‹ Extraits des mémoires du prince de Talleyrand-PérigordChapitre 5 sur 36 · UI · texte numérisé non relu

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renie annuelle cl deux millions à mes succès seurs.

Dès ^ue tout cela m'eut été anuoncé et montré écrit de la propre main de S. M. L, le duc de C... entra dans les détails de ce que je dcrais faire pour gagner Tempereur de Russie. Alors j'inter-* rompis le négociateurce Monsieur le duc^ » dis-je, (r une difficulté s* oppose à ce que j'accepte le rôle qu*on yeut me faire jouer. Je ne suis plus le sujet de celui qui vous envoie et je suis redevenu celui de S. M. Louis XyiII; ce sont les intérêts de ce monarque, ceux de sa famille dont je me chargerai dorénavant.

— Qu'enlends-je ? )) s'écria M. deC...^ w n'éteflvous pas grand feudataire de Tempire, grand dignitaire de la couronne ; n'étes-vous plus sujet de S. M. l'empereur et roi?

— Nullement y » répliquai-jej a je me suis soumis à lui en 1 799 , nous étions égaux , c'est à dire deux Français, lui avec une réputation colossale, moi avec celle d'un homme qui a le sens commun et à qui on accordait quelque talent de conduite et d'habileté d'esprit; nous nous en-

ttndiine3 et résolûmes la ruiue du gouverne* ment républicain dont la nation ne voulait pas* Depuis^ manquant à sa parole^ il se Gt empereur^ eip au Ueu de me bien traiter^ il n'a cessé de me ballotter^ de me chagriner, de me poursuivre avec une persistance qui d'un compagnon a fait de moi un ennemi. \ quoi a-t-il tenu qu'un ju* gement à la d'Ënghien ne me mit à mort? Qui m'a sauvé? la bienveillance, la prudence de Gam^* bacérès : or, comme Napoléon était mon égal ^ qu'il n'a aucun droit à la couronne que celui cb l'avoir prise, je me crois très en droit de revenir à mes maîtres légitimes ; et, puisque la France veuir un roi , Louis XVIIl remonte sui' le trône de ses pères ^ voilà ce que ma franchise ne veut pas vous cacher. )>

J'ajoutai ce que je savais , je lui en dis un peu plus peut-être, car on a toujours raison lorsque Yoa se grandit en présence de son adversaire^ et je jetai le cher diplomate dans un état dont il eut de la peine à se retirer. L'illusion de la puissanoe impériale était telle que cet honnête homme me voyait déjà pendu à la poience d'Aman. Ne pOutaul néanmoins rien tirer de moi , persuadé qu'il

essaierait en vain à me ramener à son bord , il me demanda si je mettrais obstacle à ce qu'il vit l'empereur Alexandre.

« Aucun y » répondis-je, « pourvu que je le voie avant vous.

•— Il est Tami de Napoléon. »

A cette bonhomie trop forte , et tu notre ancienne liaison, je me mis à chanter à son oreille : Vo/'ien voir s* ils viennent ^ Jean y va^ien voir s'ils viennent! puis, reprenant le ton sérieux, je lui dis :

c( Quoi ! vous êtes un vrai politique, et vous fai« tesfondsur les sentiments du cœur; vous admettez la sensibilité en son rang dans le protocole. Que Napoléon demain apparaisse avec trois cent mille hommes, et le czar sera son cher ami; maintenant Napoléon sera heureux si on lui sauve la prison perpétuelle. )>

Je crus que M. de C... se trouverait mal, rien qu'à m'entendre parler. Pour l'achever, survinrent MM. de Sesmaisons, je crois, et Tabbé de Pradt : le premier venait me prévenir que , le lendemain, à huit heures du matin, le drapeau blanc serait relevé, promené dans les rues de Pa-

ris, et qu'on le porterait au devant des empereur de Russie et roi de Prusse. L'abbë y lun des dt* recteurs de cette tentative, se montra, malgré tout son esprit, si ridiculement belliqueux, que le duc ne put s'empêcher de me dire devant lui :

(( Prince, prenez garde à ne pas laisser appror cher du feu M. l'ambassadeur en Pologne ; car, s'il vient à faire explosion, chargé comme il est à mitraille. Je ne réponds pas de la vie de vos hôtes et de vous. »

Le bon sens de V aumônier du dieu Mars lui fit sentir Tâcreté du badinage ; il balbutia quelques mots et s'en alla, selon toute apparence, continuer à mettre le feu aux quatre coins de Paris.

La soirée du 30 mars s'écoula pour moi à don ner des audiences. J'étais le seul homme important demeuré à Paris, et on m'accordait un pouvoir que je n'avais pas, et dont je profitai sans façon. Je continuai de catéchiser les sénateurs, qui s'empressaient de m'inviter à les conseiller, et surtout de me mettre à leur tête : je le leur promis.

Je craignais un mouvement antiroyaliste. J'eusse été moins inquiet s'il se fut divisé et s'il

^At en des i^ëpublioeins et des bonap«ifiistes en côUision dans la rue ; j^ tournai donc mes soins vcfs ce dernier moyen ; j'envoyai des émissaires sûrs vers les jacobins qui sommeillaient. J'aurais presque voulu qu'il restât dans la ville un ou deux régiments pour former le noyau impérial ; mais les deux maréchaux , en capitulant ; les avaient tous fait partir; je me rabattis sur la garde nationale^ ne pouvant pas croire que, tout entière , elle abandonnât Napoléon.

Ainsi je préparais tous les éléments d'une révolution nouvelle : union des royalistes pour marcher au succès, division des centres, tout me seconderait. Ma maison était le rendez-vous de tous les amis des Bourbons : ils accouraient à moi avec -l'empressement égal que, plus tard, ils ont mis à me fuir. Alors ils ne juraient que par moi, n'espéraient qu'en moi et ne voulaient que moi pour chef. Ainsi va le monde, et celui-là est bien fou ou bien sot qui se figure qu'il demeurera perpétuellement dans la situation où une circonstance favorable l'a porté.

Je ne me livrai pas au repos dans la nuit du 30 au 31 mars. Ce ne fut que vers les quatre heure

du matin de ce dernier jour que je reçus TassUf-

rance positive que S. M. l'empereur de Russie logerait chez moi. Dirai*je que plus de quatrtr vingts hôtels lui avaient été offerts , entre autres ceux des plus foncés bonapartistes : j'aime à croire que ceux*ci voyaient dans cette petite bassesse une sauvegarde pour leur mobilier somptueux. Le 31 mars, à neuf heures du matin, M. de. Vauvineux parut le premier sur la placeLouisXV, où tous les royalistes s'étaient donné rendez** vous : M. de Chateaubriand y arriva aussitôt que lui. Us furent rejoints par MM. de Lé vis (Léo), de Lostanges , de Quinzonnas , d'Hautefort , de Montmorency (Mathieu), de Montaignac, de Tholozan, Royou, de Périgord, de Luxembourg, de Rippert, Michaud, Pigeon^ Thibaut de Montmorency, de VitroUes, Dalberg, de Jaucourt, Beurnonville, ces trois-ci ayant déjà promis d'accepter la nomination que le sénat ferait de l'abbé de Montesquioa-Fczensac et de moi pour former le gouvernement de transition , le passage de Bonaparte à Louis XVIII. Les comtes d'Adhémar, le marquis de Louvois, le comte de Seraalé, de Kergorlay, le marquis de La Roche-Jacquelîn, le ba*

ron Charles de Newkerque et (rente ou quarante encore furent les premiers à présenter le drapeau blanc à la populace étonnée de Paris.

Presqu'en même temps accoururent dans leurs voitures décorées de rubans et de flammes royalistes mesdames de Ghoiseul, de Semalé, de Montlezun^ de Soyecourt, de Vaudineux, deRohan, de Duras , de Mailly, de Dubois de Lamothe, de THospital, etc.^ qui^ avec un dévouement admirable^ affrontaient les dispositions incertaines du gros des citoyens^ de la garde nationale et de la police. La comtesse Olympe Du ... • courait en calèche sur le boulevart, distribuant des cocardes, auxquelles depuis quinze jours travaillaient les dames bien pensantes; aussi, au moment venu, il s'en trouva des corbeilles toutes remplies dont on gratiCa les premiers venus.

Ce cortège descendit la rue Royale, il alla sur les boulevarts, à la rencontre des alliés, peu grossi il est vrai ; beaucoup le regardaient avec indifférence, quelques uns avec colère, le plus grand nombre avec plaisir; mais Napoléon n'était pas mort, et on ne cessait de redouter le lion en vie. Un détachement de garde nationale se montra

même hostile; mais ^ lui passé, les autres laissèrent faire, la police ne parut aucunement, ce qui augmenta mes espérances; car, à tout instant on venait me raconter ce qui se passait, et . j'augurais beaucoup de cette nonchalance apparente.

Les barrières livrées au dehors, à Tarmée alliée, s'ouvrirent seulement le 51 à midi, heure marquée pour rentrée des souverains qui, à la tète de trois cent mille hommes, pénétrèrent dans Paris par la porte Saint-Martin, le faubourg de ce nom et les boulevarls. L'empereur Alexandre, ayant à sa droite le roi de Prusse et le prince de Schwartzenberg , chefs de Tarmée autrichienne , à sa gauche, le grand-duc Constantin, son frère , s'avança le premier, accompagné d*un élat-major brillant et nombreux. Les troupes, habillées avec soin , ne présentaient pas cet ensemble misérable, ni cet aspect hideux sous lesquels on les avait dépeintes naguère dans les bulletins français.

Une foule innombrable de Parisiens garnissaient les contre-allées, chaque fenêlre ouverte était remplie de monde. Les drapeaux blancs étaient déployés de toutes parts. Le silence morne

qui rëgnaii d'abord cessa vers le tliëaCre des Va<^ riétés ; on commença à entendre crier Five le roi! vive Alexandre! vwe Guillaume! vivent les alliésl de l'empereur d'Autriche^ pas un mot; ce moinarque, mal conseillé dans l'intérêt des siens^ n'avait pas hâté son voyage^ il se trouvait main* tenant à Dijon; il en résulta que son absaice donna gain de cause au parti des Bourbons.

LL. MM. conduisirent Tarmée des coalisés aux Champs-Elysées; là ils la passèrent en re«vue, et ce soin de première étiquette pris, cha^^ cun, talonné par la faim, se rendit au logis qui lui avait été assigné. L'empereur Alexandre vint chez moi. Instruit de son approche, je vins Tattendre à la porte de la rue de mon hôlel, mais un aide de camp arrivant d'abord me dit que S. M., voulant ne descendre de cheval qiie dans la cour, me priait de rentrer au pied de l'escalier. Cette attention si gracieuse me charma, et j'allai prendre position où l'on me l'avait indiqué.

L'empereur, ayant mis pied à terre, daigna m'embrasser aflectueusement, il écouta ma très briéve harangue, me répondit en Henri IV affamé, et, après un court temps de repos dans le

salon et dans sa chambre, passa dans la salle a manger. Je voulais avoir l'honneur de le servir, mais il s'y opposa avec une persistance parfaite , il me contraignît à prendre place. Le diner fut vite expédié. L'empereur savait qu'il restait beaueoi^ à faire ; et moi , qui connaissais la valeur des minutes, je tenais à battre le fer pendant qu*il était chaud.

(f Prince, » me dit S. M., pendant qu'on lui ser- ▼ait le café , « prenez votre tasse et passons dans votre cabinet, j'ai force choses à vous dire.

— L'empereur,» répliquai-je^ « oublie qu'il est chez lui. ))

Après l'assaut ordinaire de compliments, nous trouvant seuls, puisque nous étions sortis du salon, S. M. s'asseyant, en m'en demandant la penm'ssion, tant sa fatigue était entière, me contraignit à faire comme lui.

« Eh bien ! prince , » poursuivit-il en interrompant un débat qui m'éfait personnel et que je tais par cette raison, « que pensez-vous de ce qui se passe?

— Je ne craindrai pas, » repartis-je, « d'ê(re démenti par l'empereur, si je lui dis que la Pro-

vidence vient de briser la verge dont elle s^éfait servie pour châtier la nation.

— Oui, oui, c'est cela, je regarde ma présence à Paris comme un miracle; oui sans doute, Dieu veut ceci , Dieu seul conduit tout ceci ; j'y vois son doigt marqué pleinement ; mais quels seront les conséquences, les résultats de ceci?

— La paix de l'Europe, la consolidation des trônes, le raffermissement de la morale, enfin la fermeture irrévocable delà révolution. (Jecroyais, certes, ce que je disais; je le croyais avec pleine confiance du cœur : quel aigle assez perspicace aurait pu, dès ce jour, apercevoir dans l'avenir tout ce qui s'y est trouvé?)

— Je le désire, » répliqua l'empereur; « mais comment parvenir à ce grand, à ce beau résultat?

— Par une mesure de sagesse, de justice^ en rendant aux Bourbons le trône de France.

— Et l'empereur d'Autriche? » me fut-il dit. « Comme père, il souffrira sans doute; mais,

en sa qualité de souverain, il doit préférer l'intérêt de son peuple a ses affections de famille. Avec le roi de Rome, Napoléon régnera toujours

dans quelque lieu qu'on le mette ^ dans quelque position qu'on le place. Les Français , avec son fils sur le trône ^ n*obëiront qu'à lui et non à la régente : dés lors , sire , tout est en question ; dés la coalition dénouée , dés la France reposée ; la guerre recommencera terrible^ implacable, et si ses chances sont pour Napoléon, malheur aux dynasties régnantes ; instruit par Texpérience, ne croyant plus à leurs serments d'amitié , il les renversera, dépècera les Ëtats et donnera ces fragments sans force à ses créatures.

— Vous avez raison , prince , oui , vous avez raison, la guerre actuelle est entre cet homme et nous une guerre d'extermination ; nous ne pour^ roDs traiter sûrement avec les Bonaparte; mais, d'un autre côté, quel droit avons-nous pour imposer les Bourbons aux Français s'ils n'en veulent pas ?

— La réponse à cette forte objection est faite, Les Français en voudront, ils en veulent et ils ▼ont en fournir les preuves à l'empereur : acceptera*t-ii comme tels une déchéance de Napoléon etde sa dynastie et un rappeldeS. M. Louis XYIII ^uele Sénat prononcera et demandera l'adhésion

du Corps législatif y celle du conseil de la commune de Paris^ du conseil du département de la Seine ^ des grandes villes de tout le royaume^ enfin celle des grands dignitaires , des cours de justice, des tiùbunaux, des généraux de Tar* mée?t..

— Mais à ce compte, prince, ce serait toute la France.

•^ Oui , sire , toute la France, moins quelques jacobins incorrigibles et une poignée de bonapar-* tistes à sentiments. »

L'empereur se mit à rire^ puis prenant la parole: « Vous flattez-vous de séparer les militaires de.... Bonaparte?

— Eli , mon Dieu ! » dis-je , « ils seront les premiers à saluer le soleil levant; nos guerriers si terribles Tépée à la main , ils sont pires que les courtisans en politique ; la frayeur de perdre leur solde les rendra toujours souples comme des gants; mais, » ajou(ai-jc et en parodiant un vers du rôle d'Achille dans la tragédie d'Iphigénie en Aulide :

Mais c*eât perdre le temps en des discours fiÎToleâ , U faut des actions et non pas des paroles.

(( Que l'empereur so rende à l'empressement des

Russes et des Français qui brûlent de le voir. Je Tais rassembler le Sénat ^ et je suis certain d'en obtenir tout ce que je viens de dire. »

J'allais sortir lorsque Alexandre , me retenant : cr Avant tout^ » me dit-il^ « il faut un gouvernement provisoire ^ nous ne savons à qui nous adresser. »

J'admirai alors mon étourderie qui me faisait oublier l'essentiel; je fis part à S. M. du choix déjà fait des cinq membres qui formeraient le gouvernement provisoire, je les lui nommai, il les connaissait tous et approuva; alors je le priai de me permettre de lui présenter une dame fidèle entre les fidèles, et qui, je le savais, attendait avec une impatience de mort de pouvoir solliciter de S. M. le retour des Bourbons, ses idoles chéries : c'était madame Du....; elle n'eut pas la première audience; madame Semalé, animée du même amour, l'avait déjà devancée ; j'avais négligé de le dire; Alexandre m'ayant demandé qui était cette dame , je la lui fis connaître en deux mots^ et la permission accordée de la lui amener, j'allai la chercher.

e}(iAPQ7M mi.

