‹ Extraits des historiens français du XIXe siècleChapitre 236 sur 246 · La plupart de ces suuerstitioaij durent encore · texte numérisé non relu

La plupart de ces suuerstitioaij durent encore

domine tout. Horace a dit le mot le plus vrai sur le Rcmaiu : c'est en redoutant les dieux qu'il est devenu le maître de la terre,

Dis te minorejn quod geris, imperas.

On a dit que c'était une religion de politique'. Mais pouvons-nous supposer qu'un sénat de trois cents membres, un corps de trois mille patriciens se soit entendu avec une telle unanimité pour tromper le peuple ignorant? et cela pendant des siècles, sans que, parmi tant de rivalités, de luttes, de haines personnelles, une seule voix se soit jamais élevée pour dire : Ceci est un mensonge. Si un patricien eût trahi les secrets de sa caste, si, s'adressant aux plébéiens qui supportaient impatiemment le joug de cette religion, il les eût tout à coup débarrassés et aftranchis de ces auspices et de ces sacerdoces, cet homme eût acquis immédiatement un tel crédit qu'il fût devenu le maître de l'État. Croit-on que, si les patriciens n'eussent pas cru à la religion qu'ils pratiquaient, une telle tentation n'aurait pas été assez forte pour déterminer au moins un d'entre eux à révéler le secret? On se trompe gravement sur la nature humaine si l'on suppose qu'une religion puisse s'établir par convention et se soutenir par imposture. Que l'on compte dans Tite-Live combien de fois cette religion gênait les patriciens euxmêmes, combien de fois elle embarrassa le Sénat et entrava son action, et que l'on dise ensuite si cette religion avait été inventée pour la commodité des politiques. C'est au temps de Cicéron que l'on a commencé de croire que la religion était utile au gouvernement; mais déjà la religion était morte dans les âmes.

1. C'était la théorie des philosophes du xviii' siècle. Cf. Montesquieu, Considérations sur les Romains, notre édition, p. xi.

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