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LE DÉBARQUEMENT

Les troupes de Guillaume abordèrent ainsi sans résistance à Pevensey, près de Hastings, le 28 septembre

1. Paris, Fume et Jouvet, lo" édit. ; 4 vol. in-12. — Première édition, 182o; deuxième, accompagnée de pièces justificatives, 1826; troisième, revue et corrigée, 1830; nouvelle, 1858, publiée d'après les corrections de l'auteur, après sa mort, par son frère Amédée et Henri Martin, son exécuteur testamentaire, avec le concours de M. Wallon.

Thierry commença sa carrière historique par l'étude des révolutions anglaises. Son premier essai scientiflque fut sur ce sujet et parut en 1817 dans le Censeur européen, t. IV (réimprimé dans Dix Ans (Vétiides historiques; ici p. 33). Après ses Lettres sur l'histoire de France, il revint immédiatement à l'Angleterre en avouant le « peu de maturité » qu'avaient alors ses études sur l'histoire de France. Préface des Dix Ans : « J'étais loin de me sentir convenablement préparé pour traiter les mêmes questions dans un ouvrage de longue haleine, conçu à tête reposée et exécuté avec méthode. Jlais, si je me jugeais moi-même i'aible de ce côté, j'avais déjà de la confiance dans mes vues sur l'histoire d'Angleterre, et sur cette question de la conquête qui n'avait cessé de s'agrandir pour moi à chacune de mes nouvelles excursions dans le champ de l'histoire du moyen âge. Je me tournai donc encore une fois vers mon ancien sujet de prédilection » (en 1821), « et je l'abordai plus hardiment, et avec plus de science des faits, plus d'élévation dans le point de vue et une compréhension plus large. Tout ce que j'avais lu depuis quatre ans, tout ce que je savais, tout ce que je sentais, venait s'encadrer dans le plan que je conçus alors avec une décision aussi ferme que prompte. Je résolus d'écrire l'histoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands, en remontant jusqu'à ses causes premières pour descendre ensuite jusqu'à ses dernières conséquences; de peindre ce grand événement avec les couleurs les plus vraies, et sous le plus grand nombre d'aspects possible; de donner pour théâtre à cette variété de scènes, non .seulement l'Angleterre, mais tous les pays qui, de près ou de loin, avaient ressenti l'influence de la population normande, ou le contré-

de l'année 1006, trois jours après la victoire de Harold sur les Norvégiens'. Les archers débarquèrent d'abord ils portaient des vêtements courts, et leurs cheveux étaient rasés ; ensuite descendirent les gens de cheval, portant des cottes de mailles et des heaumes en fer poli de forme conique, armés de longues et fortes lances et d'épées droites à deux tranchants. Après eux sortirent les travailleurs de l'armée, pionniers, charpentiers et forgerons, qui déchargèrent, pièce à pièce, sur le rivage, trois châteaux de bois, taillés et préparés d'avance.

Le duc ne prit terre que le dernier de tous; au moment où son pied touchait le sable, il fit un faux pas et tomba sur la face. Un murmure s'éleva; des voix crièrent : « Dieu nous garde ! c'est mauvais signe. » Mais Guillaume, se relevant, dit aussitôt : « Qu'avez-vous? quelle chose vous étonne? J'ai saisi cette terre de mes mains, et, par la splendeur de Dieu, tant qu'il y en a, elle est à nous. » Cette vive repartie arrêta subitement l'effet du mauvais présage. L'armée prit sa route vers la e de Ilastings, et, près de ce lieu, on traça un camp, 'on construisit deux des châteaux de bois, dans lesquels plaça des vivres. Des corps de soldats parcoururent toute la contrée voisine, pillant et brûlant les maisons.

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coup de sa victoire. Dans ce cadre étendu, je donnais place à toutes les questions importantes qui m'avaient successivement préoccupé : à celle de l'ori^nne des aristocraties modernes, à celle des races pri mitives, de leurs diversités morales et de leur coexistence sur le même sol; enfin à la question même de la méUiode historique, à celle de la forme et du style, que j'avais attaquée récemment dans mes Lettres sur l'histoire de France. Ce que je venais de conseiller, je voulais le mettre en pratique, et tentera mes risques et périls 1 expérience de ma théorie : en un mot, j'avais l'ambition de faire de

I art en même temps que de la science, d'être dramatique à l'aide de matériaux fournis par une érudition sincère et scrupuleuse. » —

II est bon de rappeler que, par suite d'une critique fort imparfaite des sources, le livre de Thierry est un des ouvrages historiques de ce siècle qui ont le plus perdu de leur valeur.

1. Le combat eut lieu sur la colline de Senlac. Cf. Green, Histoire du peuple anglais, trad. Monod (2 vol., 1888), ,t, ï, p,iJ9. ,

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Les Anglais fuyaient de leurs demeures, cachaient leurs meubles et leur bétail, et se portaient en foule vers les églises et les cimetières qu'ils croyaient le plus sûr asile contre un ennemi chrétien comme eux. Mais, dans leur soif de butin, les Normands tenaient peu de compte de la sainteté des lieux, et ne respectaient aucun asile.

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