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Réminiscence de l'ode à l'Arc de Triomphe, d'Hugo

« Et laissez travailler à toutes les statues, Le temps, ce grand sculpteur. »

Le Christophe Colomb de ce monde n'était pas un dessinateur pour se contenter de la forme. Il fit la plus profonde étude du genre des matériaux, de la qualité des ciments, du poids des différentes pierres, de l'art qui les liait entre elles. Il apprit des Romains tous leurs secrets, et, de plus, celui de les surpasser. Ce sont gens timides encore qui donnent (voyez au pont du Gard, au cirque d'Arles) des bases énormément larges, et par delà le besoin, à leurs monuments. L'ambition titanique de Brunelleschi, sa foi au calcul, lui firent croire que, sur des assises moins larges, il mettrait premièrement les voûtes énormes des Tarquins, et, par-dessus, enlèverait le Panthéon à trois cents pieds dans les airs.

Il revint et demanda à achever la cathédrale de Florence, dont l'architecte était mort après avoir seulement jeté les fondations en terre. Fondations octogones et d'un plan particulier qui compliquait la question. Dans cette affaire difficile, le génie n'était pas tout. 11 fallait encore infiniment d'adresse et d'industrie pour s'emparer de ces bourgeois de Florence, banquiers, marchands, qui ne savaient rien, croyaient tout comprendre, ne manquaient pas d'écouter les ignorants, les envieux. Brunelleschi eut besoin d'une plus fine diplomatie qu'il n'eût fallu pour régler toutes les affaires de l'Europe*.

Son coup de maître fut de dire qu'il fallait préalablement qu'on fit venir de partout les grands architectes, surtout les maîtres allemands, qu'on n'eût pas manqué de lui opposer, s'il ne les eût appelés lui-même. Il voulait les voir tous ensemble et les vaincre en une fois. Convoqués, il leur fallut bien avouer l'insuffisance de leurs moyens, l'incertitude de leur art. Ils avaient le

1. Voyez Y Histoire de Florence de Perrens (5 v., 1877 et s.) et le tableau qu'il a donné (1893) de la Civilisation /lorentine du xui* au XVI* siècle

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génie des formes, des efïets et du pittoresque de l'architecture, point du tout la connaissance des moyens scientifiques de construction. Ils avaient opéré jusque-là par tâtonnements, fortifiant les appuis extérieurs, selon la poussée des murs. L'enfant se tenait debout, mais à condition d'èlre soutenu par la lisière paternelle. C'est fort tard qu'ils ont calculé, seulement au xv" siècle. Nul calcul ne subsiste d'eux qui soit anti'rieur à ce congrès architectural de Florence, réuni en 1420.

Là, placés au pied du mur et sommés de se passer de leurs soutiens extérieurs, ils ne surent rien proposer qu'un moyen grossier, l'appui intérieur d'un gigantesque pilier sur lequel porterait le dôme. Tel était cet art sans art dont on faisait tant de bruit.

Non seulement ils employaient toute sorte d'étais visibles ; mais, comme me l'a montré l'architecte actuel d'une de nos cathédrales, dans l'ornementation même, les parties les plus hasardées étaient soutenues par des crampons de fer qu'on cachait soigneusement. Inutile de dire que ce fer s'oxydait bientôt, et qu'il fallait une réparation continuelle, un va-et-vient de pierres qui se succédaient, sans être jamais plus solides.

Il s'agissait de faire pour la première fois une construction durable qui se soutint elle-même et sans secours étrangers.

Le grand artiste dit son plan. Mais personne ne voulut comprendre. Les juges se mirent tout d'abord du côté des impuissants. Tous rirent. Il fut convenu qu'il était fou. On le dit; le peuple le crut, et on disait en le voyant passer : « C'est ce fou de Brunelleschi » .

