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Comment se consoler dans les deuils

Nous devons chercher la consolation à nos maux, non pas dans nous-mêmes, non pas dans les hommes, non pas dans tout ce qui est créé, mais dans Dieu. Et la raison en est que toutes les créatures ne sont pas la première cause des accidents que nous appelons maux, mais que la providence de Dieu en étant l'unique et véritable cause, l'arbitre et la souveraine, il est indubitable qu'il faut recourir directement à la source et remonter jusqu'à l'origine, pour trouver un solide allégement ; que si nous suivons ce précepte, et que nous envisagions cet événement, non pas comme un effet du

hasard, non pas comme une nécessité fatale de la nature, non pas comme le jouet des éléments et des parties qui composent l'homme (car Dieu n'a pas abandonné ses élus au caprice et au hasard), mais comme une suite indispensable, inévitable, juste, sainte, utile au bien de l'Église et à l'exaltation du nom et de la grandeur de Dieu, d'un arrêt de sa providence conçu de toute éternité pour être exécuté dans la plénitude de son temps, en telle année, en tel jour, en telle heure, en tel lieu, en telle manière; et enfin que tout ce qui est arrivé ,a été de tout temps prévu et préordonné en Dieu ; si, dis-je, par un transport de grâce, nous considérons cet accident, non pas dans lui-même et hors de Dieu, mais hors de lui-même et dans l'intime de la volonté de Dieu, dans la justice de son arrêt, dans l'ordre de sa providence, qui en est la véritable cause, sans qui il ne fût pas arrivé, par qui seul il est arrivé et de la manière dont il est arrivé, nous adorerons dans un humble silence la hauteur impénétrable de ses secrets, nous vénérerons la sainteté de ses arrêts, nous bénirons la conduite de sa providence ; et unissant notre volonté à celle de Dieu même, nous voudrons avec lui, en lui, et pour lui, la chose qu'il a voulue en nous et pour nous de toute éternité.

Pascal.

Lettre sur la mort de M. Pascal le père.

Havet, II, 236-237.

iO. — Qu'il ne faut pas être trop sage.

Voici d'autres gens, des habiles ceux-là, qui, très forts sur les dangers que présente la vie, ont inventé tout unart de s'en prémunir. On connaît les sages pré-

ceptes pour conjurer les maux physiques : « Évitez le froid, évitez le chaud, évitez la fatigue, prenez garde à ce que vous mangez, prenez garde à ce que vous buvez ; » et ainsi de suite, en sorte que c'est une affaire d'art infini d'éviter les maladies et que c'est le travail le plus laborieux. D'autres ordonnent la vie morale sur cet exemple : « Évitez les émotions, ne désirez rien vivement, ne vous attachez fortement nulle part, crainte des pertes et des déceptions et du trouble que cela jetterait dans votre existence; ne réfléchissez pas trop, de peur des inquiétudes et des doutes; » et le reste à l'avenant. Toute celte prudence est très remarquable, et on ne conçoit pas que les hommes soient assez peu amis deux-mêmes pour ne pas l'écouter. C'est probablement qu'elle a quelque défaut qui les en empêche. Mon Dieu, oui, on ne demande pas mieux que de se bien porter, mais ce n'est point aisé. Voici qu'il faut défendre votre pays ou soigner un des vôtres qui est en danger : évitez donc la fatigue; voici, sous vos yeux, quelqu'un qui se noie; vous vous jetez à l'eau pour le sauver : surtout évitez bien le froid. Hélas! vous n'écoutez rien; un instant, une occasion suffisent pour perdre tous les Iriiits d'une si bonne éducation. Et il en va de l'âme comme du corps; en dépit des avis les plus salutaires, l'esprit se met à chercher et le cœur à aimer, comme s'ils n'avaient que cela à faire dans ce monde. Telle est la témérité de la nature humaine. Elle veut se mouvoir, elle veut agir à ses risques et périls, elle veut vivre, et elle trouve que ce n'est pas la peine de tant soigner l'existence si on n'en fait rien ; il y a en elle une sorte de bravoure qui se refuse à cette médiocrité et méprise les pauvres conseils de cette morale hygiénique.

Quand je songe à cette morale, j'aimerais autant, lorsque je pars en voyage, qu'on me dît, pour me pré-

server des accidents de chemin de fer, des rencontres de locomotives ou des déiaillemenls, des contusions et fractures qui en sont la suite : Restez suspendu en iHiuilibre, ne vous appuyez pas, ne dormez pas, n'ayez pas de distraction ; du reste amusez-vous bien et prolîtez de vos voyages.

Il y a une espèce d'optimisme niais qui trouve que tout ce qui arrive est toujours pour le mieux; et il ne lui suffit pas de ce conlcntcment béat, de ce parti i)ris une fois pris; il a, dans toutes les circonstances particulières, des arguments particuliers pour prouver qu'il valait mieux qu'il en fût ainsi qu'autrement; il prend des airs de raisonner qui irritent. Il y a aussi toute une classe de dévots pourvus d'une telle résignation, qu'au plus fort de leur amitié pour vous ils sont tout prêts à vous perdre, et que vous pouvez mourir sans la crainte de leur causer trop de chagrin. J'admire beaucoup ces optimistes et ces dévots, surtout je leur porte envie; mais si je choisissais des amis, peut-être en choisirais-je d'autres; car, par un égoïsme dont il est bien difficile de purger le cœur humain, on souffre un peu de l'idée que si vous veniez à mourir, vos amis trouveraient qu'il n'y a pas de mal à cela. C'est bien de se consoler, mais ils sont trop consolés,

Bersot.

Un Moraliste. Du bonheur.

(Haclictle et C'% éditeurs.)

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