Extrait relatif au Canada, de l'Histoire de l'Exposition universelle de 1855 [microforme]
Les efforts faits par le Canada, cette ancienne colonie française, pour figurer dignement au grand concours de 1855, efforts couronnés, du reste, d’un plein succès, et l'importance réelle de ce beau pays, auquel un brillant avenir ne peut manquer d'échoir, nous font un devoir de lui consacrer un article à part, Mais il importe de faire précéder notre compte rendu de l’exposition canadienne de quelques détails historiques et topographiques qui nous ont été fournis par M. J.-C. Taché, membre du parlement canadien et commissaire du Canada à Paris, à l'obligeance duquel nous devons également de précieux renseignements sur les produits de son pays.
M. J.-C. Taché a d’ailleurs déployé dans l’accomplissement de son mandat un zèle et une activité vraiment méritoires; on peut dire qu’il a popularisé le Canada en France, qu'il l’a fait aimer en le faisant connaître par les publications pleines d'à. propos qui ont été répandues par ses soins Son Æsquisse sur le Canada est une de ces œuvres qui, dans un pays comme le nôtre, atteignent leur but. C’est un ouvrage concis, nourri de faits substantiels, un tableau animé de ces contrées fertiles, pittoresques, où battent bien des cœurs français. M. Taché aime la France comme ses compatriotes ; cela se sent à chaque ligne de son remarquable opuscule, et c'est sans amertume qu'il nous rappelle que 800,000 habitants, d’origine française, se souviennent toujours au Canada que leur mère-patrie c’est la France.
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Au point de vue commercial, M. Taché a fait très-habilement ressortir les avantages que les deux pays peuvent tirer de transuctions suivies, et cette propagande portera des fruits; la beauté des produits du Canada nous en est un sûr garant.
Il serait à désirer que MM. les commissaires étrangers eussent tous compris, comme l’a fait M. Taché, les devoirs qui leur étaient imposés pur leurs fonctions; le but de l'Exposition universelle eût été ainsi pleinement atteint.
Le Canada, découvert par le célèbre navigateur français Jacques Cartier, demeura colonie française depuis 1534, époque de la découverte, jusqu’en 1761, année de sa cession à l’Angleterre. La colonie portait le nom de Nouvelle-France, désignation dont se sont bien montrés dignes les descendants de nos premiers colons qui conservent encore nos croyances, notre langue et nos usages, et l'affection la plus vive pour la patrie de leurs aïeux.
Dans le temps de la domination française sur les bords canadiens, la Nouvelle-France comprenait une étendue de pays dont les limites, vaguement désignées, renfermaient une superficie plus grande encore que celle que l’on assigne maintenant au Canada. On y faisait surtout le commerce des fourrures, qui formaient le principal article des exportations, et auquel s'ajoutaient le chanvre dont la culture, malgré ses succès, a été depuis abandonnée, le tabac et une plante exclusive à l'Asie méridionale et au Canada, le ginseng, qui se vendait alors un prix extravagant en raison de la faveur dont cette plante jouissait comme médicament à cette époque.
Lors de la cession de la Nouvelle-France à l'Angleterre, à la suite d’une lutte longue et inégale, principalement soutenue par les colons, tous à la fois agriculteurs, pionniers et soldats ; le pays comptait une population d'a peu près 70,000 habitants dans les conditions heureuses d’une modeste aisance qu’avaient un peu altérée les sacrifices faits pour conserver intègre cette partie de l'empire français.
Les détails qui précèdent nous ont paru nécessaires autant pour réveiller dans les cœurs français la sympathie dont sont dignes, à un si haut degré, nos frères du Canada, que pour donner un aperçu de ce qu'était le pays à cette époque reculée. Cela nous servira de comparaison pour vérifier les progrès
rapides que le Canada a vu se réaliser depuis bientôt un siècle, Dans ce but jetons un coup d'œil sur Ja situation actuclle de cette belle colonie.