Cependant, les autres ne proposant rien, on daigna le faire revenir : « Eh bien, montre-nous ton modèle ». Ils l'auraient copié sans doute. A ces malicieux ignorants Brunelleschi répliqua par un argument digne d'eux, il

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tiia un œuf de sa poche : « Voilà le modèle », dit-il, (( dressez-le....» Et, personne n'y réussissant, il le casse et le fait tenir. Tous crient : « Rien n'était plus simple! » — (( Eh! que ne vous en avisiez-vous? »

Je voudrais pouvoir tout conter. C'est tout à la fois l'héroïsme et l'art, l'œuvre et le martyre du génie. Il vainquit, à condition qu'il subirait comme adjoint un sculpteur qui entravait tout. Mille autres difficultés lui vinrent*. Ses ouvriers le quittèrent, il apprit à tous leur métier, aux maçons à maçonner, aux serruriers à forger, etc. Il eût échoué cent fois, s'il n'eût été soutenu dans le détail par cette étonnante universalité qu'il avait de bonne heure acquise et subordonnée au grand but.

Sans charpente, ni contrefort, -ni arc-boutant, sans secours d'appui extérieur, se dressa la colossale église, simplement, naturellement, comme un homme fort se éve le matin de son lit, sans chercher bâton ni

1. Mùntz, Histoire de l'art pendant la Renaissance, 1889. t. I, p. 444, raconte avec soin et vérité toutes les péripéties des luttes soutenues par !'« archilecle-diplomate » : « Sa conduite fut un mélange d'opiniàtrelé et de haute diplomatie. Par une de ces feintes habiles qui lui étaient familières, il quitta subitement Florence pour retourner à Rome. Grand embarras des administrateurs; ils lui écrivent pour le supplier de revenir. Il ne se lit pas prier. » Mais on lui confia seulement, et à titre d'essai, la construction de douze brasses de mur, et on lui adjoignit Ghiberti. « Celte collaboration obligée le forçait non seulement à partager avec un autre l'honneur de l'entreprise, elle l'exposait encore à des discussions, à des luttes de tous les jours. Ce supplice dura plusieurs années. Enfin Drunelleschi, de gxierre lasse, recourut à un de ces stratagèmes qui lui étaient familiers : il fit semblant d'être malade, se coucha et répondit aux maîtres qui venaient lui demander des instructions pour la continuation des travaux, qu'ils eussent à s'adresser à son collègue Ghiberti. L'impuissance de celui-ci éclata alors au grand jour. » Enfin Ghiberti se retira. Biunelleschi, « demeuré seul, déploya toutes les ressources de son admirable génie. La hardiesse de ses conceptions n'avait d'égale que la minutie avec laquelle il veillait siu' les moindres détails. Rien n'échappait à sa vigilance, il eut le bonheur désormais vénéré dans sa patrie comme un dieu, de pousser la con struction de la coupole jusqu'à la lanterne, et emporta dans la tombe la certitude que son œuvre ne serait pas interrompue. »

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béquille. El, au grand clTroi de tous, le puissant calculateur lui mit hardiment sur la tète son pesant chapeau de marbre, la lanterne, riant de leurs craintes, et disant : « Cette masse elle-même a joule à la solidité. »

Voilà donc la forlejjierre de laRenaissance fondée, la permanente objection à l'art boiteux du moyen âge, premier essai, mais triomphant, d'une construction sérieuse qui s'appuie sur elle-même, sur le calcul et l'autorité de la raison.

L'art et la raison réconciliés, voilà la Renaissance, le mariage du beau et du vrai.

Profondes religions de l'àme !

(( Où voulez-vous être enterré? » demandait-on à Michel-Ange, qui venait de bâtir Saint-Pierre. « A la place d'où je pourrai contempler éternellement l'œuvre de Brunelleschi. »

La découverte de l'Italie.

La découverte de l'Italie avait tourné la tête aux nôtres; ils n'étaient pas assez forts pour résister au charme.

Le mot propre est découverte. Les compagnons de Chaiies Mil ne furent pas moins étonnés que ceux de Christophe Colomb.

Excepté les Provençaux, que le commerce et la guerre y avaient souvent menés, les Français ne soupçonnaient pas cette terre ni ce peuple, ce pays de beauté, où l'art, ajoutant tant de siècles à une si heureuse nature, semblait avoir réalisé le paradis de la terre.

