Membres. — C.-à-d. : parties de ma maison, appartements
5. Montaigne a expliqué luimême que s'il dictait, c'était à cause de sa mauvaise écriture, si mauvaise que lui-même ne se relisait pas sans peine. D'ailleurs, au XVI* siècle, l'usage voulait qu'on eût des domestiques secrét.iires. Et enfin Montaigne nous dira plus
loin qu'il tenait à « ne pas oublier le soing » du corps et à ne pas « demeurer sans action » dans sa « librairie ». Il devait donc dicter en marchant.
6. Ici se place, dans l'édition de 1595, l'addition suivante, pleine d'intéressants détails, de ces détails qu'on recherche aujourd'hui pour mieux connaître, par sa physionomie extérieure et même par l'air des choses qui l'entourent, l'écrivain dans l'homme :
« Elle est au troisiesme estage d'une tour, le premier, c'est ma chapelle ; le second, une chambre et sa suitte, où je me couche souvent, pour estre seul ; au dessus, elle a une grande garJerobe.
C'estoit, au temps passé, le lieu plus inutile de ma maison. Je passe
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lir les Muses de s'en servir seulement de jouet et de passetemps, il ne sçait pas comme moy combien vaut le plaisir : à peine que je ne die ' toute autre fin cstre ridicule. Je vis du jour à la journée, et, parlant en révérence, ne vis que pour moy : mes desseins se terminent là. J'estudiay jeune pour l'ostentation; depuis, un peu pour m'assagir; à cette heure, pour m'esbatre ; jamais pour le gain. Une humeur vaine et despensiere que j'avois après cette sorte de meuble ^ pour m'en tapisser et parer, je l'ay pieça ? abandonnée.
là et la plus part des jours de ma vie, et la plus part des heures du jour : je n'y suis jamais la nuict.
A sa suitte est un cabinet assez poly, capable à recevoir du feu pour i'hyver, tresplaisamment percé :
et si je ne craignoy non plus le soing que la despence (le soing qui me chasse de toute besongne), j'y pourroy facilement coudre à cliasque costé une gallerie de cent pas de long es douze de large, à plein pied, ayant trouvé tous les murt montez, pour autre usage, à la hauteur qu'il me faut. Tout lieu retiré requiert un proumenoir ; mes pensées dorment si je les assis ; mon esprit ne va pas seul, comme si les jambes l'agitent; ceux qui cstudient sans livre en sont touts là. La figure en est ronde, et n'a de plat que ce qu'il faut à ma table et à mon siège; et vient m'ofFrant, en se courbant, d'une veue, tous mes livres, rengez sur des pulpitres à cinq degrez tout à l'environ.
Elle a trois voues de riches et libre prospect, et seize pas de vuide en diamètre. En hyver, j'y suis moins continuellement; car ma maison est juchée sur un tertre, comme dit son nom, et n'a point de pièce plus cventce que cette cy, qui me
Flaist d 'cstre un peu pénible et à esquart, tant pour le fruit de
l'exercice, que pour reculer de moy la presse. C'est là mon siège :
j'essaye à m'en rendre la dominapure, et à soustraire ce seul coing .\ la communauté et conjugale, et filiale, et civile ; par tout ailleurs je n'ay qu'une auctorité verbale, en essence, confuse. Misérable à mon gré qui n'a chez soy, où estre .i soy ; où se faire particulièrement la cour; où se cacher ! L'ambition paye bien ses gcnts, de les tenir tousjours en montre, comme la statue d'un marché : magna servilits est magna for lutta; ils n'ont pas seulement leur retraict pour retrairte. Je n'ay rien jugé de si rude en l'austérité de vie que nos religieux affectent, que ce que je voy, en quelqu'une de leurs compagnies, avoir pour règle une perpétuelle société de lieu, et assistance nombreuse entre eux, en quelque action que ce soit; et trouve aucunement plus supportable d'cstre tousjours seul, que ne le pouvoir jamais estre.
Si quelqu'un me dict que... »
1. C.-à-d. '.peu s'en faut que je ne dise. — Voir page 145, notes i et 2.
2. Pifça. — Voir page 7,}, note 6. — Signifie : il v a longtemps.