ornementation souvent très réussie et en rapport avec les produits qui s'y trouvent exposés. Les fennes et les pannes sont peintes en bleu

clair; on voit toutes les perspectives en bleu et rouge; généralement, les portiques sont, en elTct, en rouge écarlate. Tout cela est très gai pour le repard.

Kn somme, le visiteur qui pénètre par le grand dôme est immédiatement frappé par les dimensions de la nef, par les aspects grandioses do la coupole, des escaliers et de la rue centrale. A sa droite, il parcourt succcssi-

aei CAUSERIES SCIENTIFIQUES.

vement les galeries consacrées à l'orfèvrerie, à la céramique, aux meubles, à l'horlogerie, aux bronzes d'art ;k sa gauche, lajoaillerie,rbabilleinent,lcs soies

le? tissus de laine, IfS armes, les indiislries forestières otla métallurgie. On a conservé ici, autant qu'on l'a pu, le gronpenient niolliodique de M. Le Play; tous les mi;mes produits, français ou <;trangers, sont classés

dans les mêmes galeries. Les exposiUons étrangère» se trunveiit à droite du dôme, aux extrémités droites

Via. iJ9. — Enlii'r- .

des galeries parallèles et surtout dans les galeries annexes ijui sont siîparees des palais des Arts libéraux

et des Beaux-Arls par les grandes artères Desaix et Rapp. Par ordre d'emplacement, à droite du dôme, viennent, dans la partie annexe, Tltalie, la Suisse, les États-Unis, TEspagne, le Portugal, la Roumanie' la Norvège, Saint-Marin, la Grèce, la Serbie, le Japon , Siam, TEgypte, la Perse à gauche, dans les galeries annexes, la Grande-Bretagne et ses colonies, la Belgique, le Danemark et les Pays-Bas.

Les dépenses de toute la construction du palais des industries diverses se répartissent comme il suit :

Fr.

TeiTassemoiits et muconncrics 675,898 03

Constructions méiallique!!i iî, 862, 510 1)0

Charpente et menuiserie 308,043 20

Couverture 315,603 »

Purquetaj^e, dallajro n4,6.j0 32

Vitrerie 230, i04 32

Peinture et dc^coration 569,370 »

Sonnnes à valoir v . . . 477,583 43

Frais d'ajrenre 171,574 13

Réserve .spéciale . , 100,000 »

ToTAi 5,885,637 42

Il est peu probable que, lorsque l'on aura arnHéles comptes définitifs, on ait »i constater que les chiffres provisoires aient été de beaucoup dépassés. •

Les deux palais des Beaux-Arts et des Arts libéraux qui limitent des deux côtés le parc du Champ-de-Mars* sont deux constructions à l'ordonnance superbe. Ces deux palais marquent une étape dans l'art des constructions; ils sont à l'heure actuelle l'expression la plus haute et la plus complète de l'architecture du fer. Nous devons cette œuvre remarquable à M. For-

migé, l'architecle des promenades de l'arîs, un des auteurs des projets primas de l'Exposition.

La disposition gLiiiïrale des deux palais étant à très peu près la môme, nous esquisserons les grandes

lignes du palais des Arts libéraux, ce qui se rapporte à l'un pouvant se r(?p6ter pour l'autre.

Chaque palais est reprL-sent('' en plan par un rectangle de 230 mètres de long sur 83 mètres de lar}roui\ La superficie utile est d'environ 28,300 mètres carrés, y compris le premier étage. Au milieu, sur toute la longueur, une large nef de 52 mètres; sur les oôtés, et

268 <;auseries scientifiques.

juxtaposées, des galeries de 15 mètres à deux étages. Aux extrémités, vers les annexes du palais des Industries diverses, deux grandes galeries transversales de 30 mètres do largonr et 131) mètres de longueur, les

galeries Rapp et Desaix. Au milieu du palais, ouvrant sur le parc, une entrée d'honneur surmontée d'une coupole de 54 mrtrcs de liauteur; aux extrémités, vers la Seine, une autre porte grandiose avec pavillons ot coupoles sur plan carré. En somme, deux nefs de 87 mètres de long reliées par un dùme de 32 mètres de diamètre à la base et de 56 mètres de hauteur.

Les grandes fermes des deux palais ont une portée de 53°', 80 et sont montées, comme colles du palais des Machines, sur trois tourillons en acier, deux aux naissances et uu au faîtage. Les fonda^ons supportant ces fermes n'ayant pu, à cause des caves placées sous

les galeries latérales (senice des restaurants, etc.) être établies assez solidement pour résister aux poussées, on a dû relier les fermes par des tirants enterrés dans le sol. Ces tirants passent inaperçus comme b. la gare de Saint-Pancrace du Midland-Railway. Les fermes sont espacées de 18°*, 10 et reliées par un système de pannes à treillis; elles pèsent environ 55 tonnes. Les

aïO CAUSERIES SCIENTIFIQUES.

galeries latérales sont constituées par "ïi fermes do 15 mitres qui s'allaclient, d'un côté, sur les grandes fermes et, de l'autre, sur des piliers de façade de

20 mètres de hauteur ; ces piliers sont réunis entre eux au moyen d'une série d'arcades ; à 7 mètres au-dessus dn soi.ils sont entretoisés par des poutres en treillis qui supportent une extrémité des poutrelles d'un plan-

PALAIS DES INDUSTltllCS DIVERSES. 271

cher coupant les galeries latérales en deux étages: l'autre extrémité de ces poutrelles s'nppuie sur une grosse poutre fi^ce au pilier des fermes de 53 mètres.

Au premier élage, un balcon de b mètres, en saillie sur la galerie, règne sur tout le pourtour de la nef. Los grandes fermes de ces palais mesurent .au faîtage 38",2I) de hauteur.

Les galeries Rapp et Desaîx, qui limitent les palais des fieaux-Artset des Arts libéraux ducôté des annexes, occupent remplacement de la voie qui traversait le Champ-de-Mars à Textrémité de la rue Saint-Dominique.

Les fermes de ces galeries ont une portée de 30 mètres et sont soutenues, du côté des annexes et des Industries diverses, par un grand mur en meulière ; du côté opposé, par des colonnes en fonte de 18 mètres de hauteur. Chacune de ces formes pèse environ 4,000 kilogrammes et les colonnes en fonte, 7,000 kilogrammes.

La charpente métallique de chaque palais a absorbé environ 1,360 tonnes de fer.

Au centre des palais, les deux dômes de 56 mètres de hauteur et de 32 mètres de diamètre dominent d'environ 28 mètres de toiture de la construction. Chaque dôme se compose d'une nef centrale et de deux porches latéraux avançant sur la façade des galeries, de façon à former une porte monumentale. La nef est constituée par quatre grands piliers métalliques de 29 mètres de haut, à section carrée de 2 mètres de côté ; ces piliers supportent un châssis octogonal sur lequel reposent les fermes de la coupole ; ils sont euxmêmes réunis entre eux par quatre grand s arcs. Les annexes comprennent deuxparties : Tune formant porche d'entrée, et l'autre reliant le dôme avec le porche. Cette dernière partie est constituée par deux piliers placés en regard des piliers du dôme et reliés à ceux-ci par deux arcs.

La coupole est supportée par douze fermes réunies à la base par une double ceinture qui reçoit la poussée; au faîtage, les fermes s'appuient sur une couronne de A mètres de diamètre. Les dimensions des fermes ont été

calculées par le service de contrôle des constructions métalliques simplement comme si elles étaient appuyées à la base sur le châssis octogonal et soutenues au faîtage sur la couronne métallique de i mètres de

F[0. 2ib. — Porto do la Soctioa iialieDQc.

diamètre. Tout cela est à l'abri de toute surcharge provenant d'un coup de vent évalué à 1 20 kilogrammes par mètre carré couvert. Ce n'est pas prêt d'être renversé. Le 'poids total du dôme et de ses annexes est de 950 tonnes : STO pour le ddme, 380 pour les annexes.

■m CAUSERIES SCIENTIFIQUES.

L'ensemble des Beaux-Arts pèse 20 tonnes de moins. Tel est l'ossature générale du Palais. Les travaux furent adjugés au mois d'août 1887. Constructeurs pour les Beaus-Arts : moitié Société d'ivry, moitié MM. Munier frères, de Prouard ; constructeurs pour les Arts libéraux : moitié MM. Hachette et Drïoul, moiti<-

MM. de Sclirjver ; constructeurs pour les dômes ; Société de ponts et travaux de ffsr.

Donnons immédiatement, pour n'avoir plus à y revenir, le montant des dépenses des deux palais :

TerrassementSpinaconnerie PI Icrro* cuites. !,S38,ai8 !7

Construclions métallique» a,30l,139ii

Charpcnir en li<.i(i cl iiipniiiscrie 2S0,212 m

CouTcrliirc el plombrrir :I86,I!I3 U

Vilrcric \ii,3S\ 99

Scillrliirp. pi-intiire 01 divci-» 238,lriO 81

Soiiimcs à Tiilnir *U,r.27 1B

Frais d'api-nec! lg:i,39i *:i

ToT.vL .... ti,lSl,"Ul 83

L'ossature de ces immenses conslriictions mises en place, l'architecte l'a habillée avec goût et ornée avec originalité. Avec cette grfile carcasse en fer, il a fait

un monument qui n de la vie; il lui a communiqué de la grâce et de l'élOgance, et même une certaine magnificence. Il l'a entourée d'une lumière chaude et séduisante, de couleurs chatoyantes, de reHets d'or et

d'argent; on dirait d'un palais né au pays du soleil. Et tout cela, on l'a obtenu surtout par l'alliance judicieuse du métal et de la céramique. C'est un genre sinon sans précédent, du moins assez perfectionné pour

que, sous nos latitudes, il prenne presque un caractère absolu de nouveauté.

