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Devoirs des pères

Il y a des pères qui traitent souvent leurs enfants avec empire : ils ne leur rendent jamais justice : ils les outragent sans sujet; au lieu de les soumettre à la raison après les en avoir éclairés, ils s'imaginent que la loi inviolable d'un enfant, c'est la volonté d'un père. Mais le père mort, quelle sera la loi du fds? Ce sera sans doute sa volonté propre; car on ne lui aura pas appris qu'il y a une loi inunortoUe, l'ordre immuable : on ne l'aura point accoutumé à y obéir. Le fils n'attendra pas même le décès du père, sa vieillesse, son impuissance à le tenir dans la servitude, pour se faire à lui-même sa loi. 11 la trouvera naturellement dans ses plaisirs : car cette loi injuste et brutale vaut peut-être encore mieux que les volontés d'un père déraisonnable : du moins est-cllc plus agréa])le et plus commode. Un jeune homme en demeurera convaincu, dès qu'il en aura goûté la douceur. El alors, que le père soit mort ou

vivani, le jeune homme trouvera bien moyen d'obéir à colle loi et de se soumettre à ses charmes. Il regardera son père comme son ennemi et son tyran, s'il a encore assez de vigueur et de fermeté pour le troubler dans ses plaisirs et l'inquiéter dans ses débauches : et convaincu par l'exemple et la conduite du père qu'il faut que tout obéisse à nos désirs, il fera servir toutes ses puissances et toutes les personnes à qui il aura droit de commander à les satisfaire. Car encore un coup il se sentira actuellement heureux en s'abandonnant aux plaisirs, et il n'aura point assez d'éducation et d'expérience pour en appréhender les suites funestes. Il faut donc conduire les enfants par raison, autant qu'ils en sont capables. Ils ont tous les mêmes inclinations que les hommes faits, quoique les objets de leurs désirs soient différents ; et ils ne seront jamais solidement vertueux, s'ils ne sont accoutumés à obéir à une loi qui ne meurt point, si leur esprit, formé sur la raison universelle, n'est réformé sur cette même raison rendue sensible par la foi.

Qu'un père ne s'imagine pas que sa qualité de père lui donne sur son fils une souveraineté absolue et indépendante. Il n'est père que par l'efficace de la puissance de Dieu, il ne doit lui commander que selon sa loi....

Néanmoins qu'un fils tremble lorsque ses parents sont en colère contre lui : parce que Dieu qui lui donne et qui lui conserve l'être, Dieu qui peut le précipiter dans les enfers, Dieu qui a sur lui toutes sortes de droits, lui ordonne par sa loi de leur obéir, et par ce commandement leur donne droit de lui commander. Mais que les parents n'usent point de ce droit contre la volonté de celui de

qui ils le reçoivent : ^A qu'ils travaillent par ce droit

non pour le temps, mais pour l'éternité, pour conserver dans les membres de Jésus-Christ l'esprit de sainteté que leurs enfants ont reçu dans le baptême. Que les

enfants de leur côté obéissent à lenrs parents comme à Dieu même, dont ils tiennent la place : qu'ils soient devant eux dans le respect, comme étant en la présence du Tout Puissant; qu'ils ne pensent qu'à leur plaire, et entrent dans leurs desseins autant que l'ordre le permet.

MaLEDR ANCHE.

Traité de morale, 2' partie, ch. x.

4. Que lédiicateur doit prendre d'abord de l'autorité sur les enfants.

Cette maxime est de la dernière imporlance pour tous les temps de l'éducation, et pour toutes les personnes qui en sont chargées. J'appelle autorité un certam air et un certain ascendant qui imprime le respect et se fait obéir. Ce n'est ni l'âge, ni la grandeur de la taille, ni le ton de la voix, ni les menaces, qui donnent cette autorité; mais un caractère d'esprit égal, ferme, modéré, qui se possède toujours, qui n'a pour guide que la raison, et qui n'agit jamais par caprice ni par emportement.

C'est cette qualité, ce talent, qui tient tout dans l'ordre, qui établit une exacte discipline, qui fait observer les règlements, qui épargne les réprimandes, et qui prévient presque toutes les punitions*. Or, c'est dès le pre-

1. Cf. Kant, Traité de 2>édagogie, p. 9o (édition Thamin) : « Quand on veut former le caractère des enfants, il importe beaucoup qu'on leur montre en toutes choses un certain plan, de certaines lois, qu'ils puissent suivre exactement. C'est ainsi que, par exemple, on leur fixe un temps pour le sommeil, un pour le travail, un pour la récn'ation; ce temps une fois fixé, on ne doit plus l'allonger ou l'abréger. Dans les choses indiiTérentes. on peut laisser le choix aux enlanls, pourvu qu'ils continuent toujours d'observer ce dont ils s sont une fois fait une loi. »

Cf. encore deux passages de Mme Necker de Saussure cités diuis ce recueil, p. 555 et 3G7.

micr abord, dès le commencement, que les parents et les maîtres doivent prendre cet ascendant. S'ils ne saisissent ce moment favorable et ne se mettent dès les premiers jours en possession de l'autorité, ils auront toutes les peines du monde à y revenir, et l'enfant sera le maître. Animum, et, l'on peut dire aussi, puerum reqe : qui, nisi parct, imperat'. Cela est vrai à la lettre; et l'on aurait de la peine à le croire, si une expérience constante ne le montrait tous les jours. Il y a dans le fond de l'homme un amour de l'indépendance, qui se montre et se développe dès l'âge le plus tendre, et dès la mamelle. Que signifient ces cris 2, ces pleurs, ces gestes menaçants, ces yeux étincclants de colère, dans un enfant qui veut à toute force obtenir ce qu'il demande, ou qui est piqué de jalousie contre un autre? « J'ai vu! dit saint Augustin, un enfant jaloux. Il ne savait pas encore parler; et, avec un visage pâle, il lançait des regards furieux contre un autre enfant qui tétait avec lui. )) Yidi ego cl expertus sum zeîanfem parvidiim. Nondiim loquehaturet inhiebatur,paUidi(s amaro aspedu, collaclaneum suum^.

Voilà le temps et le moment de rompre cette mauvaise inclination dans un enfant, en l'accoutumant dès le berceau à dompter ses désirs, à n'avoir point de fantaisies, en un mot à céder et à obéir. Si on ne leur donnait jamais ce qu'ils auraient demandé en pleurant, ils apprendraient à s'en passer; ils n'auraient garde de criailler et de se dépiter pour se faire obéir; et ils ne

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