LÂ MISÉRICORDE CHRÉTIENNE
La religion païenne, qui ne défendait que quelques crimes grossiers, qui arrêtait la main et abandonnait le cœur*, pouvait avoir des crimes inexpiables* : mais une religion qui enveloppe toutes les passions, qui n*est pas plus jalouse des actions que des désirs et des pensées, qui ne nous tient point attachés par quelques chaînes, mais par un nombre innombrable de fils; qui laisse derrière elle la justice humaine, et commence une autre justice; qui est faite pour mener sans cesse du repentir à l'amour, et de l'amour au repentir; qui met entre le juge et le criminel un grand médiateur, entre le juslc et le médiateur un grand juge : une telle religion ne doit point avoir de crimes inexpiables. Mais, quoiqu'elle donne des craintes et des espérances à tous, elle fait assez sentir que, s'il n'y a point de crime qui par sa nature soit inexpiable, toule une vie peut l'être; qu'il serait très dangereux de tourmenter sans cesse la miséricorde par do nouveaux crimes et de nouvelles expiations; qu'inquiets sur les anciennes dettes, jamais quittes envers le Seigneur, nous devons craindre d*en contracter de nouvelles, de combler la mesure, et d'aller jusqu'au terme où la bonté paternelle finit'.
(Livre XXIV, ch. xui : Des crimes inexpiables^ fragm.)
Pour qu'une religion attache, il faut qu'elle ait une morale pure. Los hommes, fripons en détail, sont en
1. Monlosqiiioii ne vont parltT sans doute ici du culte païen qu'en tant que culte officiel, avec sanctions publiques : ce n'était en effet qu'un enseuil)le de prali(|ues. que 1 on ré jM'lail sans y voir aucun sens.
^. C é'st-h-âiro àrs cri mes pour JosquvJs on n'adiiwWùt /».is d'ex-
piation publique (pinculum\ cl dont le coupable était abandonné « aux furies et à sa conscience ». La reli(;ion n'int<>rvenait que dans les crimes spéciaux, inténssant h's rapports de la cité avec ses dieux.
,>. \d\v\\ra\\le résumé du caté- 1 cliismc rou\a\u.
gros de très honnêtes gens; ils aiment la morale, et si je ne traitais pas un sujet si grave, je dirais que cela se voit admirablement bien sur les théâtres : on est sûr de plaire au peuple par les sentiments que la morale avoue, el on est sûr de le choquer par ceux qu'elle réprouve.
(Livre XXV, chap. n, fragni.)