Extrait d'un mémoire lu le 5 décembre 1822 ... intitulé
D’ un Mémoire lu le 5 décembre 1822 a la Société médico - chirurgicale d’Edimbourg , inliluié : Rela +
tion des effets produits par l'injection d'une solution d'opium dans les veines , dans un cas d'hystérie qui pre *
" noit la forme de tètanus ; précédé de quelques réflexions sur l’action des poisons , par Charles W. Coindet M. D. et C. Membre de plusieurs Sociétés savantes,
( Tiré de la Bikl. Univ. Mai i8a3. J
L’auteur de ce Mémoire rappelle eri commençant, que ■vers le milieu du dix-septième siècle , plusieurs physiologistes s’occupèrent pour la première fois de l’injection des médicamens dans les veines ; que les effets singuliers qu’ils en obtinrent les conduisirent bientôt à substituer aux médicamens les différens fluides de notre corps , ce qui devint l’origine de l’opération célèbre connue sous le nom de la transfusion du sang; enfin, que lorsque de nombreux accidens eurent forcé l’autorité civile à proscrire ce dernier procédé , l’invention qui lui avoit donné naissance étpit déjà tombée dans un profond oubli.
Nous ne saurions regretter, ajoute l’auteur, qu’elle y soit testée jusqu’à ces derniers temps ; car en lisant les détails qui nous ont été transmis sur la manière dont l’on en usoit, en demeure convaincu qu’elle ne pouvoit être suivie d heureux résultats. Les substances que ces médecins injectoient dans les veines y sont généralement désignées sous un nom trè$-vague3 tel que celui de purgatif , ou d’emétique; ils ne nous
apprennent que fort rarement la quantité employée, et passent entièrement sous silençejes effets qu’elle avoit produit suivies fonctions les plus importantes ; il est évident d’ailleurs qu’ils pratiquoient souvent ces injections dans le seul but de faire des expériences , et l’on frémit: quand on découvre avec combien peu de jugement ils avoient recours à de tels moyens. * f ' '
“Lorsque Mr. Ch. Coindet proposa d’injecter une solution • d’opium dans les veines , pour la maladie dont la relation forme une partie de son Mémoire, il ignoroit que l’on eut employé ce procédé dans des temps* plus récens ; ïl expose donc quelques-unes des considérations qui le conduisirent à le recommander; comme elles présentent des vues nouvelles sur la nature de l’action des poisons , et le mettent pleinement à l’abri du reproche d’avoir employé à la légère un traitement aussi énergique, nous commencerons par en donner le résumé en empruntant ses propres paroles.
» Offrons d’abord un tableau de quekjUÇiS-uns des phénomènes de la digestion. » 1
« Les substances dont la composition se rapproche le plus de celle des élémens des dtjfèrens tissus de notre corps sont aussi les substances les plus nourrissantes et presque universellement les plus aisément digérées . Cette loi est une de celles de notre ' économie qui souffre le moins d’exceptions, soit que nous envisagions ces substances par classes, ou individuellement; donnons -lui quelque développement. Les substances nutritives tirées du règne animal sont en beaucoup plus grand nombre , et leurs propriétés sont beaucoup plus saillantes que celles du règne végétal, quant au règne minéral, il n’offre que des substances qui stimulent les organes digestifs, mais aucune que l’on puisse appeler nutritive. Maintenant en considérant ces substances individuellement et .suivant le règne auquel elles appartiennent , nous trouvons que les huîtres- ’
qui ne sont guères que du mucilage animal ; que les œufâ qui ne sont que de l’albumine presque pure , la gélatine , l’osmazome sont les substances les plus nutritives et les plus aisément digérées ; les .tissus animaux possèdent des qualités nutritives d’autant plus saillantes que ces composés élémentaires s’y trouvent en plus grande abondance.
Dans le règne végétal , nous trouvons que les substances les plus nutritives se rapprochent aussi le plus de la composition des produits élémentaires du , règne animal ; l’on pourroit ainsi construire une échelle de nutrition, à la tête de laquelle l’on mettroit le gluten et la gelée végétale , puis les. fécules amylacées, la gomme, le sucre , le parenchyme des feuilles, jusqu’à-ce que l’on arrivât à des corps qui sont incapables de soutenir, notre économie. ,
' Au premier coup- d’œil il paroîtroit naturel d’admettre . que la fonction qui nous occupe ne consiste qu’en une espèce de tamisage des particules les plus propres à être assimilées à notre corps parce qu’elles sont les plus semblables à celles qui le composent ; et en effet cette opinion a été long-temps admise , mais la considération suivante l'a considérablement modifiée. , , , - .