Madame Du... clifz le Czar. — CoUoque entre Cauliocourt et moi. — L*abbé de Pradt, grand-chancelier de la Lcgion-d^Honneur.— Romioation dn gonvemement |>ro?i8oire. — khhé de Montesquiou. — Sa manie. — Duc de Dalberg. — Comte de Beurnon- TÎUe. — Marquis de Jaucourt. — Baron de Vitrolles. — M. de Chateaubriand. ^ Les souverains allies ù l'Opéra. — Où sont tes bofMpartistes, -» Histoire d\in Louis XVII. — Dcchcance de Napoléon. — > Ses alliés me rendent justice. — Nouveau ministère franchis .

En sortant de chez Tenipereur de Russie, je

passai d'abord dans une chambre où m^atten-

daient le duc de Dalberg et le général comte de

Beurnonville. Je les charmai en leur apprenant

qu'ils étaient agréés; je m'étonnai de ne pas voir

*^ec eux le marquis île Jaucourt et Tabbé de m 18

Montesquiou : ni l'un ni l'autre ne pouvaient se débarrasser de la foule qui déjà sollicitait la récompense de son dévouement et qui les assiégeait dans l'escalier de mon hôtel ; il fallut, au pied de la lettre, les envoyer délivrer par M. de Beurnonville, qui dut faire évacuer le passage an moyen des sentinelles russes. Cependant je conduisis la comtesse Olympe Du... auprès de l'empereur ; elle se jeta prestement à ses pieds ; lui la releva avec ses belles manières, en s'écriant : « Eh madame] que faites-vous ? jamais noble épouse de preux ne s'est agenouillée en face d'un dievalier.

— Sire, » répondit-elle avec véhémence, «on se prosterne devant Dieu pour en obtenir une grâce, vous êtes son représentant; accordez-nous le bonheur que votre seule majesté peut nous rendre; notre joie sera double de revoir Louis XVIII conduit par le grand monarque du Nord.

*-^ Il est donc bien vrai que la France chérît eùcore cette famille respectable?

— Elle avait seule hier notre amour , aujourd'hui il dépend de l'empereur d'en obtenir une partie.

*^ Âifisi ks dames françaises sent royâKttes , c est parfok ; elles partagent votre entfaôtislaSmë?

— Oui, oui, sire, et leurs maris , et letiî*s proehes auissi , et loue les autres encore.

— Dans ce eas, » répliqua rèmpéreur, ca<* jfe crois me rappeler presque eJtactemènt ce éoUoqftié^ u dans ce cas, ce seixmt les Français qui rappelleront leurs princes, nous n'aurons eu d'antl^ mérite que de le leur ramener; qu'eux se prononcent déterminétnent et tite, et iU obtiendrcAt ce qu'ils paraissent tant désirer. » * -

Madame Du allait riposter iorsqt(*on tittt

ayertir Alexandre qu'un général français deMMH daiià ie Toir. Je partis, et madame Du..« avec mm, celie-ci tellement folle, tellement endiftiré^ qu elle marchait en chancelant comme une per^ sonne itre.

C'était le duc de Vicence, si je m'en rappeUë bien, qui nous remplaça. Son influence me toltfs* mentait peu ; j'étais sûr que les injustes inculpa-* lions touchant le meurtre du duc d'Enghiett qu'on ne lui épargnerait pas énerveraient sôh wédit, et qu'il perdrait à se justifier le temps É(ti'H lui aurait fallu i)our la défense de son mfirHre.

Comme j'étais à me désbaUller, le doc de eraoe sunrint. Dés que nous fûmes seuls : u Vous avez, » dit-il , a levé le masque?

— Non , » répondis-je, « j*ai seulement poursuivi la guerre que depuis six ans on m'a déclarée avec une constance déplorable.

. -^ L'empereur est bien facbé de ce qui s'est passé.

— Je le crois.

—• Allons , ne boudez plus; réparez le mal que vous avez fait , vous aurez une principauté souveraine , celle des sept iles de l'Adriatique : aimeriez-vous mieux le comté de Nice, quatre cent mille âmes avec vingt millions comptant ; une somme pareille de meubles , argenterie , tableaux , bijoux et six millions de rente viagère , dont deux millions à votre famille, avec la principauté de Monaco avec une population de cent mille âmes?

— J'aurai mieux : la paix universelle, l'Europe tranquille , les bénédictions de la France ; est-ce avec un tel leurre qu'on peut me prendre? Suisje un enfant ? Duc, allez porter à votre maître mon dernier mot : il est trop tard. Il y a des ins-

Unis décisifs qu*on ne doit pas dépasser ; lorsqu'on le fait, îl ii'y a plus moyen de reculer. » , Caulincourt^ véritablement attaché à Napoléon^ me sollicita avec chaleur; je lui échappai, gr&ce à Tabbé de Fradt qui força la porte. A entendre celui-ci f il avait tout fait pendant cette journée, et il venait afin qu'en retour de son coup de main je le misse dans le gouvernement provisoire : îl y aurait tout bouleversé. Je dus cependant lui fermer la bouche et le contenter en le nommant grand-chancelier de la Légion-d'Honneur. Celuilà , avec tout son esprit , ne devina pas que c*é^ tait un poste où certes il ne ferait pas de vieux os. La bouffonnerie d'un choix pareil aurait fait mourir de rire tout Paris en une autre circonstance^ mais dans celle-ci les événements immenses arrivaient avec tant de rapidité, que ma plaisanterie passa inaperçue. L'abbé, ex-aumô^ nier du dieu Mars , gagna à ces fonctions de quelques jours le grand cordon et dix mille livres de rente dont il a joui jusqu'à sa mort.

Celte nuit encore, je dormis peu , je la passai presque tout entière à recevoir les sénateurs demeurés presque tous à Paris; je les encourageai,

ils en avaient besoin , Bonaparte leur faisunt plus 4e frayeur que le diable* Je trouvai des rér qilcitrapts^ ceux-ci presque tous furent d'anciens pçbles, s avisant y eux déjà, d'être fidèles quand mémen Celui qui fut le plus tôt gagné, parmi Iqs incertains, qu'on le devine. •., c'est le comte Gré^ goire. Oui, vraiment il topa d'abord au principe, ^t puis il se mit à faire du jacobinisme royal. C'était à en lever les épaules. Cet homme-là, dis- Je, ne tardera pas à se ruiner; il a la rage d'écrire, et les sottises qu'il imprimera tarderont peu à dégager les Bourbons de la reconnaissance qu'ils lui devront pour sa part de consentement à la ^échéance.

Le 1**" avril 1814 fut un grand jour : le sénat^ rassemblé sous ma présidence, écouta les rapports qui lui furent faits; je déclarai, au nom des monarques alliés, qu'aucun ne reconnaîtrait désonnais Bonaparte, ni sa famille; que cette exelusion donnée , les mêmes souverains laissaient au peuple français le choix du gouvernement à établir et la nomination de la famille royale qui régnerait sur nous. On m'écouta avec un silence religieux, puis on convint qu'il était impossible

de déterminer aussi promptement de l'aveuir de la nation; qu'avant tout d'ailleurs, et pour sortir de Tenâreliie où Tqa était depuis le départ de la régente , il convenait d'abord de nommer une ann torité souveraine provisoire qui régulariserait les actes à venir.

En conséquence de cette détermination, on décida que le gouvernement transitoire serait formé de cinq membres, savoir : moi président , Tabbé de Montesquiou-Fezensac , le duc de Dalberg ^ le marquis de Jaucourt et le comte de Beurnonville* Le baron de VitroUes devint le secrétaire dTtat de ce nouveau pouvoir exécutif. Ainsi ce monsieur qui, la veille, était conducteur des diligences, le lendemain fut l'un des acteurs les plus impor*tants du drame qu'on allait jouer.

La réputation de l'abbé de Montesquieu datait de l'assemblée constituante: il s'v était fait une renommée d'éloquence facile. On l'y avait cru un administrateur accompli , et de plus il avait su, tout en demeurant prêtre , se revêtir du manteau philosophique , ce qui ne lui avait pas nui. Louis XVIII , grand amateur des voltairiens, je ne sais trop pourquoi , faisait un cas infini de ce

capitaUf je savais que déjà il lui destinait in peiio un portefeuille.

Dés la mort de Louis XYI, Tabbé de Montes* quiou était devenu, à Paris , le chef suprême An gouvernement occulte que le rëgent et puis le roi avaient opposé jusqu'en 1 81 4 à la Convention, aux comités, au Directoire et à Bonaparte. Assurément ce gouvernement avait peu fait ; on lui devait les malheurs de la Vendée , la pauvre levée de bou*diers en 1 799 , les désastres de Lyon. J^aime à croire qu'il n'avait dirigé ni les poignards de la conspiration d'Aréna et de Cerrachi , ni l'explosion de la machine infernale; mais il devait prendre tout à son compte la série de sottises et d'àneriesqui avaient amené la pertedu duc d'Enghien, de Pichegru, de George Cadoudal et de ses Vendéens intrépides ; tels étaient les droits de Tabbé de Montesquieu; quant à son caractère, le voici : faiblesse, jactance, nonchalance, esprit froid, fin, peufftendu, mais brillant. C'était un person* nage très en état de dresser un rapport , de com*biner une intrigue, d en assembler les fils... ; là s*arrètait sa puissance, l'action lui devenait impossible. L'abbé n'aurait su jamais conduire à

une réussite heureuse ce qu'il aurait préparé avec tant de sagacité ; déguisant son impuissance complète sous une réserve froide , une paresse digne , il ne parlait que pour recommander d'at* tendre».. Attendons, attendons..., ce mot ne sor»tait pas de sa bouche.

i< Le roi , » disaitr-il , « est vieux, est lassé ; laissons-le dormir sur Tune et l'autre oreille. »

Ce n'était pas le roi qu'il aurait dû dire, mais plus franchement M. l'abbé de Montesquiou-Fezensac ; oui c'était celui-là qui , accablé du poids de sa nullité vieillie, avait besoin, non de lutte ou de marche rapide , mais de repos et d*inertie complète et perpétuelle. Le mal que celui-là a fait en 1 814 aux Bourbons et à la France est incalculable ; il a lui seul assumé sur sa tète la moitié de 181 5.

Le duc de Dalberg, dont j'ai tracéailleurs le caractère, était très propre à remplir le poste provisoire qu'on lui confiait. 11 en était de même du marquis de Jaucourt , homme d'esprit, de sens , philosophe sage y calviniste par dessus le marché, ce qui, en avril 1814» procurait au gouvernement provisoire un vernis lil)éral (le libéralisme com->

au

Q^çpçant à pMtre) qui lui rdUerait U fiui^oQ jt-

Le oûmte de Beuraonvilla^ militaire distingué, connu dans l'armée, était encore un choix eioelr lent : il n'embarrasserait pas, il s^ef&cerait au moment convenu , et il ne formerait obstacle en aucun temps, en aucun lieu ; je pouvais donc me regarder comme le chef réel du gouvernement provisoire , à cause de la liaison étroite qui e&is^ tait entre Tabbé de Montesquieu , le duc de Dal* herg et moi^ bien que, divisée souvent de votei^ les mêmes principes , les opinions pareilles nous réunissaient.

Mais j'allais trouver une pierre d'achoppement dans le sixième personnage du gouvernement provisoire, dans le plus infirme de tous, dans M. de Vitrolles enfin , le chef du comité royaliste et occulte que déjà Monsieur, comte d'Artois, avait établi en France, et qui se préparait à con^ trecarrer tout ce que Ton ferait au nom de Louis XVIII.

Le baron de Vitrolles , Provençal, de noblesse de ]X)be, ftgé de quarante ans en 1814, était dé^

▼orë de tous kt feux réunis du cid nttal , d'un corps ardent, d'un royalisme impétueux, irrité ewtrc tout Français qui avait servi V usurpateur. Le ^oiiinBnieiÂeht protisoire lui était odieux } il ▼ofaiteii nous desiateUites de Bonaparte. Vàtibi âe lleotesquiou ne lui plaisait guère davantage à ciiise de ses manières voltairiennes^ de sa tolé* rtnee philosophique. Le baron de Vitrolles ne voulait aucun accord avec les bonapartistes, au-^ eone concession de circonstance ; il fallait, selon loi f tout réserver aux fidèles , et , par un acte prompt, effacer la révolution, et, dès le l '^ avril 1814, rétablir la France comme elle était en 1789 : c'était folie, et peut-être pis, 11 fallut donc lutter en commençant : je vis le péril, je me hâtai d'en donner connaissance à Louis XVIU. Ge sage monarque ^ avant son retour, paralysa des imprudences qui eussent achevé de tout per« dre avant que rien fût gagné.

Le gouvernement provisoire^ nommé le sénat, désigna une commission qui devait délibérer sur les mesures à prendre dans la circonstance* Quant à nous , notre soin premier fut d adresser

as»

que des fiujete dévoués de U mais^ da BMO^

^^ Que le sénat se piMmouoe^ et oetle btUè cause sera gagnée.

i-^ A demain donc^ sire^ le rétaUist wient de la légitimité. »

 deux heures du matin, l'on me révetUa x j'a«* vais donné Tordre que mon sommeil ne fût |lAè' respectai tant je craignais une fausse déonreàc.

w Qu'est-ce?

< — Un messager de Joséphine.

^^ Elle a peur, la pauvre femme, je n'at peuit pensé à elle. »

C'était un parent de oette auguste dmne; fl m'apportait une révélation étrange; là voîst tout entière :

« Joséphine venait, ccmime veuve du vicomis Alexandre de Beauharnais , d'épouser le gënénà Bonaparte. Celui-ci était à peine à la tête de larmée de l'Italie en 1796, lorsqu'une dame^ amie de la nouvelle mariée, lui conta qi» Louis XVII, détenu à la prison du Temple, en avait été enlevé positivement au jour même où p comme défunt, on l'ensevelissait. Caché d'abord

d«M Paris pendant deux mois environ , diez la dame Baratrice^ il en ëtah sorti pour être trans^ pmté dans la Vendée. Là y deux attaqi^^s consé-^ eutÎTes d'empoisonnement^ et (rois tentatives dans letot de le livrer à ses premiers bourreaux^ avaieiit déterminé Charette etStofflet^ seuls en possession du secret^ à faire partir le jeune roi pour Lisbonne.

» Tontes les preuves possibles^ celles écrites stirtout de ce fait^ furent mises sous les jtM èé SBàdame Bonaparte. On voulait^ par elle, gagnai un mari , dont la réputation pointait, et Tenga-» fjBTy avec le concours de son armée victorieuse et ds celle des Piémontais et des Napolitains qui se trouvaient dans ces parages, de tenter la contre» révolution.

» Joséphine, en vraie folle, topa au projet; elle en écrivit à son mari , qui la fit outre-quereller par ses frères Joseph et Louis ; il lui fit défense de se mêler de billevesées pareilles^ et Joséphine donc rompit la négociation, et les choses en restèrent là. Plus tard Napoléon, devenu premier consul, s'étant rappelé la chose, se fit dire par sa femme le nom de la dame entremetteuse : il Ten^

Toya chercher. Elle était morte depuis un mois^ mais son fils vivait; il répondit à l'attente de Bonaparte, et remit dans ses mains les papiers montrés auparavant à Joséphine, et dont sa mère ne s'était plus dessaisie ; de plus ce monsieur, sorti d'une des plus illustres familles du département de Paris, instruit des détails de l'affaire, la ré* vêla complètement au premier consul; il en résulta pour celui-ci une rapide et superbissime fortune , que son seul nom et sa position ne suffisaient pas à expliquer, et qui, depuis, a eu des vicissitudes, sans jamais redescendre pourtant. Aujourd'hui même, et plus que jamais, son étoile se ravive ; tout me prouve que le secret mystérieux est pour lui un bon talisman ; que M. le

baron de R t passe sa vie à le redouter, il

fera bien : à bon entendeur salut.

