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]} semble tout d’abord qu'il ait voulu écrire l'histoire générale de son siècle, Il n'en est rien : il avait nettement circonserit son sujet dès le début, c’est-à-dire au éndemain de la bataille de Poitiers; il a voulu, dit-il, mettre en mémoire « les grans merveilles et les hiaus fais larmes avenus par les grans guerres de France et d'Enxleterre » (IE, 7). Mais pour faire comprendre les causes lle ces guerres, il est obligé de reprendre les faits d'assez loin {à partir de 1326); et comme elles ont ébranlé l'Europe entière, il est conduit par les exigences de son récit, tantôt jusqu'en Écosse et tantôt jusqu'en Portugal; de plus il aspire au titre d’historien et non de simple chrohiqueur!, et le devoir de l'historien est, il le comprend, non point seulement de raconter les événements, mais d en exposer les causes ; aussi remonte-{ il aux lointaines origines des querelles particulières qui se greflèrent sur la grande lutte, et semble-t-il parfois, comme Hérodote, avec lequel il a d’autres rapports, ériger la digression à la hauteur d’un principe. Il ne montre pas, 1l faut l'avouer, la même habileté que l'historien grec, daus l'agencement de ces groupes de récits : il emplaie, pour passer de l’un à l’autre, denaïves transitions, empruntées aux romans ?, qui suffisent à tranquilliser sa conscience d'écrivain. Il ne craint point de recommencer la narration de certains faits, quand il peut y ajouter des détails caractér'stiques5; enfin on ne peut nier que, dans la dernière
| 1,« Se je disoie; Ainsi et ainsi advint en ce temps, sans ouvrir n'esclaircir la ma-
temps, la memoire et le loisir de eroniquier et hislorjer au long de la matiere. » (X[F, 153), à
liere..…, ce seroit cronique, et Q.
non pas histoire; et si men passeroie trés bien, se passer m'en vouloie, Or ne m'en veuil je mie passer que je n'esclairgisse tout le tait ou cas que bieu m'en a donné le sens, le
« Or nous souffrirons a parler de... et revenrons a... », EC:
9. C'est ainsi qu'il à fait deux fois (fin du premier lire et début du second) le récit des campagnes qui rouvrirent los
: ; DD COS NP EN TS 182 EXTRAITS DE FROISSART. ra J partie de son œuvre, son plan ne fléchisse un peu ; quant en 1389 la guerre eut paru terminée, ou du moins ajour| née à long terme, il n’en continua pas moins son livre se bornant à enregistrer dans leur ordre les événements qui ne sont plus alors rattachés entre eux que par le lier de la chronologie.
Ce sujet, qu'il s'était proposé dès l’âge de vingt ans, 1 a tout fait pour en acquérir une connaissance directe @ personnelle; sa plus grande originalité est peut-être dé l'avoir traité uniquement d’après des témoignages oraux. il a mis à profit, il est vrai, la chronique de Jean Le Bel mais elle était relative à des événements trop ancien pour qu'il eût pu se renseigner complètement sur eux# Il a négligé de parti pris (a-t-il même songé à les mettre à profit?) les chroniques et les documents originaux, dont ses relations avec les princes lui eussent rendu cependant l'accès facile?.
Mais s’il s’est borné à écouter les récits des acteurs du drame qu'il racontait, 1l a mis à les recueillir et à les provoquer une infatigable ardeur, n’épargnant ni son temps ni sa peine”, et 1l les a reproduits avec une exac-
… hostilités en 1377, celui de la
bataille d’Aljubarotta (XI, 173 et 30+), etc.
1. 11 y a du reste ajouté, dans la rédaction de Rome, les résultats de recherches personnelles. Il a utilisé aussi pour la campagne du prince de Galles en Espagne la chronique rimée (en français) du héraut Chaudos. (V. éd. Luce, VIT, sommaire, passim.)
2. IL en a cependant transcrit quelque--uns (traité de Brétigni, accord du duc de Bourgogne avec les Gantois); pour
la description de certaines cérémonies, il a dû avoir aussi entre les mains la liste des personnages officiels qui y avaient figuré.
3. Froissart insiste plusieurs fois sur les fatigues qu'il s’est imposées et l'argent qu'il à dépensé, sans regret, ajoute-til, pour recueillir ses documents (voy.Il, 2; XI, 2). Il dit que ses voyages seuls lui ont
coûté plus d’unmillier de francs
(qui en vaudraieut bien aujourd'hui 50 000). Voy Dit du Florin, v. 215,
Mtude admirable, en y meltant du sien aussi peu que pos- {ble. Il n’a voulu être qu'un écho, mais il est le plus more et le plus fidèle des écho:.
Ce clerc, on le voit, a écrit l’histoire comme eût pu la ficonter un héraut d'armes. De là viennent sans doute n assez grand nombre d'erreurs, surtout dans la chrolologie et la géographiet. Cependant il est permis de se femander si cette méthode, sans être en soi excellente, l'était pas la meilleure que Froissart pût employer. IF avait, nous le verrons, que de médiocres facultés de ritique : qui sait s’il eût démélé le vrai du faux dans les ‘écits des historiens de profession, où le parti pris se dissinule plus savamment que dans l'abandon d’un récit ral? Ces chroniques qu'il n’a pas compulsées, nous les ivons, et, sans nous flatter, nous sommes plus‘que lui en Stat d’en tirer parti. Il nous a donné en revanche ce qu’on trouve chez bien peu d’historiens : une masse énorme de témoignages vivants en quelque sorte, aussi voisins que possible de la réalité, où revit l'impression directe des faits, témoignages qui peuvent être suspects sans doute et appeler le contrôle, mais sur lesquels la critique s'exerce facilement, parce qu’ils n’ont été altérés par aucun intermédiaire et qu'il suffit d'en connaître la source pour en apprécier la valeur.
Mais c’est surtout au point de vue littéraire que son livre a gagné à cette méthode : il lui a dû ses plus bril-