LES BOUQUETS DES PAUVRES
A Paul cf Estournelles^
Les petites filles des rues Qui vivent en vendant des fleurs, Me sont bien souvent apparues Comme un symbole de douleurs.
Dans leur pauvreté poétique, Ces messagères du printemps Drapent d'un haillon fantastique Leurs maigres membres grelottants.
Et leurs petites mains frileuses Composent pourtant les bouquets Dont se parent nos amoureuses Pour les bals légers et coquets.
Petites filles inquiètes
Qui mourez de faim et de froid
En vendant des fleurs pour nos fêtes,
N'êtes-vous pas mes sœurs à moi ?
POÉSIES
Pendant que j'écris pour ma dame
De fins sonnets capricieux,
Un autre possède son âme
Et baise, en riant, ses beaux yeux.
Mais elle, dure autant que belle, Lit mes sonnets et prend vos fleurs, Sans plus soupçonner que pour elle Nous avons tant versé de pleurs.
Et que durant les nuits sans lune.
Nous avons le désir, souvent.
D'aller noyer notre infortune Dans le fleuve immense et mouvant.
Ce qui n'empêche pas, pauvrettes.
Qu'on vous verra demain matin.
En dépit des douleurs secrètes.
Reprendre l'ouvrage incertain.
Et pour la foule ingrate et vile.
Et pour la dame aux yeux pervers Composer d'une main habile Vous vos bouquets, et moi mes vers.