» A entendre Joséphine , Napoléon , dès ce jour-là , obtint la preuve entière et irréfragable de l'existence de Louis XVII ; il en recueillit de toutes parts des lumières , si bien que souvent il disait dans son interrègne : (c Quand je voudrai, je sèmerai la discorde dans la famille du préten* dant. »

1814 venu^ Jos«^phine avait reçu de Napoléon l'ordre exprès de me communiquer ce que je rapporte. Il envoyait un double , certifié con« forme par lui, des actes, titres, pièces, documents, en un mot tout, hors les originaux, et les originaux seuls étaient nécessaires; car, comment s'embarquer dans une affaire aussi capitale sur la foi d'écrits sans valeur; je ne m'y arrêtai pas un moment ; je ne vis là qu'une des mille roueries dont Fouché avait donné le modèle, et je congé-^ diai rhonnête parent de Joséphine, en lui recommandant un secret dont la divulgation exposerait 31 vie. Lui , qui en comprenait l'importance , a tenu parole, et, tant qu'il a vécu, n'en a soufflé mot; aussi sa réserve lui a toujours valu une position fort agréable et quelque argent comptant. Je ne perdis pas une heure pour faire à S. M. Louis XVIII le récit de la bizarrerie de cet incident , dont je ne parlai ni à l'empereur de Russie ni au roi de Prusse. Le premier, à la suite ^^ la seconde visite qu'il Ht à la Malmaison, me P^rut instruit de ce fait bizarre ; il me demanda <î« que j'en pensais.

Je battis la campagne d'abord afin de prendre ui 19

conseil avec ma diplomatie ; puis, affermi sur mes ëtriers :

cf L'empereur sait qu'en temps de guc^rre et envers les ennemis toutes ruses sont bonnes.

•—Une ruse..« , je ne vois pas pouixjuoi Jo8ë«phine voudrait. • . •

*-^ Et si Bonaparte veut par là diviser lef royalistes, si la guerre civile vient à s'allumer entre eux, lui ne profitera-t*il pas de leur querelle? ^ I — Soit ; mais si[Louis XVII existe?

•«^EU bien ! qu'il paraisse, l'heure est favorable; les juges naturels ( les monarques alliés ) sont assemblés ; qu'il réclame ses droits avec ses titres, alors on le reconnaîtra; mais si un prétendant apparaît sans preuves ou si les preuves nous sont communiquées sans la présence du prétendant, la prudence diplomatique veut qu'on se refuse à donner dans le panneau. »

L'empereur, ne me paraissant revenu qu'à demi , me dit :

i< Vous avez raison, il faut que Joséphine me fasse connaître le lieu où se cache le fils de Louis XVI ; Napoléon doit le savoir.

*— Tout me prouve qu'il lui sera plus facile de réunir oà et là des documeuts que de Voua procurer la vue du jeune roi ; en attendant^ pourt suivons la restauration de la monarchie ^ les monarques ae feront faute pour la diriger* »

L'empereur me crut sur parde y je n'allai fM à la Malmj^a , et Joséphioe ^'avîsa de le laisser mourir tout à coup d'une esquinancie fâcheuse ; dis lors , il ae fut jJus parlé de Louis XVIL

Le 2 avril (je reviens sur mes pas ) , le sâiat réuni en nombre comptant^ et après avoir entendii ie rapport de la cominission , vota d'une voix ttoa^v nime : l"* la déchéance de Napoléon Bonaparte et du droit d*hérédité établi dans sa famille; 2^ le cri du serment de fidélité imposé au peuple français et à l'armée.

Ce grand coupd'Étatfutaussitôtaffiché^ publié^ {NTOclamé dans Paris et envoyé à toutes les villes do royaume pour qu'il reçut sa pleine et entière exécution ; moi-même je me rendis en faàteaiif>rô$ des deux souverains; ils étaient ensemble «t alir laient se rendre à je ne sais quelle revue ; je les tbordai en agitant au dessus de ma tète le deonet du sénat.

6IHAM7M KQOQ.

lei louTerains se prononcent contre Napoléon. —* Harangue di; cur au Sénat. — Maladresse du Sénat. — > Les maréchaux aban« donnent Napoléon. — Défection de Cambacérès et de RoTigo. *-^ Position pénible du duc de Raguse. — Napoléon Taincii épounate les alliés. -— Traité de Fontainebleau. — Abdication da IVapoléon. — Détails politiques. — Fautes commises par les royalistes. — MoicsiBut entre à Paris. — Ceux qui firent foule autour de ce prince. '- Ma première conversation avec lui. -— Noua nouf brouillons. — Désagrément que le czar lui fait éprouver. — Le gotivemement provisoire se démet.— Millions donnés à Monsieur et dévorés par ses amis.

Dés le V' avril ^ le conseil du département et ^uoicipal de Paris s'était prononcé par une pro« f^lamation foudroyante , dont j'avais tiré bon |)arli {)our déterminer le sénat à prononcer la déchéance; ce grand acte obtenu, je demandai aux deux souverains de faire à leur (our une déclara-^

tien éclatante qui rassurât les Français , je tenais à les engager irrévocablement avant la venue de l'empereur de Russie; en conséquence, nous primes jour ; il fut convenu que^ le lendemain 3, le sénat en corps viendrait leur présenter le décret de déchéance.

La chose eut lieu, nous partîmes du Luxembourg en cortège de cérémonie, escortés seulement de la garde nationale , alin de constater l'indépendance de notre-détermination ; je haranguai Fempereur Alexandre au nom de ma compagnie, et lui, après nous [avoir répndu de la manière la plus bienveillante » ajouta :

(c Uu homme qui se disait mon allié est arrivé dans mes États en injuste agresseur, c'est à lui que j'ai fait la gaerre et non à la France, je suis Fami du peuple français; ce que vous venez de faire redouble encore ces sentiments, il est juste et sage de donner à la France des institutions fortes et libérales, qui soient en rapport avec les lumiéresactuelles; mésalliés et moi ne venons que pour protéger la liberté de vos décisions ; pour preuve de cette alliance durable que je viens contracter avec votre nation, je lui rends tous les

prisonniers français qui sont en Russie. Le gouvernement provisoire me l'avait déjà demandé , je l'accorde an Sénat, d'après les résolutions qu'il I prises aujourd'hui. )>

Ce discours fut le dernier coup de massue sous lequel l'empire s'écroula ; les partisans ou plutôt les employés du gouvernement de Bonaparte ne doQtérent plus de sa ruine , nous les vîmes tous abandonner l'empereur et la régenle revenir à Paris ^ et protester de leur dévouement à la dynastie légitime; ceux que des circonstances retardaient sur la route envoyèrent leur adhésion lignée au décret de déchéance donné par le Sénat^ le 2 avril, et promulgué le 3, officiellement.

Le Sénat, charmé du succès de son œuvre, s'avisa de vouloir la compléter : enivré des caresses qu'on lui prodiguait, il se crut quelque chose ^ il alla jusqu'à s'imaginer que ce serait lui qui rendrait la couronne à Louis XVllI; en conséquence, il crut pouvoir lui dicter des conditions; j'essayai de TaiTèler dans cette nouvelle voie , mais les jacobins du corps , redoutant pour leur sivenir, persistèrent à vouloir lier le roi; nous, et le Sénat à peu près d'accord, bâclâmes une charte

qui devint sa perdition; un article surtout jeta sur w corpê, au fond vénérable , un mépris dont il ne se releva plus, Celui par lequel la dotation du Sénat devenait propriété particulière à chaque sénateur.

Dès ee moment il y eut un cri d'indignaticm , un toile universel contre Tavidité de nos pères conscrits : leur enfant chéri^ attaqué d'abord par Vavocat Bergasse , le fut après par tous les royà<» listes. Les souveraini9 le virent éclore avec peine, et le mécontentemeiit alla au point que les séna«* teurs n'osèrent plus se montrer.

Enrevanche, les salons de lempereur de Russie, qu'ils abandonnaient momentanément, furent en« vahis par la foule immense des militaii^es de hiut grade, tous venant à la curée, tous jurant de leur amour, de leur fidélité servile envers une famille que , la veille, ils auraient envoyée au supplice : Berlhier, Ney, MacJonald, Mortier, Serrurier, Férignon» Davousl, Masséna, Marmont, Oudinot, Victor accoururent les premiers; ils avaient hâte de fuir Bonaparte; il n'en resta pas un seul, parmi ses grands officiers, pour lui adoucir Ta* mertome de sa position.

(je$ alUëB étoi6Dt ébahis de lant d'ingratitude rt 4'effroiiterie. ils s'étaient attendus à roir des bérM, ils .ne rencontraient que des valets brodés; loot ee qui était enfant de la république se jNressût de se donner; les seuls nobles qui avaient pris du service dans les maisons militaire et civile ds Napoléon conservèrent quelque pudeur à ce moment décisif, ils ne se pressèrent pas ^ tandis queSoult, Suchet, Âugereau, Brune, Davoust, dès que les communications furent libres, ne trouvaient jamais leur tête assez abaissée à leur gré devant le trône restauré.

Dès le 9 avril , Cambacérès envoya son adhé« tton ^ Tarchitrésorier Tayant devancé; le même j<nur, je vis paraître le duc de Rovigo, il était plie, embarrassé; mais, à Tentendre, il n'avait occupé la police que pour la rendre agréable aux Bourbons; il me conjura de parler de lui si favorablement, qu on se vit dans la nécessité de lui rendre son portefeuille ; il alla même plus loin ; ear, dans la vivacité de son zèle, il offrit par mon organe, au gouvernement provisoire, de faire la police en son nom et contre les partisans du pouvoir déchu.

son maître , que nous acceptâmes à belles faaise* mains;. c'était, comme on sait, Tik d'Ëlbe ea toute souveraineté, et une rente umnelle anr le grand-livre de deux millions, dont un revwsible à Marie-Louise; protection de son pavillon contre les Barbaresques; don des duchés de Parme^ Plaisance, Guastalla à Marie^Louise, pour passer à leur fils ; gratifications de rentes annuelles faiCeê à la famille, inscrites sur le grand-livre, savoir : 300,000 tr. à Madame mère, 500,000au roi Jose(di et à sa femme, 200,000 »u roi Louis , ^0,00» è la reine liortense et à ses enfants , 500,006 m$ roi Jérôme et aux siens, 300,000 à sa mam Éliza , 300,000 à Pauline; que ces princes et [nrinr cesses conserveraient leurs meubles et immeafoles, un million à Joséphine, un établissement conve^ nable au prince Eugène , hors de France; remise par lui du domaine privé et extraordinaire eur lequel on prélèverait deux millions que lui, Na^* poléon, distribuerait à son gré; il rendrait les dia^* mants de la couronne, la liste civile paierait sce dettes, douze cents hommes de sa garde au moins le su raient à son embarquement ; la frégate de

900 passage lui appartiendrait ^ il emmènerait quatre cents de ses braves ; facilite^ aux Français qui le suivraient^ de rentrer après trois ans de sé« jaor à nie d^EIbe, etc.

Ces conditions approuvées^ acceptées^ signées psr les délégués de toutes les puissances » sans acepter TÂngleterre qui» par là^ lui reconnut son titre impérial, il se détermina^ le 1 1 avril, à signer Tacte d'abdication conçu en ces termes :

(V Les puissances alliées, ayant proclamé que » Tempereur était le seul obstacle au rétablisseji ment de la paix en Europe , lempereur, fidèle » à son serment^ déclare qu'il renonce, pour lui » et ses enfants, au trône de France et d'Italie, et i qu'il n'est aucun sacrifice, même de sa vie, « qu'il ne soit prêt à faire aux intérêts de la » France» »

Ce fut le dernier acte de sa grande et première tragédie. Il hésita néanmoins encore, ne voulut pas d'abord partir; enfin, le 2U avril, il se mit en route , et, conduit par les commissaires de la Russie, de l'Autriche, de l'Angleterre et de U Prusse, il traversa la France, gagna la cote de

Ml Frgns et tlébarqu hfoiTueiiieal a llk d^Elbe*, où Too pensail que désormais il feraitsoo paisible sqoDT.

Ici, encore, je ne m'abaisserai pas à conlredira nn pillard , an misérable qui , ayani arrêté & main armée les Toitures de la reine de West« phalie, osa dire , pour se disculper, qa*il tenait des Bourbons et de moi en leur nom le mandat d'allerassassiner Bonaparte sur la route. Le mépris public m'a suffisamment vengé.

Le gouvernement provisoire poursuivit sa course au milieu d*une Toute d'embarras renaissant cbaque jour; la Facilité avec laqudle le peuple et Tannée s'étaient soumis aux alliés inspirait à ceux-ci des prétentions qui devenaient désagréables; par exemple, la remise spontanée des places fortes occupées par nos troupes dans toutes les parties de TEurope avait été déjà exigée; nous avions répondu qu'un tel acte de souveraineté appartenait au roi.

Ce refus irrita les monarques , ils me récurait plus froidement; on parla de nous abandonner, par forme de punition, aux émigrés et aux royalistes fanatiques.

(f Qu'on le fasse^ » répliquai-je, « et avant deux mois, la France entière aura repassé sons Tobéis* sance de Napoléon. »

Cette ferme réplique en imposa ; on ne nous dit plus rien, mais notre cœur était déjà brisé : nous voyions à quelles mains le pouvoir allait être remis; on connaissait quelle influence le comte deBlacas d*Âulps exerçait sur le roi, et laquelle aussi l'abbé de Latil et le comte Jules de Polignac s'arrogeaient sur Monsieur ; il y avait en outre une foule de volontés occultes, d'autorités mystérieuses qui tarderaient peu à se développer, et sous lesquelles nous serions accablés. Le clergé parlait déjà de ressaisir la dime, de se réintégrer dans ses biens vendus ou non , la noblesse de province menaçait du roi et des alliés les détenteurs de ses domaines.

Au lieu de compléter la fusion si habilement

commencée par Bonaparte, ou vit, dès la chute de

celui-ci, les royalistes se retirer à part d'abord et en-

saite entre eux se trier, se séparer : ici furent les

liédes; là les échauffés; plus loin, les ardents; au

sommet, les fanatiques; qui n'est rentré qu'avec

la famille royale a seul des droits à sa faveur ; on m 'iO

fedri&83e les listes desémigrants, année par année^ ifXQi$ par mois , semaine par semaine , presque jour par jour.

De là^ et la royauté n'est pas encore reconstruite qu'elle est minée , ébranlée , menacée 4e chute ; qu elle renferme des signes de désorganisation. L^ paix régnait naguère parmi les ciloyepSi et voici la discorde venue avec les haipes, les imputations^ les mensonges^ les calomnies^ \e9 4éaoncia lions, les inculpations fallacieuses j ses compagnes ordinaire^; les étrangers sont surpris à leur tour de voir tant de castes, de classes, de catégories, de bandes, de groupes se déteQtaat, s'accusant, s'anathématisant les uns et les autres et tous se proclamant à part purs et parfaits, montrer que la défiance devient vertu envers chacun en particulier.

Les femmes surtout, les femmes ûrent germer parmi nou9 mille semences de haines diverses et d'insoumission : chaque fois qu'elles voyaient un bonapartiste résigné, un républicain soumis, on accourait à eux, et là, à force d'insultes, d'outrages, d'impertinences, on les repoussait, e^ des gens qui , au fond, ne demandaient pas

mieux que de pactiser avec eux^ ils s'en faialmiat en im tour de main des ennemis irréconefti^bM^ e^ d'autant plus dangereux qu'ils araifiAJt ds ¥é^ U^T^ie, dt la force et de la populapîté.

Gç fut de cette façon qn'en moins de to mm^ tous les militaires qur s'étaîeiA )eB premlsys^ 4^ clapéâf royalistes tournèrent le dos, eC à k^ vivardet Bopaparte accoururent à lui coin(i)eà leur^prioM' légitime, copome à )eur libératew ;- et p^tf (àb s'ét^na de leur détermination. Je le déma^fl^', que leur restait -il à faire loFSiE||]e^ depttfr Ifl 3. avril 1814, on n'avait pas voulu ënteiilfié parler d'eux : ce qu'il y a de plaisant, c'esl (|H# Içur volte-face yer^ Bonaparte leur fnt imj^utétf à crime universeliemenC.

Monsieur, comte d'Artôie, entra datlsBarir le* 12 2^yril, ai-je dit. Ce fut une belle,! une keuréusiP' journée. À voir l'œuvre générale, on' aurait pu- far croire ynanime. S. A. R. fut reçue avec dfes itQ!Ép^ ports, des acclamations qui lui firent présumw possible tout ce que lui et les siens enfanteraient»' De cette erreur funeste découla une longue suite* de calamités publiques.