Il y a longtemps que l'on a su tirer certain parti des terres cuites ; dans le Midi, elles servent assez souvent de motifs d'ornementation. M. Formigé a certainement vu en Italie la chartreuse (le Favie, l'hApital tle Milan, etc. Que de jolis effets on a obtenus déjà avec le marbre et la terre cuite associées! Et les coupoles

des Persans avec leurs couleurs vives et leur aspect riant ! Mais en général, et jusqu'ici, on s'était contenté de mettre en œuvre la terre cuife sur une échelle très

Kic. 129. — KolTéc de la Galerie des Bi'aux-Aru (Porte lUpp). Srulpliir». il -C. Kormlg*, mrehllftl.)

restreinte; on assemblait par morceaux de dimensions fort réduites. L'art de la terre a fait de grands progrès dans ces derniers temps en France, sous l'impulsion d'ingénieurs et de potiers tels que MM. MuUer, Lœbnitz, BrauU, Roy, etc. On est parvenu à fabriquer

Fio. î3o. — Psiais ii-t jnorceEux de terre cuile qui entreni ^liodiiporriioBiirio duns la construction, 011 dépasserail ^ar^j'uiB^'^wi)"îw° largement toutelasurfacedu Champ.

de-Mars. Le mur d'altique sur lequel reposent les dômes est épaulé par des consoles couronnées ào

vases émaillés de 3 mètres de hauteur ; entre les consoles sont percés des œils-de-bceuf aux assises alternées

de rose et de bleu. Les entrées d'honneur du milieu de chaque palais comprennent trois arcades plein-ceintre

entourées d'archivoltes à oves en terre cuite et de médaillons à fond d'émail dans les tympans. Aux Beaux- Arts, les pieds-droits sont ornés de brillantes arabesques; aux Arts libéraux, de trophées de grandes dimensions. Le couronnement de chaque entrée d'hon-

neur est formé d'un attiquo percé de trois niches où des statues symbolisent, d'une part, les beaux-arts, de l'autre, les arts libéraux. Entre les niches court une large frise en terre émaillée. Deux hauts pylônes encadrent la porte ; la décoration se poursuit latéralement sur les deux palais par une triple ceinture comprenant une balustrade au premier étage, une frise à

fond d'or sous la corniche et une seconde balustrade à hauteur du comble.

Chaque grand pilier en fer est revêtu de panneaux

en terre cuite ; on le croirait plein ; enlevez les panneaux, et il ne reste plus qu'une poutre à treillis. Chaque pilier a pour chapiteau un grand écusson ifniaillé sur lequel sont placés les attributs des arts :

le compas, le maillet, la palette, etc., le tout enlacé de lauriers. Au dessus du chapiteau, un couronnement en fonte sert de base aux mâts qui portent des bannières aux couleurs de France alternant avec les couleurs étrangères.£nfiii, les coupoles sur plan carré des pavillons extrêmes ont 1 7 métrés de diamètre et sont constituées par quatre fuseaux de 9 mtMres de hauteur. On a employé pour ces fuseaux 106

mètres carrés Kic. sas. - Façndo du l-nUla dc!

en terre émail-

lée couleur crème, bleu tendre, bleu fonce el jaune,

semée de points rougeS' Le dessiadecesdômes rappelle un peu les tapis- d'Orient.

Tout cet ensemble est très réussi; il est d'une richesse de bon aloi el d'une certaine sobriété de décoration qui fait un heureux contraste avec les ornements plus massifs et plus recherchés de quelques antres parties de l'Exposition.

Les deux palais ont été édillés surdim* menses terrasses qui dominent le jardin central et des massifs de fleurs rares; on y par\'ient par de larges escaliers en pierre ; tout le

long des terrasses de plus de 200 mètres, sont alignés de superbes palmiers exposés par MM. Besson, de Nice. Tout le long de la promenade, sous les galeries extérieures, des restaurants, des cafés.

Le palais des Beaux-Arts, côté gauche, comprend Texposition décennale de 1878 à 1889 et Texposition rétrospective. Cette seconde catégorie se divise en deux sections : les œuvres d'art des musées et des palais nationaux, les œuvres d'art prêtées par les particuliers. On a découpé l'immense nef en une série de petits salons latéraux oiiTon a groupé 1,589 toiles. Chaque artiste a son salon particulier. Sous la coupole on a installé Texposition rétrospective; au rez-dechaussée, la sculpture et Tarchitecture. La partie du palais la plus rapprochée de la Seine a été réservée aux sections étrangères.

Dans le palais des Arts libéraux, on a groupé les expositions afférentes au groupe II : Éducation, enseignement, imprimerie, librairie, reliure, arts du dessin, photographie, instruments de musique, médecine et chirurgie, instruments de précision, géographie et topographie, exposition du ministère de l'intérieur.

Le palais des Arts libéraux a dû auèsi être distribué en compartiments et en sections distinctes. Le regard se serait perdu au milieu de ces grands espaces.

La nef et les côtés ont été subdivisés en pavillons successifs. L'un d'eux, le plus grand, a été installé de part et d'autre du dôme. Ici, comme aux Beaux-Arts, il a été consacré à une exposition rétrospective ; cette fois, à l'histoire rétrospective du travail. On a élevé une

plate-forme qui se trouve de plain-pied avec les balcons du pourtour du palais ; on y arrive par quatre escaliers. Cette construction en bois de sapin, peint en vert sombre, a nécessité l'emploi de 1,200 stères dé bois. Le portique en bois est rœu\Te de M.SédiUe, arcliitecte, chef du service des installations. Sur les côtés de cette construction, à Tintérieur, on a réuni tout ce qui concerne Thistoire des inventions ; on a reconstitué d'anciens cabinets de physique et de chimie, notamment celui de Lavoisier.

L'exposition rétrospective comprend les divisions suivantes : Sciences anthropologiques et ethnographiques ; arts libéraux ; arts et métiers ; moyens de transports ; arts mihtaires.

Telles sont dans Tensemble les grandes lignes des bâtiments principaux de l'Exposition.

Nous avons esquissé rapidement les quatre grands palais du Ghamp-de-Mars. Nous aurons maintenant à examiner les services qui donnent la vie et le mouvement à l'Exposition : Service de la force motrice ; service des eaux et des fontaines ; service de Téchiirage électrique.

vu

Service mécanique. — La force motrice à l'Exposition, — Chaudières et machines. — Les pavillons de la cour de la force motrice. — Souvenirs rétrospectifs. — Le service mécanique aux expositions antérieures. — En 1889. — Poids de vapeur fournie.

— Les marchés avec les exposants. — Transmission de la force.

— Les arbres. — Eau, vapeur et gaz. — Canalisations souterraines. — Les ascenseurs électriques et hydrauliques. — Les deux pylônes de la porte Rapp. — Les ponts roulants à traction électrique. — Emplacements des diverses industries mécaniques.

I'est en 1855, au palais des Champs-Elysées, que, pour la première fois, on exposa des machines en mouvement. Ce fut un grand progrès. On juge mal le rôle et l'utilité d'une machine, d'un outil quelconque qui ne fonctionne pas; il faut le voir à Tœuvre, suivre le jeu de ses organes pour saisir le secret du mécanisme. Des engins inertes et immobiles ne disent rien à l'imagination. Bien autre est le spectacle qu'offrent des milliers de machines travaillant sans relâche ; elles meuvent leurs grands bras dans l'espace, frappent Tair, hurlent, grondent ou se taisent tour à tour. C'est par-

tout le bruit et la vie. Les outils appliquent leurs griffes pesantes dans le fer et le bronze, brisent ce qui résiste, plient, tordent, rongent le métal : la matière cède en rugissant. Le bout du doigt suffît pour gouverner ces forces effrayantes. Les machines hennissent et se soulèvent, puis règlent avec une ordonnance superbe leurs efforts et leurs mouvements. Un signe, et tous ces organes enchevêtrés s'arrêtent et retombent inertes ; le silence succède au bruit. On ne peut passer sans une certaine satisfaction orgueilleuse au milieu de ces esclaves de fer façonnés par Tbomme et que l'homme a su plier si complètement à ses volontés. La plus petite révolte cependant ferait de nombreuses victimes. L*outil sort, avance, va et vient avec tant de douceur qu'il semble glisser dans du velours ; il caresse ses supports presque avec grâce ; mais souvent quelle caresse perfide ! Un bataillon dans un effort commun ne pourrait résister à cette main de fer ; Toutil l'entraînerait dans son étreinte placide et terrible, brisant tout, broyant la chair humaine. L'homme a vaincu, mais non sans payer de la vie plus d'une fois son triomphe ; en remontant dans le passé, on trouverait souvent, à côté des gouttes de sueur, des taches de sang.

Une galerie de machines comme celle de 1889, c'est en réalité la synthèse, l'histoire \dvante des victoires industrielles accumulées par des découvertes et des labeurs séculaires.

Pour communiquer le mouvement à tous ces engins puissants, il faut des moteurs, et pour donner la force à des moteurs, il faut bien de la vapeur. Pour faire de la vapeur, on a besoin d'eau et de charbon, de

sorte que finalement toute l'activité déployée dans la galerie a pour origine unique Teau et la houille. L'eau, elle est apportée dans nos fleuves par le soleil qui distille l'océan dans les régions tropicales, élève la vapeur dans l'atmosphère et en la laissant refroidir la laisse se précipiter sous forme de pluie à la surface du sol d'où elle gagne les rivières et les sources. La houille n'est-elle pas aussi un végétal fossile fabriqué par le soleil dans les temps géologiques et enfoui depuis des milliers de siècles dans la profondeur du globe I

Autrefois comme aujourd'hui, mais beaucoup plus vite, le soleil organisait la trame des végétaux; chacun de ses rayons groupait les éléments constitutifs de la plante. La chaleur absorbée par ce travail d'enfantement est restée emmagasinée dans ces végétaux d'un autre âge ; c'est elle qui maintient les molécules en contact, bien soudées, et qui est restituée quand on décompose la houille dans nos foyers. Ainsi s'est formé et conservé dans les assises terrestres ce capital de force que notre génération dépense tous les jours.

Chaque petit morceau de charbon jeté au feu rend à la liberté le rayon venu jadis des espaces célestes. 11 résulte de là que nos moteurs fonctionnent avec delà chaleur empruntée à la nature primordiale, avec des rayons envoyés à la terre bien avant l'apparition de l'homme sur le globe. Il ne faudrait donc pas sourire si quelque esprit philosophique avançait que le soleil est bien réellement exposant et qu'il a sa part dans le grand effort qui se produit journellement au Champ* de-Mars.

Pendant que le soleil d'aujourd'hui travaille à l'ex-

térieur, dans le parc et les jardins, à faire pousser les arbres et les fleurs, le soleil d'autrefois travaille à Tintérieur du Palais à faire tourner nos machines.

Tout service d'installations mécaniques comporte donc les générateurs de vapeur, les machines motrices, les transmissions de mouvement, les canalisations de vapeur et d'eau froide. En 1889, comme précédemment, ce sont toujours les moteurs à vapeur qui régnent partout et commandent la marche de tous les outils. Les moteurs à gaz ou à air chaud n'ont que des emplois relativement secondaires. Cependant on construit couramment, de nos jours, des machines à gàz de 50 à 50 chevaux, souvent h deux cylindres accouplés, pour l'éclairage électrique. On a installé, dans la galerie des machines, un moteur à gaz de 100 chevaux. Il en existe un autre d'égale puissance sur la berge de la Seine, à gauche du pont d'Iéna.

