‹ Extraits de la Théodicée, avec introd.,notes, et éclairoissements sur l'histoire de l'optimismeChapitre 29 sur 205 · LKBNIZ HISTORIEN ET JURISCONSULTE · texte numérisé non relu

LKBNIZ HISTORIEN ET JURISCONSULTE

Il était très-profond dans l'histoire et dans le» intérêts des princes, qui eii sont le résultat pQjitique, Après que Jeaa- Casimir, roi de Pologne, eut abdiqué là cpuroi^ne, en 166B, Philippe-Guillaume de Neubourg, comte palatin, fut un des prétendants, et M. Leibniz fit un traité, sous le nom supposé de George élicovius, pour prouver que ja république ne pouvait faire un meilleur choix. Cet ouvrage eut beçmçoqp d'éclat : Tauteur avait vingt-deux ans..,..

M. Leibniz, dans sa vaste lecture, ne mépria?iit riep^ et il est étonnant à combien de livres médiocres et presquç absolument inconnus il avait fkit la grâce de les lire, On sent qu'il se tient presque à regret dans des détails où son siget Tenchalne, et que son esprit prend son vol dès qu'il le peut, et s'élève aux vues générales.

Les princes de Brunswick le destinèrent h écrire l'histoire de leur maison. Pour remplir ce grand dessein et ramasser les matériaux nécessaires, il courut toute l'Allemagpe, visita toutes les anciennes abbayes, fouilla dans les archives des yille^^ examina les tombeaux et les autres antiquités, et passa de là en Italie, où les marquis de Toscane, de Ligurie et d'K^t* sortis de la même origine que les priuces de Brunswipk, avaient eu leurs principautés et leurs domaipes,

Gomme il allait par mer dans une petite barque, seul et sans aucune suite, de Venise à Mçsola^ dans le Ferrarpia, .i( s'éleya une furieuse teoipête j le pilote, qui ne croyait pas être entendu par un Allemand^ et qui le regardait comipe la cause de la tempête, parce qu'il le jugeait hérétique, proposa de le jeter à la mer, en conservant néanmoins ses Jiardes et son argent. Sur cela, M. Leibnjz, sans marquer 4ucun trouble, tira un chapelet, que apparemment il ^vait pris par précaution, et le tourna d'un air assez dévot. Cet artifice lui réus*

1. C'est là, comme dit Fontanelle, un préjugé contre la langue allemande,

sit : un marinier dit au pilote que, puisque cet homaie-ià n'était pas hérétique, il n'était pas juste de le jeter à la mer.

Il fut de retour de ses voyages à Hanovre en 1690. Il avait fait une abondante récolte, et plus abondante qu'il n'était nécessaire pour l'histoire de Brunswick ; mais une savante avidité l'avait porté à prendre tout. Il ût de son superflu un ample recueil, dont il donna le premier volume in-folio en 1693, sous le titre de Codex juris gentium diplomatictts, et rappela Gode du droit des gens y parce qu'il ne contenait que des actes faits par des nations, ou en leur nom... Il mit à la tète de ce volume une grande préface bien écrite et encore mieux pensée. Il y fait voir que les actes de la nature de ceux qu'il donne sont les véritables sources de l'histoire, autant qu'elle peut être connue ; car il sait bien que tout le un nous en échappe ; que ce qui a produit ces actes publics et mis les hommes en mouvement, ce sont une infinité de petits ressorts cachés, mais très-puissants, quelquefois inconnus à ceux mêmes qu'ils font agir, et presque toujours si disproportionnés à leurs effets, que les plus grands événements en seraient déshonorés. Il rassemble les traits d'histoire les plus singuliers que ces actes lui ont découverts, et il en tire des conjectures nouvelles et ingénieuses. Il avoue que tant de traités de paix si souvent renouvelés entre les mêmes nations font leur honte, et il approuve avec douleur l'enseigne d'un marchand hollandais qui, ayant mis pour titre A la paix perpétuelle, avait fait peindre dans le tableau un cimetière.

Un homme de la trempe de M. Leibniz, qui est dans rétude de l'histoire, en sait tirer de certaines réflexions générales élevées au-dessus de l'histoire même^ et dans cet amas confus et immense de faits il démêle un ordre et des liaisons délicates qui n'y sont que pour lui. Ce qui l'intéresse le plus, ce sont les origines des nations, de leurs langues, de leurs mœurs, de leurs opinions, surtout l'histoire de l'esprit humain, et une succession de pensées qui naissent dans les peuples les unes après les autres ou plutôt les unes des autres', et dont T enchaînement bien observé pourrait donner lieu à des espèces de prophéties (t).

M. Leibniz était grand jurisconsulte. Il était né dans le

1. C'est ce qu'on appelle de dos jours la philosophie de l'histoire.

sein de la jurisprudence, et cette science est plus cultivée en Allemagne qu'en aucun autre pays. Ses premières études furent principalement tournées de ce côté-là, la vigueur naissante de son esprit y fut employée. A l'âge de vingt ans, il voulut se faire passer docteur en droit à Leipzig ; mais le doyen de la faculté, poussé par sa femme, le refusa sous prétexte de sa jeunesse. Cette même jeunesse lui avait peutêtre attiré la mauvaise humeur de la femme du doyen. Quoi qu'il en soit, il fut vengé de sa patrie par l'applaudissement général avec lequel il fut reçu docteur la même année à Altorf, dans le territoire de Nuremberg.

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