. Qiielle que soit la nature des substances dont nous nous nourrissons , le chyle que nos organes y puisent ne diffère pas essentiellement de celui quils auroient tiré, de toute autre substance ; ce qui nous force à admettre que l’estomac décompose par une action spéciale les substances alimentaires, dont les élémens se combinent alors, à l’état naissant, dans de nouvelles proportions, et forment en grande partie ce^te pâte presqu’homogène (le chyme) d’où les vaisseaux absorbais pompent le fluide qui doit soutenir l'économie.
' Mr. Çh- Coindet jette maintenant un coup-d’œil rapide sur l’action des poisons , qu’il rattache aux faits préeé- . « i ai . ^ -
* «Les poisons peuvent être introduits dans ïe corps pss cliiFérens canaux. Ce sont les organes de la digestion et de la respiration, les systèmes artériel , veineux, absorbant , séreux , muqueux , et cutané. »
' » Le fait suivant mérite toute notre attention. Quel quo soit le système qu’on choisisse pour introduire les poisons dans le corps, les effets qu’ils produisent sont entièrement sem¬
blables quant à leur nature; et cela s’observe, non-seulement quand on injecte des substances qui agissent sur un système entier ou sur plusieurs systèmes , mais encore lors même que l’action paroit se borner à quelques ôfgânes, tels que le plu» grand nombre des émétiques , des purgàtifs ét des diuré-» tiques. »
» Cette identité de la nature des ‘effets que ces poisons produisent , quel que soit le ^stême qu’on ait choisi pour les faire parvenir dans la chxfilatidfî'C*), n’empêche pas cependant que des différences ?rè$-marquéefjjraient lieu quant à la rapidité et à l’intensité avefc léétjueîfes ce s effets se manifestent ; l’on peut même calculer cetté différence selon lo système que l’on a choisi.»
L’influence modifiante que chaqâe système apporte à l’effet des poisons est fort intéressante à eonnoître; cependant, comme elle seroit longue à exposer, Mr. Ch. C. se borne dans ce Mémoire , à examiner celle de deux d’entr’eux , le système sanguin et le système digestif , parce qu’ils forment à-peu-près les extrêmes de cette échelle de modifications ; quant aux autres , il nous assure qu’ils ne lui ont fourni aucune objection aux considérations sui-* vantes. »
* (r) Mr. Ch. C. ne parle évidemment ici que des poison* qui n’ont pas d’action caustique sur les tissus animaux , et que £ l’on a eu la précaution de dissoudre suffisamment avant que de les faire passer dans la masse du sang.
* »En prenant les résultats d’un nombre considérable d’expériences , l’on trouve, que les poisons du règne minéral agis-* sent avec à-peu-près autant de violence, soit qu’on les intro-» duise dans les veines ou, dans l’estomac , pourvu toutefois qu’ils n’aient point été^qcomposés par les fluides de ce vis-» cère. Leur action est plus . tardive , il est vrai , lorsqu’ils ont été ingérés dans ce dernier organe, à cause de la lenteur avec laquelle ils sont absorbés , tandis qu’introduits dans les veines* ils sont instantanément portés dans le courant de la cireur îation etjjfépandus^âgs^Oÿje l’économie ; mais si nous les introduisons^ dau% ces vaisseaux{ en petites portions successives , nous trouverons que leur action est aussi lente et n’est pas plus puissante, ^lorsqu’ils le sont par l’esio*
toaG* ; *?!» ■ r » Les choses , se f
ifféremment lorsqu’il s’agit des
îe secours dé la chimie, nous
poisons vegetauxr,s,oit les ayioas préa
dans toute leur pure te , soi t que nous les employions tels que nous les offre la nature; pour produire un effet égal sur la constitution la quantité de ces poisons ingérg| dans l’estomac doit être beaucoup plus considérable que cellq^.que l’on a injectée dans les veines, lors même que cette dernière l’a été en petites portions successives, à des intervalles plus ou moins longs. Par exemple. Une quantité de ticunas, de curare , d’upas , qui introduit® dans les veines feroit périr un animal en peu de secondés, produit à peine un effet sensible lorsqu’elle l’est dans le tube digestif. » !• - t ; o- \ * »
