Extrait d'une lecture sur le choléra Asiatique faite l'automne dernier [microforme] :
Nous voici arrivés à la grande question : le choléra asiatique est-il contagieux ? je réponds, gans hésiter, qu’il ne l’est pas. On appelle ‘ contagieuses ” les maladies qui se communiquent par le contact: ainsi la picote naturelle, grand nombre d’affections de la peau, la vaccine, la teigne et la galle, sont des maladies contagieuses : on n’attrape pas la galle, parce que son voisin est galleux ; il faut le toucher. Le choléra n’est pas plus contagieux que ne l’est le typhus. Ces deux maladies ne se communiquent quo par l’en-
tremise de }’air atmosphérique : elles devraient donc se nommer maladies ‘ infectieuses. ?” 6 Contagion ?” comporte contact, ou rapprochement d’un individu à un autre—n’importce que le local soit froid, chaud, sec, humide, pur ou impur. Et “ infection ? comporte transmission d’un virus par l’entremise de l’atmosphère ; la différence est grande, comme vous vayez.
Les médecins ne font pas assez d’attention à ces différentes appellations : ils appliquent indistinctement le nom de contagieux à toutes ces maladies, et jettent, par-là, le peuple dans l’erreur.
Nous allons répondre aux objections.
1° Pourquoi, nous dira-t-on, cet empressement de la part des autorités à concentrer les typhoïdes dans une seule localité, dans un faubourg, à les enfermer dans un hôpital ? pourqr'oi prendre tant de peine à bâtir des abris? ne serait-ce pas pour garantir et préserver ‘ les messieurs de la ville ” de la contagion ?
Voici une erreur populaire : les autorités se sont empressées, l’année dernière, de loger dans une place isolée les pauvres typhoïdes, dans l'unique vue de leur procurer lassistance médicale et autres secours convenables. Les abris, autour de l’hôpital de la marine, ont épouvanté bien du monde, je le sais ; j’ai fait mon possible pour persuader aux bons habitants du faubourg St. Roch que le typhus n’était pas contagieux, comme ils l’entendaient ; que malgré le voisinage de l'hôpital de la marine il n’y avait pas plus de
er
danger pour eux que pour ceux du faubourg St. Jean ou de l’Anse-des-Mères.
lis ne se sont rassurés que quelques semaines après l’érection des abris, et qu'après s’être convaincus que la maladie ne se répandait pas autour de l’hôpital ; e’est alors que les curieux sout venus en foule contempler ies 800 pauvres émigrés étendus dans la grande cour.
Supposons maintenant que tous ces malades fussent restés dans les caves et les greniers de la Basse-Ville : ces maisons ne seraient-elles pas devenues autant de foyers d'infection, et le typhus n’aurait-il pas pu régner épidémiquement dans Québec et ses environs ?
29 On nous dira encore : Si le typhus et le choléra n’étaient pas contagieux, comment se fait-il que les parents et les visiteurs d’un typhoïde contractent si fâcilement la maladie? Ceci est-il rare 2—Non, ce n’est pas rare ; mais voulezvous savoir pourquoi ? C’est parce que la chambre ou les appartements, où sont ces malades, manquent ou de ventilation ou de propreté, et peut-être de toutes les deux ; l’air de ces maisons est vicié, et si j’osais le dire, cet air est & inoculé ” d’un virus typhoïde ou cholérique. Laissez-moi placer, à mon tour, un tvphoïde dans une chambre propre et bien ventilée : qu’arrivera-t-il ? rien! On peut ci.er mille exemples à l’appui de ce que j’avance ici.
32 On me dira enfin: Vous avancez que le
phus n’est pas contagieux ; mais le docteur Glark, le colonel Calvert, le regretié docteur
Racey, ne sont-ils pas morts du typhus, et vousmême n’avez-vous pas été à la veille d’er faire autant ? ne serait-ce pas à l’hôpital de la marine que vous auriez tous contracté la maladie ?— Bien certainement ! c’est à l’hôpital que nous avons pris la maladie ; eh ! qui doute qu’à force de poison, on s’empoisonne ? qui doute que plus on s'approche du feu, on se brüle ? Voilà exactement le cas des docteurs Clark, Racey, Calvert et le mien : l’hôpital de la marine sentait vraiment mauvais vers la fin de l’été de 1847. L'air en était empesté ; on pouvait, pour ainsi dire, le fendre avec un couteau. Est-il bien surprenan', à présent, si ceux qui ont respiré cet air du matin au soir, s’en sont trouvés affectés à la onzième heure? Oui, pour le typhus comme pour le choléra, tout porte sur la salubrité de l'air atmosphérique.
