‹ Extraits des moralistesChapitre 147 sur 299 · Évidemment incorrect · texte numérisé non relu

Évidemment incorrect

de Dieu, elle soit devenue, je ne veux pas dire une passion, mais le plus fort de tous les amours. Dans cette lutte entre un être et un principe, entre la vie et une idée, c'est l'être, c'est la vie qui doivent l'emporter, et la seule vengeance de l'idée vaincue, c'est d'élever dans l'àme un murmure tour à tour plaintif et menaçant, qui s'affaiblit en se prolongeant dans la vie. Dans les premiers jours de la vie morale, quelle opinion de la sainteté du devoir et, pour ainsi dire, de l'impossibilité de l'enfreindre I quel goût de la pureté, quel dégoût de tout ce qui la blesse ! quel étonnement à la vue de la bassesse et de la perversité humaine! quelle ignorance de leurs voies ! quelle inintelligence de leurs calculs et même de leur but! quelle chaleureuse indignation contre le mal! quels vœux, quelles promesses de le combattre par nos discours, de l'affronter par notre exemple ! quelle certitude d'en demeurer vainqueurs! quelle révolte à la pensée qu'il pourrait seulement nous tenter! Le mal pourtant est déjà là; l'idéal est déjà entamé; nos premiers pas ont été des chutes : mais à cette époque d'irréflexion, on compte moins les chutes qu'on a faites que celles qu'on ne fera pas. Age fortuné! fêtes de l'espérance! que vous êtes prompts à vous obscurcir!

L'une après l'autre, les passions se présentent: on résiste d'abord, et puis l'on transige. Dans cette discussion inégale, tout ce qu'on obtient pour l'ordinaire, c'est de simplifier sa défaite et sa honte, c'est de succomber sous une seule passion qui prend la place de plusieurs passions incompatibles; on est vaincu, mais on n'a qu'un vainqueur; et l'on fait honneur à sa conscience d'un résultat qui n'est que celui de la nécessité; et l'on ne veut pas voir que la passion à laquelle on a soumis sa vie a hérité de toute la force de toutes les passions qui lui ont cédé leurs droits, en sorte que pourtant on a été

vaincu par toutes ensemble ! Mais qu'importe cette misérable illusion ! on est vaincu et on le sent. II n'est plus question de nier ses perles, mais de s'y résigner, de se faire à ce nouveau monde où l'on a fait son entrée sous les auspices du péché, de s'apprivoiser à ces mœurs qui dégoûtaient naguère, de s'exercer à ces calculs qu'on ne voulait jamais faire, de s'acclimater dans cette société qu'on avait vue et méprisée de si loin, de si haut! 11 faut subir des commerces, des familiarités, une fraternité honteuse. Il faut, précipité des hauteurs de la vie dans les ténèbres où tant d'autres nous ont précédés, voir tous ces morls se lever à notre approche, et les entendre nous crier : « Tu es devenu comme l'un de nous ! » Il faut s'exercer (ô la plus dure des épreuves!) à se mépriser soi-même! il faut se connaître et se supporter!

VlNET.

Discows sur quelques sujets religieux.

L'étude sans terme.

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