» En poursuivant les mêmes recherches sur «les poisons tirés du règne animal , nous trouvons que, cette différence entre la rapidité ou l'intensité de leur action suivant le système par lequel on les introduit est encore plus prononcée. On sait que Fontana donnoit à des chiens de la mie de pain , sur laquelle il avoit mis une telle quantité da
poison de la vipère , que , si elle eût été portée dans les veines , elle auroit causé la mort de plusieurs animaux de cette espèce; cependant, prise par- l’estomac , ils n’en éprouvoient aucune incommodité ; je me suis assuré que l’écume des animaux enragés peut être avalee en quelque quantité que ce soit sans produire aucun symptôme d’hydrophobie ; tandis que la plus petite quantité de cette même eoume introduite dans «ne blessure cause inévitablement cette cruelle maladie. Ces remarques s’appliquent également a tous les autres poisons animaux. » * - »
w La comparaison que nous venons d’établir entre les différences d’action que les poisons manifestent suivant que l’on a choisi le système nerveux ou le système digestif pour les introduire dans l’économie animale, conduit aux conclusions suivantes. »
• »i.° Toutes choses d’ailleurs égales, les poisons minéraux doivent être introduits dans les veines à plus fortes doses que tous les autres si l’on veut qu’ils causent la mort, tandis que les poisons tirés du règne animal l’amènent quelquefois , par ce canal , à 'des doses presqu’inapréciables ; ceux du règne végétal tiennent , sous ce point de vue, une place moyenne. »
»2.° Lorsque les poisons sont ingérés dans l’estomac, les résultats que l’on obtient sont «foins réguliers ; cependant on arrive assez clairement à une échelle d’activité et d'intensité d’action précisément inverse de la précédente , c’est-a-dire , que les poisons les plus violens sont généralement ceux, que l’on tire du règne minéral , puis ceux du règne végétal , et enfin les poisons fournis par le règne animal , qui pris intérieurement sont si peu actifs que l’on peut souvent les avaler en quelle quantité que ce soit sans qu’ils manifestent leurs effets. Recherchons maintenant si cette différence d’intensité et de. rapidité d’action des poisons , sui-
Tant le canal clioîsî pour leur introduction ne seroît point
en proportion avec une de leurs propriétés , la force des affinités qui unissent leurs parties composantes ; car nous aper^ cevons au premier coup-d’œil que leur différence d’action suivant celui des systèmes par lequel on les introduit, est au minimum, lorsque l’affinité de ces substances est la plus forte; et inversement , qu’elle est la plus grande lorsque la force de ces affinités est au minimum. En effet, les substances minérales qui toutes résistent plus ou moins aux moyens si énergiques de décomposition de nos laboratoires , ne pourraient céder à une action aussi foible que celle de l’estomac (i); c’est là la raison pour laquelle ils ne contribuent en rien à la nutrition de notre corps quoiqu’un assez grand nombre d’entr’elles contiennent les quatre corps élémentaires auxquels nos solides se réduisent en dernière analyse ; lorsqu’ils ont sur l’économie quelque action spéciale c’est qu’ils ont été absorbés en* plus ou moins grande quantité sans avoir subi la plus légère décomposition.
La différence d’action signalée par Mr. Ch. C. varie beaucoup dans les prisons cîu règne végétal , ce* qui est du à ce que la résistance qu’ils opposent à la force décomposante de l’estomac, varie beaucoup aussi ; il seroit trop long de suivre ces différences en détail, il suffira de rappeler un résultat général digne d’attention , c’est que plus ils contien-, nent d’azote , moins ils résistent à cette action du tube digestif, et moins leur propriétés vénéneuses sont énergiques.
L’on obtient des résultats encore plus saillans avec les substances délétères du règne animal ; elles contiennent toutes beaucoup d’azote etsont fort aisément décomposées par l’estomac; nous
(i) L’on doit se rappeler que Mr. Coindet ne parle point ici de celles qui, comme le nitrate d'argent, le chlorate de mercure sont décomposés par les fluides contenus dans cet organe.
feTôns déjà vu quels différence d’actibn des systèfnes est si grande, que quelle que soit la dose à laquelle on donne plusieurs d’entr’elles intérieurement , elles ne produisent aucun sympr tome d’empoisonnement.
