Remportée le 27 décembre
L'assemblée applaudit; les tribunes acclament ce langage de Spartiate. Le jeune représentant est déjà reparti.
A celte même tribune, encore retentissante des échos de Geisberg, David, le peintre, apporte, le 27 nivôse \ ses conclusions sur le conservatoire du Muséum et le rentoilage des tableaux. Les vierges de Raphaël, du Corrège défilent processionnellement après les bataillons du Rhin et de Moselle. Les paysages du Poussin, de Claude Lorrain prennent la place des paysages ensanglantés du Hartz.
Enfin paraît Saint-Just. Il présidait en pluviôse, pendant que se décrétait la loi sur le roulage et les transports. Aujourd'hui, 23 ventôse *, il ouvre, il proclame la grande Terreur. « Vous n'avez vu encore que les roses. » Saint-Just promène l'épouvante sur tous les partis. Comme l'épervier qui paraît immobile et n'a pas encore trouvé la proie sur laquelle il veut fondre, il tient, pendant deux heures, la Convention sous sa vague menace. Il ne conclut pas. Il met chacun en présence de lui-môme; car il sait que la terreur, pour être un bon instrument de règne, doit d'abord entrer dans toutes les âmes. Personne n'excelle mieux que lui à tenir ainsi le glaive suspendu sur toutes les têtes avant de frapper. Quand il a fini, nul n'ose l'interroger. Chacun se demande en secret :De qui veut-il parler? Quel est le coupable aujourd'hui? Ai-je mérité sa haine? Est-ce moi? Il regardait du côté de Danton tout à l'heure. Mais qui oserait s'en prendre à Danton? Il est donc vrai qu'il y a des traîtres autour de moi ! Et si l'on rencontre Saint-Just, on essaye de sourire à l'exterminateur. Car, même parmi les héros, il a su faire pénétrer la peur. Celui qui tout à l'heure racontait la victoire de Geisberg écrira de Saint-Just,
i. 16 janvier 1793.