Les installations de 1889 dépassent naturellement tout ce que Ton avait fait jusqu'à ce jour. En 1 855, on n'avait eu besoin que de 8 générateurs à vapeur d'une force nominale de 350 chevaux; en 1867, il fallait déjà mettre à la disposition des exposants 25 chaudières alimentant 15 moteurs de la force totale de 626 chevaux ; pour la première fois, on vit apparaître les moteurs à gaz au nombre de 5, fournissant au total 9 chevaux. Pour assurer l'eau aux chaudières et aux machines à condensation, on dut établir sur les berges de la Seine, en aval du Point-du-Jour, une usine élévatoire. L'usine de M. Thomas Scott, de Rouen, refoulait par jour, dans un réservoir situé à 15 mètres de hauteur au-dessus de l'étiage, et d'une capacité de 55 mètres cuhes, un volume d'eau de 10,000 mè-

très cubes, dont 8 JOO pour les besoins mécaniques. Le réservoir ne faisait qu'office de régulateur de la pression. Les exposants de machines absorbaient une superficie de 42,350 mètres carrés.

Onze ans plus tard, en 1878, Tinstallation mécanique eut une bien autre importance. Il fallut livrer aux exposants environ trois fois plus de force motrice qu'en 1867, soit exactement S,500 chevaux, répartis entre 41 machines motrices, 20 moteurs dans la grande galerie française, H locomobiles dans les annexes, en tout 1 ,700 chevaux, puis 10 moteurs dans la grande galerie étrangère, soit 800 chevaux. La vapeur fut fournie, côté français, par 5 groupes de chaudières et par les locomobiles ; côté étranger, par 4 locomobiles. On produisit par jour 130,000 kilogammes de vapeur. L'eau nécessaire provenait du trop-plein du bassin inférieur de la grande cascade du Trocadéro.Ce tropplein se trouve à 8 mètres au-dessus du sol du Champde-Mars; on faisait venir Teau par deux conduites de 50 centimètres qui traversaient le pont d'Iéna et le parc, et contournaient tout le palais.

En 1889, le service des installations mécaniques a pris une extension considérable. M. Yigreux en a été chargé dès là fin de 1886 sous le contrôle d'un comité technique, présidé par M. Phillips, inspecteur général des mines, membre de l'Institut, avec MM. Haton de la GoupUlière, de Tlnstitut, Camille Laurens et Duval comme vice-présidents. C'est une des organisations les plus importantes de l'Exposition.

Presque toutes les chaudières à vapeur ont été installées derrière le palais des Machines, dans une cour rectangulaire en face de TÉcole-Militaire. Cette cour

de la force motrice a 30 mètres de largeur et 470 mètres de longueur ; elle renferme, outre les générateurs, les ateliers Ducommun, des fours de boulanger et deux restaurants placés aux extrémités.

Les chaudières occupent une surface totale, avec leurs bâtiments d'abri, de 1,600 mètres carrés. On compte 11 fournisseurs de vapeur; on les a répartis en sept groupes, en partant de Tavenue de Suffren : l*» MM. Fontaine (de Lille) et Dulac (de Paris) ; 2° Compagnie de Fives-Lille et MM. Weyher et Richemond; 3^ MM. Belleville; 4* MM.de Naeyer (de Willebrock, Belgique); S'» MM. Daydé et Pillé (de Creil) et Roser (de Saint- Denis); 6° MM. Babcock et Vilcox (de Glascow), Conrad Knap (de Londres); 7° MM. Davey Paxman et C° (de Colchester). Ces derniers, fournisseurs du 7* groupe, ont logé leurs générateurs de l'autre côté du palais, dans la cour qui sépare' les machines de l'exposition des industries diverses. Ce groupe dessert pour une partie la galerie des Machines, pour l'autre la station de production de la lumière électrique de la Société Gramme.

Les seuls fournisseurs des six groupes de la cour de la force motrice doivent livrer près de 50,000 kilogrammes de vapeur par heure, c'est-à-dire vaporiser 50 mètres cubes d'eau. Dans ce chiffre, les deux exposants anglais et l'exposant belge figurent pour 23,000 kilogrammes environ.

Voici les conditions du contrat. L'administration de l'Exposition payera pour 1 ,000 kilogrammes à l'heure, soit 7,800 kilogrammes par journée de sept heures, soit pour 180 jours, durée normale de l'Exposition, 8,500 francs ; pour 1 ,000 kilogrammes supplémentaires

à l'heure, 3 francs, et dans ce cas, pour main-d'œuvre aussi supplémentaire, 3 francs, soit 6 francs au total;

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Fia. 239. — Installations mécaniques dans le Palais 4|

Plan dressé par le chef du êorà

pour supplément en cas de prolongation de TExposition, seulement 5 francs de l'heure.

Les moteurs qui font partie de ce service sont au

SERVICE MÉCAN'IQUE.

nombre de 3S; Us sont répartis selon tes besoins dans le palais des Machines. Cependant, on n'a pu grouper

tous les outils en mouvement dans le palais ; on en a placé aussi le long du quai d'Orsay dans les galeries de l'agriculture. Néanmoins, les machines agricoles

du quai d'Orsay sont mises en rotation par les moteurs du palais à Taide d'une transmission électrique. Le moteur fait tourner sur place une dynamo qui engendre le courant électrique. Celui-ci passe par un fil conducteur en cuivre jusqu'aux galeries de Tagriculture et actionne une seconde dynamo qui met les instruments agricoles en mouvement.

28 moteurs sont réservés à la mise en marche des transmissions mécaniques du palais; 3 autres font tourner aussi des outils dans le palais ; un dernier est affecté au transport de la force jusqu'au quai d'Orsay. Les 32 machines motrices sont fournies par 31 exposants dont 1 Anglais, 2 Belges, 4 Suisses, 1 Alsacien- Lorrain et 2 Américains. Les deux exposants des États-Unis fournissent la force, bien entendu, à la section américaine. Tous ces moteurs appartiennent généralement aux types Corliss, Sulzer et Wheelock^ ou sont du type Compound. Cependant le système Woolf et le type pilon sont représentés. Une seule machine de 600 chevaux, celle de M. Casse, est à balancier avec un dispositif spécial qui remplace les articulations par un axe de rotation oscillant (genre balan* cier Olivier Evans). Tous ces moteurs ont depuis 50, 60, 75, 80, 100 chevaux jusqu'à 150, 200, 300, 350 et 600 chevaux. Au total, ils pourraient donner 5^500 chevaux- vapeur (1). Il est peu probable que Ton exige d'elle plus de 2,600 chevaux; nous voilà loin des 626 chevaux de 1867. Et cependant ce n'est pas là une puissance mécanique bien énorme, puisque l'on sait

(1) Nous ne comprenons pas dans ce chiffre les moteurs de certains pavillons, de plusieurs stations d'électricité, des pompes et machines élévatoires, des ascenseurs de la tour Eiffel, etc.

qae nos grands bâtiments de guerre emploient pour leur propulsion 10,000 et même 12,000 chevaux vapeur.

Les fournisseurs de force motrice reçoivent la vapeur gratuitement et Tadministration leur donne par cheval effectif, à raison de sept heures de marche par jour et pour 180 jours, 40 francs; par cheval supplémentahe, 0 fr. 32; par cheval et par heure supplémentaire^ en dehors des heures réglementaires de marche, y compris la main-d'œuvre, 2 francs ; et pour graissage et essuyage, 0 fr. 032. En cas de prolongation de l'Exposition, par cheval-heure, 5 centimes (1).

On sait bien que, pour qu'un moteur distribue le mouvement à plusieurs outils ou appareils, on a recours à une transmission. Tous ceux qui ont eu Toccasion de pénétrer dans un atelier ont vu tourner des arbres ou axes de transmission. Le mouvement du moteur est transmis au moyen d'une courroie à une poulie fixée sur Tarbre ; la courroie tourne entraînant la poulie, et la poulie agissant sur Tarbre à son tour, on peut prendre de la force sur cet arbre dans toutes les parties de Tatelier. 11 suffit, en effet, de fixer sur Taxe une poulie, puis de la relier à Toutil par une cgurroie.

L'arbre tournant communique son mouvement à

(1) Les exposants de machines motrices, au nombre de 31, sont MM. Bcrcndorf, Berger André, Biétrix, Boulet, Brasseur, BufTaud et Robatel, Carcls, Casse, Chaligny, Douane-Jobin, Schneider et C*',Davey-Paxman (2 moteurs), Escher et Wyss, Société de Fives- Lille, L'Horme, anciens établissements Cail, Lecouteux et Garnier, Qlry, Grandemange et Coulanghon, Société d'Ocrlikon, Powcl, Société Alsacienne, Société du Phénix, Sulzer, ateliers de Vicrzon, Weyher et Richemond, Wendsor, Société de Winlerthur, Société de construction d'Anzin, Sweet, Brown, DarbJay.

Toutil, comme précédemment le moteur avait luimême mis en rotation Tarbre. Partout où circule cet axe rotatif, on a une prise de force. A TExposition, on a installé quatre lignes d'arbres allant d'un bout à Tautre du palais : deux de chaque côté du promenoir central. Ces arbres tournants distribuent partout, sur leur passage, la puissance motrice aux machines et aux outils. En 1855, les arbres de transmission avaient 480 métros de développement ; en 1867, 731 mètres, et ils tournaient à 100 tours par minute. En 1878, la longueur des arbres atteignait au total 2,176 mètres, y compris les transmissions souterraines ; ils tournaient à 120 tours. Les galeries étaient très longues et les machines assez disséminées. En 1889, tout a été plus condensé ; la longueur totale des quatre lignes d'arbres dans le palais est seulement de 1 ,350 métrés.

Ces quatre hgnes d'arbres sont supportées par de doubles colonnes en fonte consoUdées par une croix de Saint-André ; ces colonnes sont au nombre de 148, distantes en moyenne de 11 "",20, excepté aux points où l'on prend la force ; là Técarlement est réduit à 3", 70 ou même 1",80, et les supports sont doubles. Les arbres sont encore soutenus par des chaises pendantes, en fer, fixées aux longues poutres à treillis qui relient tous les supports à leur partie supérieure.

Les arbres de couche ont un diamètre de 90 millimètres dans les travées courantes, et de 140 millimètres aux points d'attaque ; leur force de résistance a été calculée de façon à pouvoir transmettre 75 chevaux par travée de 11 mètres ; on est loin de les soumettre à un pareil effort ; c'est tout au plus si les machines qui travailleront en grande partie à vide développeront

^ chevaux par mètre courant d'arbre de couche. Les sections afférentes à chaque moteur sont très variables ; les longueurs d'arbres attribuées varient depuis 22 mètres jusqu'à 56 mètres. Elles sont au nombre de 28, correspondant aux 28 moteurs qui les commandent. Chaque section ou tronçon peut d'ailleurs être relié au suivant par des manchons pour que, en cas d'arrêt fortuit d'un moteur, la transmission ne cesse pas de tourner.

La hauteur des arbres au-dessus du plancher est de 4™, 50 ; ils tournent à 150 toui*s par minute.

De chaque côté de la nef, les deux lignes d'arbres parallèles sont espacées de 18 mètres; on a groupé entre ces hgnes, sur le plancher, toutes les machines et outils dont la hauteur est inférieure à 6™,80 ; les appareils plus élevés ont été placés latéralement en dehors des lignes de transmission.

