‹ Extraits de la Théodicée, avec introd.,notes, et éclairoissements sur l'histoire de l'optimismeChapitre 115 sur 205 · SUITE DE LA RÉPLIQUE A BAYLE · texte numérisé non relu

SUITE DE LA RÉPLIQUE A BAYLE

M. Bayle poursuit : « Il n*y a donc aucune liberté en « Dieu, il est nécessité par sa sagesse à créer, et puis à créer . « précisément un tel ouvrage, et enfin à le créer précisé- « ment par telles voies. Ce sont trois servitudes qui forment « un fatum plus que stoïcien, et qui rendent impossible a tout ce qui n'est pas dans leur sphère. Il semble que, « selon ce système, Dieu aurait pu dire, avant même que « de former *ces décrets : Je ne puis sauver un tel homme « ni damner un tel autre, quippe vetor fatis, ma sagesse ne a le permet pas. »

Je réponds que c'est la bonté qui porte Dieu à créer, afin de se communiquer; et cette même bonté, jointe à la sagesse, le porte à créer le meilleur ; cela comprend toute la suite, l'effet et les voies. Elle Fy porte sans le nécessiter, car elle ne rend point impossible ce qu'elle ne fait point choisir. Appeler cela fatum, c'est le prendre dans un bon sens, qui n'est point contraire à la liberté : fatum vient de fari, parler, prononcer ; il signifie un jugement, un décret de Dieu, l'arrêt de sa sagesse. Dire qu'on ne peut pas faire une chose, seulement parce qu'on ne le veut pas, c'est abuser des termes. Le sage ne veut que le bon : est-ce donc une servitude quand la volonté agit selon la sagesse? Et peut-

1. Leibniz se contente trop d'affirmations au lieu de démonstrations.

on être moins esclave que d*agir par son propre choix suivant la plus parfaite raison ? Arislote disait que celui-là est dans une servitude naturelle {natura servus) qui manque de conduite, qui a besoin d'être gouverné. L'esclavage vient de dehors ; il porte à ce qui déplaît, et surtout à ce qui déplaît avec raison : la force d'aulrui et nos propres passions nous rendent esclaves. Dieu n*est jamaiE mû par aucune chose qui soit hors de lui ; il n'est point sujet non plus aux passions internes, et il n'est jamais mené à rien qui lui puisse faire déplaisir. Il paraît donc que M. Bayle donne des noms odieux aux meilleures choses du monde, et renverse les notions, en appelant esclavage l'état de la plus grande et de la plus parfaite liberté.

Il avait encore dit un peu auparavant (ch. 151, p. 891) : t Si la vertu ou quelque autre bien que ce soit avaient eu • autant de convenance que le vice avec les tins du Gréait teur, le vice n'aurait pas eu la préférence ; il faut donc « qu'il ait été l'unique moyen dont le Créateur a pu se f servir ; il a donc été employé par pure nécessité. Gomme t donc il aime sa gloire, non pas par une liberté d'indiffc- « rence, mais nécessairement, il faut qu'il aime nécessaire- « ment tous les moyens sans lesquels il ne pourrait point « manifester sa gloire. Or, si le vice, en tant que vice, a été f le seul moyen de parvenir à ce but, il s'ensuivra que Dieu « aime nécessairement lé vice, en tant que vice ; à quoi « l'on ne peut songer sans horreur, et il nous a révélé tout « le contraire. »

M. Bayle suppose faux, dans les paroles que nous venons de lire, et en tire de fausses conséquences. Il n'est point vrai que Dieu aime sa gloire nécessairement, si l'on entend par là qu'il est porté nécessairement à se procurer sa gloire par les créatures. Gar, si cela était, il se procurerait cette gloire toujours et partout. Le décret de créer est libre : Dieu est porté à tout bien ; le bien, et ménae le meilleur, l'incline à agir, mais il ne le nécessite pas : car son choix ne rend point impossible ce qui est distinct du meilleur.

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