[lest bon d’observer que, pour acquérir des qualités malfaisantes, des qualités cholériques, il faut à l’air une certsine condition, une certaine disposition qu’on appelle “ susceptibilité ; ? sans cela, point de choléra. C’est ainsi qu’on explique pourquoi des,cholériques, dans une maison ou dans un hôpital; ne propagent pas la maladie au dedans ; parce que l’air de cette maison ou de cet hôpital manque de susceptibilité.
Îl en est de même pour les individus; pour contracter la maladie, il leur faut de la susceptibilité. Nous ne sommes pas tous ni toujours sus: ceptibles de recevoir le typhus ou le choléra ; le choléra ne frappe pas toute une compagnie,
ne
toute une assemblée à la fois, tous ne sont pas également susceptibles, ou si vous voulez ‘ impressionnables. ” Avec cela on explique comment | il se fait que le choléra paraît dans un endroit, pue à et ne paraît pas dans un autre, quoiqu’à petite distance l’un de l’autre; pourquoi un individu en estatteintet un autre ne l’est pas, quoique, cependant, sous des circonstances atmosphérirE* ques semblables.
Ceci s’observe pareillement dans les maladies purement conlagieuses ; vous voyez dans une famille plusieurs membres pris de la picote naturelle, tandis que d’autres échapperont pour en être atteints dans 20 à 30 ans après. Il e1 est de même pour la vaccine—il y à des enfants qui
ne peuvent la recevoir.
SE LE Pour expliquer ce que j’entends ici par ‘* sus- : ceptibilité, ” permettez-moi de 1ne servir d’une comparaison.
Tout le monde s'accorde à dire que le bois brûle et flambe quand on le jette au feu; mais est-ce bien toujours le cas ? Prenons, par exemple, du même bois, et disons: Le chêne brüle- | - {-il et flambe-t-il quand on le jette au feu? Je réponds que cela dépend de sa susceptibilité. ? Des ripes de chêne sec flamberont, oui, parce qu’elles sont susceptibles. Mais un morceau de | chêne qui aura été des années sous l’eau, flam- | bera-t-il ? à peine s’il prend en feu! Ce ne sera | qu’à la longue qu’il brûlera, parce qu’il n’en sera e pas susceptible ! L Appliquons cette comparaison à la susceptibi- (|
hité de l’air et à celle des individus, et nous aurons la solution du problème.
Il est donc sage, de la part des autorités, de veiller, à l’approche d’une épidémie, à la pureté de l’atmosphère, d’ouvrir des hôpitaux larges, propres et bien ventilés, pour y recevoir les destitués, et par là préserver toute une popula-
tion d’une catastrophe générale ; il est donc sage,
de la part des bureaux sanitaires, d’éclairer le euple sur tout ce qui peut le rendre non-susceptible de l’épidémie.
Dans l’Indoustan, il est vrai, le choléra y règne constamment parce que là l’atmosphère en est constamment susceptible. Il n’en est pas ainsi de l’atmosphère des autres contrées du globe ; et c’est pour cette raison qu’il ne parcourt le monde qu’à des intervalles fort éloignés ; si nous le voyons deux fois dans l’espace de 18 ans, la chose, je crois, est inouïe. Le choléra de 1832 est probablement le même que celui de
1848, il sera resté tout le temps dans un état
dormant ; celui dont parle St. Cyprien, a duré plus de vingt ans.
