Sur IS'iebuhr, cf. p. 501 ; sur Mommsen, p. 504, n
main, en un long discours, que les dieux sont irrités contre un ennemi qui a négligé ou violé una loi religieuse, ne disons pas que Tite-Live a imaginé ce discours pour embellir un récit et faire briller son talent d'orateur; nous devons croire, sauf preuve du contraire, que dans ce discours il a reproduit les pensées qui étaient ordinaires au temps dont il parle, et qu'en cela encore il fait œuvre d'historien exact.
Ce qu'on a appelé l'esprit critique, depuis cent cinquante ans, a été trop souvent une habitude de juger les faits anciens au point de vue de la probabilité, c'est-àdire au point de vue de leur concordance avec ce que nous jugions possible ou vraisemblable. Conçu de cette façon, l'esprit critique n'était guère autre chose que le point de vue personnel et moderne substitué à la vue réelle du passé. On a ainsi appliqué à l'Iiistoire la méthode qui convient à la philosophie; on a jugé d'apns la conscience et la logique des choses qui ne s'étaient faites ni suivant la logique absolue, ni suivant les habitudes de la conscience moderne.
L'esprit critique, appliqué à l'histoire, consiste au contraire à laisser de côté la logique absolue et les conceptions intellectuelles du présent ; il consiste à prendre les textes tels qu'ils ont été écrits, au sens propre et littéral, à les interpréter le plus simplement qu'il est possible, à les admettre naïvement, sans y rien mêler du nôtre. Le fond de l'esprit critique, quand il s'agit de l'histoire du passé, est de croire les anciens.
Quand je lis les travaux des modernes sur l'antiquité, mon premier mouvement, je l'avoue, est de douter, parce que je reconnais trop souvent des pensées toutes modernes. Mais quand je lis les anciens, mon premier mouvement est de croire, et je les crois d'autant plus que leurs idées sont plus éloignées des miennes.
Je les crois surtout en ce point-ci : lorsque Tite-Live, parlant de temps très éloignés de lui, raconte des faits qui ont dû lui paraître fort éloignés de la vraisemblance, et lorsqu'il exprime des pensées que ni lui-même, ni ses contemporains n'ont pu trouver dans leur esprit, je suis porté à conclure que Tite-Live ne fait là que reproduire de plus vieilles annales, des documents des vieux âges, et je crois d'autant plus à Tite-Live que je reconnais moins Tite-Live.
Car Tite-Live était exposé, sur les tejups élofgnés de lui, à cette même illusion dont j'ai parlé. Souvent, sans contredit, il introduit dans son récit ou dans ses jugements la manière de penser d'un contemporain d'Auguste. Raison de plus pour que, chaque fois qu'il lui arrive d'oublier son temps et de laisser percer des idées qu'il n'a pas et qu'il peut à peine concevoir, j'aie une pleine confiance en lui. Je puis bien douter de lui quand il exprime des vérités de son temps ou des vérités générales et communes à tous les temps; mais quand il en exprime qui n'ont pu être des vérités qu'à l'époque lointaine qu'il décrit, je me tiens obligé de croire. Il me semble que dans les passages de cette sorte, ce n'est pas Tite-Live que j'ai sous les yeux, c'est un vieux texte contemporain.
La mission de l'historien.
Quaero.
