‹ Extraits de MontaigneChapitre 214 sur 353 · lieuse. — (Jra-osus). Signif · texte numérisé non relu

lieuse. — (Jra-osus). Signif

porté à la colère, en colère.

8. Bonasse. — La terminaison as, assc, ace, acbe (du latin accum, aceatn), a donné, en général, aux substantifs ou aux adjectifs auxquels elle s'ajoute, unesignification augmentative ou péjorative : couteau, coutelas; mou, mollasse; bon, bonasse.

9. « Ne vovons-nous pas que l'homme cherche toujours sans s.ivoir ce qu'il désire, et qu'il change sans cesse de place comme s'il pouvait se délivrer ainsi du fardeau qui l'accable? » (Lucrèce, III, 1070.)

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Chaque jour nouvelle fantaisie, et se meuvent nos humeurs avecques les mouvemens du temps '.

Talcs saut boiniitiiin meules qiuiU piilcr ipse Juppitcr aucti feras litst ravit Itiiiniic terras *.

Celuy que vous vistes hier si avantureuz, ne trouvez pas estrange de le voir aussi poltron le lendemain : ou la cholere, ou la nécessité, ou la compagnie, ou le vin, ou le son d'une trompette luy avoit mis le cœur au ventre; ce n'est un cœur ainsi formé par discours, ces circonstances le luy ont fermy ; ce n'est pas merveille si le voylà devenu lâche par autres circonstances contraires.

Non seulement le vent des accidens me 3 remue selon son inclination, mais en outre je me remue et trouble moy mesme par l'instabilité de ma posture ; et (^ui y regarde primemcnt ^ ne se trouve guère deux fois en mesme estât. Je donne à mon ame tantost un visage, tantost un autre, selon le costé où je la couche. Si je parle diversement de moy, c'est que je regarde diversement. Toutes les contrariétés s'y trouvent, selon quelque tour et en quelque façon. Honteux, insolent; bavard, taciturne; laborieux, délicat; ingénieux, hebeté;

Le temps, qui change tout, change aussi [nos humeurs.

(BoiLEAU, Art poétique, chant III.)

2. Ces deux vers sont de Cicéron. Car Ciccron .nvait ainsi mis en vers I.itins deux vers de VOdyssée (XVIII, i}5), et les .ivait cités • ijns les Académiques. C'est saint .Augustin qui nous les n conservés.

- J.-V. Le Clerc, dans sa traduction des Œuircs de Cicéron, les a traduits i son tour en vers français :

Les pensera dci mortels, et leur deuil et

[leur joie,

Changent .ivcc les jours que le ciel leur

[envoie.

;. Ici Mo:itaigne se met luimême en cause, et, peut-être avec une surabondance d'épitliètes qui indiquerait le parti pris de se calomnier pour le besoin de sa thèse, il se révèle .i nous tel qu'il se sentait être dans le fond de sa nature, avec toutes ses faiblesses et contradictions.

4. Primement. — Ce mot, que Moi)t.ii{;ne a créé ou pris a la langue pijpul.iire, et que l'on ne trouve que dans son livre, ne peut avoir ici d'autre sens que celui de exactement. Cotgravc lui attribue précisément cette signification.

chagrin, debonaire ; menteur, véritable : tout cela, je le vois en moy aucunement, selon que je me vire • ; et quiconque s'estudic bien attentifvement trouve en soy, voire et en son jugement mesme, cette volubilité ^ et discordance. Je n'av rien à dire de moy, entièrement ', simplement et solidement, sans confusion et sans meslange, ny en un mot. Distinguo est le plus universel membre de ma logique ■*.

Encore que je sois tousjours d'advis de dire du bien le bien, et d'interpréter plustost en bonne part les choses qui le peuvent estre, si est-ce que l'estrangeté de nostre condition porte que nous soyons souvent par le vice mesme poussez à bien faire, si le bien faire ne se jugeoit par la seule intention. Parquoy 5 un fait courageux ne doit pas conclure un homme vaillant : celuy qui le seroit bien à point, il le seroit toujours et à toutes occasions. Si c'estoit une habitude de vertu et non une saillie, elle rendroit un homme pareillement résolu à tous accidens, tel seul qu'en compaignie, tel en camp clos qu'en une bataille : car, quoy qu'on die, il n'a pas autre vaillance sur le pavé et autre en la guerre ; aussi courageusement porteroit-il ^ une maladie en son lict qu'une blessure au camp, et ne craindroit non plus la mort en sa maison qu'en un assaut. Nous ne verrions pas un mesme homme donner dans la bresche d'une brave asseurance, et se tourmenter après, comme une femme, de la perte d'un procez ou d'un fils.

1. Je me vire. — C.-à-d. : je me tourne. Le verbe est encore dans l.i Lingue (x irer de bord), et avec le sens dettmrtu^, m.iis n'est guère employé que comme neutre. Pourtant tourmr et virer quelqu'un : le sonder.

— Se virer ne se dirait plus.

2. Voluhililé. — Avec la signification étymologique de xvlubilitas (de :vhere) : disposition à tourner.

). Comni<; plus haut, à propos

d'Auguste : « il s'est faict lascher entier et indécis. »

4. Toute cette prodigalité d'aveux devait donc aboutir à une conclusion sceptique. Moiit.iigne, en effet, tire, des erreurs et des contradictions de chaque homme, en même temps que des erreurs et de la diversité des opinions des iionimes, ses motifs de douter.

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