Examinons la maladie de plus près. Dans l’Inde elle se développe simultanément en plusieurs endroits à la fois, et sur des lieux éloignés les uns des autres, laissant en toute salubrité un grand nombre de cantons intermédiaires ; c’est ainsi, par exemple, qu’elle parut soudaine-
ment à Béhar et à Decca, qui sont deux villes à.
une distance de 120 lieues l’une de l’autre ; tout
le pays intermédiaire resta sain et sauf, On.
pourrait citer un grand nombre de faits sembla-
bles, de vastes contrées subissant le choléra dans
tuutes ses fureurs, et où des bandes de pays, des
espaces considérables où la maladie n’a pas encore pénétré, dans les environs, fussent le théàtre de désespoir et de destruction.
Cette brusquerie de la maladie, le temps qui s’écoule entre la parfaite santé et la pleine manifestation de son invasion, est si court, qu’il est impossible de saisir aucune trace de changements intermédiaires, tels qu’ils existent communément pour les maladies qui se transmettent par la voie du contact ou par la présence et le rapprochement d’un individu affecté.
En 1832, j'ai vu le choléra asiatique à Québec, lorsqu'on n’en parlait ni à la Grosse-[sle, ni
. parmi les émigrés arrivants.
Le 17 mai, une femme de canonnier, à quelques pas de chez moi, fut prise subitement d’un choléra comme je n’en avais jamais vu auparavant: cette femme devint bleue en quelques heures, mais elle n’en mourut pas, à ma grande surprise. Elle n’avait eu de rapport aucun avec les émigrés ; tout ce que je pus découvrir, c’est que son mari avait reçu un coffre qui lui avait été envoyé d’Angleterre. Lorsque je rencontrai le choléra asiatique, quelques semaines après, je ne doutai pas un instant que le cas de cette femme n’en fût un véritable. Le 5 juin, trois jours avant l’apparition de la maladie à Québec, une nommée Josephte Julien, fille de journée, travaillait chez moi ; après sa journée, elle soupa
à son ordinaire, ne se plaignit de rien, et se rendit chez elle, près de l'Hôpiul des Emigrés, dans le faubourg St. Jean. Durant la nuit, on vint me chercher pour elle ; je la trouvai dans un choléra bien semblable à celui que j'avais vu chez la femme du canonnier, et elle mourut dans la nuit.
Le 8, l’officier-inspecteur, le docteur Morrin, minformait que l'hôpital des émigrés recevait des cholériques ; ce même matin, j'étais appelé auprès d’un charretier du nom de Letartre, faubourg St. Roch, au’on avait apporté du Foulon avec le choléra : il mourut le soir,
Et où trouver des traces de contagion ici? De qui ces individus avaient-ils reçu ls choléra ? L’atmosphère dans Québec n’était-il pas alors inoculé du virus cholérique ? Il est impossible d’expliquer autrement ces cas isolés et éloignés les uns des autres.
Partout où le choléra a régné, les personnes edonnées au service des cho'ériques n’ont été frappées par l'épidémie qu’en nombre proportionnellement moins grand que les autres personnes, Des individus aiteints du choléra et placés dans des salles larges, propres et bien aérées, au milieu de malades de tous genres, n’ont point communisué le choléra à leurs voisins, Lorsqw’il y a eu un cholérique dans une maison, la famille et les autres habitants de cette maison n’en ont point été plus exposés à contracer la raladie que le reste de la population, Nous avons eu maintes occasions de voir ceci à Québec.
” Presque toujours, plusieurs malades du cho: léra dans une maison sent attaqués dans une telle succession, d’une manière tellement soudaine et si indépendamment les uns des autres, qu’il est impossible de supposer que le mal soit passé de l’un à l’autre. J’ai souvent vu l’homme et la femme frappés ensemble, deux frères à la fois. Enfin toutes les fois que plusieurs individus ont été successivement attaqués du choléra, presque toujours il a été évident que chacun d’eux s'était trouvé exposé aux mêmes causes productrices de la maladie et préparé à la contracier par l’action de causes prédisposantes bien déterminées.
L'armée du marquis d’Hastings est soudainement saisie du choléra, il en périt 9,000 en quelques jours. On lève le camp, on change d’air, etla maladie cesse, Cette armée, je l’ai dit, était forte de 90,009 hommes.