Il: existe encore dans le palais quatre transmissions secondaires, indépendantes des transmissions principales. Ce sont celles que commandent les machines motrices des classes 50 et 55, des procédés des usines agricoles etdesindustries alimentaires, et des procédés de tissage. Elles ont seulement 25 mètres de développement. Dans la classe 54, filature et corderie, la Société alsacienne de Mulhouse a établi à ses frais une transmission de 61 mètres, très légère, avec 19 supports en fers plats et cornières.

Enfin, au quai d'Orsay, les galeries de l'agriculture sont desservies par une transmission de 206 mètres de longueur. L'arbre courant n'a que 55 milUmôtres de diamètre ; il est actionné par la dynamo que met en mouvement, à distance, par un fil télégraphique, la machine motrice de M. Brasseur, installée dans le pa-

lais des Machines. En sorte qu'au total, toutes' ces

transmissions iL-iinics et mises bout àbuulfîniâscnt par donner une longueur d'arbres de couche de 1,672,28,

SERVICE MHCANIQUE. :«ll

Onze fournisseurs ont posi^ ces arbres. L'adminis-

tration k'iir payo par journiie normale de sepl heures et pour IKO jours, par mètre courant, tout compris.

graissage et surveillance, 64 francs. Pour fourniture supplémentaire au delà de sept heures par jour, i centimes du mètre courant ; pour fourniture supplémentaire, en cas de prolongation, par journée de sept heures et par mètre courant, 40 centimes.

Les chaises pendantes du support, les poutres à treillis de liaison ont été posées par les constructeurs des ponts roulants du palais.

Après les machines motrices et les transmissions, les canalisations de vapeur, d'eau froide, d'eau chaude et de condensation, de gaz! Il fallait pourvoir les chaudières d'eau, les machines de vapeur, assurer l'évacuation des eaux ayant servi k condenser la vapeur, fourkiir du gaz aux moteurs à gaz. Ce service spécial a nécessité des travaux importants. On a construit dans le palais deux grandes galeries longitudinales.

La première, la principale, court en ligne droite sous terre au milieu des deux rangées d'arhres du palais, côté de la cour de la force motrice. Elle a 350 mètres de longueur. Cette galerie souterraine à plein cintre a une hauteur de 1",90 et une largeur de 2",40 ; elle loge trois tuyaux dont deux de 60 centimètres de diamètre, pour la vapeur, Teau froide et Teau de condensation. La seconde galerie est située, au contraire, du côté opposé, également entre les deux rangées d'arhres; seulement, elle n'a que 179 mètres de longueur; elle commence à la rue centrale du vestibule d'entrée et se termine à l'extrémité du palais, vers l'avenue La Bourdonnais; cette seconde galerie n'a qu'une hauteur de 1",70 et 2 mètres de largeur. Les trois tuyaux qu'elle contient n'ont que 40 centimètres de diamètre.

La voûte de ces égouts est pourvue, de 4",30 en 4", 30, d'ouvertures rectangulaires de 80 centimètres dans le sens longitudinal. C'est par ces ouvertures que vont aux machines motrices les tuyaux de vapeur et d'eau et le tuyau d'évacuation d'eau chaude. En outre, des galeries souteiTaines transversales ont été ménagées de place en place ; elles communiquent avec les deux galeries longitudinales et commencent à la cour extérieure de la force motrice.

Elles apportent l'eau froide aux chaudières, et réciproquement la vapeur aux tuyaux de la galerie longitudinale. On compte six de ces galeries transversales partageant le palais en six groupes isolés desservant chaque section de force motrice. Enfin, la jonction entre ces galeries transversales et les 30 machines en marche réparties dans l'édifice est établie par des galeries en maçonnerie ou même par des caniveaux en bois.

Les longueurs totales de ces constructions souterraines sont de 529 mètres pour les deux égouts longitudinaux, et de 470 mètres pour les six galeries transversales.

L'eau froide parvient au palais par une conduite en fonte de 60 centimètres longeant l'avenue Sufiren et venant du quai. L'eau est puisée par deux machines élévatoires en uval du pont d'Iéna. Nous reviendrons sur cette installation en parlant du service des eaux. L'eau chaude de condensation est évacuée par une conduite semblable et parallèle à la première; elle est portée jusqu'à la Seine.

Il existe encore une autre canalisation, celle du gaz. La lumière électrique n'éclaire le palais des Machines

que jusqu'à onze heures du soir. Pour le service de nuit très réduit, on utilise exclusivement le gaz; on en avait d'ailleurs encore besoin pour alimenter pendant le jour et pendant la soirée les moteurs à gaz. Cette canalisation a un développement de 1 kilomètre ; elle forme un grand rectangle, dont le plus grand côté a 380 mètres, en suivant les quatre côtés du palais et cheminant un peu en avant des pieds-droits des grandes fermes. Les tuyaux sont en tôle bitumée de 20 centimètres; sur les points où cette canalisation coupe les galeries souterraines des tuyaux de vapeur, on a remplacé }es tuyaux de tôle bitumée par des tuyaux de fonte avec une gaine de fonte pour assurer un isolement bien complet, de peur que la chaleur ne fasse fondre le bitume. Sur ces tuyaux principaux s'embranchent des conduites de différents diamètres, depuis 9 jusqu'à 15 centimètres. Le gaz est envoyé dans ce réseau par deux conduites, l'une longeant l'avenue de SufFren et aboutissant à l'usine de Grenelle, l'autre suivant l'avenue de La Bourdonnais et en relation avec le réseau de la ville. La pression moyenne de ces conduites est de 0",073 d'eau.

L'administration paye 20 centimes le mètre cube de gaz, et eUe donne gratuitement à chacun des exposants sa force motrice. On a disposé deux grands compteurs de 1,500 becs souschacundesescaliers.Onaadmisune consommation moyenne de 400 mètres cubes à l'heure. Les moteurs à gaz absorbent environ 300 mètres cubes ; ils fournissent 300 chevaux (en 1867, 9 chevaux) utilisés à la mise en marche de machines électriques et de machines outils. La canalisation générale pour le gaz au Champ-de-Mars est d'environ 6,000 mètres cubes.

Complétons cea détails par quelques lignes sur les ascenseurs et les ponts roulants. Onaingtallé i ascenseurs. On en a ét^li un dans le pylAne de droite delà façade principale, avenue de La Bourdonnais ; il élève les visiteurs sur la plate-forme supérieure de ce pylône,

Fia. ta. — RoirAe prind|>ile aveoue de l.a BounLonnmB.

à 46 mètres de hauteur. Il est électrique, c'est-à-dire mû par une dynamo installée dans le campanile du pylône. La cabine monte 8 personnes à Li fois, C'est l'ascenseur Chrétien.

H. Samain a construit deux petits ascenseurs hydrauliques placés de chaque côté de l'escalier qui conduit du vestibule de la grande rue centrale du palais des Industries diverses au premier étage de la galerie. Ces

appareils montent les visiteurs du rez-de-chaussée au premier étage. Chaque cabine donne place à 10 personnes à la fois. Chacun de ces deux ascenseurs est d'un modèle particulier : Tun avec puits, l'autre sans puits ; leur course commune est de 8 mètres ; ils emploient l'eau de la Aille sous une pression de 40 mètres.

Enfin, un ascenseur hydraulique Edoux est installé contre le palier du grand escalier qui termine le palais, côté avenue de Suffren. Il élève les curieux à environ 35 mètres au-dessus du plancher.

Les moyens ne manquent pas, comme on voit, pour plonger le regard dans toutes les parties du palais de M. Dutert. On a ajouté encore un observatoire mobile ; les ponts roulants qui rendent des services aux visiteurs fatigués ou à ceux qui veulent jeter un coup d'œil d'ensemble sur les diverses expositions du palais des Machines. Ces ponts roulants, il faut l'ajouter, du reste, n'ont pas été construits uniquement pour transporter le public ; on les avait, on les a gardés ; ils ont servi très efticacement à la manutention pendant l'aménagement de la construction, et ils serviront après l'Exposition, quand il s'agira de démonter les machines et de les transporter hors du palais.

Ils sont respectivement établis sur les deux longues poutres à treillis qui relient les supports des arbres de couche ; ils ont donc 18 mètres de largeur ; ils roulent sur des rails posés sur les poutres le long d'un parcours d'environ 400 mètres. Ces grandes platesformes se déplacent lentement pour donner aux visiteurs le temps de voir; elles progressent d'à peu près un mètre par seconde; elles accomplissent leur trajet

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d'une extrémité àTautreen onze minutes. On parvient aux ponts roulants, à environ 7 mètres de hauteur, par des escaliers disposés à chaque extrémité du palais. Chaque plate-forme mesure 100 mètres cubes, dont 90 mètres cubes sont libres et peuvent aisément donner place à 150 personnes.

Chacun de ces ponts est mû par un transport électrique de force. Une dynamo placée sur le pont actionne le mécanisme qui fait tourner les roues. Le courant électrique est pris tout le long des poutres de support à treillis et envoyé par un fil conducteur de la cour de la force motrice. Les entrepreneurs, MM. Bon et Lustrement, d'une part, et de l'autre MM. Mf^gy , Bcheverria etBazan, ont installé dans cette cour la chaudière, le moteur et la dynamo qui produisent le courant. Comme ils ont fourni les poutres à treillis et les chaises pendantes à un prix très bas, ils ont été autorisés à percevoir un droit sur les opérations de manutention et sur le transport des \âsiteurs.

Les deux ponts, bien qu'ayant le même aspect, diffèrent au point de vue du mécanisme. MM. Bon et Lustrement transmettent tous les mouvements par friction plate et cônes de friction, vis sans fin et engrenages. La réceptrice est une dynamo Gramme alimentée par un courant de 29 ampères et 220 volts. Sur le pont Mégy , toutes les manœuvres s'opèrent par le jeu de systèmes d'engrenages commandés par une réceptrice Miot.

En définitive, que l'on se serve de ses jambes, des escaliers, des ascenseurs ou des ponts roulants, on trouve groupées les diverses expositions de la galerie des Machines dans l'ordre suivant, à partir de l'avenue de Suffren:

Côté droit, première moitié du palais]: génie d^il, arts céramiques, fabrication des objets mobiliers, mécanique générale ; seconde moitié du palais : électri-

cité, usines agricoles, mines et métallurgie, imprimerie et papeterie, machines k imprimer.

Côté gauche, première moitié du palais : matériel des chemins de fer, tissage, filature, machines diverses machines-outils ; deuxième moitié du palais : expositions mécaniques, Suisse, Belgique, Étals-Unis, exposition Edison, Angleterre.

Serylce des eaux aux expositions précédentes. — Los installations de 1889. — Service à basse pression pour les machines et les chaudières. — Les deux usines hydrauliques de la berge. — Réservoir régulateur de pression. — Indicateur de niveau. — Distribution principale dans l'enceinte . — Les eaux de la ville de Paris à l'Exposition. — Service à basse pression : les eaux puisées à Javel. — Service à haute pression : les eaux du réservoir de Villejuif. — Alimentation des restaurants, — Les eaux de la Vanne. — Les eaux des fontaines.