Le Canada d'aujourd'hui, on peut presque dire le Canada de l'Exposition universelle de 1855, puisque c’est à l'occasion de ce grand concours que nous ont été révélées toutes les ressoureca de ce riche pays, le Canada d'aujourd'hui compreud une super ficie de territoire d’uue étendue de 1,000,000 de kilomètres, dont à peu près 100,000 kilomètres sont en culture. Le reste est eouvert des plus belles forêts qui existent. Le fleuve Saint- Laurent, qui traverse le pays dans le sens de sa longueur, a, du fond du lac Supérieur au golfe Saint-Laurent, environ 8,000 kilomètres de cours. Grâce aux immenses canaux exécutés par le gouvernement canadien, il est navigable pour des vaisseaux de près de 300 tonneaux sur toute cette étendue. Du golfe à Québec, le grand fleuve a ses marées comme l'Océan et offre un passage libre aux plus grands vaisseaux; sa largeur de Québec au golfe varie de 15 à 120 kilomètres; la profondeur d’eau dans le port de Québec est de 40 mètres; dans le reste de son cours La largeur du fleuve varie de 2 à 12 kilomètres, et sa moindre profondeur est de près de 5 mètres.
Les principales rivières que reçoit le Saint-Laurent sont: le Saguenay, le Saint-Maurice, le Richelieu, l'Outaouais, la Trent, la Grande-Rivière et la Trenche.
Le climat du Canada est à peu près le climat de Paris l'été et celui de Copenhague l'hiver.
La population actuelle du Canada dépasse 2,000,000 d'habitants, dont 800,000 français environ qui résident dans le Bas- Canada; le reste est d'origine britannique et allemande, La moitié de toute la population professe le culte catholique, Les villes les plus peuplées sont Montréal et Québec dans le Bas- Canada, Toronto et Hamilton dans le Haut-Canada,
La valeur totale de la propriété rurale, en dehors du domaine publie, est estimée à 1,340,000,000 de franes, ct le produit annuel de ees mêmes propriétés à 500,600,060 de francs. Dans une année: abondante comme l’année actuelle, on peut compter que la production eanadienne, en blé seulement, s'élève à environ 8,000,000 d’hectolitres
On peut évaluer que le nombre d'entrées de navires venant
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de la mer est de 1,800 par année, sans tenir compte du cabotage et des bâtiments employés à la pêche. Ces navires sont du plus grand tonnage. Il se construit en moyenne chaque année à Québec un nombre de navires du tonnage collectif de 40,000 tonneaux. Les exportations du Canadx sont d'environ 120,000,000 de francs par année et Les importations de 160,000,000. Le capital dépensé dans tous les grands travaux publies et de communications du Canada peut être évalué à près de 300,000,000 de francs ; ces travaux se répartissent sous les chefs suivants: routes, phares, canaux et autres travaux dans les rivières, havres et quais, chemins de fer, ete.
Le Canada possède 20 colléges et universités, 200 écoles supérioures et plus de 5,000 écoles communales. Le eulte catholique à 8 évêques et plus de 700 prêtres ; les autres cultes comptent 4 évêques et environ 1,200 ministres des diverses croyances.
Ces trop courtes remarques sur l'état du passé et présent du Canada doivent exciter en France d'autant plus d'intérêt, que des souvenirs et des liens d'affection l’unissent au beau pays d'Amérique qui portait autrefois son nom, et dont la découverte, comme celle de toute l'Amérique du nord, est due aux nobles travaux des Cartier, des Cavalier de la Salle, des Laverandrie, des Joliet et de beaucoup d’autres hardis enfants de notre patrie. ÂArrivons maintenant à l'exposition eanadienne.
Le Canada qui, par le nombre de ses exposants, se trouvait en septième ligne parmi tous les pays qui ont envoyé leurs produits à Paris, a exposé dans vingt-six classes sur les trente du Système de classification de la commission impériale. Les articles de la provenance du Canada étaient réunis dans un local unique, à l'extrémité Est de l'Annexe du bord de l’eau, à l'exception des machines en mouvement qui, au nombre d’une douzaine, occupaient un compartiment de la section anglaise à Vautre bout du même édifice.
Au milieu de la section cauadienne s'élevait un superbe trophée, un des plus beaux de toute l'exposition, composé des articles de la seconde classe, savoir: les produits des forêts et des arts forestiers. A ce trophée, à trois étages, surmontés chacun de galeries d'où le visiteur embrassait d’un seul coup d'œil tout le panorama de l'Annexe, l'on arrivait par un es-
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