L’azote joue donc un grand rôle dans la nutrition puisqu’il favorisé la décomposition des alimens, qui sont généralement d’autant plus aisément digérés et conséquemment d’autant plus nôufrissans , qu’ils en contiennent davantage. La nature des alimens doit être en rapport avec la sensibilité organique de l’estomac dans les differentes classes d’animaux , pour qu’ils puissent soutenir la nutrition , autrement il survient unê indigestion qui est suivre de mort; ceci ëntre pour beaucoup dans les résultats que l’on obtient en nourrissant les animaux carnivores avec des substances non azotées.
2.0 L’azote nous met à l’abri de l’action des poisons animaux , en leur communiquant une facilité de décomposition qui les convertit en substances alimentaires; sans cette propriété bienfaisante éoirs n’echapperions point à leur action, et les excrétions qu’un grand nombre de reptiles et d’insectes déposent sur nos fruits, deviendraient une source inévitable d’in* dispositions gravés et subites , et même d’une mort foudroyante semblable à celle qui suit leur introduction dans le sang* Avec quelle violence n’agiroient-ils point, lorsqu’au lieu d’ètre appliqués à la surface presqu’inappréciable d’urre piqûre, ils le seéoient sans aucune perte sur les parois du tube intestinal ? et combien d’insectes que nous ne regardons point 'Comme vénéneux , parce qn’rls ne sont point antres , ne le deviendroient-ils point alors que les sucs qu’ils secrétent trouveroient une route large et facile pour parvenir dans la circulation ?
, 3.° Mr. Magendie h rendu très-probable que la présence de l’azote dans ks alimens est fkeessaire , afin qu’il entre
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en proportion suffisante clans les fluides qui doivent réparer les pertes que fait constamment notre corps, dont chaque partie le contient en plus ou moins grande quantité.
Ce rôle que nous attribuons à l’azote dans la digestion,, s’accorde avec celui qu’il remplit dans toute la nature ; en effet, les composés du règne minéral que contiennent ce gaz, sont presque tous capables de causer de-violentes explosions, tant il a de tendance à rentrer à l’état libre ; parmi les végétaux , ceux dans lesquels on le retrouve en quantité notable tels que les champignons et les crucifères , subissent une fermentation putride très-prononcée dès que leur vie a cessé ; quant aux substances animales dans lesquelles il entre comme élément principal, tout le monde sait combien leur décomposition est rapide et complette, et qu’elle se trouve en rapport avec le degré d’animalisation qu’elles ont reçu , c’està-dire, avec la quantité d’azote qu’elles contiennent.
Mr. Ch. C. croit que les résultats précédens déterminent d’une manière générale l’étendue de l’action que l’estomac exerce sur les poisons et les remèdes tirés des différons règnes , et qu’ils démontrent , que leurs propriétés vénéneuses sont en rapport inverse de la facilité avec laquelle ils cèdent à cette action^ où (si l’on pouvoit s’exprimer ainsi en parlAnt de^wtf mST et de remèdes) en rapport inverse de leurs propriétés nutritives. Ceci nous expliqueroit d’une manière qui paroît satisfaisante , pourquoi parmi le très-petit nombre de médicamens que nous tirons du règne animal’, il n’en est presqu’aucun qui jouisse de propriétés médicales bien établies ; tandis que d’un autre côté ce même règne nous fournit avec profusion les substances les plus nutritives et comment il se fait que le règne minéral , tout au con-* traire, ne puisse soutenir la nutrition, mais abonde en poisons des plus violens. Faisons encore une application de cçs résultats; ce sera aux effets du régime : quelques particules alimen-
taîres échappent à l’action de l’estomac et parviennent dan» la circulation, d’où elles exercent à la longue une certaine influence sur l’economie.
Mr. Ch. C. ne cherche point à déterminer comment s’exerce la force de décomposition , qu’il a signalée : cette question , pense-t-il , sera longue et difficile à résoudre , il lui suffit pour le présent d’avoir prouvé son existence et détermine son étendue d’une manière générale.
Il fait maintenant l’application des résultats précèdent aux idées reçues sur l’action des poisons en general. L’on a supposé , dit-il , qu’une fois introduits dans l’estomac , ils agissent de l’une des trois manières suivantes :
1. ° Localement : les caustiques , tels que les alkalis et les acides minéraux concentres nous en offrent l’exemple. Dans ce cas, la rno^t arrive comme dans celui de brûlure de l’estomac, eu de tout autre accident qui détermine l’inflammation de ce viscère. Les irritans causent la mort d’une manière analogue; mais il est très-probable qu’indépendamment de leur action corrosive une partie est absorbée et agit sur un organe déterminé ; de ce genre sont les hellébores , les renoncules et quelques autres.