I'est une entreprise importante que celle d'alimenter d'eau une Exposition Universelle, lorsque surtout son enceinte s'étend sur une superficie de 80 hectares. Il faut de l'eau pour les machines, pour les chaudières, pour les lacs, les fontaines et les rivières ; de l'eau pour les ascenseurs, pour les bouches d'incendie; de l'eau potable pour la consommation.

On a élevé en réalité toute une grande ville que l'on a construite sur l'emplacement du Champ-de-Mars, des quais et de l'esplanade des Invalides, une ville d'au moins 35,000 âmes. Entendons-nous bien encore : population permanente, 35,000 âmes. Mais lapopula-

tion passagère atteint une moyenae d'au moins 112,000 personnes et peut, comme on l'a déjà vu, dépasser âSO.OOO visiteurs. La question de l'eau a donc une importance exceptionnelle, et il a fallu crt^er une dis-

tribulioo avec usine hydraulique absolument comme pour une grande ville industrielle.

En 1867, on avait considéré comme suHisante la distribution de 10,000 métrés cubes par jour, ainsi réparti : 3,500 mètres cubes pour l'arrosage, les bouches d'incendie. les fontaines; 1,000 mètres cubes pour les besoins de la population évalués à 10 litres

par personne, et correspondant à peu près à ceux d'une ville de 100,000 Ames; enfin, 4,000 mètres cubes pour les machines.

En 1878, on a tout établi su/une échelle bienautre-

■ee de la Tour EilTcl. cilé d

ment vaste. Au lieu de 10,000 mètres cubes par jour, on s'il ppro visionna pour un débit de 35,000 mètres cubes, que l'on pouvait même porter h 40,000. C'était beaucoup. I-e service fut partagé en deux parties : disliibiilion Cl haute pression, distribution à basse pression.

L'eau est dite ù haute pression quand elle arrive

de niveaux élevés; comme elle tend toujours à remonter à sa hauteur primitive, il va de soi qu'elle sort des tuyaux avec force et peut fournir des jets de grande amplitude. L'eau est dite au contraire à basse pression quand elle provient de niveaux relativement bas ; elle s*écoule alors avec une vitesse réduite et ne peut s'élever au-dessus du sol qu'à une petite hauteur (1). La distribution à haute pression fixée h 15,000 mètres par jour assura le volume d'eau nécessaire aux jardins, aux palais, aux bouches d'incendie, à l'alimentation des fontaines, jets d'eau du bassin inférieur du Trocadéro, fonctionnement des monte-charges, appareils hydrauliques, etc. Cette distribution à haute pression avait son point de départ sur la hauteur de Passy, dans un des réservoirs mis par la Ville à la disposition de la Compagnie générale des eaux pour la durée de l'Exposition. On avait installé sur le quai de Billy, près du pont d'iéna, deux puissantes machines Lecouteux et Garnier et Lebrun, de 350 chevaux chacune, qui refoulaient l'eau de Seine jusqu'à ce grand bassin d'approvisionnement par une conduite maitresse de 60 centimètres. L'eau du réservoir redescendait ensuite alimenter la cascade, les jets d'eau du Trocadéro, puis, par une autre grosse conduite de 60 centimètres, traversait le pont d'iéna pour parvenir au palais ; elle était envoyée de là par deux branches latérales à droite et à gauche de l'édifice. La différence de niveau entre le sol du Champ-de-Mars et le réser-

(1) La pression de l'eau dépend uniquement de la charge qui se trouve au-dessus de rorificc d'écoulement. La vitesse à la sortie du tuyau est proportionnelle à la racine carrée de la hauteur d'eau comprise entre le réservoir d'alimentation et l'orifice do sortie.

voir de Passy étant d*en\1ron 35 mètres, on avait de Teau sous une pression supérieure à 2 atmosphères, pertes de charge comprises.

La distribution à basse pression avait au contraire son origine dans le bassin inférieur de la cascade du Trocadéro. L*eau sous pression, après avoir ser^i à la cascade, était reprise par deux conduites de 50 centimètres qui traversaient aussi le pont dléna et envoyaient des branches tout autour du palais pour desservir les chaudières. L*eau des restaurants et des fontaines Wallace était fournie par une canalisation spéciale d'eau de la Vanne.

Le plan adopté en 1889 est un peu différent. On a d'ailleurs subdiAdsé aussi , nécessairement , le ser- Aice en distributions à basse et à haute pression. Le service des eaux, qui avait été confié en 1878 à la Compagnie générale, a été installé en 1889 parTadministration elle-même ; il a été rattaché à la direction des travaux, et placé sous les ordres de M. Bechmann, ingénieur en chef des ponts et chaussées et ingénieur en chef des eaux de la Ville. Ce service a pour but de pourvoir à la consommation des cafés et restaurants, au nettoyage des salles, aux secours d'incendie, à l'arrosage des jardins, à l'alimentation des fontaines, jets d'eau, rivières, à l'alimentation des chaudières et des machines motrices.

Le service mécanique de l'Exposition a gardé dans ses attributions, sauf pour la pose des canalisations, l'alimentation des machines et des chaudières. C'est un premier service à basse pression.

L'eau ne parvient aux machines qu'après être descendue seulement d'une hauteur d'environ 14 mètres.

31i CAUSERIES SCIENTIFIQUES.

Cetteinslallationafait l'objeld'étudessuiviesdès 1888. Onadécidù de prendre l'eau en Seine et du la conduire jusqu'à la galerie des Machines. En conséquence, sur la berge câté de l'avenue de SuS^en, on a établi

deux usines élévatoires qui sont édifiées l'une près de l'autre. La première a été installée par MM. de Quillacq et Meunier; la seconde, par la compagnie Worthington. Chacun de ces fournisseurs a monté dans son usine un moteur de 65 chevaux, force nécessaire pour l'aspiration et le refoulement de l'eau. L'élévation des

eaux de la Seine sur ce point absorbe donc 1 30 chevaux.

La prise d'eau se trouve à 157 mi-tres en aval du

pont d'Iéna, au bord du nouveau quai construit par le

e de la navigation. C'est une chambre n)a<;onnée.

ir KilTcl, cAlé de Faii».

fermée jjar une grille de 1~,30 de longueur au milieu de laquelle fst placi* le tuyeu d'aspiration de 60 centim(>tres de diamètre. Ce tuyau principal est mis en relation avec chaque usine par une branche de dérivation. La hauteur d'aspiration des pompes au-dessus, de la Seine est d'environ t migres. Chaque nsinc ttlOve

par seconde 220 litres d'eau, soit 440 litres au total, et par conséquent le volume fort respectable par heure de 1,584,000 litres ou de 15,840 mètres cubes par journée de dix heures.

On ne pouvait songer, en présence d'un pareil débit, rendu indispensable par la consommation des machines, à établir pour la seule durée de Ttiposition un réservoir capable d'emmagasiner toute cette eau. L'emmagasinement n'est d'ailleurs essentiel que dans les installations définitives, pour parer à l'imprévu, à un chômage des machines. On s'est contenté de construire un réser\'oir en tôle simplement destiné à régulariser la pression.

La pression doit être uniforme dans la canaUsation pour plusieurs raisons, et notamment pour assurer un débit constant et éviter les variations de vitesse dans les conduites. On obtient la constance en maintenant toujours la même hauteur d*eau dans le réservoir. L'eau puisée ne fait que traverser ce réservoir et s'en va dans la canaUsation, sous une charge invariable qui est la hauteur d*eau qu'on lui maintient dans ce réservoir. Et par cela même, elle circule sous une pression constante. Ce réservoir a été construit par M. Durenne, de Gourbevoie ; il est cyhndrique à fond sphérique ; il a une capacité de 180 mètres cubes. On l'a placé sur un pylône en fer contre le parapet du quai d'Orsay, exactement dans Taxe de l'avenue de Suffren.

La charge sur les fondations du réservoir se répartit ainsi: eau, 180,000 kilogrammes ; réservoir en tôle, 5, 200 kilogrammes ; pylône en fer, 1 1,500 kilogrammes ; massif béton, 37, 560 kilogrammes ; au total, 234,260 kilogrammes, soit 0^^,78 par centimètre carré.

-îH-

SERVICE ÏÎYDRAULigUE. 311

Il ne faut pas, nous l'avons vu, pour assurer Tégalité de pression dans les conduites, que la hauteur d'eau varie sensiblement dans le réservoir. On a autorisé seulement un écart de 1 ,20 sur le volume d*eau moyen adopté. Aussi, pour se renseigner sur le niveau, a-t-on disposé à Tintérieur Thydrométrographe de M. Parenthou, qui fait connaître dans les deux usines, et d*une manière continue, soit par un inscripteur, soit par un indicateur h cadran, le niveau atteint par Teau ; on peut par conséquent modifier à volonté Tallure des moteurs et des pompes. Le système Parenthou est d'ailleurs bien simple. Le niveau de Teau est accusé comme d'habitude par un flotteur. Chaqpie oscillation du flotteur donne passage à un courant électrique qui va actionner l'aiguille *de l'indicateur h ca- <Iran placé dans l'usine ; d'un coup d'oeil le mécanicien voit ce qui se passe dans le réservoir. Le trop-plein de ce réservoir se trouve à lai mètres au-dessus de la Seine.

L'eau puisée par les pompes, à une moyenne de 4 mètres au-dessous des machines, est refoulée ensuite dans le réservoir à une hauteur d'environ 15 mètres. Les tuyaux d'aspiration et de refoulement ont ensemble une longueur de 140 mètres. L'usine de MM. de Quillacq et Meunier comporte ime pompe horizontale à double effet, commandée directement par un moteur à vapeur horizontal, soit un ensemble identique à chacun des deux systèmes installés pour la ville de Paris, à ïheil, près de Sens, dans la vallée de la Vanne, par les mêmes constructeurs et qui fournissent chacun 225 litres par seconde à 20 mètres de hauteur, en marchant à la vitesse de 30 tours à la mi-

nute. On a en quelque sorte copie cette installatiou Hur la berge du quai d'Orsay, et avec raison, puisqu'elle avait fait ses preuves.

I^a chaudière est du système multitubulaire Collet

et peut vaporiser i,200 kilogrammes à l'heure. L'usine de la compagnie Worthington comprend (également une machine à vapeur avec pompe h double effet à action directe, d'un type très répandu en Amérique et qui commence à se propager en Europe. La chaudière est du type Dabcork et Wilrox. On recon-

naît de loin remplacement des usines du service des eaux, àla cheminée de 15 mèires de hauteur qui s'élève le long de la berge de la Seine.

