LIVRE 1, CHAPITRE II. lOI
Le raisoimement de ce Caligula revient à celui dé Hobbes et de Grotius. Aristote, avant eux tous, avoit dit aussi * que les hommes ne sont point naturellement égaux, mais que les uns naissent pour Fesclavage, et les autres pour la domination.
Aristote avoit raison', mais il prenoit Teffet pour la cause. Tout homme né dans Tesclavage naît pour l'esclavage, rien n'est plus certain. Les esclaves perdent tout dans leurs fers, jusqu'au désir d'en sortir; ils aiment leur servitude comme les compagnons d'Ulysse aimoient leur abrutissement '. S'il y a donc des/ esclaves par nature, c'est parcequ'il y a eu des escla-. ves contre nature. La force a fait les premiers escla- < ves, leur lâcheté les a pci^étués..
Je n'ai rien dit du roi Adam , ni de l'empereur Noé y. père de trois grands monarques qui se partagèrent l'univers'y comme firent les enfants de Saturne, qu'on.
ëcrivant soas le titre d* Ambassade à Caius une espèce de relation qui est parvenue jusqu'à nous. Quant au passage dont il s*agit ici, le voici dans le style naïf que prête à Philon un vieux traducteur : « Gaïus s*efforceant de se faire croyre Dieu , on dit qu'au commen-
• cernent de cette folle appréhension, il usa de ce propos : Tout « ainsy que les pastoureaux des animaux, comme bouviers, ché-
• vriers, bergers, ne sont ni bœufs , ni chèvres, ni aigneaux, ains > sont hommes d une meilleure condition^ et qualité , aussy faut « penser que moy qui suis le gouverneur de ce très bon troupeau ■ d'hommes^ suis différent des autres, et que je ne tiens point de
• l'homme, mais d'une part plus grande et plus divine. Après qu'il
• eut imprimé ceste opinion dedans son esprit , etc. » Œuvres Jr Philouy traduction de P. Bellier, in-8^. Paris, iSgS.
* Politic, lib. I , cap. 5^
' Voyez un petit traité de Plutarque^ intitulé. Que Ushétes usent de la raison.
I02 DU QONTIIAT SOCIAL;
9^ cru reoofiaoître en eux. J'espère quon me salùra gré de cette modération \ car , descendant directement de Tun de ces princes , et peut-être de la branche aî^ née, que sais-je si, parla vérification des titres, je ne me trouverois point le légitime roi du genre humain? Quoi qu'il en soit, on ne peut disconvenir qu'Adam n ait été souverain du monde comme RobinsQn de son ile, tant qu'il en fut le seul habitant; et ce qu'il y avoit de commode dans cet empire étoit que le m6^ narque, assuré sur son trône, n'avoit à craindre m rebellions, ni guerres, ni conspirateurs.