2. ° Certains poisons n’agissent qu’après avoir été portés par les fluides circulans vers un système particulier; ainsi la strychnine, appliquée sur une blessure, agit sur la moelle épinière ; Témefiue, sur le diaphragme et sur quelques autres muscles ; les purgatifs, sur la muqueuse des intestins.
3. ° Enfin l’on a dit que les poisons causoient la mort en produisant sur les papilles nerveuses de l’estomac, une impression particulière non compliquée d'une lésion organique qui se propageoit jusqu’au cerveau par pure sympathie. Celte hypothèse a été soutenue par Mr. Brodie, dans le but d’expliquer la mort foudroyante qui suit l’ingestion de certains
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poisons qui le plus souvent laissent Pestomac tout-à-fait intact ; par exemple , l’acide hydrocyanique , l’alcool , le tabac.
Les considérations précédentes dévoient naturellement conduire Mr. Ch. C. à n’admettre que les deux premiers modes d’action : ses doutes sur l’existence du dernier furent confirmés par un grand nombre d’expériences qu’il fit conjointement avec Mr. le Prof. Christison sur l’empoisonnement par l’acide oxalique. Nous n’en rendrons point compte ici ; espérant sous peu leur consacrer quelques pages de notre Recueil , nous nous contenterons de dire qu’elles ont été répétées par ces Messieurs sur l’alcohol et qu’ils en ont obtenu les mêmes résultats.
Après avoir considéré les modifications que les systèmes veineux et digestifs apportent à l’action des poisons, notre auteur passe à une partie plus intéressante en ce quelle est plus immédiatement utile ; elle forme une espèce d’introduction à Phistoiredu cas remarquable d’hystérie qui termine son Mémoire, «Dans quelques maladies, dit l’auteur, la faculté que possèdent les voies digestives de forcer les substances alimentaires à rompre leurs affinités pour entrer dans de nouvelles combinaisons et former le chyme , se trouve considérablement diminuée ; dans d’autres , elle est augmentée. »
«Jetons un coup-d’œil rapide sur ces deux états. Le premier a lieu le plus fréquemment chez les personnes qui ont été affoiblies par un jeûne prolongé , par la saignée , et Jes autres moyens anti-phlogistiques usités pour combattre le période aigu des maladies inflammatoires ; les remèdes alors agissent avec une grande énergie, et des doses très— foibles de jusquiame, de digitale, d’opium , ont quelquefois causé des accidens très-graves , tandis que d’un autre côté la nutrition est très— afFoiblie. En appliquant à cet ensemble de phénomènes les vues précédentes , il me paroit évident que chez ces personnes les médicamens agissent en propoition de ce qu’il en passe sans
décomposition dans la masse du sang, tandis que la nourriture ne pouvant être digérée est rejetée au-dehors. »
» Dans l’état contraire , l’énergie de la fonction qui nous occupe est fort augmentée; ainsi, dans un état de santé trèsflorissant, les médicamens et les poisons ont un effet comparativement très-foible, sur-tout si le système musculaire est très-développé; car l’on trouvera presqu’universellement que l*i nutrition dans les individus dont il s’agit, et conséquemment la force de cette décomposition, dont elle n’est qu’une suite , gardent une proportion très-marquée avec le développement et l’énergie du système musculaire. Dans plusieurs maladies du système musculo-nerveux , en particulier dans l’hydrophobie et le tétanos , la force musculaire est très-augmentée ; la nutrition l’est au point que des quantités immenses des narcotiques les plus violens et des purgatifs les plus actifs peuvent être donnés sans produire aucun de leurs effets habituels ; cependant ils ne passent point en nature par les selles, comme je m’en suis plusieurs fois assuré, mais ils sont décomposés , et feurs élémens sont diversement combinés et assimilés. Ces substances vénéneuses ont été digérées dans cet état de maladie , ainsi que le sont dans l’état de santé presque tous les poisons animaux dont la décomposition est plus facile. Ceci me paroit d’autant plus fondé que je ferai voir par la suite que lorsque ces médicamens sont injectés dans les veines de personnes affectées de ces maladies ils agissent avec énergie à des doses peu fortes.»
