Bene autem mori est llbenter mori. Senec, Epist., l\i
montagne sainte, où le Seigneur lui avait marqué son tombeau : lequel, avant d'expirer, tournant la tête du haut de ce lieu sacré, et jetant les yeux sur cette étendue de terres, de peuples, de royaumes qu'il vient de parcourir et qu'il laisse dernière lui, y retrouve les périls innombrables auxquels il est échappé ; les combats de tant de nations vaincues, les fatigues du désert; les embûches de Madian, les murmures et les calomnies de ses frères, les rochers brisés, les difficultés des chemins surmontées, les dangers de l'Egypte évités, les eaux de la mer Rouge franchies, la faim, la soif, la lassitude combattues; alors, touchant enfin au terme heureux de tant de travaux, et saluant de loin cette patrie promise à ses pères, il chante un cantique d'actions de grâces, meurt transporté et par le souvenir de tant de dangers évités et par la vue du Heu de repos que le Seigneur lui montre de loin, et regarde la montagne sainte où il va expirer comme la récompense de ses travaux et le terme heureux de sa course.
L'âme juste, durant les jours de sa vie mortelle, n'osait regarder d'un œil fixe la profondeur des jugements de Dieu; elle opérait son salut avec crainte et tremblement; elle irémissait à la seule pensée de cet avenir terrible, où les justes eux-mêmes seront à peine sauvés, s'ils sont jugés sans miséricorde; mais au lit de la mort, ah! le Dieu de paix qui se montre à elle calme ses agitations; ses frayeurs cessent tout d'un coup, et se changent en une douce espérance : elle perce déjà avec des yeux mourants le nuage de la mortaUté qui l'environne encore, et voit cette patrie immortelle après laquelle elle avai* tant soupiré, et où elle avait toujours habité en esprit; cette sainte Sion% que le Dieu de ses pères remplit de sa
1. Sion, une des quatre collines sur lesquelles Jérusalem était bâtie, (lésis^rie souvent dans la Bible Jérusalem elle-même.
gloire et de sa présence, où il enivre ses élus d'un torrent, de délices, et leur fail goûter tous les biens incompréhensibles qu'il a préparés à ceux qui l'aiment : cette cité du peuple de Dieu, le séjour des saints, la demeure des justes et des prophètes, où elle retrouvera ses trères que la charité lui avait unis sur la terre et avec lesquels elle bénira éternellement les miséricordes du Seigneur et chantera les louanges de sa grâces
Massillon.
Aveîit.