Ce prince, dés son arrivée, vit av^oup de lui^

l'abbé de Laiil , les évéques et archevêques de la Fare^ de Caux^ de Vintimille; de Grouy ; de Talleyrand-Périgord , mon oncle ^ grand-aumônier de France , cardinal , archevêque de Paris ; de Clermont-Tonnerre , MM. les ducs de Maillé et de Fitz-James, MM. de la Tour-du-PiU; de Chastenay^ de Gain-Montaignac^ de la Roche-Aymon^ de Gand^ de Chambord^ de Sesmaison, de Wals, de Ghabrillant^ de Bourbon-Busset, Charles de Maillé, de Bréon, de Puységur , d'Escars, Armand et Jules de Polignac, de Puyverti deVitroIles, de Bourmont, deMarcellus, de la Bourdonnaye, etc., etc.; que sàis-je encore?

Des femmes, ayant des pensées égales, une même ignorance des choses , ne se doutant pas de Faplomb de la nouvelle France, étaient toutes persuadées qu'au moyen d'un fouet de poste on ferait rentrer à mille pieds sous terre les parvenus insolents. Dans le premier mois , ceux-là insultèrent ceux-ci ; la riposte fut si cruelle , si dure, si véhémente, malgré la présence des alliés, que la terreur saisit les messieurs d'autrefois. Aussi se hâtèrent-ils d'appeler le pouvoir à leur aide. Hélas! que pouvait le gouvernement, ballotté

entre les diviîrs partis^ mal servi par les ministres? il ne sayait à quoi se résoudre^ et, comme il hé* sitail encore, voici Bonaparte qui s*empare de tout.

Avant de raconter les événements extraordinaires de 1 81 5 , je dois compléter l'histoire de cenx de Tannée précédente ; Monsieur , le soir même de son arrivée vers onze heures, me fitap^ pder. Dés qu'il me vit :

ce Monsieur de Tallejrrand^ » dit-il , « qu'est* ee que ce gouvernement provisoire qui s'est ins-* tallé de lui-même? Où a-t-il pris son autorité, son droit?

— Dans la nécessité , monseigneur , i> répliqnai-je. «Si, le V^ avril, le gouvernement proviloire n'avait agi , le 2, un gouvernement central, au nom du roi de Rome, s'installait.

— • C'est un conte ; dès le 31 mars, tout Paris nous appelait.

— Ah ! monsieur ! » m'écriai-je tristement «que l'on a eu haie d'égarer Votre Altesse Royale. Non , la cause de la légitimité n'était pas gagnée ni le 31 mars, ni le 1 ''^ avril, ni le 2 même; die ne l'a été que le 3, après le décret de dé*

çh^neé rendu par le Sénat et l'a{>{MH3bation des

fSMpi QxmMiinés ^t des sou¥erains. Le 31 , une ^ignée de rayalistes ont sillonné les boulevaHs , mais seuls , sans suite ^ sans aucune sympathie t U terreur de grands souvenirs, d'une part; Tignoranoe dans laquelle la capitale était du sort dé Yôtce famille de l'autre; Taetion de la poliiîe; tefiti en cç jour ^ paralysa si bien le mouyement royaliste, que , le soir venu^ plus de trente, de| soîxai|te preclàmateura du matin, étaient rentrés clmi eux, pâles et consternés, croyant tout pepëa.

TTT Cela est étrange..., fort étrange..., trtè étrange, » répéta le prince en arpentant stchain* brb;( (c onm ajuréque l'enthousiasmeavait, ce jourlà, aecompagné l'unanimité, et vous avez mal vit les choses.

— J'étais pourtant à les diriger, et du moins on nû dira pas de moi, prince, que , me tenant à l'écart, j'ai profité des circonstances sansm'éta** exposé au péril, p

La vivacité me 6t jeter à la légère ce propos dont là portée fut terrible. Je vis le prince pàliri il s'arrêta, bégaya : je me sentis perdu et perdu sans ressource. J§ venais de commettre une faute qui

M nié serait jamais pardonnëe. Ah ! quelle école! elle était faite... Ce fut md seconde depuis dduzti ans. Je me tus ^ le prince reprenant âtec aigt^ur i

ce Que se passe-t-il donc? quel mal-voiiloif égare le gouvernement provisoire'/ Convenait-il à sdh royalisme de refuser aux monarques la re<^ mise des conquêtes de l'usurpateur ? Dans quel bal a-t-on répondu ainsi? veut-on déjà nous brouiller avec les puissances ?

^- Je répondrai à MonsiEim qtie l'acte en qtiestiota est d'une telle importance que le gouterneinent provisoire, en se le permettant, se serait rendu coupable envers le roi. Savez-vob^, Moti-i seigneur, qu'il s'agit de cinquante-quatre places fortes, gage par lequel la France peut espérer de se relever de ses malheurs?

— Tout cela est bel et bon; mais les souverains le veulent et on ne doit pas le leur refuser. Quant à moi, je vous avertis que je ne veux pas relevei* du gouvernement provisoire; je ne le reconnais pas. Tout ce qui s'est fait depuis 1789 est une suite d'usurpations. Je suis ici au nom du roi que je représente; je prends en main l'adminiS'^ tration. n

Touché de la rigueur de ces paroles, je tombai de mon haut. Voici donc » pensai-je , comment on me récompense d'une couronne rendue. Ces gens-là vont faire tant de fautes que, les étrangers partis , ils tarderont peu à être eux-mêmes congédiés. Peu charmé de continuer un pareil colloque . je me tus , me contentant de dire que je ferais part à mes collègues des volontés de Mon* siEUR : sur cela ^ je fus congédié.

Je me rendis chez l'empereur de Russie , qui leva les épaules lorsque je lui eus conté la chose. Mojf SIEUR y vint peu après que je fus sorti; il venait^ en qualité de lieutenant-général de la couronne, traiter d*un cas d'administration. Alexandre Tarréta dés qu'il eut pu deviner de quoi il s'agissait, et d'un ton sec et ferme à la fois :

w Altesse royale, » dit-il , « je vous préviens que, pour la régularité du service et en raison des convenances, il faut, avant de vous mettre à la tète du pouvoir, que le gouvernement établi se démette et vous accrédite à sa place; nous l'avons reconnu en qualité de pouvoir exécutif; ce serait lui faire • un affront bien gratuit que de le traiter sans ccré« monie. J'espère, » poursuivit le Czar et d'une voix

plu6 solennelle^ a que la maison de Bourbon n'ou« bliera, dans aucune circonstance, qu'elle doit la couronne au zèle^ à l'énergie et à la fidélité du prince de Talleyrand. »

Un coup de foudre aurait moins étonné Monsieur que ces rudes paroles.

« En vérité, » reprit-il, « depuis mon entrée en France, je ne vois que des agents qui nous ont remis en main le sceptre que je croyais que mon frère ne devait qu'aux souverains ses alliés.

— Monsieur, » je vous le répète, « la régence serait aujourd'hui en pleine activité si le prince de Talleyrand, si le gouvernement qu'il dirige eussent fait pour l'impératrice autant qu'ils viennent de tenter pour la cause sacrée du roi. >i

On doit présumer que le conseil donné à S. A. R. par le noble autocrate ne servit qu'à me faire haïr un peu plus.

Quant à moi, j'avais couru porter ceci à mes collègues; ils étaient furieux, entre autres M. de Montesquiou, qui prétendait retenir l'autorité jusqu'à la venue prochaine du roi. Je le laissai pérorer à son aise, et, quand il eut achevé, je le re-

pris eu œuvre, lui montrai le péril poui* nous danfc ilnë lutte avec rhéritîer présomptif de la couronné au moment de sonretbur; chacun nouft abandonnerait; il valait mieux se retirer avec lëft lionneurs de la guerre, et les rieurs et le bon droit de notre côlé. M. JaUcourt topa à mon plan. On entendit le duc d'Âlberg; il aurait voulu faire comme TAbbé; mais Beumouville ayant pris de mes almanàchs, il fut déterminé que nous donnerions sur-le*champ notre démission entre les inains de Monsieur. La chose eut lieu sans retard, après toutefois que nous eûmes intimé les ordres exprès de hâter le retour du pape dans sés États d'Italie, la cessation de l'embargo mis sur les cardinaux demeurés prisonniers, encore en France, ainsi que sur l'infant don Carlos retenu à Perpignan, tandis que son royal frère suivait pai* siblement la route de Madrid ; enfin nous déshéritâmes de leur rang, par décret du 13 avril, la cocarde et le drapeau tricolores : les couleurs royales lui furent universellement préférées.

Le premier acte de Monsieur fut de recevoir soixante millions que l'intègre baron de la Bouillerie ramenait de Blois, envertu des traités; savoir:

quarante millions en diamants, quatre millions en yaïsselle plate, deux millions d'objets précieux et quatorze millions en or^ monnaie et piè-* ces neuves de vingt et quarante francs à l'effigie de Bonaparte; cette somme ne fit pas un long séjour dans les coffres de l'État où le roi ne trouva rien.

GHÂPTTREXIV.

BBipUMioQ. «- Oa me propose de rentrer ta téninaire. -* Fautes eoMAÛfea.— Contetse Pototka. —Ce que je lui dis. — £ej oeiii« mhes languedociennes. — Anecdote historique. — L^abbé d^Erse.

— Le dîner de Lonis XYIII. — Eécompense des grands senrioes.

— Louis XVIII, portrait de ce grand monarque. — Certificat de vèteitë. --lion dàappointement. — >lla ju«te colère. — L'empelior Alexandre Tient à mon secours. — Il me yenge. -« Rouerie rojrale. — Je prends ma rerancbe. -« Baiser de Jndai. — DétaOf.

Dés que le gonvemement provisoire se fut démis de ses fonctions, nous fûmes cinq qui i^ntrâmes dans la vie privée ; les quatorze millions revenus de Blois furent tout a coup dimi-* ^né$ dans une matinée, d*un quart à peu près (trois millions cinq cent miUe livres), que les

courtisans qui environnaient le prince se partagèrent avec une légèreté qui nous charma.

Le même jour^ une convention folle abandonna les cinquante-quatre places fortes encore défendues par nos troupes et renonça à toute autre limite de la France que celle existante au 1 •^ janvier 1 792. Les munitions de guerre et de mer^ les armes,

bagageS; approvisionnements dfe sièges et de camp, renfermés dans ces citadelles , seraient à jamais perdus pour la France; les prisonniers rendus réciproquement^ et en retour du sacrifice 4^.Jth valeur d'un milliard, et consomtné' d'im tnit ât plume par S. A. R.^ oa nous accorda U pabc^

Une telle mesure indigna Tarmée et les vra\s royalistes; les alliés ne revenaient pas d'àro&r tant obtenu sans, de leur part, qu'ils eussenità rendre quelque forte indemnité; les dupes, les

sots et les malins portèrent aux nues la loyauté

« de Monsieur. La comtesse Fotoska, sorte de

vieille folle polonaise, précieuse à faire avoir de?

vapeurs, s'avisa de s*écrier devant moi en raison

de ce beau trait d'extravagance :

w Ah ! que Monsieur est grand !

^— Oui, madame, » repartîs-je, « niais à la

manière des fossés; plus on les creuse; plus on leur ôte de la terre et plus ils augmentent d'étendue. y>

Le mot fit fortune, il n'est pas de moi, je ne veux pas me parer du bien d'autrui ; suum cuique.

Au nombre des pertes que Monsieur imposa à la France , je compterai onze mille canons en bronze et mille en fer, trente-un vaisseaux de ligne, douze frégates, des corvettes, des pénidieSi etc. Une guerre d'extermination n'aurait pa produire un résultat aussi funeste.

Tavais pris mon parti, je m'étais mis de côté, je Fardais faire. Ne voilà-t-il pas qu'un beau matin entrent chez moi monseigneur de Clermont-Tonnerre, évêque, comte, pair de Chàlons, de la Fare, évêque de Nancy, le marquis de Rivière, qui, au nom du prince, me proposent de nje jeter dans un séminaire, d'entrer en retraite eide reprendre mon ancien habit.

Dirai-je que je fus anéanti d'un coup pareil ; jeu étais frappé, je n'osais croire à son existence et me demandais si j'étais bien éveillé; cependant

1^ mauvaise humeur me gagna, et je répondis à

3à0 mes exorcistes de manière à leur ôier la fantaisie de se charger une autre fois d*un pareil message; la façon dont je m'y pris me fut inspirée par le souvenir d'une anecdote que ma mère m'avait contée, dans ma jeunesse, et qui^ dès ce moment, n'était jamais sortie de ma mémoire, la voici :

Dans une des villes du Languedoc, ou mieux en sa capitale, Toulouse, il y avait une marquise d'Assonne, femme d'esprit, beaucoup du grand monde, qui depuis longtemps, ayant jeté son bonnet par dessus les moulins, ne se tourmentait guère d'une réputation dont d*ailleurs elle aurait fait bon marché. Les dames de la ville qui la repoussaient de leur intimité ne la voyaient que dans les occasions solennelles où les maisons sont ouvertes par l'usage à ceux qui s'y présentent; d'ailleurs la haute position de cette marquise, tant du côté de ses grands parents que de celui de son mari , ne permettait pas qu'on lui fit Timpertinenoe entière, celle de fermer sur elle la porte des bonnes maisons.

Dans une circonstance, madame Le Mazurier, femme de M. le procureur général du parlement de Toulouse, étant relevée de couche, l'usage or-

donna des visites solennelles , dont la marquise d*Assonne ne fut pas dispensée; elle arriva au moment où la nouvelle accouchée éCait environnée d*un gros d*amies qui, faisant le fonds du cercle, restaient à demeure dans la chambre ; là, chaque fois que des dames de vertu ou galantes venaient dire leur mot et partir, Dieu sait de quelle façon on tombait sur leur friperie, et comme on déchiquetait leur bonne ou mauvaise réputation.

La marquise, écoutant parler ces commères, oomprit comment, à son tour, on la draperait après sa retraite; aussi, loin de s'en aller, elle demeura, espérant que la phalange causeuse se dissoudrait , que quelques unes de celles-là partiraient et qu'alors les suivant, on diviserait sur toutes ce qu'on aurait dit d'elle seule si elle fût sortie d'abord.

Elle se trompa dans son calcul. Les amies ne se séparaient pas, elles soupaient ensemble ce soir-là. Or, comme la visite de la marquise se prolongeait outre mesure, madame la procureusc géoérale lui proposa de rester |)our souper aussi. «Je ne le peux pas, madame,» répondit la marquise, se déterminant enCn sur le parti qu'elle in 21

avait à prendre; «je veux m'en aller; mais, voyant de quelle manière vons accommodez les dames qui viennent vous voir, je dois croire que, moi partie, on ne m'épargnera pas ici, et aGn qu'à Tavance je prenne ma revanche, voici, mesdames, ce que, dans Toulouse, on dit de vous cinq : vous madame Le Mazurier, on prétend que l'enfant que vous venez de mettre au monde est le vrai portrait de Fabbé de Beaumont , grand-vicaiife de notre archevêque; vous, madame d'Olive, que vous a qui veut ; vous, madame et chère cousine de Fapus , qu'un valet de chambre vous dédommage de votre pruderie apparente; à vous, madame de Bonrepos^ on vous donne deux conseillers de grand'chambre , un chevalier de Malte, un officier d'infanterie, votre neveu; et vous enfin, madame de Lagorrie, on affirme que vous ne pouvez garder une jolie camériste, à tel point vous les lutinez. Quant à moi, j'ai eu tous vos maris, la moitié de vos amants, et j'ai dit fi! du— reste. Adieu, maintenant, point de gène sur moi compte , surtout point de secret ; car , pour m part, je vous affirme que je ne le tiendrai pas

3fi3

et fedirai k toute là ville la scène où , certes , je M jooê pas le plds vilain rote. »

Gettè pbilippiqtfe^ d'un genre nouveau, débitée

aVto flfie tôlAbilité sftus pareille, surprît , èons^

ttHMi À bien FAsseifiblée, que ces feiAmeài , bien

qdir fnrieutie»,' n'eurent pas le loisil" de riposter*

D^flHfeUté , qu'y avAiH-^il à dire à Me pèrdoififtè

c|ltf é^ètécMàit eNe-nféme avec tant de frin<;hisè

àéè éëtteVgôndage. La marquise d* Assoie tint

ilfMîrele> et 1à boiine èompagnie de Tôulotfse,

pnltnt ^ftifitize jours, ne fut occupée que des ré-

YjUiWli à brftle^potrrpoint, qui avaient fait eon*

mftre les ARtirea et là procureuse géâérale et de

Ml tariez i dé fut une vraie jubilation pour feï

OûDets montés de Fendroit.

h ûeùs cette anecdote piquante d'an abbé d'Ercés, bôtoïrie de qualité, satyre réel, prêtre sa^ cripta , rude étalon de cour , comme le nommait CbaiApceilets, qui, rayant connu vieux, le qualifiait plaisamment de Prîape en ruiné , kecmfoâdafiit avec les antiques statues de ce dieu d«jaiidin«.