» Je tirerai maintenant de ce qui précède les conclusions suivantes : »
» i.° Qu’il n’y a que deux classes de poisons ; la première^ qui comprend les caustiques et les irritans ; la seconde tous les autres poisons; ceux-ci sont absorbés et portés par les lluides circulans vers les organes sur lesquels ils exercent une action spéciale. »
y> 2.q Que les poisons de cette dernière classe ingérés Sans restornac possèdent une intensité d’action qui est en rapport inverse de leurs propriétés nutritives. »
» 3.° Que l’activité avec laquelle sont décomposées les différentes substances qu’on introduit dans l’estomac , varie suivant Page , le sexe , l’état de santé , mais sur-tout la nature des maladies ; en un mot suivant les conditions qui font varier la digestion. » s
» 4*° Q«e les injections de médicamens dans les veines peu* vent être fort utiles dans les maladies où la fonction que j’ai signalée est tellement énergique , qu’aucun médicament ne peut être introduit dans l’estomac sans y être digéré; en sorte , qu’il ne peut arriver en nature dans les fluides circulais et exercer l’action qui lui est propre. »
Venons en maintenant à la relation du cas d’hysterie qui termine ce Mémoire, nous emprunterons les paroles de l’auteur dans l’extrait que nous allons en donner.
»Ce fut dans le mois de décembre 1819, peu de temps après être arrivé aces résultats, auxquels j’avois été conduit par un cas d’empoisonnement , que je fus appelé par Mrl Hercy , auprès de Jane Paterson , jeune fille de quatorze ans, que l’on disoit en proie au plus violent tétanos. » «Trois ans auparavant ayant été très-effrayée par un gros chien , elle fut saisie d’un état nerveux qui prit en peu de jours la forme d’accès d’hysterie bien caractérisés.»
» Pendant quatre mois , ils revinrent tous les jours une fois au moins à des heures irrégulières; après cette époque les règles parurent , les accès s’appaisèrent et elle se guérit * cette évacuation s’arrêta au bout de dix-sept mois , pendant lesquels elle étoit revenue régulièrement toutes les trois semaines ; sa santé se soutint- cependant jusqu’après l’âge dô treize ans , lorsqu’un jour à diner , elle fut saisie' soudain d’un resserrement violent des mâchoires., et quelques minutes plus tard elle perdit connoissance. »
»En peu de jours , les convulsions et les spasmes qui s’ctoient d’abord limités à la tète , s’étendirent à&œ toutes les
parties du corps et affectèrent la forme d’un vrai tétanos ;
la malade cependant n’avoit pas repris cônnoissance. Ce fut
alors que je la vis pour la première fois ; elle passa à-peu-
près une semaine dans cet état et fit beaucoup de remèdes;
dont aucun excepté les laxatifs doux qu’il falloit donner à
des doses assez fortes , ne la soulagea sensiblement ; après . . , s , , , , .. . ..
trois semaines de sâtnMnaM , sa santé se rétablit assez bien.
Vers le milieu de janvier 1820 , je fus de nouveau appelé auprès d’elle par Mr. Hercy ; je la trouvai dans un état semblable à celui que j’ai décrit , mais fort aggravé. »
»Les spasmes étaient plus violens que dans le plus grand
nombre des cas de tétanos idiopathique ; ils commençoient
très-régulièrement par des attaques d’emprostothonos , la tète venoit fréquemment frapper ses genoux avec force ; l’opistothonos succédoit , le corps prenoit la forme d’un arc et ne reposoit plus que sur les talons et l’occiput ; tous les muscles du corps participoient à cet état de tension douloureux, qui une fois dura vingt-sept minutes ; la respiration ne se faisoit qu’avec peine , les battemens du cœur devenoient foibles et irréguliers , et la jeune fille étoit menacée de suffocation ; enfin à cette horrible agonie succédoient quelques
convulsions très-brusques de pleurostothonos qui finissoient
l’accès ; elle tomboit alors pour quelques instans dans un état de tranquillité comparative. Cette nouvelle attaque duroit depuis environ trois semaines et alloît chaque jour en empirant ; elle ne pouvoit prendre ni remèdes ni alimens en quantités suffisantes. »
»Mr. Hercy avoit profité de quelques intervalles où les mâchoires ëtoient moins serrées que lorsque je la vis, pour lui faire prendre des doses très-fortes de laudanum ( jusques à une once ) et une quantité considérable d’huile de ricin et de calomel; mais ces remèdes n’avoient produit aucun effet,
