CHAPITRE VIII
liberté *. On pense y pourvoir suffisamment en bornant la puissance royale. On ne voit pas que ces bornes posées parles lois seront 0^an^iies à trait de temps par des usurpations gradtftà^lçi^, et qu'un système adopté et suivi sans interruption par une famille royale doit remporter à la longue sur une législation qui, par sa nature, tend sans cesse au relâchement. Si le roi ne peut corrompre les grands par dès grâces , il peut toujours les corrompre par des promesses dont ses successeurs sont garants; et comme les plans formés par la famille royale se perpétuent avec elle , on prendra bien plus de confiance en ses engagements , et Ton comptera bien plus sur leur accomplissement, que quand la couronne élective montre la fin des projets du monarque avec celle de sa vie. La Pologne est libre, parceque chaque régne est précédé d'un intervalle où la nation , rentrée dans tous ses droits et reprenant une vigueur nouvelle, coupe le progrès des ' abus et des usurpations , où la législation se remonte et reprend son premier ress&rt. Que deviendront les pacta conventUy l'égide de la Pologne, quand une famille établie sur le trône à perpétuité le remplira sans intervalle, et ne laissera à la nation , entre la mort du père et le couronnement du fils , qu un^ vaine ombre de liberté sans effet, qu'anéantira bientôt la simagrée du serment fait par tous les rois à leur sacre, et par tous oublié pour .jamais Finstant d'après? Vous avez
* Mably soatient un système tout différent ; il réclame avec force rhérédité de la couronne, et les deux chapitres (5 et 19) où il dé- ▼eloppe sa pensée âi ce sujet -sont peut-être les meilleurs àé son ouTra|[e. .,
vu le Danemarck, vous voyez T Angleterre , et vous allez voir la Suqde : profitez de ces exemples pour apprendre une féïB pour toutes que , quelques précautions qu'on puisse entasser , hérédité dans le trône et liberté dans la nation serojit à jamais des choses incompatibles.
Les Polonois ont toujours eu du penchant à transmettre la couronne du père au fils , ou au plus proche |)ar voie d'héritage , quoique toujours par droit d'élection. Cette inclination, s'ils continuent à la suivre, les mènera tôt ou tard au malheur de rendre la couronne héréditaire; et il ne faut pas qu'ils espèrent lutter aussi long-temps de cette manière contre la puissance royale, que les membres de l'empire germanique ont lutté contre celle de l'empereur, parceque la Pologne n'a point en elle-même de contre-poids suffisant pour maintenir un roi héréditaire dans la subordination légale. Malgré la puissance de plusieurs membres de l'empire, sans l'élection accidentelle de Charles VII * les capitulations impériales ne seroient déjà plus qu'un vain formulaire , comme elles l'étoient au commencement de ce siècle ; et les pacta conventa deviendront bien plus vains encore quand la famille royale aura eu le temps de s*afFermir et de mettre toutes les autres au-dessous d'elle. Pour dire en un mot mon sentiment sur cet article, je pense qu'une couronne élective , avec le plus absolu pouvoir, vaudroit encore
* Électeur de Bavière, élu empereur en 174a , quinze. mois après la mort de Charles VI , dernier màle de la maison de Habsbourg- Autriche, mort qui donna lieu à la guerre dite de la succession.