Le contraste était si fort avec la barbarie du Nord, que les conquérants étaient éblouis, presque intimidés, de la nouveauté des objets. Devant ces tableaux, ces églises de

marbre, ces vignes délicieuses peuplées tle statues, devant ces vivantes statues, ces belles filles couronnées de fleurs qui venaient, les palmes en main, leur apporter les clefs des villes, ils restaient muets de stupeur. Puis leur joie éclatait dans une vivacité bruyante.

Les Provençaux qui avaient fait les expéditions de Naples avaient été ou par mer ou par le détour de la Koinagne et des Abruzzes. Aucune armée n'avait, comme celle de Charles YIll, suivi la voie sacrée, l'initiation progressive qui, de Gènes ou de Milan, par Lucques, Florence et Sienne, conduit le voyageur à Rome. La haute et suprême beauté de l'Italie est dans cette forme générale et ce crescendo de merveilles, des Alpes à l'Etna. Entré, non sans saisissement, par la porte des neiges éternelles, vous trouvez un premier repos, plein de grandeur, dans la gracieuse majesté de la plaine lombarde, cette splendide corbeille de moissons, de fruits et de fleurs. Puis la Toscane, les collines si bien dessinées de Florence, donnent un sentiment exquis d'élégance, que la solennité tragique de Rome change en horreur sacrée.... Est-ce tout? Un paradis plus doux vous attend à Naples, une émotion nouvelle, où l'àine se relève à la hauteur des Alpes devant le colosse fumant de Sicile....

Un événement immense s'était accompli. Le monde était changé. Pas un État européen, même des plus immobiles, qui ne se trouvât lancé dans un mouvement tout nouveau.

Quoi donc! qu'avons-nous vu? Une jeune armée, un jeune roi, qui, dans leur parfaite ignorance et d'euxmêmes et de l'ennemi, ont traversé l'Italie au galop, touché barre au détroit, puis, non moins vite et sans avoir rien fait (sauf le coup de Fornoue), sont revenus conter l'Iiistoire aux dames.

Rien que cela, c'est vrai. Mais l'événement n'en est pas

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moins immense et décisif. La découverte de l'Italie eut inlîniment plus d'effet sur le xvi" siècle que celle de l'Amérique. Toutes les nations viennent derrière la France ; elles s'initient à leur tour, elles voient clair à ce soleil nouveau.

(( IN'avait-on pas cent fois passé les Alpes? » Cent fois, mille fois. Mais ni les voyageurs, ni les marchands, ni les bandes militaires n'avaient rapporté l'impression révélatrice. Ici, ce fut la France entière, une petite France complète (de toute province et de toute classe), qui fut portée dans l'Italie, qui la vit et qui la sentit et se l'assimila, par ce singulier magnétisme que n'a jamais l'individu. Cette impression fut si rapide, que cette armée, conune on va voir, se faisant italienne et prenant parti dans les vieilles luttes intérieures du pays, y agit pour son compte, même malgré le roi, et d'un élan tout populaire.

Rare et singulier phénomène! la France arriérée en tout (sauf un point, le matériel de la guerre), la France était moins avancée pour les arts de la paix qu'au xiv^ siècle. L'Italie, au contraire, profondément mûrie, par ses souffrances mêmes, ses factions, ses révolutions, était déjà en plein xvi* siècle, même au delà, par ses prophètes (Vinci et Michel-Ange). Cette barbarie étourdiment heurte un matin cette haute civilisation; c'est le choc de deux mondes, mais bien plus, de deux âges qui semblaient si loin l'un de l'autre; le choc et l'étincelle; et de cette étincelle, la colonne de feu qu'on appela la Renaissance.

Que deux mondes se heurtent, cela se voit et se comprend; mais que deux âges, deux siècles différents, séparés ainsi par le temps, se trouvent brusquement contemporains; que la chronologie soit démentie et le temps supprimé, cela paraît absurde, contre toute logique. Une

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liait pas moins que cette absurdité, ce violent miracle contre la nature et la vraisemblance, pour enlever l'esprit humain hors du vieux sillon scolastique, hors des voies raisonneuses, stériles et plates, et le lancer sur des ailes nouvelles dans la haute sphère de la raison.

Quand Dieu enjambe ainsi les siècles et procède par secousse, c'est un cas rare. Nous ne l'avons revu qu'en 89.