À. Calcutta, sur 250 médecins qui furent occupés à suivre la maladie pendant toute sa force, irois seulement en furent attaqués, et un seul succomba.
À Québe., on peut le dire avec orgueil, les médecins n’ont point reculé devant le fléau, et cependant, sur le grand nombre, nous n’avons ru à déplorer que la perte de deux : le regretté confrère et l’estimable citoyen docteur Perrault, et l’habile praticien docteur Lyons,
Qui de nous n’a pas été ému, attendri jusqu'aux larmes à la vue du dévouement de notre
digne clergé catholique ? Continuellement sur la brèche, payant de ça personne tout le temps de l'épidémie ; et, grâce à la divine Providence, nous n’avons eu à déplorer la perte d’aucun.
Le docteur Annesley dit qu’il était chargé du service de l’hôpital à Madras, dont le nombre de malades était de 70 à 200 par jour. Il régnait une grande propreté dans cet hôpital, et une faible ventilation ; toutes les salles étaient ouvertes et dans une constante communication entr’elles ; on y amenait journellement un grand nombre d’individus atteints du choléra, et quoique tous ces malades fussent indifféremment,
disposés dans l’hôpital, sans être nullement sé.
questrés les uns des autres, le docteur Aunesley affirme n’avoir vu que six ou sept cas de choléra développés dans l’intérieur de l'hôpital, et cela pendant la période de cinq années. De tout ceci je conclus que le choléra n’est point contagieux ; que l’on peut approcher d’un cholérique et lui prodiguer les soins sans danger aucun : ceci n’est plus une question, c’est un faitaccompli. Tout l'essentiel est de veiller à ce que l’air de la chambre où on est, soit pur et souvent renouvelé ; d’observer un bon régime, c’est à dire, éviter tout ce qui peut déranger la santé et troubler la paix du système ; d’avoir, comme le dit le vulgaire, “ un bon comportement.”
Si le choléra, en 1832, avait été contagieux croit-on que les habitants des paroisses voisines de Québec, qui ont continué à visiter journel-
‘lement nos marchés, n’auraient pas transporté
la malodie chez eux? A-t-on compté beaucoup de choléra à Charlebourg, à St. Ambroise, Lorette et Ste. Foye? Eh! la raison? La raison! c’est que l’atmosphère de ces paroisses. n’était pas susceptible comme celui de Québec. Ceci s’applique même à différents quartiers de la ville: je me rappelle très-bien avoir vu le choléra, dans une seule rue, sur le côteau Ste. Geneviève, mais que sur un côté de la rue.
Tout le côté nord était dans le choléra, et le côté sud en était exempt.
Une autre singularité du choléra, c’est qu’il se déclare presque toujours le matin, au point du jour, au coup de canon! J’en parle savamment. Je crois avoir été un de ceux qui ont eu le plus affaire avec le choléra. On commençait à frapper à ma porte à l’aurore, et cela ne cessait que sur les 11 heures du matin ; le reste dela journée, je n’avais, pour ainsi dire, rien à faire, si ce nest d’aller revisiter ceux qui
n'étaient pas encore morts. Car, c’est une
chose assez singulière, le choléra semblait absorber toutes les autres maladies: on ne voyait que du choléra, le fléau ne s’attachait donc particulièrement qu’à ceux qui couvaient quelques maladies.
Dans une lecture populaire sur le choléra, on ne doit pas s’attendre à des discussions, ni à des prescriptions purement médicales: laissons aux médecins le traitement du choléra, Avec la triste expérience de 1832, ils peuvent,
à présent, apprécier, à leur juste valeur, toutes ces prétendues guérisons, tous ces spécifiques, et toutes ces belles cures proclamées en Europe. À. quoi ont servi toutes ces magistrales directions des médecins de la Grande-Bretagne? Eh grand Dieu! c’est avec leur opium et leur ‘ diablement-fort” que nous avons fait main basse, pour ainsi dire, sur tous ceux que nous avons rencontrés pendant les premiers quinze jours. Les gazettes sont encore pleines de “ nostrum,”? de recettes. Aujourd’hui c’est un spécifique, demain c’en est un autre. Eh pourquoi donc le choléra enlève-t-il encore la moitié de ceux quil frappe ?