L'histoire ne résout pas les questions : elle nous apprend à les examiner. Elle nous enseigne au moins comment il faut s'y prendre pour observer les faits humains. Le regard que nous jetons sur les choses pré sentes est toujours troublé par quelque intérêt personnel, quelque préjugé ou quelque passion. Voir juste est près-
BECHERCHES ET QUESTIONS. 665
qiie impossible. S'il s'agit au contraire du passé, notre regard est plus calme et plus sûr. Nous comprenons mieux des événements et des révolutions dont nous n'avons rien à craindre et rien à espérer. Les faits accomplis se présentent à nous avec une bien autre netteté que les faits en voie d'accomplissement. Nous en voyons le commencement et la fin, la cause et les effets, les tenants et les aboutissants. Nous y distinguons l'essentiel de l'accessoire. Nous en saisissons la marche, la direction et le vrai sens. Pendant qu'ils s'accomplissaient, les hommes ne les comprenaient pas ; ils étaient troublés, mêlés d'éléments étrangers, obscurcis par des accidents éphémères. Il y a toujours dans les événements humains une partie qui n'est qu'extérieure et apparente; c'est d'ordinaire cette partie qui frappe le plus les yeux des contemporains. Aussi est-il fort rare qu'un grand fait ait été compris par ceux-là mêmes qui ont travaillé à le produire. Presque toujours chaque génération s'est trompée sur ses œuvres. Elle a agi sans savoir nettement ce qu'elle faisait. Elle croyait viser à un but et c'est à un but tout autre que ses efforts l'ont conduite. Il semble qu'il soit au-dessus des forces de l'esprit humain d'avoir l'intuition nette du présent. L'étude de Thistoire doit avoir au moins cet avantage de nous accoutumer à distinguer dans les faits et dans la marche des sociétés ce qui est apparent de ce qui est réel, ce qui est illusion des contemporains de ce qui est vérité.
TABLE CHRONOLOGIQUE DES MATIÈRES
De la méthode historique.
La mission de l'historien, Fustel de Coulanges, p. 664. — La justice de l'histoire, Duruy, p. 463. — Objet de l'histoire, Fustel de Coulanges, p. 625. — Les leçons de l'histoire, GmzoT, p. 151.
L'histoire intégrale, Michelet, p. 515. — L'histoire du peuple, Thierry, p. 37. — L'histon-e de France, Thierry, p. 37 et 47; Michelet, p. 312.
Le travail des recherches, Thiers, p. 225. — La lecture des textes, Fustel de Coulanges, p. 659. — S'abstraire du présent, Thierry, p. 47; Fustel de Coulanges, p. 623. — Désintéressement et impartialité, Thierry, p. 36; Taixe, p. 555, note; Fustel de Coulanges, p. 623 et 661. — Distinguer et non confondre, Thierry, p. 58.
Analyse et synthèse, Thierry, p. 99; Michelet, p. 314; Fustel de Coulanges, p. 625.
L'intelligence en histoire, Thiers, p. 229. — L'expérience chez les historiens, Thiers, p. 229; Thierry, p. 101.
La légende et l'histoire, Michelet, p. 505. — Les questions sociales, Tocqueville, p. 423. — Les lois sur les successions : importance de leur étude, Tocqueville, p. 422.
Il narration historique, Barante, p. 113. — L'expression en histoire, Thiers, p. 226. — La vie de l'œmTe, Michelet, p. 519.
Le dévouement à la science. Thierry, p. 21. — L'amour pour son œuvre, Michelet, p. 319.
TABLE CHRONOLOGIQUE DES MATIÈRES-
Histoire ancienne de l'Orient.
Les Sémites nomades, Renan, p. 554. — L'arf égyptien, p. 6. Hérode le Grand, Renan, p. 540.
Histoire grecque.
Le culte des morts, Fcstel pe Coulanges, p. 591. — La famille grecque, Fustel de Coulaxges, p. 596, p. 599. — La morale primitive, Fustel de Coulanges, p. 599. — Portrait de l'Athénien, FusTEL de Coulanges, p. 612. — Nicias, Fustel de Coulanges, p. 615. — La musique grecque, p. 8.
Histoire romaine.
Niebuhr et l'histoire romaine, Michelet, p. 501. — Le culte des morts, Fustel de Coulanges, p. 591. — La famille romaine, Fustel de Coulanges, p. 596. — La morale primitive, Fustel de Coulanges, p. 599. — Portrait du Romain, Fustel de Coulanges, p. 606. — Camille, Fustel de Coulanges, p. 610. — Dissolution de la cité romaine, Michelet, p. 507. — César et Caton d'Utique, Michelet, p. 508. — Vercingétorix, Fustel de Coulanges, p. 626. — Hérode le Grand, Renan, p. 540.
