‹ Extraits de l'esprit des lois et des œuvres diversesChapitre 4 sur 324 · PAR · texte numérisé non relu

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L'intérêt que les bons citoyens prennent à l'Encyclopédie, et le grand nombre de gens de lettres qui lui consacrent leurs travaux, semblent nous permettre de la regarder comme un des monuments les plus propres à être dépositaires des sentiments de la patrie, et des hommages qu'elle doit aux hommes célèbres qui l'ont honorée. Persuadés* néanmoins que M. de Montesquieu était en droit d'attendre d'autres panégyristes que nous, et que la douleur publique eût mérité des interprètes plus éloquents, nous eussions renfermé au dedans de nous-mêmes nos justes regi'ets et notre respect pour sa mémoire : mais l'aveu de ce que nous lui devons nous est trop précieux pour en laisser le soin à d'autres. Bienfaiteur de l'humanité par ses écrits, il a daigné l'être

1. Ce morceau a ét«5 mis par d'Alembert en lôte du tome V de YÈncyciojM'fiie, paru en 17o5, et réimprimf^ dans les «'•ditions faites par la famille de Montesquieu de sesCEuvres en 1758 et 1767. Outre rintérêt qui s'attache à tout ce qu'.i écrit d'Alemheri. cet (''loge a J'avantage d'avoir été fait sur

M. — Esp. DES Lois.

des documents fournis par le lils de Montesquieu (cf. Vian, Histoire de Montesquieu^ 2" édit., 1879, p. 3%) et sur des notes ou des lettres aujourd'hui dis- \»arue*.

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ÉLOGE DE MONTESQUIEU

aussi de cet ouvrage; et notre reconnaissance ne veut que tracer quelques lignes au pied de sa statue.

Charles de Secondât, baron de La Brède et de Montesquieu, ancien président à mortier au Parlement de Bordeaux, de l'Académie française, de l'Académie royale des sciences et des belles-lettres de Prusse, et de la Société royale de Londres, naquit au château de La Brède, près de Bordeaux, le 18 janvier 1689*, d'une famille noble de Guyenne. Son trisaïeul, Jean de Secondât, maître d'hôtel de Henri II, roi de Navarre, et ensuite de Jeanne, fille de ce roi, qui épousa Antoine de Bourbon, acquit la terre de Montesquieu, d'une somme de 10000 livres, que celle princesse lui donna par un acte authentique, en récompense de sa probité et de ses services. Henri III, roi de Navarre, depuis Henri IV, roi de France, érigea en baronnie la terre de Montesquieu en faveur de Jacob de Secondât, fils de Jean, d'abord gentilhomme ordinaire de la chambre de ce prince et ensuite maître de camp du régiment de Chàtillon. Jean-Gaston de Secondât, son second fils, ayant épousé la fille du premier président du Parlement de Bordeaux, acquit dans cette compagnie une charge de président à mortier. Il eut plusieurs enfanls, dont un entra dans le service, s'y distingua et le quitta de fort bonne heure : ce fut le père de Charles de Secondât, auteur de VEsprit des Lois. Ces détails paraîtront peut-être déplacés à la tête de l'éloge d'un philosophe, dont le nom a si peu besoin d'ancêtres : mais n'envions point à leur mémoire l'éclat que ce nom répand sur elle.

Les succès de l'enfance, présage quelquefois si tror peur, ne le furent point dans Charles de Secondât» :

1. Le château existe encore, tel à peu près qu'y naquit Montesquieu, et il appartient toujours ai/x descendants directs du phi- /osophe. La Brède est un cbef-Jieu '*• ranion, à 18 kil. de Bordeaux,

dans la direction de Toulou 2. Montesquieu s'appela d'ah Charles-Louis de La Brède Vian, Histotre de Montfxf t édit., 1OT9, p. \^. ^t cette noie sur \e \\Nve

annonça de bonne heure ce qu'il devait être ; et son père donna tous ses soins à cultiver ce génie naissant, objet de son espérance et de sa tendresse*. Dès l'âge de vingt ans, le jeune Montesquieu préparait déjà les matériaux de V Esprit des Lois, par un extrait raisonné des immenses volumes qui composent le corps du droit civil ^ : ainsi autrefois Newton avait jeté, dés sa première jeunesse, les fondements des ouvrages qui Tont rendu immortel. Cependant l'étude de la jurisprudence, quoique moins aride pour M. de Montesquieu que pour la plupart de ceux qui s'y livrent, parce qu'il la cultivait en philosophe, ne suffisait pas à l'étendue et à l'activité de son génie. Il approfondissait, dans le même temps, des matières encore plus importantes et plus délicates, et les discutait dans le silence avec la sagesse, la décence et l'équité qu'il a depuis montrées dans ses ouvrages'.

Un oncle paternel*, président à mortier au Parlement de Bordeaux, juge éclairé et citoyen vertueux, l'oracle de sa compagnie et de sa province, ayant perdu un fils unique, et voulant conserver dans son corps l'esprit d'élévation qu'il avait tâché d'y répandre, laissa ses biens et sa charge à M. de Montesquieu. 11 était conseiller au

Ïiays : « Ce jour f

d'une femme du dliuy, 18 janvier )689, a été baptisé dans noire église paroissiale le fils de M. de Secondât, notre seigneur. Il a été tenu sur les fonts par un pauvre mendiant de cette oaroisse, nommé Charles, à celle nn que son parrain lui rappelle toute sa vie que les pauvres sont ses frères. Que le bon Dieu nous conserve cet enfant! » Baurein, Yariélés bordelaises^ 1. 111, p. 10.

1. D'Alembert passe ici sous sil^ice, et sans doute à dessein, le long séjour que Montesquieu fit au collège des Oratoriens de Juilly (de iTOÙà 1705). C'est à leur ena^gnemeat surtout qu'il dut sa ctmoâissance de i'antjquilé et cet

esprit classique qu'il conserva toute sa vie.

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