Jusqu’aux homæopathes, ces hérétiques en médccine, qui s’en mêlent! Ils vous guériront le choléra avec la dix-millionnième partie d’un grain de ‘ veratrum ou de cuprum metallicum !”? Heureusement qu’il n’en est pas ainsi des mesures hygiéniques ; tout, là, est positif, et sur des bases solides. Ces réglements tendent tous à entretenir la salubrité de l'air, et par là, diminuer l’intensité du choléra.
Mais ces réglements pour être efficaces, pour qu’ils aient l’eflet désiré, il est de toute nécessité que les citoyens’ viennent en aide, avec du zèle et de la bonne volonté; car, quand nos rues seraient dans le meilleur ordre, quand nos cours seraient propres, et toutes nuisances publiques enlevées, si les citoyens ne veillent pas à la propreté de leurs domiciles respectifs, si les caves et les greniers restent encombrés de matières
infectes, ces foyers d'infection individuelle peuvent-ils manquer d’en produire de généraux ?
Voici en résumé ce qui vous sera commandé :
1o Recourir au médecin, au moindre déransement des fonctions intestinales. La maladie est courte, il faut la prendre à son début: qu’on y pense bien, il s’agit ici de mort et de vie. On peut assez souvent se n éserver du choléra, mais on le guérit très-rarement. C’est ure erreur populaire que de c'o‘'e qu’avec une bonne direction, on peut se traiter pour le choléra, tout aussi bien qu’avec le secours du médecin. Le plaideur, avec une bonne loi à la main, peut-il gagner son procès, sans l’aide de l’avocat ?
29 Eviter les divertissements, et toutes les actions de commettre quelqu’éca:i de régime.
Dans les grandes réunions, les bals, les danses, et tous les grands rassemblements publics, l’air est toujours vicié. Tout cela tend à donner de l’intensité au fléau et à l’alimenter ; et c’est pour cette raison que l’on vide les séminaires, et les écoles publiaues, que l’on ferme les cours de justice, etc....
3° La propreté sur soi, plus soignée et plus recherchée, de même que dans l’intérieur de sa maison ; en faire laver les p'anchers, en faire disparaître tout ce qui est iniecte et putride, blanchir les murailles et les c'oisons, et suitout entretenir une ventilatioa libre et facile.
4® Eviter soigr"a ement les suppressions de transpiration, les refroidissements subits ; de rester avec des habits mouillés, et de se coucher
de même; de s’exposer aux intempéries de l'air, par exemple, de laisser ses fenêtres ouvertes durant la nuit: rien de plus dangereux que cette coutume, surtout dans un temps de choléra. C’est durant la nuit qu’il fait son entrée, au point du jour. Fermez-donc vos châssis durant la nuit, et allouez-vous une couverture extra,
5° La flanelle sur la peau ! c’est un “ pararcholéra” par excellence ; comme la barre d’acier est un paratonnerre !” couvrez-vous en | donc ; portez chemises, caleçons, jupes et jupons de flanelle, si le choléra paraît; et s’il le faut, vendez pour cela vos bijoux et votre pa- | rasol ! |
En addition, une bande de flanelle autour fn, du corps, sur l’abdomen, est un excellent moyen de garantir les intestins, qui sont le siège principal de la maladie, Que les pieds soient toujours secs et chauds: c’est ouvrir une porte au choléra que de rester les pieds froids. Tout le monde sait que le froid ou l’humidité aux pieds sont pour plusieurs des occasions de sé- | rieuses indispositions. D
6° Vient ensuite le régime: par régime on entend parler du boire et du manger, et, si pour se tenir en bonne santé, et vivre longtemp, ils Ù est nécessaire d’observer un bon régime, il devient vingt fois plus urgent encore d’y faire attention durant l’épidémie du choléra.
Le choléra cherche les ivrognes, de préférence. Ceci n’est pas une hypothèse en l’air ;
c'est un fait accompli ; il ne s’agit, pour s’en convaincre, que d’examiner les t:)les statistiques du dernier choléra en Europe et en Amérique.
