LIVRE m, CHAPITRE I. l
en général par la quantité d'action, laquelle se combine par des multitudes de causes; qu'au reste, si, pour m'exp^imer en moins de paroles, j'empruntç un moment des termes de géométrie, je n'ignore pas. cependant que la précision géométrique n a point lieu dans les quantités morales.
Le gouvernement est en petit ce que le corps politique qui le renferme est en grand. C'est une personne morale douée de certaines facultés , active comme le souverain, passive comme l'état, et qu'on peut décomposer en d'autres rapports semblables; djoù naît par conséquent une nouvelle proportion^ une autre encore dans celle-ci , selon l'ordre des tribunaux , jusqu'à ce qu'on arrive à un moyen terme indivisible , c'est-à-dire à un seul chef ou magistrat suprême, qu'on peut se représenter, au milieu de cette progression, comme l'unité entre la série des fractions et celle des nombres.
Sans nous embarrasser dans cette multiplication de termes, contentons-nous de considérer le gouvernement comme un nouveau corps dans l'état, distinct du peuple et du souverain, et intermédiaire entre l'un et l'autre.
Il y a cette différence essentielle entre ces deux corps ,. que l'état existe par lui-même , et que le gouver-nement n'existe que par le souverain, Aiusi la volonté dominante du prince n'est ou ne doit être que la vor lonté généralet)u la loi ; sa force n'est que la force publique concentrée en lui : sitôt qu'il veut tirer de luimême quelque acte absolu et indépendant, la liaison du tout commence à se relâcher. S'il arrivoit enfin que
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le prince eût une volonté particulière plus active que celle du souverain y et qu'il usât, pour obéir à cette volonté particulière , de la force publique qui est dans ses mains, en sorte qu'on eût, pour ainsi dire , deux souverains, Tun de droit et l'autre de fait, à l'instant l'union sociale s'évs^ouiroit, et le corps politique seroit dissous.
Cependant, pour que le corps du gouvernement ait une existence , une vie réelle qui le distingue du corps de l'état ; pour que tous ses membres puissent agir de concert et répondre à la fin pour laquelle il est institué , il lui faut un moi particulier, une sensibilité commune à ses membres, une force, une volonté propre qui tende à sa conservation. Cette existence particulière suppose des assemblées, des conseils, un pouvoir de délibérer , de résoudre , des droits , des ti* très, des privilèges, qui appartiennent au prince ex^ clusivement , et qui rendent la condition du magistrat plus honorable à proportion qu'elle est plus pénible. Les difficultés sont dans la manière d^ordonner, dans le tout, ce tout subalterne , de sorte qu'il n'altère point la constitution générale en affermissant la sienne; qu'il distingue toujours sa force particulière destinée à sa propre conservation, de la force publique desti- ^' née à la conservation de l'état, et qu'en un mot il soit » toujours prêt à sacrifier le gouvernement au peuple , } et non le peuple au gouvernement.
D'ailleurs, bien que le corps artificiel du gouvernement soit l'ouvrage d'un autre corps artificiel, et qu'il n'ait en quelque sorte qu'une vie empruntée et subordonnée, cela n'empêche pas qu'il ne puisse agir