‹ Extrait du Projet de Paix PerpetuelleChapitre 53 sur 200 · LIVRE II, QHAPITRE IX. l^g · texte numérisé non relu

LIVRE II, QHAPITRE IX. l^g

Fadministratioiiçupréiiie qui écrase tout^ Tant de surcharge» épuisent continuellement les sujets : loin d'être mieux gouvernés par tous ces différents ordres , ils le sont moins bien que s'il n y en ayoit qu'un seul au-dessus d'eux. Cependant à peine r este-t-il des ressources pour les cas extraordinaires; et quand il y faut recourir , l'état est toujours à la veille de sa ruine. Ce n'est pas tout : non seulement l6 gouvernement a moins de vigueur et de célérité pour JËSiire observer les lois , empêcher les vexations , corriger les abus , prévenir les entreprises séditieuses qui peuvent se faire dans des lieux éloignés ; mais le peuple a moins d'affection pour ses chefs , qu'il ne voit jamais , pour la patrie , qui est à ses yeux comme le monde, et pour ses concitoyens , dont la plupart lui sont étrangers. Les mêmes lois ne peuvent convenir à tant de provinces diverses qui ont des mœurs différentes, qui vivent sous des climats opposés, et qui ne peuvent souffrir la même forme de gouvernement. Des lois différentes n'engendrent que trouble et confusion parmi des peuples qui , vivant sous les mêmes chefs et dans une communication continuelle , passent ou se marient les uns chez les autres, et, soumis à d'autres coutumes , ne savent jamais si leur patrimoine est bien à eux. Les talents sont enfouis , les vertus ignorées , les vices impunis, dans cetle multitude d'hommes inconnus les uns aux autres^ que le siège de l'administration suprême rassemble dans un même lieu. Les chefs , accablés d'affaires , ne voient rien par euxmêmes; des commis gouvernent l'état. Enfin les mesures qu'il faut prendre pour [maintenir l'autorité gé-

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nérale, à laquelle tant d'officiers éloignés veulent se soustt*aire ou en imposer, absorbent tous les coins publics ; iln' en reste plus pour le bonheur du peuple , à peine en reste-t-il pour sa défense au besoin ; et c'est ainsi qu'un corps trop grand pour sa constitution s'affaisse et périt écrasé sous son propre poids.

D'un autre côté , l'état doit se donner une certaine base pour avoir de la solidité, pour résister aux secousses qu'il nfe manquera pas d'éprouver, et aux efforts qu'il sera contraint de faire pour se soutenir : car tous les peuples ont une espèce de force centrifuge , par laquelle ilâ agissent continuellement ks uns contjre les autres, et tendent à s'agrandir aux dépens de leurs Voisins , comme les tourbillons de Descartes. Ainsi les foibles risquent d'être bientôt engloutis; et nul ne piâut guère se conserver qu'^n se mettant avec tous dans une espèce d'équi}ibre qui rende la com«pression partout à peu près égale.

On voit par là qu*il y a des raisons de s'étendre et des raisons de se resserrer ; et ce n'est pas le moindre talent du politique de trouver entre les unes et les autres la proportion la plus avantageuse à la conservôtion de l'état. On peut dire en général que les premières , n'étant qu'extérieures et relatives , doivent être subordonnées aux autres , qui sont internes et abstdues. Une saine ai& forte constitution est la première chose qu'il faut rechercher; et l'on doit plus compter sur la vigueur qui natt d'un bon gouvernement, que sur les ressources que fournit un grand territoire.

Au reste, on a vu des états tellement constitués, que la nécessité des conquêtes entroit dans leur con-

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