Revenons à moi et à 1814; croirait -on qut^k la suite du coup de collier que je venais de don-

ner, je demeurai seul pendant quelque temps; (es amis de Monsieur me qualifiaient d^apostat ; ce prince me faisait mauvais visage ^ ne pouvant se consoler de me devoir quelque chose. Or, sa froideur apparente attirait sur moi Taltention de tous; je me nourrissais de couleuvres. L'em- |3ereur Alexandre ne revenait pas d'une pareille ingratitude , il me faisait fête du retour du roi; le roi, à l'entendre, réparerait tout, me rendrait pleine justice, récompenserait la grandeur du service que j'avais rendu; le roi querellerait Monsieur ; enfin il m'annonçait des merveilles ; pauvre imbécille ! je les tenais pour vraies. Ce fut bien pis, le roi venu ; or, écoutez cette belle pre* mière réception.

Louis XVIII, qui, en 1791 , le 22 juin, avait quitté la France en sa qualité de comte de Provence, Monsieur, fréredu roi, débarqua souverain, le 24 avril 1 81 4, à Calais; le 28, il arriva à Compiègne, où je ne pus pas me présenter devant lui, parce que j'étais vivement indisposé, quoi que les journaux en aient dit; ce fut à Saint-Ouen qu'eut lieu ma première audicDce.

Les gentilshommes de la chambre en exercice

étaient alors le duc de Richelieu , le duc de Duras^ le duc d'Âumont; le comte de Blacas d'Âulps était grand-maltre de la garde-robe, et MM. d'Avaray et de Boisgelin exerçaient sous lui; je m'adressai au comte de Blacas, pour être introduit. Celui-là me fit répéter deux fois mon nom, m'écouta avec une indifférence marquée, me salua froidement sans me répondre et entra chez le roi.

J*en eus au moins pour deux heures à attendre, je yis passer avant moi toute la terre, je ne sais même ce qui serait arrivé si mon oncle, larchevèque de Reims, et grand-aumônier de France, ne fût venu à passer. Sa présence m'embarrassa, je présumai qu'il devait partager contre moi l'opinion de tous ces revenants; aussi, me rejetant en arriére, je me tenais à l'écart : me vit-il, ou la bienveillance de Tabbé Frayssinous me nommat-il à mon excellent parent, tant y a-t-il que celuici, dès que son attention eut été éveillée sur mon compte, fendit la foule et vint à moi les bras ouverts. Charmé , heureux de cette démarche encourageante , je le serrai dans mes bras avec une émotion profondément sentie ; lui alors éle-

yêBt la Voa , et moi î-wvm payé mlla (nn» fihfWV^ de fies pf rolçs :

jjKu nom d^ tous les serviteurs 4u rpi ^ 4e TQtre bell^| bopne, fraoche iftt honoivible coudpil^ danç }a çircops^itica actuelle { le poî n*igiu>re rwfi d^ ee que fous avez fjut pour lui , il voi}^ ep t^ nioig^era son contenteqient pour nous pau?|pfiB exilés qui^ en définitive, vous devons nolf^ rentrée j ce serait un lâche parmi dou^ qqlui qui ne vops manifesterait pas pleine et sincère r^ coniiaissançe { n'eçt^ce pas, mppsieur d'Aifti ^'e^trce pas comte de Blacas ? »

Celui-ci rentrait; interpellé ainsi par un homnna qui av^it sop franc-parler, il fit bon cœur çQptre mauvaise fortune , et^ se rapprochant de moi, in'adresa du boi|t des lèvres iin compliment; qui faillit Vétr^ngl^r ; il le terinina pour ni'çinnoiiçQr que le roi me recevrait seul dès que je pe (Hiis quelle déput^tion serait sortie i ce ne fut p^s loqg, j'entrai enfin.

Louis XyiII, que je n'avais pas vu dès 1790, c'est à dire depuis vingt-quatre ans , me parut changé à son désavantage : en 1 790, il était encore

un assez beau jeune homme ; il marchait quoi^ qu'en se dandinant; ses cheveux avaient leur nuance blonde naturelle^ et aucune ridé ne déparait sa physionomie fraîche et riante ; aujourd'hui la main du temps avait ployé ses épaules arrondies^ elle avait manié monstrueusement des hanches énormes ; ses jambes cachées sous des guêtres de velours noir , entièrement difformées , ressemblaient à celles d'un éléphant ; sa chevelure complètement blanchie et rare sur le front, ses sourcils blancs aussi; une foule de vallées pro« fondes creusées sur son front et sur ses joues par les veilles, les fatigues et les soucis, attestaient que les années écoulées ne lui avaient pas été douces et faciles; mais son œil grand, superbe, serein, conservait un éclat, une majesté sans pareille ; la bouche bien coupée , l'ensemble du visage fort gracieux faisaient du roi un beau vieillard ; en retour, ses regards pétillaient d'esprit , de vivacité, de finesse; son sourire prenait parfois une expression charmante de bienveillance et parfois devenait tel qu'il n'était pas possible de définir ce qu'il voulait dire.

Je le voyais devant moi, ce prince tant calom-

pQQ^erver; ei^fin des étrangers vainqileiirs^ avides, ^}dgeantS; wquietSi voulant usurper^ tst r^nw cbapt à la France ses ^v^hissements, se mourait 4*envie de la molester, de la réduire, de Tappau^ vrir^ de la déjouer, et, d'une autre part^ ne marcbAnt qu'avec crainte sur ce volcan prêt à tain explosion, et, par un contraste étrange, ses vajiiqueurs épouvantés de leur triomphe, en jouisS9^| $ans oser s'y trop confier, balançaient entre I9 désir de prolonger un séjour dans cet autre paradis terrestre et la terreur que , des dents d'un dragon nouveau semées dans ces champs fertiles en moissons de gloire^ il n'en vint à naitre di9$ millions d'exterminateurs.

Les campagnes désolées, les populations harassées , le clergé divisé, la noblesse impatiente de ressaisir ce qu'elle avait perdu, et des paysans déterminés à tout plutôt qu'à rendre ce qu'ils avaient acheté et cultivé à la sueur de leur front; des travaux agricoles interrompus faute de braS| des routes à construire, des canaux à creuseTi partout de Targent à répandre, des consolations k prodiguer, des braves à calmer, des opinions à fondre ensemble , telle se présentait la France à

8P9 npmVl ^^0 ^t tel çelui-cî^ d*i|qi |i^gar4 Qf^r pable, envisageait déjà Timmensité de la ji^h^ ^1 çoinQienpit; e^e si gigan^iesquis auprès de celle qi)i yçn^it de finir q^turell^nept.

Ces grftve^ intérêts, ces méditations profondef^, {IH pensées de génie, occqp^ient peuUètre I^QÎs XYIII, lorsque ,Xe comte dis Blacas me ^Brésept^; de sorte que je devrais leur imputa l'indifférence de son regard, la nullité de spp sourire, le ton froid de 9a conversation ; il n\e mrla comme si nous hqm^ étions vus la feUle, n)e questionna sur des minuties mortes dans ma jpémoire et conservées nettes et vivantes dans la fraîcheur de la sienne; il'me demanda des repr seignemepts sur des objets si peu dignes d'égard que j'en fus humilié; je vis qu'il ne comprenait p^s Bonaparte, il m'en parla avec un ton de mépris ridicule, avec un dédain pitoyable, il t'était fait un renard du gigantesque lion. Les coqceptions sublimes de cette divine intelligence, H les expliquait par des maximes d'opéra c(Mnique. Quand nous avions à traiter des intérêts de la France et de l'Europe, il me cita Horace et se crut très supérieur à Napoléon, disant : cehainci

ne sait diffugere ms^es, et impdimum ferlent rumœ.

Le temps s'écoulait^ et de mon intervention dans la révolution dernière, pas un mot ; le roi allait diner, et, après ce repas, à demain les af^ foires sérieuses; î^éi^is sur les épines...; je le fus bien plus lorsque le cottate de Blacas, soit qu*un signe secret lui en eût donné Tordre, soit quMl Teût pris de sa volonté, sortit et, à diverses reprises, rentra en amenant du monde; le roi lançait à chacun un mot aimable , continuait à causer avec moi , puis se mit à les inviter à s'asseoir à sa table; alors il ne me dit plus rien.

J'allais, je venais, je faisais presque du bruit pour le faire ressouvenir de ma présence, pour qu*il m'épargnât Taffront d'aller diner hors de son appartement, honneur qu'il accordait devant moi à des gens mes inférieurs en rang, en titres, en position sociale; je me consumais à petit feu, je cherchais à prendre une mine indifférente, mais ce n'était pas possible, mon cœur était horriblement torturé, je mordais mes lèvres, j'étouffais un soupir, je regardais le ciel une fois;

immobile à deux pas du roi (1); il

me vit| il sourit avec une malice infernale, et sa

bouche ^la derrière moi inviter un obscur garde national.

Or^ ce coup-là me fut trop rude; le prolonger m'aurait tué, je sortis enragé et comme en délire; j'allais tomber, mon étoile me fit rencontrer mon neveu, à qui je dis de me tirer de là; on me conduisit dans un arriére-cabinet, là je pus m'évanouir à mon aise.... Oh! la reconnaissance au cœur des rois! !!.••• que les rois méritent bien la vengeance que parfois Ton tire d'eux !

Je n'étais pas remis en entier de mon accablement, lorsque je vis devant moi l'empereur

(i) Cette scène, décrite avec tant de verve par le prince, n^a pas été embellie ni dénaturée sous son pinceau. Le hattrd a voulu que le père de mon éditeur, M. Le.,.re, alors garde national , se trouvât de service , et dans la salle même où Tanecdote a eu lieu. M. Le...re fit attention au manège du roi, au dépit, au seiTement des lèvres du prince, et à sa sortie précipitée* Retrouvant ce fait dans les épreuves du tome III des Extraits des Mémoires du prince de Tallep-andj il est venu lui-même le 27 juillet i838, à sept lièvres du soir, corroborer de son affirmation ce que j'avais copié sur le manuscrit autographe du prince.

{La comtesse Olympe Du,,,,)

Alexandre venu à Samt-Onéù inéogftito, pour Toir le roi; je ii*ai jaitnais su et lui i|'â jamais Toula me dire (fax lui aTStit appris ce tpà f âiàlt de se passer ; il m'apparut donc ccWtfié tSk tkû^ tètne; fA présence me rendit la Viei je sentis le sang circuler àstni meS veines avee tloléùCé; je me lerri et m'apprdcliant de S. M. t., je lirf ^ d'itae toit tremblante de c(Aèté :

(( Eh bieul sire , les pronostics de Vôtre HâjeMé se sotxt réalisés étitmgemetit, le roi se biefi réparé la faute du colnfe d'Ârtoi^^ antre Josej^ U; il m'a bien detiândé, comme & un autre Bùffim, mes oetmres oubliées paf son péré. Oh ! oOi , il n'y* arplfS ûiaiiqué... »

£ty à la suite de ce début, je lui racontai ce (jui venait de se passer; il me prêta une attention flatteuse.^ ne dit moty me laissa aller «u bout^ êl . cela fatit et (otil bâclé, et mon couroiix mitonné , à dire d'expert , lui me quitta brusquement et s'enfieroHiaTecleroî; parlerttï^jedece qn'rthridie? il lui fit une scène entière et véhémente, lui exposa lesr faits dans leur erudité f ne /lui dissinraki rien; que la couronne de France était restée frofe jours suspendue à la clef de mon secrétaire, que

j'aurais pn lal donner à qui j'eusse voulu, que les Sûuyerains, à leur entrée dans Paris, auraient aceepté le roi de Rome , le roi Joseph , le priftoe £ugêne, le prince royal de Suéde, le pfhïce* dt)rdDge, le duc d^Orléân», âniSSi Bien qn'tnl autre Bourbon; que, sî fon s'étak rattache à Sa Majesté, c'était parce que je n'eu avais pas désigfté fâîirtre; qu^un tel service, qu'un sî riche présent, valaient gratitude et reconnaissance; qtiemanqtref à fntie et à l'autre, c'était pîs^ qu'une nrauvarîse ietion; car c'était acte de haute imprudence; que le roi, s'il avait été distrait , devait réparer sofl tort par toutes les gracieusetés posssibles ; qu'yen «^ fin le roi songeât bien que, par sa condofte â mon égard , il donnerait auit autres souverains h mesure de l'ingratitude cachée qu'il leur réservait sous de beaux compliments.

Louis XVIII, assurément, n'avait été à pareiBe fftte; jamais paroles si dores, si lourdes, si promptes n'étaient tombées sur sa fierté ; atteint et convaincu, en outre, de fausseté en cetle senstbilité exquise dont il aimait tant à faire parade , en posant la main sur son cœur, il écouta d'un aâr contrit cette semonce véhémente , et pms pre-

nant sa défense^ jura ses grands dieux n avoir rien su de ce qu*on lui apprenait; que les lettres que, depuis un mois et demi, il recevait de France ^n'étant toutes chargées que de jactance de la part des écrivains, à les en croire, chacun aurait fait la contre-révolution; qu'il avouait avoir eu tort de ne pas distinguer dans les miennes Taccent de la vérité ; qu'enfin des préjugés contre moi provenant de ma conduite de jeune homme, abbé, évéque, député, ministre, ma participation à la mort du duc d'Enghien , à Tescamotage d'Espagne, mon apostasie , tout cela, ajouta-t-il, avait pu égarer son opinion sur mon compte; mais que maintenant, mieux instruit, il réparerait tout et sans retard.

Voilà ce que l'empereur de Russie me conta le même soir, en revenant ensemble à Paris. Dés que le roi eut achevé ^ il appela le comte de Blacas et le chargea de venir me chercher. Je parus, Alexandre voulait sortir, le roi s'y opposa, afin, dit Sa Majesté , qu'il fût témoin de la satisfaction que j'obtiendrais.

Louis XVlll, me faisant approcher de son fauteuil, me prit la maiu, et avec la sincérité

d*un vieu3C juge, me conjura d'oublier le passé, (c Mon cousin, » me dit-il, « vous datez pour moi du 31 mars dernier , je date pour .tous de ce jour-ci , 4 ^^^ i ^^ ^^^^9 ^^ ^^^ ^ntre nous undT amitié d'ancienne confraternité d'armes. Je ne TOUS connaissais pas, Dieu vous a mis entre Bonaparte et moi pour opérer une grande œuvre; vous ne me quitterez plus, et serez mon seul et constant conseiller. »

Je ne savais plus où j*en étais, j'écoutais ces phrases flatteuses sans leur accorder beaucoup de sens; eniin elles prirent plus de considération, mon rrontserasséréna,moncœurbrisése raffermit; je tombai aux pieds du roi, et je baisai sa main qu'il me livrait avec un abandon de père, je fus heureux un instant ; mais Alexandre s'étant tourné vers la fenêtre pour escamoter une larme, moi, portant un mouchoir à mes yeux, surpris, dans ce temps rapide , un signe moqueur et fallace de mon candide et sensible monarque^ signe adressé au comte de Blacas, et qui faisait un jeu de ce qui me touchait tant. Désenchanté, je rentrai dans la vie ordinaire et reçus avec froideur des protestations qui d'abord m'avaient rendu si heureux.

Le f^^ au fioiDd> a aimait perspnDe; il avait dm fMlaimt^ voilà touê^ aas £aivor4a en sont la prwv^ jipiais il ne las a braitsésavecbteiiTeiUaiief kNrtqm» Ift force dea choses a déterBÛiié Iciir dia^ gract. MM* de Kateaa el D^ocazea im umk déraieiilîrr ijant pus en oeci.

diHlJ^IPIlirAII ^(V.

