‹ Extraits des moralistesChapitre 263 sur 299 · Caractère sacré et inaliénable de la liberté humaine · texte numérisé non relu

Caractère sacré et inaliénable de la liberté humaine

Si un particulier, dit Grotius', peut aliéner sa liberté et se rendre esclave d'un maître, pourquoi tout un peuple ne pourrait-il pas aliéner la sienne et se rendre sujet d'un roi? Il y a là bien des mots équivoques qui auraient besoin d'explication; mais tenons-nous-en a celui à'ahéner. Aliéner, c'est donner ou vendre. Or un homme qui se fait esclave d'un autre ne se donné pas; il se vend tout au moins pour sa subsistance • mais un peuple pourquoi se vend-il? Bien qu'un roi lournisse à ses sujets leur subsistance, il ne tire la

de ■la^pi'ge'59r* ^°"'"'' ^'^''' hollandais (lo88-1645). Voyez la note

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II n'y a nul dédommagement possible pour quiconque renonce à tout; une telle renonciation est incompatible avec la rature de l'homme; et c'est ôter toute moralité à ses actions que d'ôter toute liberté à sa volonté.

Enfin c'est une convention vaine et contradictoire de stipuler d'une part une autorité absolue, et de l'autre une obéissance sans bornes. N'est-il pas clair qu'on n'est engagé à rien envers celui dont on a droit de tout exiger? Et cette seule condition, sans équivalent, sans échange, n'entraîne-t-elle pas la nullité de l'acte? Car quel droit mon esclave aurait-il contre moi, puisque tout ce qu'il a m'appartient, et que, son droit étant le mien, ce droit de moi contre moi-même est un mot qui n'a aucun sens?

Ainsi, de quelque sens qu'on envisage les choses, le droit d'esclavage est nul, non seulement parce qu'il est illégitime, mais parce qu'il est absurde et ne signifie rien. Ces mots esclavage et droit sont contradictoires, ils s'excluent mutuellement; soit d'un homme à un homme, soit d'un homme à un peuple, ce discours sera toujours également insensé : « Je fais avec toi une convention toute à ta charge et toute à mon profit, que j'observerai tant qu'il me plaira, et que tu observeras tant qu'il me plaira. »

J.-J. Rousseau.

Contrat social, I, iv.

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