Ïl est même très dangereux, pour un tempérant, de commettre un seul écart de régime; une seule ribote peut lui devenir fatale. En 1832, un de mes amis, praticien à la campagne, se trouvait à une noce: quand tout le monde se mit, le soir à table, bien disposé à employer le temps, mon ami se lève, et s’adresse à la compagnie en ces termes, à peu près: “ Ah! ça, ‘ mes amis, on nous dit que le choléra est à ‘ Québec, mais ceci ne doit pas nous empêcher ‘ de nous divertir, nous sommes ici pour cela ; ainsi buvons ct mangeons et divertissons-nous. ‘ Quant au choléra, j’en ai la clef, et si quel- ‘ qu’un de vous en est attaqué d’ici à 24 heures, “# jele soigie etie guéris, pour rien!” Mon malheureux ami prêcha de paroles et d’exemple. Le lendemain matin, il était lui-même aux prises avec le choléra ! Il n’avait pas la bonne clef! Et le soir, il était sur les planches !
Trois bouchers vigoureux et bien portants entrent dans une auberge, jouent, boivent et se soûient : on fut obligé de les reconduire chez eux. Tous trois se réveillent dans le choléra. Qu’on ne s’imagine pas que je veuille ici précher contre l’intempérance : je prêche contre le choléra. Ainsi, si les ivrognes veulent éviter le choléra, qu’ils cessent de boire ; et pour vous prouver que je ne suis pas un de ces anathématiseurs enragés du jus de la vigne, j’ajoute que
ceux qu‘ sont dans l’habitnde de prendre un ou deux verres de vin à leur dîner, se gardent d’augmenter, mais aussi de discontinuer ; qu’ils continuent, mais que celui qui ne boit que de l’eau, se garde bien de recourir au vin,
79 Si le boire demande tant de précautions, le “ manger ”” n’en exige pas moins, et de même qu’il y a encore plus de gloutons et de gourmands que d’ivrognes, de même aussi le nombre des victimes est-il plus considérable parmi les gourmands durant le choléra.
Il faut manger, oui, mais modérément ; leg légumes sont à éviter, et surtout ceux qui ne sont pas en maturité ; les patates nouvelles sont trés dangereuses, de même que les fruits de toutes sortes, J'étais si persuadé de ceci durant le dernier choléra, qu’un jour que ma famille avait reçu en présent un grand panier de superbes gadelles, je l’envoyai jeter dans les lieux secrets. J’aime pourtant les gadelles à l’extravagance, mes enfants me promettaient bien de convertir ces gadelles en gelée, mais ils m’auraient probablement triché de quelques grappes, et le choléra, lui, ne les aurait pas manqués, Les fruits sont donc défendus durant le cho'éra, de même que les fricandeaux, les viandes hachées, les sauces et les gravies, les boudins, les saucisses et les mets richement apprêtés. Le meilleur régfine serait de vivre sur le simple bouilli, et le simple rôti, la soupe et le beef-stake.
En somme, il faut éviter tous les excès de table e, tout ce qui peut déranger la digestion ;
la plus légère indigestion peut se tourner en choléra.
Quand nous parlons de régime, nous comprenons aussi l’excès de travail de corps et d’esprit, les grandes fatigues, les veilles prolongées, la danse, la colère, la crapule, et, je ne crains pas d’ajouter, les remords de conscience !”” Rien de plus dangereux que ce dernier tourment: il Jette celui qui a encore un grain de foi dans une terreur panique ; et rien ne rend plus susceptible du choléra que la peur de mourir, même à Ja mort ; et si vous voulez éviter un malheur possible, pensez-y d’avance et préparez-vous.y.
Je lisais dernièrement, dans notre Morning Chronicle, ce qui suit :
“ Un voyageur rencontre la Peste personnifiée ‘ en courrier extraordinaire. Frapné de tout ‘son attirail, notre voyageur l’apostrophe et lui dit: Où allez-vous donc de ce pas-là 1—Je ‘ vais, dit la Peste, au Caire : j’ai là trois mille ‘* hommes à tuer, La conversation fut courte, ‘ comme vous porvez l’imaginer, Quelques ‘6 semaines après, le même voyageur rencontre ‘“ encore la Peste, et lui fait des reproches: “ Vous ne deviez tuer au Caire que trois mille ‘ hommes, et vous en avez tué trente mille !