Auguste, DuRUY, p. 467. — La monarchie romaine, Fustel de Coulanges, p. 650. — Le culte des empereurs, Fustel de Coulanges, p. 652. — Le monde romain vers le milieu du i" siècle, Renan, 1 p. 481; Havet, p. 485, 490, 491. — Hadrien, Renan, p. 506.] — JVIarc-Aurèle, Renan, p. 512; Martha, p. 514. — Les martyrsde Lyon, sainte Rlandine, Renan, p. 517. — Mort de Marc- Aurèie, Renan, p. 525. — La fin du monde antique : l'Empire romain après Marc-Aurèle, Renan, p. 527. — La villa gallo-romaine, Fustel de Coulanges, p. 658. — Résultats de la domination romaine, Duruy, p. 474.
Nazareth, Renan, p. 555. — Hérode, Renan, p. 540. — Le; christianisme change les conditions du gouvernement, Fustel DE Coulanges, p. 617, — Les martyrs de Lyon, sainte Rlandine, Renan, p. 517.— L'Église chrétienne dans ses rapportsavec l'autorité impériale, Fustel de Coulanges, p. 634.
TABLE CHRONOLOGIQUE DES MATIÈRES 669
Histoire du moyen âge.
Société gallo-romaine et société barbare, Thierry, p. 104. — La Gaule au v« siècle; écoles civiles et société religieuse, GuizoT, p. 159. — De l'établissement des Francs dans les Gaules, Gcizot, p. 127. — Clovis, Guizot, p. 129; Fustel de CouLANGES, p. 645. — L'influence des Barbares dans la civilisation du monde, Guizot, p. 156. ^- Le patronage, Fustel DE CouLANGES, p. 652. — . L'anarcMe iTiérovingieniie, Thierry, p. 94. — La puissance de l'épiscopat sous les rois francs, Fustel de Coulanges, p. 647. — Les quatre fils de Clotaire \", de 561 à 568, Thierry, p. 64.
Lutte du Nord et du Midi, Thierry, p. 41. — Les causes de la chute des mérovingiens, Guizot, p. 133. — Charlemagne, Guizot, p. 164. — L'empire de Charlemagne, Fustel de Coulanges, p. 655.
Du caractère politique du régime féodal, Guizot, p. 134. — Les classes inférieures acceptent la féodalité, Fustel de Coulanges, p. 656. — Vie intérieure des propriétaires de fiefs, Guizot, p. 172. — MatériaHsme du monde féodal, Michelet, p. 334. — L'idéal du moyen âge et la chevalerie, Guizot, p. 178. — La chanson de Roland, Michelet, p. 355
Les monastères. Chateaubriand, p. 12. — Dominicains et Franciscains, Michelet, p. 357. — Des églises gothiques, Chateau- BRiANT), p. 5; ViOLLET-LE-Duc, p. 4 et 6 ; Michelet, p. 559. — Du chant grégorien. Chateaubriand, p. 7.
Les communes, p. 102. — Naissance de la bourgeoisie, influence des villes sur les campagnes, Thierry, p. 107.
Bataille de Hastings, Thierry, p. 48. — L'Angleterre au lendemain de la conquête, Thierry, p. 61.
L'éducation de Dante, Quinet, p. 457.
Coup d'œil sur l'histoire d'Espagne, Thierry, p. 26.
Nouveau caractère de la royauté sous Louis VI, Guizot, p. 169. — L'or, le fisc et le juif au xiv« siècle, Michelet, p. 545. — Entrée à Paris de la reine Ysabeau, Barante, p. 116. — Jeanne d'Arc, Michelet, p. 547. — Liège et Dînant au xv« siècle, Michelet, p. 350. — Jugement sur Louis XI, Barante, p. 119.
C70 TABLE CHRONOLOGIQUE DES MATIÈRES
Histoire moderne.
La Ileiiaissance : Brunelleschi, Michei.et, p. 359. — La découverte de l'Italie, Michelet, p. 530. — La révolution dans les arts : Léonard de Vinci, Quixkt, p. 442.
