XII. LE MOUVEMENT
Car on peut dire que, dans le choc des corps, chacun ne souffre que par son propre ressort, cause du mouvement qui est déjà en lui. Et quant au mouvement absolu, rien ne peut le déterminer mathématiquement, puisque tout se termine en rapports; ce qui fait qu'il y a toujours une parfaite équivalence des hypothèses comme dans l'astronomie ; en sorte que, quelque nombre de corps qu'on prenne, il est arbitraire d'assigner le repos ou un tel degré de vitesse à celui qu'on voudra choisir, sans que les phénomènes du mouvement droit, circulaire ou composé, le puissent réfuter. Cependant il est raisonnable d'attribuer aux corps de véritables mouvements, suivant la supposition qui rend raison des phénomènes de la manière la plus intelligible, cette domination étant conforme à la notion de l'action que nous venons d'établir. (Ibid,)
Xm. COMPARAISON DE LAME ET DU CORPS AVEC DES
HORLOGBS.
Figurez-vous deux horloges ou deux montres qui s'accordent parfaitement. Or cela se peut faire de trois façons.
La première consiste dans l'influence mutuelle d'une horloge sur l'autre ; la seconde, dans le soin d'un homme qui y prend ^rde ; la troisième, dans leur propre exactitude. La première façon, qui est celle de l'influence, a été expérimentée par feu M. Huyhens, à son grand étonneraent. Il avait deux grandes pendules attachées à une même pièce de bois ; les battements continuels de ces pendules avaient communiqué des tremblements semblables aux particules du bois ; mais ces tremblements divers ne pouvant pas biea subsister dans leur ordre, et sans s'entre-empêcher, à moins que les pendules ne n'accordassent, il arrivait, par une espèce de merveille, que lorsqu'on avait même troublé leurs battements tout exprès, elles retournaient bientôt à battre ensemble, à peu près comme deux cordes qui sont à l'unisson. La seconde manière de faire toujours accorder deux horloges, bien que mauvaises, pourra être d'y faire toujours prendre garde par un habile ouvrier qui les mette d'accord à tous moments : et c'est ce que j'appelle la voie de l'assistance. Enlin la troisième manière sera de faire d'abord ces deux pendules avec tant d'art et de justesse, qu'on se puisse assurer de leur accord dans la suite ; et c'est la voie du consentement préétabli. Mettez maintenant l'ûme et le corps à la place de ces deux horloges. Leur accord ou sympathie arrivera aussi par une de ces trois façons. La voie de ^influence est celle de la philosophie vulgaire.... La voie de Vassistance est celle du système des causes occasionnelles.... Ainsi, il ne reste que mon hypothèse, c'est-à-dire que la voie de Vharmonie préétablie par un artifice divin. (Lettres, p. 365.)