ce qui me sembloit dû à ce qu’ils ploient décomposés, et que ne pouvant parvenir dans les fluides çirculans, .à l’état où nous les donnons, ils ne pouvoient affecter le système; d’une manière spéciale. Après avoir beaucoup hésité je recommandai l’injection de l’opium dans les veines, et je soutins ma proposition par les réflexions qui ont précédé l’histoire de cette maladie , ainsi que par quelques faits heureux que l’experience avoir anciennement fournis ; elles prévalurent. » »La nouveauté et le danger de cette opération , ainsi que les résultats que nous en attendions furent pleinement exposés aux parens , en leur déclarant que nous ne voulions point inlluencer leur décision , et qu’ils eussent à prendre sur eux-memes la responsabilité de cette opération ; le ré* s-u! tarde leur délibération fut une demande pressante pour nous engager à l’entreprendre. »
»Je fis dissoudre un scrupule d’opium ordinaire dans une once d’eau distillée, chauffée à la température de 80 degrés centig. Je la filtrai ; elle laissa sur le papier douze grains
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et demi de résidu ; elle en avoit donc pris et demi ,
qui contenoient presque tout le principe narcotique de lopîum. » r~
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»A sept heures et demie du soir je commençai l’injection, aide par mes amis MM. Hercy , et Lucius O’Brien. Mr. Je Prof. Christison qui devoit s’y trouver, fut retenu à . l’hôpital . royal dont il étoit alors médecin interne. Nous trouvâmes notre malade dans un état fort semblable à celui que j’ai décrit; les convulsions des membres a voient cependant un peu diminué de violence. Pouls 90; respiration 77 par minute , haletante , convulsive. »
»Je fis une ouverture à la veine basilique du côté droit, avec une lancette ordinaire comme cela se pratique pour la saignée ; j’enlevai le bandage du bras ; le sang continuant de circuler en partie au-dedans de la veine et tenanfou vert son orifice supérieur',
je n’eus aucune difficulté à introduire le tube dune séringit© d’Ànel. J’en fis passer le contenu , qui étoit juste une drachme et demi de la solution dans la veine, ayant eu soin auparavant d’exclure la plus petite quantité d’air qui y auroit été logée, quoique les belles expériences de Nysten aient montré que l’introduction accidentelle de quelques bulles d’air dans les vaisseaux sanguins , n’est accompagnée d’aucun
danger. »
» Je dévissai alors le corps de la seringue, et je laissai le tube dans la veine, dans le but de répéter l’injection. J’eus grand soin de ne l’introduire que de quelques lignes et de le mouvoir le moins possible, de crainte que le vaisseau n’en fut lésé et ne devint le siège d’une inflammation dangereuse. » » Les injections suivantes furent répétées à un intervalle de cinq en cinq minutes. »
Première injection .
» La respiration en est presque immédiatement affectée, elle devient plus régulière , moins rapide et moins convulsive. L’état du pouls et des autres symptômes demeure à-peuprès le même. »
Seconde injection .
»La respiration devient tout-à-fait naturelle; le pouls s’élève à 100, devient plus plein; la peau se colore légèrement, et bientôt après se couvre d’une foible transpiration ; les spasmes perdent de leur violence : elle pousse un ou deux soupirs , comme une personne qui sort d’sn profond sommeil.»
Troisième injection .
»Elle pousse à l’instant même de profonds soupirs , puis la respiration se précipite un peu; le pouls s’élève à no et augmente de force et de plénitude; la peau devient plus rouge et se couvre de transpiration; les convulsions cessent
presque entièrement; ses paupières se fermènt , elle articule indistinctement quelques paroles. » • ,
“ Ap rès la quatrième injection la respiration devint encore plus accélérée : au bout de quelques instans le pouls de-» vint très-plein, s’éleva à iao pulsations, la peau se colora vivement , et une abondante transpiration baigna tout son corps. Ces phénomènes devenoient de plus en plus saillans * à mesure que les injections étoient répétées, et se succédoienç constamment dans l’ordre où ils ont éfé énumérés. Main? tenant elle prononce quelques mots d’une manière distincte $ mais essaye vainement de les assembler. Elle a repris l’ouïe^ mais point encore la vue. Chaque partie de son corps est dans un état complet de relâchement , elle commence a remuer lentement ses membres, et pousse de temps en temps de profonds soupirs. » ; ï
Cinquième injection .
