‹ Extraits de MontaigneChapitre 45 sur 353 · De vray (^vraiment) est encore bien français · texte numérisé non relu

De vray (^vraiment) est encore bien français

56 ESSAIS DE MOXTAIGNIi

sorty ' de l'enfance. Le premier temps, qui a duré prés de vingt années, je le passay, n'aiant autres moyens ue fortuites -, et despendant de l'ordonnance et secours 'autruy, sans estât certain et sans prescription 5, Ma despence se faisoit d'autant plus allègrement et avec moins de soing qu'elle estoit toute en la témérité 4 de la fortune. Je ne fu jamais mieux. Il ne m'est oncques advenu de trouver la bource de mes amis close : m'estant enjoint 5 au delà de toute autre nécessité la nec^asité de ne faillir au terme que j'avoy prins, lequel ils m'ont mille fois estendu, voyant l'effort que je me faisoy pour leur satisfaire, en manière que j'en rendoy unf loyauté mesnagere et aucunement piperesse ''. Je sens naturellement quelque volupté à payer, comme si je deschargeois mes espaules d'un ennuyeux poix et de cette image de servitude ; aussi qu'il y a " quelque contentement qui me chatouille à faire une action juste et contenter autruy. J'excepte les payements où il faut

1. Depuis estre sorty. — La préposition depuis {de-posf) a remplacé puis vers le xvi* siècle. — « Puis peu d'années en avez veu en ccstc Angleterre. » (Comm., I, 7). — Depuis se construis.-iit très librement, soit avec un substantif, soit avec une conjonction (depuis qiMtui), soit avec un infinitif, comme dans le pass.ige qui nous occupe, ou encore dans Molière (Bourg, gcnt., IV, 5) : « Depuis avoir connu feu M. votre père..., j'ai voyagé. » — Devant l'infinitif, il a été remplacé par après dans la plupart des cas.

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