“ Tuer, pour vous, et mentir, c’est probable- ‘ ment chose indifférente. —Doucement ! répon- “ ditla Peste, doucement ! Je frappe toujours, “ mais je ne ments jamais. J’ai tué tout juste “ trois mille, mais c’est la peur qui a fait le « reste ! ??
PR RM mo mms ——
Je vous ai dit plus haut que je n’entrerais pas dans le traitement médical du choléra ; il ya eependant des choses qu’on ne doit pas ignorer, celles surtout qui sont à la portée de tout le monde, . On refuse, par exemple, de l’eau froide au cholériqne, et, lui, voudrait boire de l’eau à la glace. Eh bien, il est à présent reconnu en Angleterre, en France et à Québec, que l’eau à la glace est une excellente médication. Voici ce qui est arrivé à Montréal, durant le dernier choléra.
Cinq voyageurs sont pris du choléra, le soir tard ; en vain ils cherchent à se placer dans quelque auberge, toutes les places étaient prises, et personne ne voulait les recevoir. A une dernière place, quoique la maison fût pleine de cholériques, l’aubergiste, pris de compassion pour ces malheureux, leur offrit son grenier qu’ils acceptérent ; et comme ils avaient une, soif brûlante, on leur donna, à chacun, une des cruches qui avaient servi de bassinoires aux cholériques du jour. Le lendemain, l'officier à la recherche des morts fit enlever les cadavres dans cette auberge ; quand la maison fut vide, et qu’il était sur le point de partir, l’abergiste lui demanda s’il avait été au grenier, et sur sa réponse népga. tive, ille pria instamment de le débarrasser des cadavres de cinq pauvres diables qui y étaien montés la veille au soir, et dont on n’avait pas entendu parler depuis, On trouva les cinq Voyageurs étendus sur le plancher, le ventre au soleil, ronflant et dormant :u plus profond som-
meil. Les cruches étaient vides.
Qui osera, à présent, contester du pouvoir à lP’homéopathie ? Ces messieurs auront le front assez haut de vous dire que tout cela s’accorde parfaitement bien avec leurs principes1 Est-il impossible que dans l’eau de ces cruches il se soit pas trouvé le mille-millionième d’une partie d’un grain de verulrum ou de cuprum metallicum! Ne .ait-on pas que plus la dose est petite, plus elle est minime, et plus elle est puissante? O hommes incrédules! jusqu’à quand vous obstinerez-vous à fermer les yeux à la lumière !
Il me reste à vous prier de me permettre de vous présenter un échantillon de ma dernière manière de traiter le choléra. Ce traitement est des plus simples: il consiste à procurer à mes malades une forte et prompte transpiration. Je les fais suer en leur faisant prendre force thé de menthe poivrée, et en les “enterrant,? pour ainsi dire, sous un tos de couvertures. Je me sers de tout ce qui se trouve sous ma main, rbes de carioles, castelognes, couvertes, capots, jupes et redingotes. De remèdes, je n°’: donne que pour Ja forme, pour ceptiver la confiance du malade et pour établir “en droit ? mes honoraires. Si je ne guéris pas toujours, aumoins je n’empoisonne jamais ; et, dans notre profession, quand on peut en dire autant, c’est beaucoup.
En 1834, un soir tard, on vint me chercher, en toute hâte, pour un chirurgien irlandais, qui venait de débarquer. Une de ses sœurs, toute
‘échevelée, me suppliait de ne point perdre un moment, que son frère avait un choléra des plus violents. Commeil logeait dans mon voiginage, en une minute j’etais aurrès de lui avec ma menthe poivrée. Le confière irlandais était vraîment dans des tortures cholériques, les symptômes allaient en sugmentant à vue d’œil, et il n’y avait pas un instant à perdre,
Cependant, voulan t m’assurer si ces étrangers reste-aient bien avec moi jusqu’au bout, s’ils s’en rapporteraient bien à moi, et s’ils ne finiraient pas par demander un autre médecin de leur langue, ce dont ils ne se gênent guères, je voulus, dis-je, m’assuier de ma position, et leur demander tout net s’ils s’étaient bien décidés à faire ce que je leur demanderais; si je pouvais me fier à leur obéissance, en tout; que ce n’était qu’à cette condit.on que j’entreprendrais de soigner leur frère, et de le guérir. Ces deux sœurs
intéressantes s’empressèrent de me répondre:
sauvez notre frère, commandez, docteur, nous sommes sous vos ordres.