H. -i ' ÀV» l V r -J * n s ï Av ; 1 ■ : î ' • }
» Les symptômes que j’ai décrits sont encore augmentés : le pouls est très-plein ; elle éprouve de. l’anxieté dans la région du coeur ; la vue ainsi ,que l’ouïe Jui sont compleîtement rendues , elle . reconnoit Mr. Hercy, et moi ; elle arti-? cule distinctement des phrases entières , cependant toujours comme une personne qui se réveilleroit d’un sommeil profond et troublé par des rêves pénibles. Elle exprima le désir de voir ses parens qui attendoient avec angoisse le résultat de l’opération; leurs transports formèrent une scène touchante, dont le souvenir restera toujours empreint dans ma mémoire. » *- L’opération ne fut suivie d’aucun symptôme fâcheux; la malade eut cependant quelques vomissemens pendant la nui», de l’irrégularité dans la respiration et de l’angoisse précordiale, symptômes qui , peut-être , en etoient la conséquence ; la veine dans laquelle l’injection avoit été Faite , fut aussi affectée d’une inflammation dont ou vint aisément a bout ,>
par des applications répétées de sangsues , et sur-tout pai l’usage long-temps continué de fomentations d’eau à la glace faites sur le trajet du vaisseau.
' Le jour suivant, la jeune fille décrivit avec beaucoup de clarté les sensations que lui avoient causées ce passage immédiat de l’opium dans le système sanguin ; elle se souvenoit confusément de la première injection , mais distinctement des quatre suivantes ; il lui sembloit qu’on lui versoit chaque fois un torrent de feu dans les veines , qui apres
avoir remonté le bras , en suivant le trajet des vaisseaux (qu’elle indiquoit avec exactitude), passoit sous la clavicule du même côté et venoit se concentrer pendant quelques instans dans la poitrine , de là il se portoit à la tète et le long du dos , d’où il se répandoit dans toute l’économie , et faisoit naître à la peau de vifs picotemens et une chaleur intense ; elle parla de ces sensations comme ayant été fort douloureuses ; elle reconnut Mr. Hercy et Mr. Ch. C. à leur voix , long-temps avant qu’elle pût les voir.
Cette jeune malade eut un léger retour des spasmes quatre jours après l’opération , mais il céda aisément à l’usage intérieur de l’opium , qui n’étoit plus décomposé comme auparavant par l’action du tube digestif.
L’on ne sera cependant point étonné d'apprendre qu’après six semaines d’une convalescence heureuse quoique lente, elle retomba dans un état semblable à celui pour lequel on avoit employé le moyen énergique qui la rendit à la vie ; en effet , l’on ne peut s’attendre à ce que l’opium introduit dans les veines exerce une action plus permanente que celle qu’on lui connoit , après qu’il l’a été dans un estomac qui en permet l’absoption partielle.
Les convulsions n’attinrent cependant pas le degré de violence et d’opiniàtrete qu’elles avoient manifesté auparavant ; il paroit , en lisant les notes que la jeune fille a conservé
sur son état , que leur retour fut dû , à l’abus des plus forts toniques , des vomitifs irritans et des purgatifs drastiques , qu’elle prenoît chaque jour à haute dose ; l’on sait en effet , combien une vive irritation des intestins a de part dans la production des maladies convulsives ; les vers et la dentition nous en offrent des exemples journaliers. L’usage des bains de mer, d’un régime fort doux , et la suspension de tout médicament, qui lui furent conseillées par ses médecins, la rétablirent promptement; elle est maintenant affectée d’une maladie différente , l’engorgement des glandes du mésentère.
Mr. Ch. G. croit donc , en définitive que l’injection des médicamens dans les veines , conduite avec prudence , peut être fort utile dans le petit nombre d’affections spasmodiques , où les médicamens ingérés dans l’estomac y sont décomposés et ne peuvent produire sur l’économie l’action qui leur est particulière ; que l’on ne doit attendre de cette opération que la cessation momentanée des spasmes par laquelle on ramène l’estomac à ses fonctions naturelles ; enfin , qu’il faut profiter de cette cessation aussitôt qu’elle a lieu, pour administrer les remèdes convenables , par les voies usitées.
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