Mises de fonds, c.-à-d. dépenses
Hux ttitiipc supersunt, Qxue domintim /allant, qiue prosint fiiribus '.
J'avme à ne sçavoir pas le conte de ce que j'ay, pour sentir moins exactement ma perte -. Je prie ceux qui vivent avec moy, où l'afiection leur manque et les bons eftects >, de me piper et payer de bonnes apparences. A faute d'avoir assez de fermeté pour soufrir l'importunité des accidens contraires ausquels nous sommes subjects, et pour ne me pouvoir tenir tendu à régler et ordonner les affaires, je nourris autant que je puis en moy cett' opinion, m abandonnant du tout à la fortune, de prendre toutes choses au pis, et ce pis là, me résoudre à le porter doucement et patiemment. C'est à cela seul que je travaille et le but auquel j'achemine tous mes discours. A un danger, je ne songe pas tant comment j'en eschapperay que combien peu il importe que j'en eschappe : quand )'y demeurerois, que seroit ce ? Ne pouvant reigler les événements, je me reigle moi-mesme ; et m'applique à eux, s'ils ne s'appliquent à moy 4. Je n'ay guicre d'art pour sçavoir gauchir > la fortune et luy eschapper ou la forcer, et pour dresser et conduire par prudence les choses à mon point. J'ay encore moins de patience pour supporter le soing asprc et pénible qu'il faut à cela ; et la plus pénible assiete '^ pour moy, c'est estre suspens es choses qui pressent, et agité entre la crainte et 1 espérance.
Le délibérer, voire es choses plus legieres, m'impor-
1. « Ce qui échappe .iux yeux du maître, et dont profitent les voleurs.» (Horace, Epist., I, vr,
2. Montaigne laissait toujours, même en vovagc, le soin et le gouvernement de sa bourse à un valet de chambre.
3. Ou taffection leur manque et Us bons epfects. — C.-à-d. : à difaut ^affection et de bons ofjices.