JTiÉlsMM thm ^ïà fdMtUé r6yalé. -^Êeco&lé^dè tfaiïa».

— Veulait faire et fit fortune. — Commeot il éloignait 1er autres du roi. •^- Comment je jtarviens a ëluder sa surreillânce.

— A. Dâmbray. -^ Comte Diipont^baamont. -^M. Oewlré.'

— Ses âneries. — Première mystification. — Seconde myttifiuMliitf. -*totltl^tiiot>dè'^iiTéi^nteii'r^4. — ^TiMë-d^MMs^

— Fautes de la nourelle cour. — Conduite maladroite caTen les gens de lettres et les joumalistei. — bIM. Èdènne et de leli)r. — Ise Ndin jaune, —£4 retour tPuH hokpèrti dèieetom

— Dîner d'amis. — Le Journal Je r Empire. — Les chaises à pôffètih. «^ Pf6|kil db rbi. -i>'Canfot' et 9oûiÉiéteiÀ!tt. «^lliN thieudeMontmorcncy.-— Trois anecdotes qui le concernent.— Monseigneur le duc d*Orle'ans.— da première rentrée en ^ranctf; «^Ceomient il est rectttnnc bentrf par U fennlle rojtalr. «^ Lt sainte alliance fidèle à Maraten i8i4. — L^abbëde Pradt. — Calémlibih*g de CaHe Vetrict . — faVhtrr^ A* biMnih; dictôii^^nil bavard sempiternel. — Le cardinal Maiirjr. — Rérëlations à ce sujet. — Un de ses propos en 1790. — ÊpigraMme de la dii^ cbeese de Chervreuftet — At^nscigfieur fuit lès amispeu^res.

J^ dois rendre ju^ice à qtli de àttfti : tcûisiVni, dès k ^Cène dbûl j'afî rettdh ebrfliM» au derfiter chîtpître et malgré le [icii de siîtdëritt dto ion rèpéïlli^, ne cessa plus de me bietilrstîtét*î je fus admis dans tous les conseils ihlitttfrs, Mbr-* SiEUR dut me faire dfeâ compliments, et à paît le

choix des ministres auxquels je ne pus rien et dont je faisais partie, j'aurais pu me faire illusion et me croire un favori.

Je ne Tétais pas pourtant : le comte de Blacas possédait à lui seul la confiance intime du roi ; ce seigneur, d'ancienne noblesse et de jeune mérite, succombait à tout pas sous le poids de son impuissance; accoutumé aux intrigues étroites, mesquines d'Hartwel ; n'ayant à lutter que contre de vieux, serviteurs, courtisans héréditaires, il ne revenait pas de l'indiscipline de la France. Hors d'état de rien décider des questions majeures, perdu dans sa nullité , il diminuait sa charge en se rendant nuisible , en ne parlant à personne ou en n'ouvrant la bouche que pour dire des riens, plus étranger en France que le roi et son auguste frère, il ne revenait pas de ce que le peuple, chez nous, était autre qu'en Autriche ou en Russie; dans sa mauvaise humeur, il aurait bien pris des mesures rigoureuses ; mais la clémence, la patience , la mansuétude avaient tant été recommandées par les alliés qu'il n'osait agir contre leurs instructions.

Le comte de Blacas voulait vite faire fortune :

3il

lui et le petit Thiers sont les hommes qui se sont, chez nous, enrichis le plus vite. La rapidité avec laquelle ils ont enflé leur cofi*re-fort est incroyable; les millions rendus par Bonaparte en diamants, pierreries, bijoux, objets précieux aidèrent le comte de Blacas à accomplir son projet; le roi ne lui répondit jamais par un refus et ne lui a fait rendre compte de rien.

Au reste, il veillait sur son maître avec une tyrannie risible et odieuse; nul ne parlait au roi sans que le comte de Blacas ne fut présent : je trouvais celte surveillance insupportable; aussi, dans une circonstance où je désirais ne pas l'avoir pour témoin de ce que j'avais a dire à S. M., je vins le trouver et feignant de la gaité :

« Monsieur le comte, » dis-je, « votre modestie in*esl connue; je sais combien l'éloge vous déplaît; je vous préviens que je dois , ce matin , parler à S. M. de vos mérites , de vos talents; au nom de Dieu, ne soyez pas là , sans quoi j'abrégerais la moitié du panégyrique. »

Il donna dans le piège, et j'évitais sa présence. Le roi, m'ayant appelé aux conférences secrètes dans lesquelles on discuta pour la foime sa charte

pu ordonnance de réforipallon i nomm^ son ml- DÎstèr^ f C^4^NCRUEA , ministre de la justice , Païqbray^ ex-^?oçat général au parlement (ie fwii} qiiagUtrat s^nç renommée avant 1789^ il ne c'était plus occupé 4e jurisprudence 4és ceUe époc^iie ; hofi^me dç ppu çt de m^igr^s moyens ; fort religieux, royaliste fan^tique^ il eût fallu le laisser à Técart; vainement on Tétaya de l'ancien garde des sceaux , Barentin son beaupère; jï\ Tun ni Fautre, à eux deux, ne firent ^^ homme d*£tat complet; le roi tarda peu à le re*coni^aitre, et lorsqu'une malheureuse circonstance nécessita un remaniement du cabinet, M>Pambr9y fut envoyé présider la chambre dç3 pairSi et qn garde des sceaux prit sa placç,

Jffaires étrangères : moi; on reprit Tancîenne dénomination, celle des relations e;rté^ rieures disparut avec l'empire.

Département de l'intérieur : l'abbé de Montesquiou-Fezensac ; je l'ai fait connaître, il débuta par une faute en choisissant lui, prêtre. M, Guizpt comme secrétaire général ; le clergé s'indigna de ce choix qui ouvrit le ministère pux vrais ennemis de la rovauté.

Déptariement de la guerre : le comte Duponb- Gbaumont; je n'ai tonnu à celui-4à d'autre titiie qUie d'avoir été puni sévèrement i sank eoUre d avec justice par l'empereur. Le général Du|^ODl manquait de capacité et de conduite) \\ latasà ses subQfdonnés se livrer à des concevions odîfinte^ spn ministère fut un pillage perpétuel, un dédale^ un chaos où rien ne se faisait ; il ne répara au^ cune des pertes de la guerre derniétie^ et son aUéiœsseur fut sur le point de provoquer sa ibiie eii accusation, tant il fut épouvanté de la désorga^ aisation du matériel de Tarmée marine ; le vi« comte Dubouchage, brave militaire, instfoit, capable , qui mourut en fonction et qui ne tù. pas grand'chose parce que les Anglais s'étatebt arrangés pour qu'il n'y eût rien à faire.

Département des finances : le bai on Louis; Maison du Roi : comte de Blacas) Police : M, Dandré, celui-ci avait de l'esprit, et il agit en imbé^ cille; Fouché d'une part, celui-là passe^ mais Rovigo de l'autre, le jouèrent à qui mieux mieuï ; on se servit de son couvert, de ses dépêches, de ses émissaires, de ses courriers, pour organiser su*rement la conspiration qui, l'an d'après, ramefla

Bonaparte. La crédulité jol>arde de M. Dandré était sans pareille, il n'était de bourdes qu'on ne lui fit croire, et en voici une que j'ai lue de la première main :

Quatre jeunes gens des meilleures familles du royaume , voulant donner une fête à la maîtresse de M. Dandré, qui était avec Tun d*eux en cours de galanterie, décidèrent que les frais en seraient faits par les fonds de la police et que M. Dandré les ordonnerait lui-même ; cela déterminé, on dis* tribua les rôles, et la scène commença.

Un beau matin, un révélateur demande à parler à Monseigneur, non qu*il aille niaisement s*adresser au concierge ou au secrétaire intime, c'eût été trop commun; mais, deux jours consé* cutifs, une lettre mystérieuse lui réclame une audience dans une voiture de place; on y viendra masqué ; seulement les gens du ministre fouilleront l'inconnu.

La tournure étrange de la chose pique Thomme, il tope à tout, monte en fiaci^, se rend sur le quai, sous le palais de la Légion-d'Honneur; là un individu le rejoint, vêtu sous son manteau ^'un domino complet; il n'a pas d'armes, le char

roiile^ ayant à Tarriére deux gendarmes dëguisës en laquais^ et plus de soixante autres qui^ sans diverses costumes^ veillent à la sûreté du bonhomme que nul/certeSy ne veut immoler^ en vertu de l'axiome fameux :

Les sots sont ici-bas pour nos menus plaisirs.

Cependant la révélation commence , la voici : w Monseigneur^ vous saurez que Buonaparte est déjà venu deux fois à Paris,

— Monsieur , c'est son droit, cependant il ferait mieux de s'en «ibstenir, à moins qu'il ne s'adresse à moi, et si ses affaires l'exigent ou si sa santé l'appelle aux eaux , je ne vois pas qu'on puisse, sans manquer à Thumanité. ...

— Puisqu'il conspire...

— Bah ! tous le disent.

— Je le prouve, il loge chez mon oncle j là il rassemble tous les maréchaux, les généraux, les colonels, les officiers , les sergents, les caporaux, l'armée entière, puis les administrateurs, les sénateurs sous la remise des conseillers d'État congédiés, les auditeurs oubliés; cela est dangereux. »

Dandré ne fait pas la réflexion qu'il n'y a pas de logis à Paris assez vastes pour conte-

DÎT celle foiife ioninense ; il ce troiible^ ques-* UoDne, veui en sâvoir davaoUige; oo lui parlt surtout d'une oorrespoodance qi|i éqUircirnîl beaucoup de choses; mais il faut se la fairf livrer ; bref, on lui demande douze mille Uirref, et à ce prix on lui remettra la cassette avec les lettres qu'elle renferme, et on lui faciliters la prise de Bonaparte lui - même, qui se préparait à venir rejoindre ses partisans une (roîsiéiiie fois.

Pandré accepte, compte les douze mille (nnni en revanche, on lui fait savoir que Bonaparte 9«|t dans l'atelier de gros en peinture , et on lui fait passer une cassette où sont les lettres d'amouf écrites par M. Dandré à sa maîtresse ; il faillit en mourir de colère et de dépit.

Dans une autre occasion, on lui signala l'im* pératrice Marie-Louise avec son Gis, cachée ch^ M. Lacretelle jeune ; M. Dandré fait investir le logis de l'académicien; on fouille l'appartement, «C l'on trouve sur une de ces boites d'or que M. La* cretel le jeune a reçues de tous les gouvernements^ une miniature représentant la fille des Césars et le roi de Rome.

TiBi iUfiilt le personnage par lequel on retnplai^ik Fûuehé et Saintr-Réal.

]Le Mioi^tôre^ 4è$ son début, fit des faiites eoa*tjime$parde$fautes ; cela ne se pouvait autrement; 9 une volonté seule, ferme, éclairée, impasaible succéda celle de dix mille individus; en 1814, fout le monde était maître , chacun régnait , qui plus qui moins. jLe Roi, le comte de Blacas, MoifswJa, ses douze ou quinze favoris, le duc 4*Aogûulême, la dqcbesse, le duc de Berri, le cL^rgéf l'émigration, les gentilshommes, les jemites, que sais-Je encore, jamais on ne vit un chaos pareU.

Ne pouvant m'accoutumer à cette manière de gouverner » voyant baisser mon crédit parce que mes ennemis revenaient à la charge , je m'empressai, avant que j'aie signé le traité de paix du 30 mai , de solliciter mon envoi au congrès de Vienne, où j'avais charge d'aller représenter la France, soutenir ses intérêts et ceux de ses alliés naturels*

Je comprenais que les Bourbons, en revenant, avaient pris leur rôle à rebours ; il auraient dû suivre le cours des idées nouvelles, au lieu qu'ils

tentèrent de faire adopter les leurs par tous; cela ne se pouvait point; il est^ certes, plus facile à six ou sept personnes d'en copier trente-quatre millions dans leurs manies, que de déterminer ces trente-quatre millions à se régler sur les six ou sept.

Une des fautes du nouveau pouvoir fut sa rigueur et son dédain à rencontre des littérateurs et des journalistes : on bouda ceux qui ne s'agenouillèrent pas ; on repoussa les coquetteries de certains qui avaient de l'influence ; on ne pouvait imaginer que des gens de rien pussent beaucoup, et , parce qu'autrefois les hommes de lettres se mettaient sous le patronage des grands seigneurs , on s'irrita de ce que ceux d'aujourd'hui, riches d'ailleurs, restaient dans leur indépendance ; on les qualifia de jacobins , parce qu'ils ne s'humiliaient pas; on s'en fit des ennemis terribles , dangereux et irréconciliables.

Les journalistes maltraités devinrent hostiles. MM. Etienne Jouy et autres , que l'empereur s'était acquis en les payant bien, se refusèrent à aller gratis au pouvoir ; ils se retirèrent dans leur tente, firent aux Bourbons une guerre active ,

gueri'e qui a^ ce$sé dès qu'uu roi mieux éclairé a soldé le mérite de ces messieurs à leur ym% leur. Le Nain^aune fut établi^ journal tout de malice et de méchanceté ^ dirigé uniquement ccmtre les royalistes que chaque jour on y livrait à la risée des lecteurs. Vainement on tenta la contre-partie; les épigrammes contre les bona^ partiales ne réussirent pas y et les seules caricatures à la mode furent celles qui insultaient led Bourbons*

On rit^ par exemple, Louis XVIII en croupe d'un cosaque dont le cheval foulait des cadavres de soldats français; au fond, une ville brûlait, ainsi que les moissons; une femme était violée, cl au bas on avait écrit : Le retour d'un bon père. Dans une autre , les .souverains de laSainit'^ Alliance dînaient aux dépens de la France, servis dans les plats , et les Bourbons , vêtus en la-« quais, servaient derrière les convives : Comme on satisfait lajaim des amis 1

Napoléon était dans un café lisant les Débats^ qui portaient pour titre l'empire} Louis XVIII, eu humble ]:o$turc, lui disait : « Monsieur f tempire après vous. » Napoléon , moa(rant du

doig;t k roi de Rome qui joaaîi pré^ de Itli^ (ëpondait : cr Cet enfant Va referm aiHMt

Dniff «ne quatrième , on âpef cev^t ée» éMi* gré» vètns ridic«lemeiit^ et Cotië û%m ikHê êtÊ chaises à porteur sms bàtOHSFi te chie ^ Belri"i,l'épée à la mam^ leur disais : « GentîhfMMUt» fvançai&y voire roi vous appeUeé -^ PHnùè, >• répQadatt--an> a ccmptez sur rmtre zèk; Mtti n attendons que des hommes pour nou^f^HSf' éfl

C'était ain» (jue V(m se reVànchaîV â^ptttè^ reiKMis malËtdroites et bieA< dangeretMeà^; j« Û^ chais de ramener à des idées phrs saine»,. c^éttR peine perdue* Il y eut mieuic : le i*oi s'itnagïnlTqite je voulaia^ le domine^ él lui , qui ^laissait (HNI^ duire aifisuglément par le eouittr dé Btkcasr, s'effaroucha des bonti avîs'que mon expérience pfû^ ▼ait luf donner. Chaque fois qoe j^otltMls laMtH che à bonne intention , eAW m'était fWtnéè pKf une plk*ase (brmule : « Dtéu rhet^i^ pritïcéi ce temps fi est pas oeiui de Bonaparte , et TexU rrird Itunélê loisir dé méditer sur ce que f auf^tÉir à

féimàMowreiùm>^ »

Je ctovaii doBc me taire } je deTemds mporluti. (>fpeBdeBl j*4lai8 le mietts plicë (mup voiroel^ m pMwrft; toue he nrfcemwts tendent à niei, et il y en fttail beeucetip. Jkm \» nembre, je re* iHa#qiiai Cttrnoij Je Mmf riè quel nal cet kottme pêtffait fiiire e? ee son mëoioiM qu'it lisek dMjà ■Mlomeril* J'àNai ehet le rot; je lai dis qtt'il (MlMt fermer la bouche à* eel emenii , m^ le don^ tentant ; qu'o» kii reodH scn grade d'aetMlë , qaVm ttii payft t née pemiôn de dik miHe Arams cftte ]lbm}Mine lui MamU

Je crue ((He le rm bmt chasserait , tant qi^il se mit en colère ; il fit sonnef bien hao» le r%iddè dècét homme illustre; et quelques mois»ptas tard Feuehë entra au Conseil^. Bien loin de rien Mtè |iear Camot , on lança éoAtpe lui les requêtes de la cour; on Tinjurià si bien , que lui, sortante du repos y publia son mémoire , et fit par là une br^ ehe énorme au respect du » la royauté.