Je commence à faire boire à mon homme un verre à patte d’eau de menthe d'süllée avec un peu de sucre blanc, que je répète à toutes les 10 minutes; je le fais éterdre sur un matelas, par terre, et je me mets en irais de le couvrir: une, deux, trois couvertes me sont apportées. J’en demande encore, et on m’en apporte; je lui en mis jusqu’à dix-sept sur le corps! Mon chirur-
gien, tout le temps, hurlait à la force du terme ;,
je ne lui avais laissé que le visage à l'air; j'étais
M S | h | iA!
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sûr qu’il ne pouvait m’échapper, il en avait trop pesant sur le dos. Lorsqu'il fut arrivé au mas ximum des crampes, voilà mon homme qui perd confiance: le mal, l'inquiétude et peut-être la colère font explosion: je l’entends dire tout bas à ses sœurs: % ce docteur canadien n’entend rien à la maladie,” il va me tuer: “ I am choaking, for Gods sake, remove those blankets, and don’t mind the fellow!” A ces mots, ces pau vres sœurs semblaient se consulter entre elles ; le moment était sérieux ; la chaleur commençait à se (aire sentir, la transpiration ne pouvait tarder à se manifester. Mais, aux cris réitérés, * [am done, I am choaking”” ces filles font mine de mettre la main surles couvertes. Je présente alors le poing fermé à ces aimables filles, et leur jure que si elles ont le malheur de toucher à une seule de “ mes ” couvertes, je leur en donne entre les deux yeux.
La transpiration était commencée, le visage ruisselait de sueur, les gouttes lui en tombaient du nez, grosses comme des fêves; notre malade criait toujours, mais il ajoutait, my pains are less!” Peu à peu il s’apaisaits enfin J'eus le plaisir de lui entendre dire: Thank God, I have no pains!!”
Alors j’enlevai une couple de couvertes et commandai aux sœurs den faire autant graduellement, et les laissai. J'avais hâte, le lendemai: matin, de savoir quelle réception allait me faire le confrère. Oh! que ses aimables sœurs étaient intéressantes, dans la manifestation de
leur reconnaissance! Elles voulaient absolu-t ment m’embrasser., ,, mais je voulais voir le malade. . , il était dans une autre pièce, fort endimauché, et travaillant à son bureau,
ÂAllons-nous avoir le choléra cet hiver ou le printemps prochain? Nous ne l’aurons pas, je choléra ne peut tenir durant l’hiver en Canada, Notre hiver est une barrière plus impénétrable que les quarantaines, les lazarets et les cordons sanitaires. On dira bien qu’il à régné en Russie pendant hiver, oui, mais ila diminué d’intensité. Eh! les Russes sontils à comparer aux Canadiens, et pour la propreté, et pour le régime, et pour le chifire de la papulation? Durant cet hiver, la Russie armait contre Ja Pologne révoltée, et ces masses de soldats n’ont fait qu’alimenter le choléra, sans aucun doute.
Si le choléra est en Augleterre, il aura bien le temps de s’éteindre, avant que les bâtiments marchands partent pour le Canada. En 1832, le choléra parut en Angleterre en mars, et, cette année, il paraît en novembre, ce qui fait une grande différence.
Quand même le choléra serait à New-York, ilne peut passer nos lignes durant l’hiver ; il Pourra bien parcourir toute l’Amérique Méridionale, muis il sera éteint avant ja fonte des neiges. Cependant la chose est possible, et c’est à nous à nous tenir sur nos gardes ; la prudence est la mère de sûreté,