N'oubhons pas ce qui a été établi dans l'Introduction. Ce qui retardait la Renaissance et la rendait presque impossible, du xni* au xvi'' siècle, ce n'était pas qu'on eût par le fer et le feu détruit tout jet puissant qui se manifestait; d'autres auraient surgi du même fonds. Mais ou avait créé, par-dessus ce fonds productif, un monde arliticiel, de médiocrité pesante, monde de plomb, qui tenait submergés toute noblesse de vie et de pensée, toute grandeur et tout ingegno. Le vieux principe, dans sa caducité, avait engendré malheureusement, engendré des fils de vieillesse, maladifs, rachitiques et pâles. Quels fils? nous l'avons dit, la stérilité scolastique. Quels fils? tontes les fausses sciences, la vraie étant proscrite. Quels fils? la médiocrité bourgeoise et la petite prudence.

Pour résumer l'obstacle, ce n'était pas qu'il n'y eût rien, qu'on n'eût rien fait pendant deux siècles C'était qu'on eût fait quelque chose, créé, fondé la platitude, la sottise, la faiblesse en tout.

La France de Charles V tristement aplatie dans la scKjefise et dans la prose, la France de Louis XI et de l'avocat Patelin, radicalement bourgeoise, rieuse et méprisante de toute grandeur, sont si parfaitement médiocres, qu'elles ne savent même plus ce que c'est que la médiocrité.

Il n'est pas facile de deviner quand cela eût fini, si elle n'eût pourtant, dans un vif mouvement de jeunesse et d'instinct, sauté le mur des Alpes, et ne se fût jetée

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dans un inonde de beauté, tout au moins de lumière, où rien n'était médiocre. Elle retrouva, à ce contact, quelque chose de sa nature originaire; elle y reprit la faculté du grand.

Luther*.

Luther, fervent chrétien, a, sans le savoir, servi l'esprit nouveau. Son cœur, profondément humain, riche et complet, a chanté les deux chants, donné en partie double le concert harmonique de la Réforme et de la Renaissance.

Quand il entra au cloître, dit-il lui-même, il n'apporta que son Virgile. 11 y trouva les psaumes. David et la sibylle s'emparèrent du grand musicien.

Personne ne fut plus lettré, ])lus écrivain, plus harmoniste par la langue et le style. Il n'y a rien à comparer aux symphonies immenses de Michel-Ange et de Rubens, que certaines pages de Luther, comme son récit de la diète de Worms, plusieurs de ses préfaces. Toutes choses au niveau de Bossuet, mais avec des accents poignants, profonds, intimes, humains, que n'eut pas l'orateur officiel de l'Église de Louis XIV. Son magnifique récitatif est bien peu entraînant devant la trombe de Luther....

« Ne me croyez pas », dit-il. « Qui est Luther? Que m'importe Luther? Périsse Luther, et que Dieu vive!... Prenez ceci : lisez. »

Lisezl Quoi! en voici un qui veut qu'on sache lire! Mais cela seul est une giande révolution.

Lire u-^ livre imprimé! Révolution plus grande. Ceci donne d<.s ailes la presse. En sorte que tous liront,

1. Michelet a eu une prédilection pour LuUier ; il traduisit et publia sous le titre de Mémoires de Luther (1835, 2 vol.) des extraits de ses œuvres, de manière à former une biographie du réformateur.

sauront, verront, auront des yeux.... C'est la révolution de la lumière.

Quel livre? Infiniment multiple, de vingt esprits divers, donc propre à susciter l'examen, la critique, la recherche d'un esprit libre.

De sorte que ce bonhomme, chaleureux défenseur de l'autorité primitive, s'en remet à la liberté.

Cœur loyal, àme pure! je le vois bien ici. Le vrai nom de ton œuvre est celui-ci : c'est la révolution de loyauté.

Point d'arriére-pensée dans ce rude homme. 11 marche fort et ferme, de ses souliers de fer, dans la droite et loyale voie.... Ah! il ne vous énervera pas. Il vous forge d'abord une Bible allemande dans la langue vibrante des Kiebelungen, la langue des vieux héros du Rhin.