Je voudrais tracer quelques portraits de oes messiettrs qui entouraient nos princes ; maishélaf I eesont toutes des figures si dëcolorécSy si incertai» nes^ qu'il n'y a pas moyen de les représenter aurtremenl qu'en silhouette. Que dire de Bbithieu

de Monlmoi*ency , bien qu'il ait élé renégat, gou- «éhieur du duc de Bordeaux , ambassadeur , membre de la Constituante, pair de France et saint ? je cherche daus sa vie un trait saillant, je n'en trouve aucun. Je mç rappelle uniquement qu'à une des séances de l'Assemblée nationale p l'abbé Maury, occupant la. tribune, se remuait beaucoup en gesticulant. Mathieu de Montmo* rency, alors peu considéré , se tenait sur l'escar lier delà tribune, attendant son tour de pérorer. Ennemi de Torateur, et dans la maUcieuse pensée de le troubler, il lui dit, après l'avoir vu faire un geste assez brusque :

» Monsieur l'abbé, prenez-y garde, vous me donnez des coups de pied dans les os des jambes.

(( Descendez deux mal*ches, » repartit l'insolent provincial, « et je vous les donnerai dans le cul. »

A la même époque, Mathieu fut le premier à demander à la noblesse, au nom de la nation, de renoncer à ses titres, et il offrit les siens; à cette offre pitoyable, Maury, à son tour, placé prés de lorateur, lui crie :

u On doutait s'il y. avait encore des Mputmo-

rencys; vous venez décider la question; non, Bouchard, vous n êtes pas de cette race antiqve, nul Montmorency n'a brisé son écu, ni ne s'est lui-même dégradé de noblesse*

Parmi les caricatures du temps, comme Tabbë Sieyes avait été précepteur de Mathieu de M(m(« morency , et que l'avarice de l'abbé était connue, on désigna Sieyes depuis 4789 sous le titre d'abbé Fesse-Mathieu, par double allusion aux flagellements de la jeunesse de l'élève et au prêt à la petite semaine du précepteur.

Un personnage non attendu, auquel même nul ne pensait, survint tout à coup : monseigneur le duc d'Orléans. Il était à Païenne lorsqu'un vaisseau arriva apportant la nouvelle de la révolution d'avril 1814; le prince sur-le-champ, sans écrire ni demander une permission qu'on lui aurait refusée peut-être, traverse la mer, débarque à Marseille, se fait rendre les honneurs dus à son rang, passe les troupes en revue, riposte aux harangues, accepte les repas de rHôtel-de-Ville, court à Lyon, recommence la même et habile prise de possession; parvenu à Melun, il s'arrête alors

et écrit au roi qui m'envoie chercher*

ni 23

(c Vttiit^ » lue dii en riant S. M., u que je gfoade; xoki nea oomîii ie duc- d'Orléaiis à qni tomb n'aire» pa» tmkfgép i\ est aeccMiru sans avis^ et par respect W attend mes evdbfes à Mehin; |?a«rai9t dà kii écaift^ vow a«nea dà m^'f feîre

fittidant (pie le roî me pwkk aînsî, je fiêMais à tout autre chose , j'allaî$ ouvrir la bouèhe pour tnaiter de celte question^ mais je me retins et me ciMiteiitai de recemk^ 1» semonee légère. On envoya au prince u» groilHiemaio orcKnaMTe-^ ea lo piéi!CBani que le PifcH»4toyalp élaîc diapMÎljpftw

' Bè&lB LqwkmaÎB. é» son aravée^ Sw A. R. aie 6t L'hoMienr de* me âôre nne^ visite^ elle me parla de soq beaiirrpài^y. dont la coalition saari8ail lea intérêts^ en soutenant IMhiffatsur le trône de N^ptes; j^ lui répondiisi qne> déjà j'avaîa pvotest^ QQQlM cette injustice, eique, rendu? au congrès, jfi; nOrCesseDais. de* dédauMtv contre, et que ce nei serait pas. ma feute^ si Mnrat n'était chasse de» £tata qu'il occupait* Je*»ia da prince qu'il restemit peui de jour^à> Paris, son. projet était d'a1^

ht à Londres intéresser le prince rëgcnt en fa* Vétff ^u roi de l^cife.

Ce sujet épuisé, itaôùseigneur lé duc d'ÎOrléans Éetîsôtiiti sdffs aucune fortune, et attendant tout des bienfaits du roi; à la manière chaude dont il àféptn\^, je fis Côittftiën irienait a ses propriéiéS; cértcf!^, fe toi y tenait moms, car il les rendit k sbn cotrsin à la' jifetûière demande que celui- cf Itii en fit. Où le l'éiùtégfâ dans tout Tapanage et daùr tous ses àutres^ domaines qui purent reyenir à hli ^n^ trop fàiVe crier Ke public ; je dois dire (Jtie le rôi^ MôNsYeur, itladaitoie BLoyale , olkbntei"g^néurs \^ dti(5S d'Angoulénïe et dé Éerri^ £frent^

assaut en cette circonstance de munificence et de' gëtlérosité^ att reste, Tobligé en res^ntit une reconâaissMce dont il' n'a pas tenu qu'à lui de (Aniner des pt'euVe)^ éiîlat'arites; lei circonstances sïittfcmént n'ont pu le itvixt.

Le duc d'Orléans en effet, après dix ott*qi:ÉMe jours d'arrêt à Paris^, g^^^ Calais éf s'en TfSst^ Londres; là il perdit ses soins et son temps;tlà il apprit que la sainte allianciB s^était pPonltS' dlT tenir ses engagements avec une fidélité scrupu<leusc; que jamais on ne dcironerait Murât, à

moins que celui-ci ne fit de lui-même quelque

tentative coupable contre la paix de l'Europe; que son trônc^ moins ce cas, serait aussi solide

que celui de Bernadotte et de tous les autres

souverains.

Navré d*un si cruel refus, S. A. R. refiassa

la mer, et de Paris où elle fit encore un séjour

I)ref, s*en retourna à Païenne chercher S. A. R.

sa femme et monseigneur le duc d'Orléans , et

S.. M. la Reine des Belges, nés tous les deux en V\ ■ • .

SicUe. Je crois aussi que la princesse de Wur-

teôi^^erg a la même patrie, je n'ai pas sous les

yeux, à l'instant où j'écris, un almanach royal

pcmr m'en assurer (1 )•

Parmi les gens fâchés de la restauration, l'un

de ceux dont la colère a été la plus vive et la

moins méritée, quoique la plus comique, fut l'évéque de Poitiers, archevêque nommé de Ma-

(iVLe prince a raison. Madame la duchesse de Wurtqnbergi aUesse royale française, est née à Palerme le a avril i8i3.

Monseigneur le duc d'Orléans est né dans la même ville, le 3 septembre i8io, et S. M. la Reine des Belges le 3 avril i8ia.

{y ou Je l'Éditeur.)

Unes, abbé de Pradl; celui-là s'ëtait démené au 31 mars; il avait pris un enrouement a force de crier vivent les Bourbons^ quoiqu'il fût encore aux gages de Bonaparte, et que, de là même, il se fût qualifié d'aumônier du dieu Mars.

Je sais que tout service mérite récompense j mais enfin le cordon de la Légion-d'Honneur, la charge provisoire de grand-chancelier dudit ordre , troquée ensuite contre une pension annuelle de dix mille francs, me semblaient des rémunérations suffisantes pour une extinction

de gorge de deux à trois jours. Eh bien ! monseigneur ne pardonnait aux Bourbons ni de lui avoir enlevé sa charge, bien charge, disait, Carie Vernet, ni de ne pas lui avoir donné l'archevêclié de Paris; ces deux griefs le jetèrent dans cette opposition où il s'est maintenu jusqu'à sa mort.

C'était assurément un homme d'esprit, un écrivain spirituel, mais un véritable prélat Sca-^ pin, épiJhèlc dont il avait plus mal à propos affublé Napoléon qu'il n'y avait d'inconvenance à la lui retourner. Monseigneur de Pradt était pos* sédé de la rage de conseiller : la fable de Garo,

dans La Fontaine, avait à Tavance été faite pour lui; il conseillait les cabinets de rEurope, \e» républiques du Nouveau-Monde, les noirs de Saint-Domingue, les blancs, partout, ses amis, le saint-siége , son bottier , son tailleur ; il n'était pas jusqu'au conciei^ de son hôtel garni , rue Neuve-des-Augustins, auquel il ne donnât j<Hir* Bdlemant des rè^es de conduite à désespérer la femme du pauvre hère qui ne pouvait, elle, placer son mot.

Toute conversation avec monseigoeordePradt se résolvait en monologue ; il fallait Técouter et se taire; compter sur un arrêt de temps devenait impossible, il crachait en parlant. Cette manie, sur la fin de sa vie, était devenue insupportable; il ne permettait à ses plus intimes que des monosyllabes , une phrase de loin en loin, une période jamais; il aimait à dire : Jfoi qui parle peu!!! f abhorre les bavards. Oh ! la poutre , la poutre derÉvangile, admirable livre qui a prévu Taveu- Cément de monseigneur de Pradt sur son compte!

Un autre grand parleur ^ mais pas à ce dejjré, à qui la restauration coupa le siflWt » et bientôt

même «prés enleva la vie , fot le <télébne «bhi Maury^ connu conarnebon prédicateur el hodnttp de kUres habile : dés av«Dl 1769 , il m (kiMM réputaiion brillante et méritée d'orateur k la tiâ4> bune de T Assemblée nationale $ discuieiir j4kér ment des droils du roi , du olergé et de la Jnb^ blesse, il combattait sans conviction ^ pour liM cause qui ne l'aveuglait pas. Un 3oir qu*il vomH de prononoer un discours admiMble» et i|b'il était environné de d^ut^s de son bord^ giBBlI honnêtes, sans doute, nuis tous sans taletils^je m'avisai de lui faire compliment sur ce ipi'fl avait débité, et je finis par lui dire qu'il domiatl bonne chance à sa partie.

</ Monseigneur, » me répondit-il avec vivaoHri, et en me montrant du doigt le cercle de niais dniaft nous faisions le centre, le moyen de gagner la balle avec ces f.... cartes, sans rime ni raison I n

Accoutumé à ses expressions qu'il tie rama»^ sait pas dans la lecture des Pérès de l'Église, je me mis à rire et reconnus qu'il avait raisoD) il* émigra, et fit bien. Le pape crut devoir récoaii<^ penser cet orateur sublime; il le fit cardinal* Louis X VIII le nomma son ambassadeur à Rome«

L'un et Tautre eurent tort ; Maury , s'il avait du génie, manquait de tact, il était ambitieux et avare; aussi, dès que Napoléon se fut développé, lui , Maury, se bâta de lui vendre les secrets de son maître , et quand il ne put plus trabir le caiiinel de ce dernier qui l'avait découvert, il écrivit M fameuse lettre, far laquelle il se ralliait à la cause impériale.

• • Il arriva à Paris et se logea d'abord rue d'Enfer, ce qui fit dire à la dncbesse de Cbevrense, auquel il nommait cette rue comme étant celle de sa demeure : Quoi! déjà, monseigneur? L'épi- ^mme le blessa tant que, le lendemain, il changea de logis, et planta son pavillon à l'hôtel d'Ân^ gleterre , rue Jacob, n* 22. Là é(aît, à un pre- ■lier étage , une dame chez laquelle il alla en visite chaque jour pendant cinq mois, sans en manquer un; la dernière fois, comme il s'y rendait, la portière, larrétant, lui dit que cette dame, venant de perdre un procès, avait pris un appartement an troisième, dans un autre escalier; lui, 5ans plus écouter, s'éloigna et n'a jamais reparu chez nne personne qu'il soupçonna avoir dès lors de lui.

€!H}J\?>!ITOS ;(Yil.

État de la France ii la rettaiiralion. -^Qne Lonîs XYtlId^àbord

ne voulait pa^ de gouvernement constitutionnel. — I«es souverains TobligL-rent m donner une charte.— De quelle manière il joua les allies. — Comment fl finit par t^attacher i ton «ratft. — Ce qu'il ni^en dit et ce qu^il en dit à son frère. — Opinion du /doc de Richelieu de M . de Villéle. — Celle die Cliarles X. — t«à nation d^autrefois. — La nalion d^anjounriiui. *- Ma co^yenation politique avec Monsievii. — Elle est sans nfsnltat* — £«f cinq cadaviesy anecdote anglaise de 181 4.

La restauration plaça la France dans une si-

tnation particulière , c'est à dire dans un é(at incertain au milieu duquel rien n'était stable. La famille royale revenait contrainte à faire bon accueil à des g;ensqui lui ëtaient insupportables ^ et forcée à punir des actes et des maximes qui^ au

fond y résumaient sa pensée et son désir. Elle avait cru facile de reprendre la plénitude de sa puissance; et , quoi qu'on ait dit ^ quoi qu'il soit arrivé, il est assuré que le roi, à son retour, n'apportait aucun projet de constitution : il se flattait de remonter pleinement sur le trône de Louis XIV, et tout au plus de donner à la nation quelque chose en rapport avec la déclaration de Louis XVI, au 23 juin 1789.

Grande donc fut sa surprise lorsque l'empeipeiir Alexandre lui eut écrit en manière d^uUima^ ium que, 8*il voulait régner en France, il fallait «eeepter la oonstitutimi du Sénat; le prince régent lui en dit autant; le roi de Prusse lui chanta la même chanson , et ce qui acheva de le conster» ner fut la déclaration qui lui fut faite de ne pas le soutenir dans le cas où il se refuserait à ce qu'on lui demandait.

Au premier moment, il répondit par un refus fonnel ; voilà pourquoi , au lieu d'arriver en dix ou douze jours comme il aurait pu et dû le faire, il ne se montra que vers la 6n d'avril à ses sujets. On lui repartit qu'à son refus on traiterait avec celui delà famille qui consentirait à régner

us

en vertu d'une cliarte. La frayeur d*une ambidon de sang le détermina; il céda^ mais en trompant tout le monde. Op avait sous-entendu que le nouveau pacte fondamental serait iuébraqjia* Ue. Lui^ profilant de Tinattention des autres^ présenta sa charte , non en forme de contrat synallagma tique ^ mais en concession volontaire^ en charte de réformation librement octroyée^ et que le monarque retirerait lorsque la chose lui . conviendrait y soit plus tôt, soit plus tard.

Je donne cec;i comme positif; mais avec une sin* cérité égale, je doi3 dire que le gouvernement ainsi fondé ne marchait pas depuis six mois, que. Louis XVIII, en ayant apprécié tout l'avantage, s'attacha à son œuvre, reconnaissant que, pour régir une grande nation, il n'y a aucune donnée administrative préférable à la constitutionnelle. Le roi s'identifia avec la charte , en fil sa fille chérie, ne jura plus que par elle, et jamais au-, cune influence ne serait parvenue à la lui faire violer.

Combien de fois m'a-t-il dit, après les Cent Jours, que sans la charteNapoIéon aurait reconstruit l'empire; que la charte était le palladium

du trône et du peuple; que le premier et k second ne pourraient exister sans elle.

(c Prince y » ajoutait-il ^ « mon frère mal conseillé croit qu'il y a mieux au delà ; Dieu veuille qu'il ne tente point l'expérience fatale de sortir de la charte ; car^ s*il Tessaie, il sera perdu : désormais^ croyez-le bien, charte et Bourbons sont inséparables en France. »

C'était son idée , et à l'heure de la mort il n*en avait |>as changé. Je tiens de bonne part qu'un mois avant sa fin ^ dans la dernière conférence politique qu'il eut avec son frère ^ il lui dit textuellemen :

(i Souvenez- vous que vos plus cruels ennemis seront ceux qui tenteront de vous séparer de la charte ; avec elle, vos enfants nous succéderont ; sans elle, vous rouvrirez Tabime de la révolution que j'ai fermé par elle; son bris donnera de la force à toutes les ambitions, et vous aurez à lutter avec désavantage contre ceux qui proposeront de se soumettre à ce pacte national. »

IjC roi , il faut aussi le dire , était seul à peu prés à penser ainsi ; le duc de Richelieu et moi , plus tard M. de Villèle, lui aussi converti par

l'expérience, lui tînmes le même langage ; mais que la partie contre nous était forte , ayant en tête Monsieur, tous ses amis^ et ce qu'on appela la congrégation, qui n'était que les antichar^ triers. Ceux-là, pour emporter le succès, essayèrent, dès 1 81 4, de renverser la charte* Des hober reaux, parleurs folles attaques, épouvantèrent les républicains , les bonapartistes, les acquéreurs de biens nationaux et le nouveau corps , cette caste particulière qui, dés la même époque, s'établissait en France, dont les progrès furent rapides, et qui aujourd'hui forme uniquement la nation.

