‹ Extraits de l'esprit des lois et des œuvres diversesChapitre 34 sur 324 · Montesquieu écrivait, le 18 mars 1748, ù Mgr Cerati · texte numérisé non relu

Montesquieu écrivait, le 18 mars 1748, ù Mgr Cerati

« A l'égard de mon ouvrage, je vous dirai mon secret : on l'imprime dans les pays étrangers. Je continue à vous dire ceci dans un grand secret : il aura deux volumes in-4%dont il y en a un d'imprimé [jusqu'au livre XX, cf. p. 43, n. 1]; mais on ne le débitera que lorsque l'autre sera fait; sitôt qu'on le débitera, vous en aurez un, que je mettrai entre vos mains, comme l'hommaçe que je vous fais de mes terres. J'ai pensé me tuer depuis trois mois, afin d'achever un morceau que je veux y mettre, qui sera un livre de l'origine et des révolutions de nos lois civiles de France. Cela formera trois heures de lecture : mais je vous assure que cela m'a coûté tant de travail, que mes cheveux en sont blanchis. Il faudrait, pour

que mon ouvrage fût complet, que je pusse achever deux livres sur les lois féodales [livres XXX et XXXI]. Je crois avoir fait des découvertes sur une matière la plus obscure que nous ayons, qui est pourtant une magnifique matière.

Si je puis être en repos à ma campagne pendant trois mois, je compte que je donnerai la dernière main à ces deux livres, sinon mon ouvrapfe s'en passera. »

2.C'estIa fin naturelle de V Esprit (les Lois, cf. p. 44, n. 2. Remarquez encore ceci : le 1*' chap. du livre I (ici, p. 55) montre quel est l'office du législateur; le dernier cnap.

du livre XXIX (p. 50, n. 1) indique quel doit être son devoir.

3. Dernier alinéa du livre : « Italiam^ Italiam.... Je fmis le traité des fiefs où la plupart des auteurs l'ont commencé. » Citation empruntée à Virgile, Enéide^ III, 523 : c'est l'exclamation des Troyens à la vue de la terre italienne, terme de leur long voyage.

Devoirs et ambitions de lliistorien^

Si, dans le nombre infini de choses qui sont dans c€ livre, il y en avait quelqu'une qui, contre mon attente, pût offenser*, il n'y en a pas du moins qui y ait été mise avec mauvaise intention. Je n'ai point naturellemenl l'esprit désapprobateur. Platon remerciait le ciel de c€ qu'il était né du temps de Socrate'; et moi je lui rends grâces de ce qu'il m'a fait naître dans le gouvernemenl où je vis, et de ce qu'il a voulu que j'obéisse à ceuj qu'il m'a fait aimer*.

Je demande une grâce que je crains qu'on ne m'accorde pas :■ r'pst de ne pas juger, par la lecture d'ur moment, d'un travail de ïÂu^^^^nûfifiôâ; d'approuver oi de condamner le livre entier, éfnmt pas quelques phrases

1. Il va sans dire que toutes ces divisions et leyrubriques qui les accorapagnfintf ne sont pas de Montesquieu,. ?rous indiquons à la fin de chacun de ces développements le chapitre de l'Esprit des Lois dont il fait partie.

Page 1