‹ Extraits de MontaigneChapitre 14 sur 353 · IV. — Du CHOIX d'une KDITION · texte numérisé non relu

IV. — Du CHOIX d'une KDITION

L'édition des Essais le plus généralement suivie dans les classes et pour tous travaux littéraires est bien celle de 1595 (Paris, Abel l'Angelier ou Michel Sonnius, in-folio). Le texte de cette édition lut établi par M''^ de Gournay, et, comme le titre même le porte, sur une copie « trouvée après le deceds de l'autheur, reveue et augmentée par luy d'un tiers plus qulaux précédentes impressions ».

Pourtant il nous a paru préférable de nous servir, pour ces Extraits, du texte de 1588, que l'édition des Bibliophiles (Jouaust) reproduit avec exactitude.

Il est à ce choix d'excellentes raisons. Ce sont celles-là mêmes qui ont été exposées par les éditeurs Motheau et Jouaust :

a Des deux sources vraiment authentiques de ce texte : l'édition de 159s, avec addition de notes manuscrites, publiée par M"<: de Gournay trois ans après la mort de l'auteur, et celle de 1^88, moins complète, mais publiée par Montaigne lui-même, laquelle devions-nous choisir? Nos préférences nous entraînaient tout d'abord vers cette dernière ; mais, uvant de nous y fixer, 'nous avons voulu pressentir l'opinion des bibliophiles à qui s'adressent nos publications, et l'avis motivé des plus

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compétents est venu justifier notre prédilection pour l'édition de 15S8.

« En nous déterminant pour un texte dont Montaigne a préparé et suivi lui-même la publication, il ne pouvait être question pour nous de réimprimer l'édition de 1580, non plus que celles de 1582 et de 1587, qui ne sont d'ailleurs que des réimpressions du texte de 1580. C'eût été nous résoudre à ne donner pour ainsi dire qu'un compendium des Essais, réduits dans cette forme rudimentaire à un embrk-on des deux premiers livres. L'édition de 1588. au contraire, qui reproduit ces deux livres avec six cents additions, et avec adjonction du troisième, renferme l'expression désormais arrêtée de la pensée de Mon taigne, complète dans le fond, sinon dans les retouches de détail. Elle est la dernière publiée du vivant de l'auteur et eu quelque sorte l'édition officielle des Essais.

« Les additions posthumes, recueillies avec un soin pieux et livrées à la publicité par M'ie de Gournay, donnent incontestablement à l'édition de 1595 un avantage sur notre texte de 1588. Toutefois, il importe de se rendre un compte bien exact de la nature de ces additions. Montaigne les avait écrites an courant de la plume sur les marges d'un exemplaire de 15S8. de ci, de là, à peu près à la place qu'il leur destinait; c'est-àdire en se réservant de les fondre dans l'édition nouvelle qu'il projetait quand la mort vint le surprendre. Et qui sait n quoi il les eut réduites? lui qui, de son propre aveu, selon la remarque de Naigeon, sentait qu'il gâtait quelquefois son livre en le corrigeant : « Je m'eschaude souvent, dit-il (liv. II, ch. XII), à y mettre un nouveau sens, pour avoir perdu le premier qui valoit mieux. » Sans doute, tout ce qui est sorti de la plume de Montaigne est précieux à recueillir et, à ce titre, l'édition de 1595 est intéressante pour la partie inédite qu'elle renferme. Mais on ne doit pas perdre de vue que ces additions, restées à l'état de notes intimes et confidentielles, n'ont pas subi de la part de leur auteur l'examen de la der nière heure ; et que, d'un autre coté, M"* de Gournay, en intervenant dans leur rédaction définitive, a pu, à son insu, en modifier le caractère. Il en est tout autrement du texte de 1588, qui semble nous ofi'rir un Montaigne plus franc et plus sincère, puisqu'il nous donne Montaigne et tel qu'il a été, et tel qu'il a voulu paraître.

-( En outre, ces additions, quelques soins qu'ait apportés M"e de Gournay à leur assigner kur véritable place, surprennent et déroutent plus d'une fois le lecteur, qui se voit

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c-bligé à des prodiges de mémoire ou à des rcclierchcs souven' longues et diltkiles pour renouer le fil brusquement interrompu d'une série de déductions qu'il se flattiut de pouvoir suivre jusqu'au bout. Aussi, comme nous tenions à donner, en même temps qu'un texte exact, une édition de lecture courante, avons-nous trouvé là une raison nouvelle de nous en tenir au texte de 1588.

« Ce texte d'ailleurs, on le sait, a eu les préférences de Sainte-Beuve, qui le regardait comme produisant mieux une impression d'ensemble. Et à ce sujet l'illustre et regrettable critique cite l'opinion du père Niceron, disant que le texte de Montaigne est plus suivi dans les éditions qui ont précédé la cinquième, « parce que ce texte, qui ne contenait d'abord que des raisonnements clairs et précis, a été coupé et interrompu par les différentes additions que l'auteur y a faites par-ci par-là, en différents temps. » Cette opinion se trouve confirmée par un écrivain qui fait autorité dans la matière, M. Sylvestre de Sacy. )■)

M. Petit de Julleville, qui a cru devoir s'en tenir encore, dans une édition de simples extraits destinés aux classes, au texte de IS95, le plus ordinairement cité, ne l'a pas fait sans regret. « Nous reproduisons donc, mais non sans quelque regret, déclare-t-il, l'édition de 159s. ■• " Pour lui « 1 édition de 1595 ne vaut pas partout celle de 1588 (la dernière qui ait été faite avec l'aveu de Montaigne) ; les additions y font souvent longueur et, quoique leur authenticité ne soit pas douteuse, rien ne prouve que l'auteur, qui les avait écrites à la marge de son livre, les eut toutes fait passer dans le texte à l'impression... Le texte absolument authentique de Montaigne n'est p^s là, mais dans l'édition de 1588. »

II est bien vrai que nombre de mots, de traits, de pensées, fréquemment cités et connus de tous, et dans lesquels souvent Montaigne s'est le mieux peint, ne se trouvent pas dans le texte de 1588 et ne parurent qu'aux marges de l'exemplaire de M"": de Gournav. Toute édition serait incomplète, où il ne serait pas tenu compte de ce qui a pu donner ainsi plus de clarté et plus de force à la pensée de l'écrivain.

Aussi avons-nous jugé indispensable de faire une place, sous forme de notes au bas du texte, à toutes les corrections et additions importantes. Les inconvénients d'un choix qui serait .sans concessions se trouvent évités par là même. Pour la partie des Essais que nous publions, notre texte est entièrement conforme * celui de 1588, qui doit être regarde- connue le seul vraimea'

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authentique ; mais ce texte est complété par tout ce que l'on îî .• peut ignorer du texte de 1595, c'cst-â-dire par tout ce que Montaigne eût lui-même voulu introduire de développements et de réflexions nouvelles dans le corps de son livre. L;iisser intacte, par un absolu respect de la pensée d'un écrivain, l'expression dernière qu'il en a donnée, et toutefois recueillir les preuves les plus sérieuses de l'etTort que faisait, pour se renou vêler sans cesse, un esprit sans cesse inquiet du m.itux, nous .1 semblé et semblera, croyons-nous, aux bons juges, le meilleur parti qu'il y eut à prendre.

LA GRAMMAIRE '" I. — Formes grammaticalec.

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