Où en est, je vous prie, toute la littérature du moyen âge, la poésie de la fièvre, la gémissante colombe du Cantique, les berceaux de l'Épouse, tant commentés de saint Bernard, recommentés d'Innocent III et de Gerson, de Bossuet même. Voici un homme indélicat qui n'entend rien aux attendrissements, qui n'a pas de goût aux confidences, aux timidités, aux soupirs. Les bocages douteux où les

ystiques erraient au clair de lune, ce grossier forgeron

i n'aime que le jour, il frappe dessus, à droite, à gau-

e. Et quand les dryades gémiraient, il n'en frapperait que plus fort, faisant de ces nymphes du diable un impitoyable abatis.

Qu'il est puissant, celui qui ne veut rien pour lui, qui va droit devant lui et sans tourner la tête ! Je voudrais bien savoir seulement comment, dans ce grand désert d'hommes, où tous agonisaient, il y eut un homme en-

Ire; comment, tous étant pâles, délicats, pulmoniques, y eut cet homme fort, « au cœur rouge », pour dire liime la vieille Allemagne. U y a là un miracle que je r "

dUA.

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Autre miracle. Converti un jour par la peur d'avoir vu tuer un ami par la foudre, il se fait moine....

Dieu le portait. Il entre au cloître, mais comment? Avec sa musique d'une part, de l'autre son Virgile et les comédies de Plante. Ris, bon jeune homme, cela te soutiendra. Mais il y ajoute Platon. La sereine, l'héroïque antiquité, l'entoure et le garde. La musique lui prête des ailes, pour l'enlever au besoin sur les endroits fangeux et les basses tentations.

Fils d'un Saxon, il le fut peu lui-même. Ce n'est point un buveur de bière. 11 est du pays de la vigne, du pays de sa mère, née sur les coteaux de Wurtzbourg. Il eut dans le sang l'esprit gai et aimable des plus salubres vins du Rhin. Rien d'épais, rien d'alourdissant. Seulement des chaleurs subites à la tête et au cœur, de superbes colères. Mais le meilleur homme du monde.

Le grand assaut livré à son esprit, ce fut la découverte fortuilc d'une Bible. Livre immense, elTrayant, où Dieu semble parler par cinq cents voix contraires. Beaucoup y succombaient, disant (Luther le leur reproche) : Bibel- Bahel, et n'y voulant plus lire.

Rudes étaient ses combats. Et il eut un moment la tentation de jeter tout. Mais ce grand livre le retint. Deux fois par an il lisait la Bible tout entière, et s'y enfonçait toujours plus, y trouvant, y portant mille choses fécondes qu'en fait jaillir un grand esprit. Il dit fort bien plus tard, dans la naïveté de la force : « Je tire bien moins des livres, que je n'y mets moi-même. »

L'école des Martyrs.

Navagero, envoyé de Venise près de Charles-Quint, écrit en 1546, dans son rapport au sénat : « Ce qui

décide l'empereur à agir contre les luthériens, c'est l'état des Pays-Bas, c'est Vanabaptisme. Ou y a fait mourir pour cela trente mille personnes. »

Confusion terrible de deux choses si différentes. La Saint-Bartliélemy juridique, commencée contre le communisme anabaptiste, se poursuivait indéfiniment contre les protestants étrangers à cette doctrine, et qui, le plus souvent, ne la connaissaient même pas.

Ne pas mêler ces deux procès, c'était un point de droit autant que de religion. L'anabaptiste changeait la société civile, la propriété, le mariage même, tout le monde extérieur. Le protestant (surtout en France) ne chan geait rien, ne voulait rien que s'enfermer, fuir les idoles, garder les libertés de l'àme, obéir, et il obéit jusqu'à extinction, se laissant brûler quarante ans avant de prendre les armes.

Comment, dans le siècle de la jurisprudence, dans l'âge de Dumoulin, Cujas* et tant d'autres, les grands docteurs autorisés ne posèrent-ils pas cette distinction? L'unique réclamation qui reste devant l'avenir est celle d'un écolier de l'Université de Bourges, d'un élève d'Alciat, Calvin.

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