BIOGRAPHIE
Aurore Dupin est née à Paris, le i®*" juillet i 8 o 4 .
Dupin, sa grand'mère, était fille de l’illustre maréchal de Saxe cl femme de Dupin de Francucil. Le fils de celle-ci, Maurice, épousa Sophie Delabordc, fille d’un modeste oiseleur ; de celte union naquit la femme célèbre qui prit le nom de George Sand. La famille Dupin était d’ancienne et bonne noblesse; d’origine normande, elle était depuis longtemps fixée en Berry. Toutefois, la terre de Nohanl ne fut achetée par la grand’mère d’Aurore qu’après la mort de son mari, vers 1787; et celle-ci ne put l’habiter qu’après la tourmente lévolutionnairc. Elle vint alors s’y fixer avec Maurice et le fidèle Deschartres, précepteur de son fils. La loi du 2 Vendémiaire, an VII (28 septembre 1798), appela le jeune Dupin sous les drapeaux. C’est en 1800 qu’il fit la connaissance de Sophie. En i 8 o 3 , il se mariait, en secret, à la municipalité du deuxième arrondissement, car il savait l’hostilité que rencontrait chez sa mère le projet de cette union. Plus tard M“® Dupin accepta sa belle-fille cl fit célébrer le mariage religieux. Après la campagne de 1807, Maurice Dupin fut envoyé en Espagne comme aide de camp de Murat. En 1808, il rentrait pour quelque temps à Nohant avec les siens. Son fils, fort délicat, lui fut bientôt enlevé, et lui-mème, peu de temps après, mourait d’une chute de cheval.
A la mort de son mari, Sophie ne pouvait plus songer à rester sous le meme toit que sa belle-mère. Un abîme séparait ces deux femmes; elles étaient absolument différentes par l’éducation, le caractère, les goûts, les sentiments, leurs manières de penser, de s’exprimer. Sophie Delaborde regagna donc Paris, laissant sa fille à Nohant, aux soins de sa belle-mère. La petite fille eut beaucoup de chagrin ; mais elle se consola pourtant. La campagne convenait à son tempérament. Elle aimait le grand air cl la liberté. Enfant, elle vagabondait avec ceux du village, dès qu’elle pouvait SC soustraire à la surveillance de Deschartres, chargé de son éducation; elle entraînait scs petits amis dans des cours» s folles au milieu des prairies. Ils faisaient « le ravage » dans les fosses, sur les arbres, dans les ruisseaux. Puis on goûtait sur l’herbe avec des pommes cuites sous la cendre. Au moment des foins, la bande joyeuse se roulait sur les înilocJieSf ou glanait pour les pauvres. Aurore s’intéressait aussi aux travaux des champs, elle savait soigner les brebis, les agneaux et les animaux de la basse-cour. Elle aimait le»
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scènes rustiques : le labourage, les semailles, la fenaison, la moisson. Pour elle tout devenait peu a peu une source de poésie; elle remplissait ses yeux de tous les spectacles que la nature étalait devant elle. Son goût pour le fantastique lui faisait trouver un plaisir inlini dans le récit des contes et des superstitions du pays : follets, fadets, lavandières, demoiselles, grand’bète, chasse à baudet, etc...
Dupin veillait cependant à ce que son éducation ne fût pas négligée. A onze ans, Aurore lisait l'Iliade, la Jérusalem délivrée; elle avait déjà la passion d’écrire, et Part du développement lui était familier. Elle savait des milliers de vers. Elle apprenait aussi le latin.
Dupin songea a lui faire faire sa première communion pour se conformer à la coutume plutôt que par conviction. Ce fut l’abbé Finaud de Montpeyroux, alors curé de Saint-Chartier, qui fut chargé de préparer l’enfant à ce grand acte. Pour compléter l’éducation d’Aurore, sa grand’mère l’emmena à Paris et la mit, en 1817, en pension au Couvent des Anglaises. Là, elle se trouva dans une atmosphère de piété à laquelle elle ne résista point. Etant un être de sensibilité et d’imagination, elle se laissait aller aux manifestations extérieures de dévotion qui lui procuraient un certain plaisir ; mais cette piété manquait de solidité ; elle n’était pas assez profonde, et par conséquent elle était insudîsante pour surmonter les obstacles qu’elle devait rencontrer plus tard sur son chemin. Au printemps de 1820, après trois ans d’absence, Aurore Dupin revit son clier Nohanl. Elle avait, à regret, quitté le couvent, mais l’attrait de la liberté, l’affection qu’elle avait pour sa grand’mère, le plaisir indicible que lui procurait la vue de la campagne, le souvenir de ses impressions d’autrefois, si vives qu’elles ne s’éUnent point effacées, le bonheur de retrouver ses vieux amis, que sais-je ? les parfums qui émanaient des arbres en fleurs, une sorte d’ivresse, dissipa la tristesse causée par la séparation. Bientôt elle parcourut te pays à cheval, montée sur sa fidèle Colette, et se livra à ses rêveries. Le soir, elle continuait à s’instruire et prolongeait scs lectures très avant dans la nuit. A peine âgée de seize ans, elle lisait au hasard tout ce qui lui tombait sous la main, Mably Locke, Condillac, Montesquieu, Bacon, J.-J. Rousseau, etc., etc., et mettait sa piété et sa foi 5 la plus rude des épreuves; aussi n’y résistèrent-elles point. Elle garda pendant quelques années encore la pratique religieuse, mais son esprit se détachait de plus en plus de la religion catholique, même à son insu, et elle s’aperçut un jour que depuis longtemps elle n’avait plus la foi.
Dès cette époque, la jeune fille contractait en Berry de solides amitiésqui devaient, jusqu’à la fin,lui rester acquises.