Enfin, l'eau sortant du réservoir régulateur de pres-

sion descend pai- une maîtresse conduite eu foule de 60 centimètres d'ouverlure placée en bordure du trottoir le long de l'avenue de Suffren jusqu'au palais des Machines qu'elle traverse d'une extrémité fi l'autre ; elle est distribuée, comme nous l'avons expliqué précédemment, aux chaudières de la cour intérieure et

aux divers moteurs du service mécanique. Ainsi se trouve assurée l'arrivée de Teau aux machines, par cette distribution d'eau directement puisée en Seine.

Cette installation est toute spéciale. Pour les autres besoins de l'Exposition, on a eu tout bonnement recours à Teau de la ville. On a relié la canalisation établie au Ghamp-de-Mars à la distribution générale de Paris, au moyen de tuyaux de 60, 50 et 40 centimètres, munis de compteurs de gros calibre. Ici encore nous retrouvons un second service d'eau à basse pression et une distribution à haute pression.

Par une convention passée avec l'administration de l'Exposition, la Ville a consenti à livrer à titre gratuit Teau du fleuve à basse pression pour Tarrosage des pelouses et des allées, et au prix de revient Teau de source et Teau de rivière à haute pression. L'eau à haute pression coûte toujours plus cher que l'eau à basse pression, puisqu'il faut ou allerla chercher à des niveaux élevés, et, par suite, l'anlener de très loin, ou la monter sur place dans des réservoirs établis sur des hauteurs. Naturellement, dans le premier cas, la canalisation est dispendieuse, et, dans le second cas, le travail d'élévation absorbe de la houille et nécessite des usines coûteuses. En concédantl'eauà haute pression au prix de revient, la Ville a simplement récupéré les dépenses d'élévation des eaux de la Seine dans le réservoir de haute altitude.

En outre, elle s'est engagée à reprendre en 1890 les tuyaux, pièces de fonte et appareils qui auront servi à l'Exposition ; l'installation de ce côté a donc été faite dans des conditions économiques toutes particulières.

Les travaux de canalisation ont été exécutés par

MM. Rogé, administrateur des fonderies de Pont-à- Mousson, et Gibault, ingénieur à Paris.

L'eau de rivière à basse pression,, livrée gratuitement, est réservée à l'arrosage du parc du Champ-de- Mars, du quai d'Orsay et de l'esplanade des Invalides; c'est elle aussi qui sert à emplir les deux lacs creusés de part et d'autre de la tour Eiffel. Elle provient de la nouvelle usine hydraulique établie à Javel, à un kilomètre environ du Champ-de-Mars.

L'eau de rivière à haute pression, celle que la Ville livre à prix de revient, arrive du réservoir de Villejuif, situé à 89 mètres au-dessus du niveau de la mer, à environ 60 mètres au-dessus du sol du Champ-de- Mars. Ce réservoir est empli par lusine d'Ivry installée au bord de la Seine, en cimont du confluent de la Marne. L'usine y refoule l'eau qu'elle puise dans le fleuve. L'eau de Seine est amenée de Villejuif à l'Exposition par une conduite de 60 centimètres de diamètre, qui pénètre dans le Champ-de-Mars du côté de l'avenue de Suffren; elle est distribuée par un réseau sur lequel sont raccordés tous les postes d'eau de l'eau de l'intérieur des palais. C'est également cette eau sous pression qui jaillit des fontaines monumentales et qui alimente les jets d'eau. C'est donc bien à tort que l'on a souvent reproché à l'administration de gaspiller l'eau de source pour le senice de l'Exposition. Partout on s'est servi d'eau de Seine, hormis pour le service dos restaurants et des fontaines Wallace.

Pour les usages alimentaires, en effet, on a eu recours à l'eau de source empruntée, comme en 1878, au réseau de la Vanne. Cette eau descend directement des grands réservoirs de Montrouge, dont le trop-plein

3ï2 CAUSKRIES SCIENTIFIQUES.

«st à la cote 80 mètres, elle pénètre dans l'enceinte de l'Exposition du cûté de l'avenue de La Bourdonnais, par une conduite de 40 centimètres de diamètre qui se ramifie de toutes parts, de façon à pourvoir à tous les

besoins des restaurants, des cafés, etc., et k desservir également les fontaines Wallace disséminées dans le parc. Des abonnements au compteur à prix réduits ont été consentis à tous les exposants qui en ont (ait la demande. L'eau de source est livrée à 30 centimes le mètre cube, et comme la Ville ne peut disposer que d'un volume réduit, surtout en été, elle est, nous le

tion.

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LU de ■ge.à ionl-

qiiadllon e du

m CAUSEKIES SCIENTIFIQUES.

service des eaux et de l'assairnssemeat de Paris. H. Bechmann y a in^itallé trois grands bacs disposés côte à côte. Les eaux de Seine des deux premiers bacs sont troubles, les eaux du troisième bac rempli d'eau de la Vanne sont beaucoup plus tranpareiites et limpides. On sait que l'on accuse les eaux de la Seine d'être le véhicule ordinaire de la fièvre typhoïde. On croit avoir noté, en effet, certaines coïncidences entre

la distribution passagère de l'eau de Seine, dans des quartiers ordinairement desservis par les eaux de source, et l'accroissement des cas de lièvre typhoïde dans ces mômes quartiers. C'est une opinion vraisemblable. Il était donc indispensable de ne livrer au Champ-de-Mars que de l'eau à l'abri de tout soupçon. C'est pourquoi on y a introduit les eaux de la Vanne pour les usages alimentaires, et c'est pourquoi aussi l'administration ne livre exclusivement que cette eau pour les besoins de la consommation.

Le réseau entier de l'Exposition aura nécessité la

poso de ^0,000 mètres de conduits en fonte, de plus de 200 bouches d'arrosage et d'incendie, 50 postes spéciaux d'incendie, 10 fontaines Wallace, etc.

La partie de toute cette installation hydraulique qui frappe le plus le public est, sans contredit, celle qui parle aux yeux, c'est-à-dire les grandes pièces d'eau duGhamp-de-Mars, et particulièrement la fontaine Formigé et Coutan avec sa rivière de iO mètres de longueur, son bassin octogonal et ses gerbes d'eau. Les jets d'eau, nous l'avons dit, sont alimentés par la distribution d'eau de Seine à haute pression venant de Villejuif. Mais les bassins, la vasque inférieure, la rivière, s'emplissent en outre avec de Teau qui a une tout autre origine assez peu connue des curieux. Tout cet énorme volume d'eau est celui qu'a déjà débité la grande cascade du Trocadéro. Une canalisation souterraine composée d'une conduite maîtresse de 60 centimètres de diamètre avec deux branchements parallèles de 50 centimèlres, réunit lesbassins de la fontaine à la vasque inférieure de la cascade, de telle sorte que c'est l'eau que l'on a déjà vue tomber au Trocadéro que de nouveau on voit bouillonner autour de la fontaine, et retomber encore pour parvenir à la rivière et au bassin octogonal. Au fond, c'est une canalisation à deux chutes d'eau rendue possible par la différence de niveau existant entre le Trocadéro et le terre-plein du Champ-de-Mars.

Celte eau est de l'eau do Seine primitivement refoulée par la pompe de Chaillot jusqu'aux réservoirs de Passy. Des réservoirs elle s'(»n va à la cascade du Trocadéro (;t du Trocadéro au Champ-de-Mars pour retourner à la Seine : c'est un drcuit continu.

En 1878, on avait déjà utilisé Teau de la cascade du Trocadéro en Tamenant à travers le pont dléna jusqu'aux chaudières réparties autour du palais. Cette fois, on Ta conduite aux bassins de la fontaine centrale, qui reçoit ainsi à la fois Teau de la Seine prise à Ivry pour les gerbes et les jets et l'eau de la Seine puisée au pont de TAlma pour les bassins.

On a concentré sur la fontaine monumentale toutes les ressources de Tart moderne de Thydraulicien : on a multiplié les jeux. Le soir, les gerbes et les jets sont illuminés électriquement et produisent ces effets de lumière féerique qui font Tadmiration de la foule. Il est évident que ce feu d'artifice d'un nouveau genre constitue Tune des plus grandes attractions de l'Exposition. Ce spectacle a accaparé rapidement toute la faveur du public.

On trouvera dans le chapitre suivant quelques détails sur les fontaines lumineuses.

Les fontaines. — La fontaine monumentale. — Les petites gerbes.

— Débit par heure. — Les fontaines dans le jour. — Pendant la soirée. — Les premières fontaines lumineuses. — Expérience de CoUadon. — Phénomène de la réflexion totale. — Les jeis lumineux en France et en Angleterre. — Installation duChampde-Mars. — La grande gerbe. — Les dessous. — Crypte et souterrains. — La lumière dans le sous-sol. — Les réflecteurs, les régulateurs électriques. — Les verres colorés. — La manœuvre.

— Leviers et transmissions de mouvements. — Illuminations.

OU S ceux qui ont été au Ghamp-de-Mars le soir ont été frappés de la vogue extraordinaire qu'ont acquise les fontaines lumineuses. Les fontaines jouent tous les soirs et leur succès ne s'épuise pas. Le spectacle que présentent les abords de la fontaine monumentale estvraimentcurieux.il Ta été surtout aux mois de juin et dejuillet.Dèssixheures, aux beaux jours, on voyait le public se disputer les chaises ; il s'entassait sur six, sept, huit rangées de chaises près des bassins, autour de la vasque supérieure. Plus loin, sur le terre-plein de la tour Eiffel, dès cinq heures, les visiteurs choisissaient leurs places ; delà on domine un peu les bassins disposés dans la partie la 'plus basse du Champ-dc-

328 CAUSERIES SCIEN'TIF rQUES.

Mars. Oii se pressait ainsi entre des rangées très serrées de chaises et de curieux. D'autres montaient i l'étage de la tour pour mieux voir le coup d'œil d'ensemble. Tout le promenoir qui regarde les jardins était envahi. Les escaliers tournants servaient aussi

cr-

d'observatoires, le public s'y entassait par grappes. Les jours de fête, les dimanches et les lundis, le spectacle devenait incomparable ; les spectateurs en faisaient tous les frais. La foule était énorme ; on comptait les curieux par dizaines de mille ; les allées étaient noires de monde, les terrasses des palais envahies. On aurait dit d'une arène immense aux gradins bondes de spectateurs. C'était inimaginable. On attendait l'hfure

avec impatience et, quand la première fusée liquide retombait en gerbe d'or, c'étaient partout des applaudissements frénétiques, des cris d'admiration.

Cette illumination est, en effet, magique et bien faite pour exciter Tétonnement de la foule. Nous n'étions pas habitués à ces jeux de lumière et à ces rapides changements de couleurs. Rien de merveilleux comme ces jets étincelants aux teintes si vives et à la fois si douces, comme cette pluie continue de diamants, de perles, de saphirs et d'émeraudes I Ces nappes d'eau ruisselantes de feu, ces gerbes d'argent, ces étincelles, ces paillettes, toute cette eau comme enflammée, bouillonnant, jaillissant, retombant avec des scintillations éblouissantes, toute cette orgie de lumière séduit les regards. On se croirait dans le pays des fées.