Oui , la nation ; qu'on ne la cherche plus parmi l'ancienne bourgeoisie, les agriculteurs et les hommes de corporation , comme elle était autrefois; maintenant elle se trouve dans la seule C2^tégorie des industriels ayant manufacture, ate* lier et commerce ; eux seuls à peu prés , dans les villes et à Paris surtout , composent la garde nationale , et aujourd'hui la garde nationale est le véritable peuple français.

Or^je ne sais, dès 1814, quel démon pernicieux, voulant perdre les Bourbons au moment même où ils espéraient rétablir leur trônq sur une base

diu:is un momeDt de péril^ les ducs de lancien ré* gime vous soient d'une utilité aussi positive que T0U9 seront nuisibles le dépit ^ Tamour-propr^ blessé et la^vengea^ce des jeunes notabilités!

— Vous êtes un prophète de malheur.

— Une seconde Gassandre.

— Le commerce nous çst hostile.

— Il ne Ta pas été à votre entrée...; qu'avez* vous fait pour lui ? quelle vanité avez-vous ca<ressée? Je ferai observer à Mop^sieur que^ dans le siècle où chacun proclame Tégalité , il n'y a pas un homme qui ne soit dévoré d'orgueil, et qui ne réye des honneurs et des ordres de chevalerie, m

Je vis que mon insistance déplaisait, je me tus. S. A. R. , au lieu de rester sur le terrain où je l'avais amenée, changea de conversation, et pour, sans doute, m'empécher de revenir au point que nous traitions, se mit à me raconter elle-même l'anecdote suivante qui frappait par sa singularité :

En Angleterre , dans le comté d'Yorck , vivait au fond d'un château gothique une famille ancienne de nom el d'origine normande. Le baronnet Rideville, homme riche et considéré, était

parvenu à quatre-vingt-trois ans. Marie quatre fois à vingt ans de distance, il avait eu un fîls de chacun des deux premiers mariages et deux filles également.

Sa dernière épouse , avec laquelle il avait allumé le flambeau d'hyménée le jour où il [était entré dans sa quatre-vingt-unième année, possédait son âge. Fille d'un de ses vassaux et parmi les plus humbles, elle avait joué néanmoins un rôle majeur pendant tout le temps de sa longue car« rière. Aimée de lui lorsqu'elle avait quinze ans, il s'était perpétué dans cette passion qui tarda peu à être adultère, puisqu'à sa vingtième année le baronnet Rideville s'était uni à la fille d'un pair du rovaume.

Cette dame mourut après une imion de quatre ans ou , pour mieux dire , disparut dans une partie de pèche faite sur la mer d'Allemagne qui baignait la côte auprès de laquelle son château s'élevait; on perdit de vue lady Rideville; on la chercha en vain ; sa trace s'eflara sur cette lerre, et son mari, inconsolable, jura qu'il ne convolerait pas d'autres nœuds : plusieurs années s'écoulèrent sans qu'il rom[fhson serment, m 2i

Il avait quarante ans accomplis^ lorsqu'un procès considérable qu'il soutenait contre une ùoiille du voisinage, et où la meilleure portion de^sa fortune était englobée^ fut sur le point d'i^tre jugé à son désavantage; ses avocats mêmes U:0sèrent pas le tromper, ainsi qu'ils le font si souvent; et le prévinrent que, selon toute apparence, la décision à intervenir lui serait contraire. Sa partie adverse était une noble, mais âgée d'environ trente ans; des amis communs s'entremirent. Un bon contrat de mariage mit fin à la discussion. La naissance successive d'un (Ils et d'une fille acheva de confondre des intérêts qui, d^y n'étaient plus divergents.

Trois ans après la noce, lady Rideville se fit enlever par le fils de son jardinier, gars d'environ vingt-cinq ans, après qu'elle eut soustrait à son mari une somme de 12,000 liv. st., et depuis cette époque , malgré tous les soins des deux familles, on ne put découvrir le lieu de la reti^aite de cette mère insensée et coupable.

L'hymen n'était pas favorable au baronnet; il y renonça plus que jamais, se consolant d'ailleurs avec sa maîtresse donliî'ai parlé et qui demeu-»

rait à Ijondres où lui allait la voir fort souvent; cette liaison inconvenante irrita le public, il blâma le gentleman ; les familles qualifiées oesséi^ni de le voir, et il approchait de sa ïïniijBHji. lième année, lorsqu'il se trouva conjU^aint 4e yivre dans une solitude, cause de sa mai;^ vaise humeur et de ses vifs chagrina . Son filp aîné, ses deux ûlles s'étaient mariés ; son scQiHvi fiU 9 ^niré dans la marine royale^ y commençaÂ( «me carrière honorable.

Siir ces entrefaites , la veuve d'un Nahah yîj^ s'élablir dans un manoir voisin du château d^ baronnet : cette dame ayant, environ cinquanute ana était prodigieusement riche, et elle souffrait que sa considération personnelle ne fut |)as à la hauteur de sa fortune. Un ministi*e, doyen 4u saint Évangile, entrqnit de la doofmer pour troisième femdaae au baronnet; celui-ci, voyaçA dans cet hymen la possibilité d'accroitre énar^ moment sou opulence et de pouvoir, avec le ser cours d'un faste inusité^ eifacer le luxe de sea voisins dont il avait à se venger, ne répondit pas négativement à la proposition qui lui fqt fail^; M vit la veuve, lui plut, et comme il commençait 4a

37^ soixante et unième année, il se trouva enrôlé dans la bienheureuse confrérie.

La lune de miel s'écoula avec ses charmes oixjînaires; mais six mois n'étaient pas révolus^ que la nouvelle épouse^ jalouse de la vieille maitresse qui avait dix ans de plus qu'elle^ entra dans une voie de querelles , de scènes violentes qui , loin de s'apaiser^ furent poussées si loin^ qu'un beau matin ^ pendant que le baronnet était à Londres^ lady Rideville , se jetant en présence de tous ses domestiques dans une chaise de poste^ et n'emmenant qu'une seule femme de 'chambre , quitta le manoir conjugal, annonçant publique* ment qu'elle allait s'embarquer à Portsmouth, afin de revenir aux grandes Indes, où étaient ses plus belles propriétés.

Y fut-elle, était-ce une ruse? Quoi qu'il en soit, dès ce jour au8si,le baronnet fit, pour la rejoindre, des tentatives inutiles; on ne put constater son départ d*aucun des ports de la Grande-Bretagne; elle ne parut en aucun lieu des trois royaumes pas plus qu'aux Indes, et comme par contrat de mariage elle avait donné sa fortune aux enfants de son époux , ceux-ci, avec une délicatesse par-

faite^ multiplièrent les démarches a(in de la re« trouver; le succès ne couronna pas leurs efforts , et aucune lumière n'éclaira davantage cette disparition que celle de la seconde femme dont pourtant l'acte mortuaire était arrivé au baronnet quinze ans après sa fuite et daté d'une ville d'Italie.

M. de Ridevillc n'élait pas chanceux; il attendit, selon Tusagc, vingt autres années^ et Toctante accomplie, on le vit se marier en apparence avec sa maîtresse antique, car elle avait son âge, moins quelques mois. Le scandale de ces nœuds combla de douleur la famille nombreuse du baronnet; elle se recula de lui : ce dernier abandon le fit tomber dans un redoublement d'humeur noire, car jamais il n'avait été fort gai ; on le vit s'éloigner des ministres de l'Église anglicane et se rapprocher des prélres catholiques, et celaau point de laisser croire qu'il était prêt à faire abjuration.

Les choses étaient ainsi , lorsqu'en sa quatrevingt-troisième année, sa dernière femme allant à l'olTice, les chevaux prirent le mors aux dents, le carrosse heurlant contre des pierres se brisa.

etïâ dame, horriblement meurtrie et mutilée, fut transportée chez elle dans un état désespéré. An lieu d'offrir à Dieu le sacrifice de sa vie, cette maflheureuse,pou8séeparuneconscience soulevée, s'abandonna à un désespoir furieux; elle voyait Tablme ouvert, les démons prêts à la saisir; elle pariait de meurtre, de sang répandu. Son mari ne la quitta pas, et malgré sa vieillesse, encore il est vrai vigoureuse, voulut presque seul la servir avec une sœur de cette créature, el son frère, qui depuis soixante ans était l'intendant suprême de là maison du baronnet; enfin l'agonisante expira dans un délire horrible, repoussant les consolations religieuses, et en proie à des convulsions morales , pires que celles dont la source était en ses douleurs physiques.

Cette manière de mourir, l'épouvantable angoisse des derniers instants de lady Ridcville transpirèrent, inàlgré les soins pris pour les dissimuler ; le baronnet lui-même tomba dans une mélancolie sombre , farouche , dont les prêtres catholiques ne purent le relever. Un secret affreux pesait sur son ame, ses enfants le devinaient, car ils étaient revenus à lui à la -nouvelle do sa

catastrophe I qui le privait de son indigne femme';

mais y dîs-je^ ils ne pouvaient forcer un mystère

que leur père semblait seul connaître; et qu'il pa* raissait ne pas vouloir révéler.

Un an s'écoula ; le fils aîné du baronnet atait soixante-deux ans^ le second quarante et un^ tous étaient mariés et avaient une belle famille , ils étaient à demeure chez leur père , et du conseil*^ tement de celui-ci , ils cherchaient à le guérir dé ses humeurs noires^ et cela sans succès. L'an^dis-^ je^ s'écouia; le baronnet ^ chaque jour^ devenait plus sombrC; il s'enfermait dans un cabinet voisin de sa chambre » et il y passait de longues heures.

Le soir de l'anniversaire de la mort de la dernière lady Rideville , le baronnet monta pour se mettre au lit, suivi de son valet de chambre et d'un second domestique. Pendant qu'il se déshabillait, on l'entendit à diverses reprises parler comme s'il eût répondu à quelqu'un : ceci parut à ses gens un début d'affaiblissement du cerveau, et ils n'en surveillèrent que mieux leur maiti^. Celui-ci, à deux reprises, demanda un livre qui devait se trouver dans le cabinet dont j'ai parlé ; on ne put l'y apercevoir; lui-même y passa , ne

fut pas plus heureux, e(, en rentrant dans sa chambre, dit tout haut que, le lendemain, dès le jour venu , il ferait une recherche qui serait plus fructueuse; puis il entra dans son lit.

Ses fils, selon ce que le jour suivant ils racontèrent, eurent chacun une vision singulière; il jeur sembla que leur mère leur apparaissait, et que^ prenant par la main celui-là, qui était sorti de son sein, elle le conduisait dans la chambre du père commun , dont la dernière femme gardait rentrée. Les deux fantômes, renforcés par la troisième épouse, qui se présenta dans ce moment, parvinrent jusqu'à la porte du cabinet intérieur, la désignèrent à leur fils, et puis disparurent, ou plutôt l'horreur et la singularité de la vision retirèrent-elles violemment d'un sommeil pénible les sires de Rideville.

Il était sept heures du matin, lorsqu'un bruit inusité retentit dans le château; on accourt chez les deux fibres, et on leur annonce que leur père vient de mourir. Son valet de chambre entrant à riieure accoutumée , ne l'ayant pas vu dans son lit, s'était rendu au cabinet; là il avait aperçu une échelle volante dressée contre des rayons

garnis de livres^ et son maître renversé mort au bas sur le parquet ruisselant de sang.

On doit croire qu'une nouvelle aussi imprévue atteignit péniblement au cœur les fils du baronnet y surtout lorsqu'ils se rappelèrent le songe commun qu'ils avaient fait^ et dont ils se communiquèrent les particularités si remarquables par leur similitude ; ils se bâtèrent d'ac* courir au lieu de la catastrophe, espérant que leur père vivait encore; vain espoir, le trépas avait saisi sa victime.

Les funérailles faites, le nouveau baronnet et son frèi'c quittèrent d'un commun accord un château qui leur devenait odieux, momentanément du moins. On profita de leur absence pour essayer d'enlever les plaques de sang qui noircissaient le parquet; elles se trouvèrent tellement inhérentes au bois qui s'en était humecté, qu'il fallut retirer les feuilles ainsi souillées.

Quand le parquet eut été enlevé, on découvrit avec surprise une trappe scellée avec soin , on la souleva, et elle fit voir au dessous un escalier construit dans Tépaisseur du mur. L*un des gendres du défunt était demeuré au château ,

fieloa le déur da ses beaux-frèreSi afin de siu>>veiller les réparations qui devaient s'étaadre à toi|t le manoir. Sir Hungelwolt, iostruit de ce fait particulier , y accourut avec un autre parent de son beau-frére^ un juge de paix de leurs amis at l'intendant du baronnet.

On alluma des torches , on descendit Tescalier qui du premier étage s'enfonçait au dessous des fondements; là il finissait à une salle ronde percée de quatre caveaux souterrains ; on aperçut dans chacun un coffre de bois de chêne recouvert de plomb ^ et un cinquième pareil fut rencontré dans< la rotonde; on les ouvrit ^ quatre contenaient des corps de femmes encore revêtues de leurs vêtements, le cinquième renfermait un cadavre d'homme.

Au premier aspect de ces charniers de nouvelle forme^ sir Hungelwolt se reprocha vivement Téclat qu'il avait fait, car tout de suite il devina combien la chose deviendrait désagréable pour sa famille; mais il n'était plus temps de reculer, le juge de paix demanda Tintervention du sché^ rif du comté; il fit appeler des constables, une

etiiqiiète juridique fut faîte, et voici ce qvLe la tombe après tant d'années révéla aux vivants :

Le premier squelette, bien qu'entièrement dépouillé de ses chairs , fut reconnu, tant à sett robes qu'à ses bagues et à soft collier qu'il portait , pour être celui de la première femnie du baronnet, celle qui, selon l'opinion publique,' aurait été noyée dans la mer; on sut, en arrêtant le frère et la sœur de la quatrième épouse, qui avaient tout appris de celle-ci, que, pendant là partie de pêche, lady Rideville avait été enlevée par des contrebandiers, retenue d'abord dans une caverne, et puis enfermée dans ce souterrain j y était-elle morte de douleur ou de mal physique? Tavait-on immolée? aucune clarté ne put être donnée là dessus , tant pour elle que pour let autres victimes d'une scélératesse profonde.

La seconde enlevée nuitamment, de son lit,* avait été transportée au lieu où étaient ses restes. Le fils du jardinier, attiré la même nuit en secret dans la chambre du baronnet, était descendu avec lui dans le souterrain. Ici on ne pouvait douter qu'un double meurtre n'eût facilité l'indigne calomnie d'un rapt adultère, et sans doute quelque

scèoe adroite «avait fourni l'extrait mortuaire dont j*ai parlé, que le baronnet disait avoir reçu d'Italie, et qu'on ne trouva pas à son décès dans ses papiers. Le fils de la seconde femme se transporta vainement à JPadoue; il ne put rien découvrir qui déchargeât la mémoire de son père.

Enfin, la troisième, partie volontairement avec sa femme de chambre, avait été arrêtée en route, bâillonnée, et la malheureuse qui l'avait trahie , revenue volontairement au château à la suite de sa maîtresse infortunée, y avait sans doute péri avec elle, afin que, dans aucun temps, elle ne pût révéler le secret qui lui avait été confié.

Une découverte aussi épouvantable qui avait eu lieu en 1814, et dont les journaux retentirent, bien qu'on cachât le vrai nom du baronnet qu'on ne sait pas, amena des suites importantes. Les complices de non-révélation furent déportés; sire Rideville, ne voulant plus habiter un lieu qui lui devenait si abominable, le fit démolir de fond en comble, et pendant qu'on lui construisait un second château, il passa sur le continent avec toute sa famille.

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