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DE MADAME DE MAOTENOr? 87

ma chère lllle, si vous ne' profitiez de tout ce que vous savez ; il y a plaisir à vous instruire puisque vous retenez si bien tout ce que l'on vous dit; il n'y a plus qu'à le mettre en pratique. » La demoiselle ayant continué, Mme de Maintenon dit : « Cela est admirable! mais tu l'embellis, Cateuil, tu y mets du tien, il n'est pas possible que j'aie dit de si bonnes choses. )) Mlle de la Barre dit ensuite ce qu'elle avait retenu d'un entretien sur la droiture, et en rapporta plusieurs exemples, entre autres, que les Dames de Saint-Louis ne feraient pas leur devoir si elles manquaient de nous instruire. « Non seulement si elles manquaient de vous instruire, reprit Mme de Maintenon, mais même si, se contentant de faire l'instruction, elles passaient le reste du jour à prier Dieu, au lieu de veiller sur vous et d'avoir les autres attentions nécessaires à votre éducation; car quoique la prière soit une œuvre excellente, elles ne laisseraient pas de se perdre, parce que leur devoir capital est de s'occuper à vous instruire et à vous bien élever. Vous voyez que, quoiqu'elles soient obligées comme religieuses à dire l'office et à faire l'oraison en commun, elles quittent cependant tour à tour l'un et l'autre pour être auprès de vous, et pour ne vous jamais laisser seules, parce que votre bonne et pieuse éducation est la principale fin de leur institut et ce que leurs fondateurs exigent d'elles avant toutes choses.

« Mais quel compte n'aurez-vous pas à rendre à Dieu, mes enfants, touchant cette bonne éducation? Supposezvous pour un moment dans l'état où vous devriez être naturellement, comme demoiselles, s'il n'était pas arrivé de fortune dans votre famille : votre mère aurait au plus deux femmes de chambre, dont l'une serait votre gouvernante. Quelle éducation pensez-vous qu'une telle fille vous donnerait? ce sont ordinairement des paysannes, ou tout au plus de petites bourgeoises qui ne savent que faire tenir droite, bien tirer la busquière, et montrer à bien faire la révérence. La plus grande faute, selon elles, c'est de

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chiffonner son tablier, d'y mettre de l'encre : c'est un crime pour lequel on a bien le fouet, parce que la gouvernante a la peine de les blanchir et de les repasser; mais mentez tant qu'il vous plaira, il n'en sera ni plus ni moins, parce qu'il n'y a rien là à repasser ni à raccommoder. Cette gouvernante a grand soin de vous parer pour aller en compagnie, où il faut que vous soyez comme une petite poupée. La plus habile est celle qui sait quatre petits vers bien sots, quelques quatrains de Pibrac qu'elle fait dire à toute occasion, et qu'on récite comme un petit perroquet. Tout le monde dit : La jolie enfant! la jolie mignonne! La gouvernante est transportée de joie et s'en tient là. Je vous défie d'en trouver une qui parle raison. « Je me souviens que quand j'étais chez ma tanteS une de ses femmes de chambre avait soin de moi ; elle me tirait à quatre épingles et elle me disait continuellement de me tenir droite; du reste, elle me laissait faire tout ce que je voulais. Mais montons jusqu'à nos princes : comment pensez-vous qu'ils soient élevés? On leur donne pour gouvernante une femme de qualité, qui souvent a été élevée à peu prés comme je viens de dire; c'est d'ordinaire la femme d'un favori ou la parente de quelque ministre, qui souvent est la plus sotte femme du monde. Comment pensez-vous qu'elle parle à la petite princesse? est-ce de piété et de raison? cela serait bien à désirer; mais pour l'ordinaire ce n'est que de ce qui la peut faire briller dans le monde. Quand elle va en compagnie, elle a grand soin de l'ajuster et de la parer, lui recommandant d'être bien honnête; elle la prend par la lisière si c'est une enfant, ou la suit si elle est déjà grande, l'instruit de la manière de recevoir la compagnie chez elle, et puis s'en va pour le reste du jour, laissant la princesse avec une paysanne, autrefois sa nourrice, et devenue sa première femme de ^ chambre, qui n'est guère en état de lui parler raisounable-

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