Et il s'en est fallu cependant de bien peu que l'on ne nous donnât pas ce spectacle singulièrement original. Il n'entrait pas d'abord dans le programme général de l'Exposition : à l'origine, on n'était pas fixé sur le point de savoir si l'on ouvrirait l'enceinte pendant la soirée ; on avait simplement projeté de faire quatre pièces d'eau, une grande avecfontaine au centre, trois autres plus petites, de forme allongée, avec jets analogues à ceux des Champs-Elysées. Mais, quand le syndicat des électriciens se fut constitué, quand on eut résolu d'éclairer les jardins, le soir, on pensa aussitôt à établir autour du parc une fontaine lumineuse du genre de celles qui avaient été construites aux expositions anglaises de Londres en 1884^ de Manchester en 1887 et de Glascow en 1888. Seulement le cadre étantautrementvaste,il fallaitarriveràtout grandir, et par conséquent se livrer à de nouvelles études.

aaO CAUSERIES SCIENTIFIQUES.

M. Bechmann, ingénieur en chef des eaux de Paris, et M. Formigé, architecte de nos promenades, se rendirent à Glascow pour examiner la question. A leur retour, la direction des travaux, sur leur avis, modifia le projet primitif. On abandonna Fidée de faire quatre petites fontaines et Ton décida d'établir ime grande pièce d'eau unique. La fontaine monumentale de M. Formigé, décorée des sculptures de M. Goutan, serait placée au milieu d'une grande vasque, et, dans un bassin, creusé en contre-bas, on reproduirait la gerbe lumineuse de Glascow. Tel a été le phin d'exécution.'.

Le dédain .général de la grande pièce d'eau centrale a été confié à. M. Formigé pour la partie arcliitecturale et, pour las effets d'eau et de lumière, à M. Bechmann; il rappelle un peu celui de la cascade de Saint-Qoud, En haut, sur le terre-plein entouré d'eau, la fontaine Formigé et Goutan ; l'eau s'échappe de la vasque et tombe dans un large bassin auquel fait suite un second bassin allongé, terminé lui-même par un troisième bassin de forme octogonale placé au croisement de l'axe longitudinal du Champ-de-Mars et de l'axe des dômes des palais des Beaux-Arts et des Arts libéraux.

La fontaine monumentale en plâtre représente le Génie de la France voyageant sur le vaisseau du Progrès et renversant à droite et à gauche la Routine et l'Ignorance ; à la proue, le Coq gaulois chante le succès de l'Exposition ; à la poupe, la République dirige le gouvernail, A quelques mètres en avant, au commencement du bassin allongé, sur un roc isolé au milieu des roseaux, la Seine est personnifiée par une figure de femme assise et tenant à la main un large a\iron.

L'eau tombe de la fontaine d'uliord dans une lai^e

vasque, puis vient se jetpr en une cascade de 40 mitres de largeur dans le bassin inférieur en communi-

cation avec le bassin allongé qui a 30 mètres de longueur, et' de ce bassin, passe dans le dernier bassin octogonal.

Dans la vasque supérieure de la fontaine, Teau s'échappe du monument par i cornes d'abondance, A dauphins et 6 urnes, soit en tout 14 jets paraboliques et 2 jets verticaux disposés de chaque côté du vaisseau.

Sur les bords du bassin rectangulaire, on a distribué.

(^)ftvi(p T- C^'- ^'''-'

FiG. 23M. — Fontaiucs lumineuses. (Coupe et flan.)

et de chaque côté, 7 gerbes de forme variée, au total 14 gerbes, dont 2 situées dans le premier bassin qui fait suite à la fontaine. Chacune de ces gerbes se compose de 17 jets do petite dimension qui entourent un jet principal; les jets brisés par la résistance de Tair retombent en poussière d'eau. Quelques-unes ont la forme d'une fleur dont 5 jets en lame mince et recourbée figurent la corolle, tandis qu'un sixième jet s'échappe verticalement de la partie centrale. Tous les appareils ont été construits à l'atelier cen-s

tral des machines élévatoires de la Ville, sous la direction de M. Tinspecteur Meker.

Enfin, au milieu du bassin octogonal extrême, on a installé la grande gerbe composée d'un double jet central et entourée de 2 couronnes concentriques, rintérieure de 6 jets, Textérieure de iO jets ; les jeux sont multiples et Ton peut faire varier leur piiissance et leur hauteur.

Au total, toute cette pièce d'eau a nécessité Tinstallation de 48 effets d'eau distincts, 35 jets verticaux, 14 jets paraboliques, près de 300 ajutages débitant au moins 350 litres par seconde, soit 1,100 mètres cubes à rheure. L'eau des gerbes des jets vient, comme nous l'avons dit antérieurement, du réservoir de Villejuif (de la cote 89 mètres). On dépense .par soir environ 1,200 mètres cubes. A Glascow, M. Galloway, pour économiser Teau, se servait de pompes utilisant toujours la même eau. Mais ici, il était, au contraire, plus économique de renoncer aux appareils coûteux de M. Galloway et de faire venir Teau de la Seine sous pression.

Voilà pour la fontaine et les jets d'eau, que Ton peut voir en fonction à peu près tout l'après-midi, mais à débit réduit. Les eaux jouent tous les jours au Trocadéro et au Champ-de-Mars. On réserve le grand jeu complet pour les soirs et les jours de fête. Maintenant, passons aux effets lumineux.

La première idée des fontaines lumineuses remonte à 1741 ; elle appartient à un é minent ingénieur suisse, M. CoUadon. Le premier, il fit sortir d'un vase plein d'eau un jet admirablement éclairé. L'expérience de Colladon est facile à comprendre.

On prend un réservoir carré en tôle assez élevé ; si Ton perce un trou vers la base de la paroi verticale, Teau s'échappe naturellement en jet parabolique par cette ouverture. En face de ce trou, dans la paroi opposée du réservoir, encastrons solidement un verre grossissant, une lentille, .et plaçons derrière la lentille une lampe ; la lumière de la lampe est concontrée par le verre et le faisceau lumineux tombe sur l'ouverture par laquelle s'échappe le liquide. Les rayons

lumineux pénètrent dans Teau et s'y réfléchissent; au lieu de s'en aller en droite ligne par l'ouverture, ils rebondissent sur la surface courbe du liquide, se réfléchissent de proche en proche en suivant la courbure du jet; ils subissent, comme disent les physiciens, la réflexion totale.

Aussi l'eau absorbe toute la lumière, qui ne dévie ni à droite ni à gauche, et le jet apparaît étincelant.

On peut répéter l'expérience de Golladon sous une autre forme encore plus simple : il suffit de disposer sous un jet d'eau vertical et tout près de l'ajutage une lame de verre protégeant une lampe et un réflecteur installé dans un petit puisard ménagé sous la vasque du jet d'eau. Les rayons lumineux illumineront le jet et subiront la réflexion totale.

Il va de soi que si l'on dispose entre la lampe et le réflecteur un verre coloré, le jet sortira lui-même coloré. Tout le monde sait bien que derrière un vitrage rouge tous les objets apparaîtront en rouge; s'il est

Fia.2S4. — Expërienco de Golladon. lUamination d*un jet parabolique.

bleu, en bleu, etc. De même ici la lumière passant par un verre rouge, bleu, vert, le jet deviendra rouge, bleu, vert.

• Tel est le principe. La gerbe liquide absorbe toute la lumière qui s'y enferme comme dans une gaine et qui ne s'éparpille qu'avec les gouttelettes liquides. C'est ce mariage si intime de la lumière et de l'eau qui produit ces effets merveilleux, ce véritable enchantement desyéuî(l).

' L'appareil de Colladon n'était guère qu*un appareil de laboratoire. On s'en servit en remplaçant la lampe par un régulateur électrique Serrin dans divers théâtres. C'est ainsi qu'on Illumina la fontaine qui coule sur la scène de rOpîéra'dans le 2^ acte de Faust et la cascade de Ce/ïrfre7/of!, au Ghâtelet, etc.

En 1861, im Français, M. Delaporte, prit un brevet pour fontaines lumineuses. Il installa au milieu du grand bassin des Tuileries une véritable fontaine lumineuse; le jet sortait étincelant, puis bleu, puis rouge. L'eau prenait successivement les teintes des couleurs nationales, au grand i»laisir de la foule. Le 29 octobre 1864, nous nous rappelons fort bien avoir vu au Conservatoire des arts et métiers, pendant une soirée donnée par le général Morin, fonctionner pendant des heures la fontaine lumineuse de M. Delaporte. En i88i, à Londres, M. le colonel Bolton remit à la mode les fontaines lumineuses. Depuis, M. Gallo-

(l) Kepler a dé^couvert le premier le phénomène de la ri^lîexian totale. Bouguer pensait que toute la lumière n*était pas absorbée. Arago a prouvé que la réflexion totale était si complète qu'il n y avait dans ce cas aucune perte. Toute la lumière reste dans 1« liquide.

way a donné une forme industrielle au premier dispositif ; n a rendu sa fontaine mobile et il a pu la transporter successivement aux expositions de Glascow, de Manchester, de Barcelone. La grande gerbe du bassin octogonal est illuminée par le procédé Galloway. Les appareils employés sont ceux qui ont déjà ser\i en Angleterre et en Espagne.

Les autres Jets, les jets paraboliques de la fontaine, les gerbes du bassin allongé ont été établis par le ser- -idce des eaux. Toute cette dernière installation est due à M. Bechmann et àTinspecteur du service, M. Richard» Il a fallu, de ce côté, résoudre un problème assez délicat. Les jets paraboliques qui sortent des dauphins, des cornes d'abondance de la fontaine, sont d'un gros volume et d'une grande amplitude. Le système Colladon se montra tout à fait impuissant pour éclairer ces jets aux dimensions inusitées jusqu'ici.

M. Bechmann, avec le concours de MM. Richard et Meker, a dû rechercher un dispositif nouveau ; il est parvenu, après de longues recherches et à l'aide d'un artifice ingénieux, h. illuminer des jets paraboliques ayant jusqu'à 22 centimètres de diamètre et 4"*,50 de longueur. Avec une grande masse d'eau s'échappant sous haute pression^ la lumière, même la lumière électrique, éclairait mal le jet; elle se diffusait rapidement dans Teau et l'éclat lumineux était insuffisant. M. Bechmann eut l'idée de remplacer le gros jet d'eau plein par un gros jet d'eau creux. Economie d'eau d'abord, niais surtout diminution d'absorption de la lumière par la 'masse liquide, et, conséquemment, illumination satisfaisante. L'idée était bonne, elle a réussi. Mais comment produire un jet d'eau creux?

