LETTRi: A ]«<"« DE GLÂPION
première maîtresse des bleues.
Sur l'efficacité de l'exemple.
6 novembre 1702.
Jiî VOUS sais très bon gré, ma chère fille, de votre tendresse pour les bleues, et je voudrais qu'elles vissent la vivacité de votre lettre, et qu'elles en eussent la reconnaissance qu'elles doivent. J'irai à leur classe avec une entière confiance en Dieu et en elles ; ma plus grande peine est de ne le pouvoir pas encore. Je les conjure de pratiquer par avance ce qu'elles savent que je leur demanderai. Si j'avais réussi par les châtiments aux petites classes, je me trouverais embarrassée avec de grandes filles; mais, n'ayant employé que la raison, la douceur et la patience, je ne puis douter qu'elles ne soient encore plus sensibles à ces manières-là que des enfants. Nous nous accommoderons bien ensemble, je vous en réponds. Ne vous affligez point du mal qu'on dit d'elles, et tirez-en le profit de ne jamais parler en mal de ce qui se fait aux classes. Jugez de la peine que vous feriez par celle qu'on vous fait : vous savez combien de fois je vous l'ai recommandé; c'est vous autres qu'il faut former à la droiture et à la raison; vos lilles auront l'esprit que vous leur donnerez et vous le leur donnerez moins par vos discours que par vos exemples. Soyez donc simples dans tout ce que vous faites; ne vous blessez pas aisément; n'exagérez point ce que vous dites; portez la paix partout; aimez à concilier les esprits ; laissez tomber tout ce qui peut fâcher; agissez en tout dans la présence de Dieu et le plus parfaitement que vous le pourrez. Par ces moyens-là, votre éducation fera d'excellentes filles, et vous remplirez la fin de votre institut en les envoyant édifier tous les couvents et toutes les familles. Je vous embrasse, ma fille.