Chapitre LV. — Des Senteurs
2. La déclaration suivante, si catégorique et si nette, lut ajoutée ici dans l'édition de 1595 :
a Egualement m'en sera acceptable et utile la condamnation comme l'approbation, tenant pour absurde et impie, si rien se rencontre, ignoramment ou inadvertamment couché en cette rapsodie, contraire aux sainctes resolutions et prescriptions de l'Eglise cathohque, apostolique et romaine, en laquelle je meurs, et en laquelle je suis nay : et pourtant... » Nous
ESSAIS DE MONTAIGN'E
aipsin icmerairement à toute sorte de propos, comme icy-. Je ne sçay si je me trompe, mais puis que, par une faveur particulière de la bonté divine, certaine façon de prière nous a esté prescripte et dictée mot à mot par la bouche de Dieu, il m'a tousjours semblé ' que nous en devions avoir l'usage plus ordinaire que nous n'avons; et, si j'en estoy creu, à l'entrée et à l'issue de nos tables, à nostre lever et coucher, et à toutes actions particulières ausquelles on a accoustumé de mesler des prières, je voudroy que ce fût le seul patenostre ^ que les chrestiens y employassent. L'Eglise peut estcndre et diversifier les prières selon le besoing de nostre instruction, car je sçay bien que c'est tousjours mesme substance et mesme chose ; mais on devoit donner à cellelà ce privilège, que le peuple l'eust continuellement en la bouche, car il est certain qu'elle dit tout ce qui nous sert, et qu'elle est trespropre à toutes occasions 5.
J'avoy présentement en la pensée d'où nous venoit cett'erreur, de recourir à Dieu en tous nos desseins et entreprinses, et l'appeler à toute sorte de besoing et en quelque lieu que nostre foiblesse requiert de l'aide, sans considérer si l'occasion est juste ou injuste; et de escrier 4 son nom et sa puissance en quelque estât et
sommes loin de donner Montaigne pour un clirétien parfait ; mais nous ne croyons pas que, après avoir lu sans parti pris tout l'ensemble de son œuvre, on puisse révoquer en doute la sincérité de cette profession de foi.