Si le protestantisme fut favorable à la liberté. Chateaubriand, p. 14. — Lutlier, Miciiei.et, p. 370. — Les révolutions de Genève, MiiiNKT, p. 273; MicHEi.ET, p. 372. — Calvin, Mignet, p. 270; MicHEi.ET, p. 372. — Fareletl'école des martyrs, Michelet, p. 375.
Coup d'œil sur l'histoire d'Espagne, Thierry, p. 26.
François l" et Charles-Quint, .Mignet, p. 300. — Bataille de Mariyiian, Mig.net, p. 292. — Résumé du règne de Charles- Quint, Mignet, p. 287. — Les libertés de l'Aragon au xvi« siècle, Mig.net, p. 275. — Mort de Marie Stuart, Mignet, p. 279.
État des classes roturières à la fin du xvi« siècle, Thierry, p. 110.
Vue des révolutions d'Angleterre, Thierry, p. 33. — Procès de Stralford, Guizot, p. 181. — Lutte entre Charles I" et le Parlement, Guizot, p. 185. — Cromwell en Irlande, Guizot, p. 188
— Lutte entre Cromwell et le parlement-croupion, Guizot, p. 190. — Mort de Cromwell, Guizot, p. 200. — Guillaume III, p. 203.
Origine des colonies anglaises d'Amérique, Tocqueville, p.409
— Washington, Guizot, p. 204.
Politique de Louis XIV au début du règne, Mignet, p. 261. — La France en 1700, Mignet, p. 268. — La monarchie sous Louis XIV, Chateaubriand, p. 19.
Histoire de la Révolution.
Transformation du Tiers État : la classe moyenne en 1789, Taine, p. 555. — La centralisation administi^ative sous l'ancien régime, Tocqueville, p. 424. — Paris en 1789, p. 577, n. 1.
— La domination des philosophes, Guizot, p. 180. — L'influence des hommes de lettres en politique, Tocqueville, p. 435.
Les chefs de l'Assemblée Constituante, Mignet, p. 251. — Le serinent du Jeu de Paume, Quinex, p. 447. — Prise de la Bas-
TABLE CHRO><OLOGIQUE DES MATIÈRES. 071
tille, MicHELET, p. 386; Mignet, p. 395 — La première fédération, TiiiEHs, p. 207; Louis Blanc, p. 212. — Mort de Mirabeau, TiuEKs, p. 214. — Œuvre politique de la Constituante, QuixET, p. 449.
Les g^uerres de la Révolution: nouvel art de la guerre, Tmiers, p. 218.
Danton, Taine, p. 569. — Le Comité de Salut Public au travail, Taine, p. 580. — La Terreur, Thiers, p. 221. — Le culte de la Raison, Thiers, p. 222. — La cbute de Robespierre, Migxet, p. 259. — L'œuvre et l'esprit de la Convention, Quinet, p. 451.
Si la Révolution a compris la liberté, Qdinet, p. 462; cf. p. 455, n. 1.
Histoire contemporaine.
La France en 1802, Chateaubriand, p. 1. — Élévation de Napoléon, Migxet, p. 260. — Napoléon, Guizot, p. 164. — Bataille d'Eylau, Thiers, p. 252. — La folie de Napoléon, Thiers, p. 250. — Napoléon Bonaparte : ses facultés maîtresses, Tai.ne, p. 585.
La restauration de 1814, Thierry, p. 97.
Caractère et effets de la révolution de 1850, Thierry, p. 95; cf.
MlCHELET, p. 512.
La révolution de 1848, Thierry, p. 102.
Les conquêtes de la Révolution, Thierry, p. 101. — La marche vers la démocratie, Tocque ville, p. 418.
Portrait des Français, Chateaubriand, p. 11. — La race celtique, Henri Martin, p. 517. — L'œuvre du peuple anglais, Taine, p. 541. — Le génie breton, Michelet, p. 521; Renan, p. 524.
AVERTISSEMENT t
INTRODUCTION m