‹ Extraits des moralistesChapitre 207 sur 299 · Voir note p. 4i · texte numérisé non relu

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2. Mme de Maintenon avait compose plusieurs Conversations, sur l'Indiscrétion, sur la Kaison, etc., pour l'édification de ses élèves.

serait bien fâché d'avoir des parents qui fussent morts sur un échafaud devant une personne qui a un semblable malheur dans sa famille ; de vanter la noblesse devant des personnes qui ne sont pas nobles et qui tiennent cependant un certain rang par leur fortune.

« Une personne indiscrète fait tout mal à propos, elle entre à contretemps, elle sort de même*. » Entrer mal à propos, c'est rendre visite à une personne quand elle est en affaires ou qu'elle est avec une autre qui lui est assez intime pour être bien aise de se trouver seule avec elle ; on sort à contretemps quand, après avoir fait cette indiscrétion, on fait sentir à la personne qu'on s'aperçoit qu'elle serait bien aise de se trouver seule avec son amie et qu'on sort sur-lechamp; c'est l'embarrasser et l'obliger à se défendre, car il n'y a personne qui ose convenir tout franchement qu'elle est de trop dans la conversation. Quand on a tant fait que de faire une visite mal à propos, il faut faire comme si on ne s'apercevait pas de l'embarras qu'on cause, rendre sa visite très courte, et chercher un prétexte pour en sortir honnêtement et le plus tôt qu'on peut, sans faire sentir que c'est parce qu'on s'aperçoit qu'on interrompt la conversation commencée avec l'autre personne, à moins que celle qu'on va voir ne fût en affaire ; car pour lors il serait de la prudence de ne pas passer outre et de remettre la visite à un autre jour. Une personne indiscrète n'entend point ce qu'on veut qu'elle sache et elle écoute ce qu'on ne veut pas qu'elle entende ; parce que dans le premier cas, au lieu d'écouter ceux qui parlent et d'entrer dans le sujet de la convej'sation, elle l'interrompt pour dire ce qui lui

1. Phrase de la Conversation rappelée au commencement de la lettre.

vient dans l'esprit; elle écoute ce qu'on ne veut pas qu'elle entende dans une conversation dont elle ne devrait pas être, au lieu de se retirer prudemment quand elle voit des personnes qui parlent bas. Rien ne rend si indiscrète que de n'être occupée que de soi : c'est ce qui fait qu'on ennuie, rapportant tout à soi, ne parlant que de soi, de ses maux, de ses affaires ; rien ne rend si désagréable dans la société. Je connais une jeune personne de la Cour qui est haïe de tout le monde sans être mauvaise, mais seulement parce qu'elle n'est occupée que d'elle-même et qu'elle veut toujours en parler. On m'en faisait des plaintes un de ces jours; on prétendait qu'elle nuisait aux autres par les rapports qu'elle m'en faisait; je répondis : Comment me diraitelle ce que font les autres, elle qui ne parle que d'ellemême ? La personne qui m'en faisait des plaintes convint avec moi que c'était là en effet son tort et ce qui la fait haïr. Je ne cache pas d'ailleurs qu'elle ait jamais fait ni dit du mal à personne.

« Pour éviter les indiscrétions, il faut, comme je vous le disais tout à l'heure, être occupé des autres plus que de soi ; penser avant que parler si ce qu'on va dire ne fera de peine à personne, s'il n'aura pas de mauvaises suites ; prendre garde si en se plaçant on n'incommode point quelqu'un. — N'est-ce pas une indiscrétion, dit Mlle de Chabot, de révéler un secret? — Cela passe l'indiscrétion, répondit Mme de Maintenon ; c'est une perfidie qui est bien opposée à la probité dont nous parlions l'autre jour, c'est une infamie dont une personne d'honneur n'est pas capable. Lequel aimeriez-vous mieux, dit-elle en apostrophant Mlle de Vandeuil, de dire indiscrètement votre secret à quelqu'un ou de déclarer celui qu'un autre vous aurai/ confié? —J'aimerais mieux, dit la demoiselle, dire celui

