‹ Extrait du Projet de Paix PerpetuelleChapitre 167 sur 200 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

vou^ en veut, vous pourrez rentrer dans vos anciennes possessions, peut-être en concjuérirde nouvelles, et puis dire comme Pyrrhus ou comme les Russes , c'estnà-dire comme les enfants: Quand tout le monde sera à moi je mangerai bien du sucre.

Mais si par hasard vous aimiez mieux former une nation libre , paisible et sage , qui n a ni peur ni besoin de personne, qui se suffit à elle-même et qui est heureuse ; alors il faut prendre une méthode toute difFérente, maintenir, rétablir che2 vous d^s mœurs simples , des goûts sains , un esprit martial sans ambition ; former des âmes courageuses et désintéressées ; appliquer vos peuples à l'agriculture et aux aits nécessaires à la vie; rendre Far gent méprisable, et, s'il se peut, inutile; chercher, trouver, pour opérer de grandes choses, des ressorts plus puissants et plus sûrs. Je conviens qu'en suivant cette route vous ne remplirez pas les gazettes du bruit de vos fêtes , de vos négociations , de vos exploits ; que les philosophes ne vous encenseront pas, que les poètes ne vous chanteront pas , qu'en Europe on parlera peu de vous ; peut-être même affectera-t-on de vous dédaigner; mais vous vivrez dans la véritable abondance , dans la justice, et dans la liberté; mais on ne vous cherchera pas querelle , on vous craindra sans en iFairé semblant, et je vous réponds que les Russes ni d'autres ne viendront plus (aire les maîtres chez vous, ou que, si pour leur malheur ils y viennent, ils seront beaucoup plus pressés d'en sortir. Ne* tentez pas sur^' tout d allier ces deux projets , ils sont trop contradictoires; et vouloir aller aux deux par une marche ▼. a3

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composée, cest vouloir les manquer tous deux. Choisissez doue, est si vous préférez le premier parti, cessez ici de me lire; car, de tout ce qui me reste à proposer, rien ne se rapporte plus quau second.

Il y a sans contredit d'excellentes vues économiques dans les papiers qui m'ont été communiqués. Le défaut que j'y vois est d'être plus favorables à la richesse qu'à la prospérité. En fait de nouveaux établissements, il ne faut pas se contenter d'en voir l'effet immédiat; il faut encore en bien prévoir les conséquences éloignées,, mais nécessaires. Le projet, par exemple , pour -la vente des starosties * et pour la manière d'en employer le produit me paroit bien entendu et d'une exécution facile dans le système établi dans toute l'Europe de tout faire avec de l'argent. Mais ce système est-il bon en lui-même et va-t-il bien à son but? Est-il sûr que l'argent soit le nerf de la guerre? Les peuples riches ont toujours été battus et conquis par les peuples pauvres. Est*-il sûr que l'argent soit le ressort d'un bon gouvernement? Les systèmes de finances sont moderneè. Je n'en vois rien sortir de bon ^i de grand. Les gouvernements anciens ne connoissoient pas même ce mot de finance, et ce <!^u'ils faisoient avec des honmies est prodigieux. , L'argent est tout au plus ler supplément (Tes hommes, et le supplément ne vaudra jamais la chose. Polonois , laissez-moi tout cet argent aux autres, ou contentezvous de celui qu'il faudra bien qu'ils vous donnent,

* Voyez la Notice préliminaire. On comptoit , tant en Pologne que dans le duché de Lithuanie, près de cinq cents domaines de cette espèce, et il y en avoit dont le reirenu sVlevoit jusqu'à 6o,000 fr.

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