Tout bonnement en faisant sortir Teau non plus par un trou, mais par une rainure circulaire ; Teau s'échappe en lame sur le pourtour de Tajutage, emprisonnant seulement de Tair au milieu de cette gaine liquide. Il fallait, en outre, que la lumière pût pénétrer au milieu de ce cylindre d'eau creux pour y subir la réflexion totale. Aussi a-t-on dû combiner un ajutage spécial.

Imaginons donc deux grands entonnoirs métalliques, Tun étant un peu plus grand que Tautre. Mettons le plus petit dans le plus grand; il restera un espace libre entre les deux entonnoirs; on obtient ainsi un -• -.- . li^^^ récipient k doubles parois, r/::: :r.-l^^§Bfej|^ ouvert en haut et en bas. ""'"'M L'eau sous pression, intro- w^

duite latéralement entre les p,^ ,^5 ^j„^, j.„„ ^^^

deux parois, s'échappera parabolique. (système Bcchmann.)

par Touverture annulaire

inférieure; elle sortira en lame dont l'épaisseur dépendra de la distance que Ton aura laissée entre les deux parois ; on aura donc un jet creux. De plus, l'ouverture de ce grand entonnoir à doubles parois est libre ; rœil traverse le récipient d'outre en outre et peut apercecevoir le milieu plein d'air du jet d'eau. La lumière le traversera de même. Il suffit par suite, pour illuminer le jet creux, de placer derrière l'ouverture des récipients à doubles parois un puissant foyer lumineux. Les rayons subiront, à travers la lame d'eau annulaire, la réflexion totale et tout le jet sera illuminé.

M. Bechmann a constaté que l'on pouvait réduire l'épaisseur de la lame d'eau qui constitue tout ce jet

creux jusqu'à 2 ou 3 millimètres d'épaisseur. Il est remarquable qu'avec cette mince couche d'eau la réflexion de la lumière puisse se faire totalement. Le jet seul est éclairé et sort lumineux des cornes d'abondance et des urnes. M. Bechmann a trouvé aussi qu'il était préférable, pour l'effet à obtenir, de faire non pas circulaire, mais elliptique l'ouverture annulaire de sortie de l'eau. C'est cette disposition qui a partout été appliquée aux jets paraboliques, et qu'il a fallu, non sans peine, plier aux exigences dos ornements décoratifs et installer le mieux possible à la base des cornes d'abondance, des dauphins, etc. La place faisait défaut dans les attributs de l'œuvre de M. Coutan pour placer les foyers lumineux, les verres de couleur, etc. ; d'ailleurs, la chaleur du foyer aurait brûlé le plâtre ou fondu le plomb qui entre dans la construction de la fontaine; on a dû renoncer à l'éclairage direct; comme nous le verrons dans un instant, on a dû renvover à distance, à l'aide d'un miroir incliné à i5 degrés, la lumière du foyer dans la partie intérieure de l'ajutage. Depuis longtemps, nous l'avons dit, on a remplacé, pour éclairer les jets, la lampe de GoUadon par «les foyers électriques. On a réuni sur ce point du Champde-Mars assez de lumière pour éclairer tout un quartier, une intensité lumineuse de plus de 35,000 carcels, soit de 240,000 bougies! 30 régulateurs k arc de 40 ampères pour toute la partie française, 17 régulateurs h arc de 60 ampères pour la partie anglaise. (3r, un régulateur à arc de 60 ampères équivaut environ h 1,000 carcels, et un régulateur à arc de iO ampères à 900 carcels. La force motrice absorbée par cet éclairage s'élève à 250 chevaux-vapeur.

Le courant électrique est envoyé par des fils conducteurs d'une des stations du syndicat des électriciens installé dans la cour qui sépare la galerie des Machines du palais des Industries diverses. Quand la fontaine fonctionne et est illuminée, elle dépense donc non seulement 350 litres à la seconde, mais encore ces 250 chevaux! Et toute cette lumière est emmagasinée, absorbée par l'eau !

Le public ne peut se douter extérieurement de Ténorme quantité de lumière ainsi produite; les foyerç sont dissimulés; on ne voit rien au dehors. Tout est machiné comme dans un théâtre sous la grande pièce d'eau et tout fonctionne très régulièrement au commandement d'un seul chef d'équipe.

Il est indispensable maintenant que nous visitions les dessous, pour bien nous rendre compte de l'installation générale.

Derrière la fontaine, côté du grand dôme, se trouve, masqué par une trappe, un petit escalier. Descendons les marches. Nous voilà en quelques instants dans une vaste chambre souterraine d'où partent deux galeries latérales qui courent sous la fontaine et sous le bassin rectangulaire en suivant exactement la ligne jalonnée par les ajutages des jets. Sous le bassin octogonal, partie anglaise, il existe, de môme, une chambre circulaire indépendante de la première. On y pénètre par une autre porte et par un couloir souterrain. Examinons d'abord Tinstallation française. En avançant dans l'une des galeries souterraines, on voit de place en place s'ouvrir dans le toit comme une cheminée aboutissant à une dalle en verre de 60 centimètres de longueur. Au-dessus du toit, c'est l'eau; nous 'sommes

3(0 CAUSERIES

bien sous le plafond des bassins.

Cliaque cheminée marque l'emplacement d'un jet. La dalle qui la ferme e peu au-dessus du ni de l'eau ; elle le quelques cenlim(>tri courbé qui amène débouche exactem milieu. Au dehors,!

verrait par la dallf du souterrain, sil'o soin de tout cacher rant au moyen d'u roseaux en fonte, i ceux dont on se s< fontaines de nos ; parisiennes pour di»

trémité des ajutage des bassins, le regai par ces obstacles, et apercevoir la dalle C'est, en effet, sou!

que l'on dispose le neux.

Les régulateurs installés au bas de < minée sur un petit bi Contrairement à ce toujours fait en .

MM. Sautter et Lem on nier ont adopté des lampes à charbons, qui présentent sur les lampes à charbons

horizontaux le grand avantage de se régler automatiquement. Seulement l'arc, étant vertical, envoie toute

son intensité lumineuse dans le sens horizonal ; il faut donc dans cette disposition relever verticalement le

ai3 CAUSERIES SCIENTIFiQUKS.

faisceau lumineux. On place latéralement devant la lampe un rL'flecteiir spliérique en verre argent)' et symétriquement du côté opposé un miroir plan incliné à 45 degrés. Le faisceau lumineux est projeté par le réflecteur sur le miroir qui le renvoie verticalement à travers la dalle sur le jet d'eau, oii il subit la réflexion totale. Il n'y a pas de perte sensible de lumière dans cet éclairage indidirecl ; le système est très commode pourla manœuvre et ne nécessite pas de surveillance.

' Sous la fontaine même, pour l'illumination des jets paraboliques, on aurait pu adopter aussi ce système.

Le syndicat des F.a. !6o. - iii„„,L»,aon d« o.H.., ^lectriciens . au-

paraboliqiies. (S.vslêmo Bethmaon.) quel iUCOmbentleS

charges de l'éclairage, a préféré le système anglais, soit un régulateur îi charbons horizontaux, ri'glable à la main, qui lui a paru plus économique. Le régulateur est placé au pied de la cheminée qui aboutit au conduit horizontal de la corne d'abondance et un réflecteur disposé a'U-dessous du foyer projette verticalement la lumière sur un miroir à 43 degrés installé au sommet, dans l'angle formé par la cheminée et le conduit horizontal. Le miroir renvoie la lumière horizontalement sur le jet parabolique.

LES FONTAINES LUMINEUSES. 3ilt

Dans la chambre souterraine circulaire du bassin octogonal, partie anglaise, il y a sous chaque jet aussi une daile, et les dalles sont ici très rapprochées, puisque les jets sont très voisins pour produire l'effet d'une grande gerbe. Chaque dalle est directement éclairée par ud foyer électrique fi charbons horizon-

taux, qui projette verticalement et directement sa lumière sur chaque jet. Le miroir devient inutile, puisque l'arc étant horizontal rayonne toute sa lumière dans le sens vertical. Le réflecteur disposé au-dessous du foyer est en étain, de forme parabolique, avec une échancrure à la base pour laisser tomber les cendres des charbons. Ici il faut régler le rapprochement des charbons à la main. C'est un inconvénient. Mais il n'y a plus de miroir accessoire ; l'illumination est directe.

C'est un avantage. Il est vrai que Ton doit perdre sans doute un peu de lumière par Téchancrure pratiquée dans le réflecteur d'étain pour se débarrasser dçs cendres ; par compensation, les régulateurs à main coûtent trois ou quatre fois moins cher que les régulateurs automatiques. Chaque système a du bon. Toute Tinstallation électrique, en ce qui concerne le syndicat des électriciens, a été dirigée par M. David Napoli.

Les effets de coloration sont obtenus, comme toujours, par rinterposition de grandes plaques teintées entre le foyer et le jet. Dans chaque poste, c'est-àdire au bas de chaque cheminée, quatre montants verticaux forment châssis supportant cinq plaques superposées. Chaque plaque repose par un cadre sur des galets et peut se mouvoir sur des rails sans le moindre effort. On peut les faire avancer de manière à les interposer exactement sur le trajet du faisceau lumineux. Les couleurs choisies sont les mômes dans chaque poste : rouge, bjeu, vert, or et blanc; avec ces teintes, en déplaçant en tout ou en partie les plaques de verre, on obtient une infinité de combinaisons.

Le changement des plaques s'effectue h distance, mécaniquement et simultanément. Tous les verres de môme couleur sont reliés entre eux par un câble qui court sous la voûte, maintenu par des poulies et va aboutir à un levier. Cette disposition rappelle les transmissions de mouvement adoptées sur les chemins de fer pour actionner à distance les signaux. Il suffit d'incliner le levier pour que toutes les plaques de même teinte roulent sur leurs rails et viennent se placer sur le trajet du faisceau de lumière. En ramenant le levier dans sa position première, on éloigne

LES FONTAINES LUMINEUSES. u:i

de même les plaques dont il commande le déplacement. En arrivant dans la chambre souterraine, sous la fontaine, on voit disposés côte à côte les leviers de manœuvre.

Un seul homme suTlit pour opérer le déplacement des plaques.

Chaque levier porte son numéro d'ordre, t et le manipulat«ur a sous les yeux un tableau sur lequel viennent s'inscrire les ordres transmis. Le tableau indique, par exemple, n' -4 ; aussitôt on fait basculer • lelevicrn" i,et tous les verres

rouges colo- Fiu. «ai. — intérieur du Uiosquo a'obscrvBiioo.

rent en rouge ;::^"«ltuTaZ,t^.:u^:ru;i!■;x^^^^^

la lumière ; de lp« clianKemenM de loinle.

même pour le

levier des verres bleus, jaunes, etc. Chaque série a

son levier et son cflblc de transmission. C'est tout

simple.

Dans la chambre circulain; de la partie anglaise, on retrouve le même dispositif, indépendant du premier; mêmes leviers de commande, mtme transmis-

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