d'un autre. — Ce sentiment est plus naturel que généreux, reprit Mme de Maintenon ; car révéler un secret qu'on vous a confié est une trahison, une bassesse, une infamie, et si vous dites le vôtre, ce n'est qu'une imprudence qui ne porte d'ordinaire préjudice à personne; votre secret est à vous, vous êtes maîtresse de le dire à qui il vous plaît; si vous le placez mal, tant pis pour vous : c'est une indiscrétion ; mais le secret qu'on vous a confié est un dépôt qui doit être sacré et dont vous ne pouvez disposer ; c'est pourquoi toutes les règles du christianisme et de l'honneur vous imposent la nécessité de ne le pas violer ; mais il est de la prudence de ne vous pas engager au secret avant de savoir si vous pouvez, en conscience, ne pas déclarer ce qu'on veut vous donner sous le secret.

(I Voici un petit détail des plus communes indiscrétions qu'il faut tâcher d'éviter avec soin, si l'on ne veut pas être fort désagréable en société :

« Choisir la place la plus commode ; prendre ce qu'il y a de meilleur sur la table; interrompre ceux qui parlent; parler trop haut; montrer par quelque air du visage que ce que l'on dit vous fâche ou vous ennuie, et qu'on le trouve trop long; parler de soi, de ses sentiments, de ses aventures, de sa naissance, de sa famille, de ses répugnances, de ses inclinations, de sa santé, de ses maladies ; non point que l'on ne puisse faire quelquefois quelques-unes de ces choses-là, mais il faut que cela soit rare ; dire dans ce que l'on raconte des circonstances inutiles : allonger ce que l'on dit, au lieu de le raccourcir ; ne pas montrer d'attention à ce que Ton nous dit ; parler bas à l'oreille devant quelques personnes à qui l'on doit du respect ; parler ou faire du bruit à un spectacle, en cérémonie; parler de quoique défaut devnr.* ceux qui l'ont ; parler pour

FAUTKS ENVERS AUTRUI. 445

parler, sans qu'il y ait de l'utilité ou du plaisir pour les autres; rire immodérément; se mettre devant le jour de quoiqu'un qui travaille ou qui fait quelque autre chose ; s'approcher de trop près de quelqu'un qu'on respecte ; ne pas écouter une lecture où l'on se trouve ; ne pas attendre la fin d'une histoire qui nous ennuie; se trop presser de *re ce qu'on vient d'apprendre ; montrer qu'on savait ce qu'on veut dire ; se servir de ce qui est aux autres ; parler trop vivement ; hasarder de gâter ce qui est aux autres ; montrer qu'on voit et qu'on entend ce qu'on veut vous cacher ; écouter quelqu'un qui parle bas ; dépenser librement ce qui n'est point à nous ; faire des questions inutiles ; montrer qu'on sait un secret; quand quelque chose devient public, montrer qu'on le savait ; montrer qu'on devine ce qu'on ne nous veut pas dire; s'avancer trop ; ne pas craindre de faire attendre ; ne pas craindre d'incommoder les autres ; emprunter trop facilement; garder trop longtemps ce qu'on emprunte ; lire les lettres qu'on trouve ; ne pas ménager ses domestiques sur leur travail, sur leurs pas, sur leur repos ; présumer de ses forces, et pour le corps et pour l'esprit ; se pousser trop par des austérités qui ne sont pas de notre état, sans prévoir que nous manquons ensuite à ce qui en est : parler de sa conscience à ceux qui n'en sont pas chargés ; parler trop de ses confesseurs ; vouloir que les autres pensent et agissent comme nous ; répondre trop facilement des autres ; porter son jugement facilement, soit des choses, soit des personnes; agir et parler sans réflexion ; assurer ce qu'on n'a pas vu ; parler avec décision ; demander à une dame quel âge elle a ; regarder par-dessus l'épaule ce qu'elle lit ou ce qu'elle écrit ; rire de ce qu'on n'entend point ; rire des façons des étrangers qui nous paraissent si singu-

lières, ou de leur langage quand ils ne parlent pas bien le français. »

Mme de Maintenon.

Instructions à la classe verte\ 1716.

1. Les classes de Sainl-Gyr étaient distinguée par la couleur di ruban.

OEVUlliS SOCIAUX, 447

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