Monarchie, oligarchie, a ristocralio, clôinocratie
2. Montesquieu vienlde l'élndier dans la république romaine (cf. p.
165-191) et chez les Anglais (suite du mémo chapitre, p. 193 <'t s.).
Les ^ouvornements modérés sont la republique et la monarchie.
Le despotisme'.
COMMENT LES LOIS SONT RELATIVES AU rULNCIPE DU GOUVERNEMENT DESPOTIQUE
Le gouvernement despotique a pour principe la crainte:
1. Nous avons d(?jà remarqué (p. 72, n. 4) la place très considérable que Montesquieu fait au despotisme dans ïEsprit des Lois et les objections qui ont été faites déjà par Voltaire à la distinction établie entre la monarchie et le despotisme. Le principe de la monarchie et le principe du despotisme sont en réalité identiaues (c'est ce qu'avait montré obbes, Imperiwn^ ch. Vil, § 3), et Montesquieu l'avoue lui-même quelque part (III, x : « le pouvoir est pourtant le même », ici, p. 103).
Il est possible qu'on les opposant si nettement, Montesquieu a eu surtout en vue la réfutation de Ilobbes. « Il s'est fati^ié », dit Ilarthélemy-Saint Ililaire (traduction de apolitique, p. 148), «à tracer entre la monarchie et le despotisme une limite qui scientifiquement n'existe pas. » « La monarchie et le despotisme sont deux frères qui ont tant de rossf'mMance qu'on les prend so\ivent J'ua pour i'autre. » (^Vol-
taire). Mais il est plus proba])Ie encore que Montesquieu, en faisant du despotisme le plus noir tableau, et en le distinguant si foncièrement du gouvernement modéré delà monarchie, songeait surtout à avertir ses concitoyens, à sauvegarder les prérogatives des Ordres (cf. p. 71 et s.) et à arrêter les progrès incessants du pouvoir royal. Le despotisme fut, au XVIII* siècle, une manière d'épouvantail dont les philosophes agitèrent l'opinion publique. « Les rois veulent être absolus », dit J.-J. Rousseau {le Contrat social^ III, vi), « et de loin on leur cric que le meilleur moyen de l'être est de se faire ainier de leurs peuples. » Dès les Lettres Pet'^ sanes, Montesquieu avait allaqué le despotisme (cf. p. 285); dans les Consiaéralioiis^ on loua surtout la haine qu'il en avait marquée {\i. xxr, n. 3), et, dans ses théories de y Esprit des Loxs.^ \V V.v\v
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L'ESPIUT DES LOIS.
mais à des peuples timides, ignorants, abattus, il ne faut pas beaucoup de lois'.
Tout y doit rouler sur deux ou trois idées : il n'en faut donc pas de nouvelles. Quand vous instruisez une bête, vous vous donnez bien de garde de lui faire changer de maître, de leçon et d'allure : vous frappez son cerveau par deux ou trois mouvements, et pas davantage.
Lorsque le prince est enfermé, il ne peut sortir du séjour de la volupté sans désoler tons ceux qui l'y retiennent. Ils ne peuvent soulfrir que sa personne et son pouvoir passent en d'autres mains. Il fait donc rarement la guerre en personne, et il n'ose guère la faire par ses lieutenants*.
Un prince pareil, accoutumé dans son palais à ne trouver aucune résistance, s'indigne de celle qu'on lui fait les armes à la main : il est donc ordinairement conduit par la colère ou par la vengeance. D'ailleurs, il ne peut avoir d'idée de la vraie gloire. Les guerres doivent donc s'y faire dans toute leur fureur naturelle, et le droit des gens y avoir moins d'étendue qu'ailleurs'.
Un tel prince a tant de défauts, qu'il faudrait craindre d'exposer au grand jour sa stupidité naturelle. Il est caché, et l'on ignore l'état où il se trouve*. Par bonheur,
1. Comme l'a remarqué M. Sorel (p. lOOj, Montesquieu songe trop constamment au despotisme des peuples orientaux. « II lui manque d'avoir connu la Hussic. Voici un Empire où le jirince est la loi vivante et arbitraire, et où l'amour qu'il inspire au peuple fait toute la force de l'Etat. »
2. Mt>nlosquieu sonpeait à Tibère et à \)o\uï\\oii:cï.(loiisi(t('rfilioiis.
p. 143. Mais il y a lH»auroup d'exceptions à cette loi. Et on son{;r ici, involontairement,;! .Napoléon.
J. a Le droit des pens », c'esl-
à-(//rn les rvglvs jnicrnntionalos
de ju'obiléf de justice, de bonne
foi. Montesquieu songe aux guerres sans merci des despotes orientaux et, je crois, en particulier à la grande guerre de Nadir- Cliali, roi de l'erse, contre les Mongols. Lors du sac de Delhi, cent mille hommes périrent, les survivants furent mis à la torture pour être forcés à révélei' les trésors cachés (1759). 5Iais de |>areilles violations d<> l'humanité s«' sont n'ncontn'M's dans les gouvernenK'Uts modérés, monarchie ou république.
l. \o^o/. ici, p. 318, les por- IravVs do 'VWwvv vV <iV'\.v>\\\s\\.VStk.
les hommes sont tels dans ces pays, qu'ils n'ont besoin que d'un nom qui les gouverne.
Charles XII étant à Bender*, trouvant quelque résistance dans le sénat de Suède, écrivit qu'il leur enverrait une de ses bottes pour commander. Cette botte aurait commandé comme un roi despotique.
Si le prince est prisounier, il est censé être mort ; et un autre monte sur le troue*. Les traités que fait le prisonnier sont nuls: son successeur ne les ratifierait pas. En elfet, comme il est les lois', l'État et le prince, et que, sitôt qu'il n'est plus le prince, il n'est rien, s'il n'était pas censé mort, l'État serait détruit.
Une des choses qui détermina le plus les Turcs à faire leur |>aix séparée avec Pierre I*% fut que les Moscovites dirent au vizir, qu'en Suède on avait mis un autre roi sur le trône*.
La conservation de l'État n'est que la conservation du prince, ou plutôt du palais où il est enfermé. Tout ce qui ne menace pas directement ce palais ou la ville capitale, ne fait point d'impression sur des esprits ignorants, orgueilleux et prévenus; et quant à l'enchaînement des événements, ils ne peuvent le suivre, le prévoir, y penser même. La politique, ses ressorts et ses lois, y doivent être très bornés, et le gouvernement politique y est aussi simple que le gouvernement civil*.
Tout se réduit à concilier le gouvernement politique et civil avec le gouvernement domestique^, les officiers de l'État avec ceux du sérail.
1. Charles XII n'était point alors à Uonder. mais à Dt^molica; Voltaire, Histoire de Charles XII, cliap. VU.