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M™° Dupin étant morte le 26 décembre 1821, Aurore allait retomber sous la tutelle de sa mère. Celle-ci, fort originale, bien qu’ayant de sérieuses qualités, lit souffrir la jeune lille. Pour échapper à la contrainte où elle était obligée de vivre, elle épousa de son plein gré et avec plaisir Casimir Dudevant, lils du baron Dudevant. Tout alla bien pendant quelques années. La naissance d’un superbe enfant, qu’ils appelèrent Maurice, les combla de joie. Mais l’humeur inquiète de la jeune femme ne pouvait s’accommoder des joies simples de la famille. Les époux Dudevant, pour tromper l’ennui qui les envahissait, voyagèrent. On fit des séjours à Guillery, on visita les Pyrénées. M“® Dudevant ne trouvait plus d’agrément dans son intérieur. Ses rêves l’emportaient sans cesse loin des siens.
En i 83 i, elle prit le parti de venir habiter Paris; mais elle devait séjourner chaque année plusieurs mois à Nohant. Elle y laissait provisoirement Maurice et Solange à la garde de son mari, auquel elle reconnaissait les qualités d’un bon père. M“® Dudevant ne savait pas au juste ce qu’elle pourrait faire pour augmenter scs revenus, assez modestes ; mais ce qu’elle voulait avant tout, c’était la liberté. Elle retrouva dans la capitale un groupe de Berrichons : les uns y étaient fixés comme Henri de Latouche, d’autres étaient lù pour y faire leurs études, tels que Papet, Fleury, Périgois, Duvernet, ses vieux amis d’autrefois.
Après quelques essais de peinture, la littérature parut à Aurore le moyen le plus propre à assurer son existence. Elle se lança. Elle écrivit Indiana (i 83 i-i 832 ), premier roman, qui devait être suivi d’un grand nombre d’autres et qui la rendit célèbre. Ses occupations littéraires ne l’empêchaient point de mener la vie la plus excentrique. Elle continuait à correspondre avec son mari pendant qu’elle formait diverses liaisons qui n’avaient pas de durée. Esprit inquiet, cherchant le bonheur partout où il ne peut être, elle ne goûtait aucun repos, ses rêves n’étaient jamais satisfaits. C’était toujours à recommencer.
Après la publication de plusieurs autres romans, tels que Valeniina (i 832 ), Lélia (i 833 ), cette môme année, elle fit avec Musset le fameux voyage d’Italie. En i 835 , son procès en séparation la retint longtemps en Berry. Elle obtint gain de cause, grâce au dévouement de ses amis berrichons. M. Dudevant, ayant quitté Nohant pour aller habiter sa terre de Guillery, en Lot-et-Garonne, George Sand fit de plus longs séjours dans sa vieille maison, et y reçut de nombreux amis. C’est l’époque où elle écrivit Mauprat (1837). Ses relations avec l’avocat célèbre de l’époque, Michel de Bourges, tout d’abord, puis ensuite avec le philosophe Pierre Leroux, la lancèrent dans la politique. Sous l’inlluence
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de ce dernier elle écrivit de nombreux romans socialistes; citons entre autres : Le Compagnon du Tour de France (i 84 o), Consue/o (1842), Le Meunier d'Angihauli (i 845 ) ; Le Péché de Monsieur Antoine (i 845 ) ; les romans champêtres dont nous aurons à parler tout à l’heure, et une foule d’articles qui parurent dans les journaux avancés de l’époque. La Révolution de i 848 la trouvait donc toute prête pour l’action. Elle y prit une grande part, et ne cessa, soit en Berry, soit à Paris, de favoriser le mouvement. Après avoir dépensé scs forces au service de la cause, elle se découragea, déçue par les résultats qui ne correspondaient pas à son idéal.
A partir de 1862, elle passa désormais à Nohant la plus grande partie de son temps, n^allant guère à Paris que pour surveiller ses affaires. Depuis quelque temps déjà, elle s’était tournée du côté du théâtre; elle donna François le Champi (1849), Claudie (i 85 i) qui eut un grand succès, le Mariage de Victorine (1861), Marieüe (i 85 i), le Démon du foyer (1862), Mauprai (i 853 ), le Marquis de Villemer (i 864 ), et beaucoup d’autres pièces. Elle écrivit aussi nombre de romans; citons seulement : Les Beaux Messieurs de Bois-Doré (1857) : L'homme de neige (i 858 ) ; Jean de la Roche (i 859 )x; La famille de Germandre (1861); Malgréloul (1870), etc., etc. Elle écrivit aussi V Histoire de ma vie y en plusieurs volumes, œuvre pleine de bonhomie et de charme, où il ne faut pas cependant chercher l’exactitude. Elle composa des contes charmants pour ses petites filles. Son séjour à la campagne favorisait cette production intense. En i 864 , pour des raisons particulières, elle s’établit à Palaiseau, mais deux ans plus tard elle venait avec joie reprendre possession de ses pénates. Entourée de son fils, de sa belle-fille, de ses petits-enfants, aimant les siens avec un cœur très tendre et très passionné, ce fut pour elle une époque d’apaisement relatif. La politique ne l’occupait plus; elle partageait son temps entre la littérature, les êtres aimés qui l’entouraient, ses amis, et son jardin. Quelques voyages en Bretagne, en Savoie, en Italie, en Normandie, tlans le Midi, ne l’éloignèrent pas pour longtemps de son home. Elle fut frappée en ^pleine activité d’une maladie qui l’emporta en quelques jours; elle s’alita le 3 o mai et mourut le 8 juin 1876.
George Sand a prodigieusement travaillé pendant toute son existence. A une centaine de volumes qui composent son œuvre, il faut ajouter un nombre considérable de lettres, dont une minime partie a été publiée. Il ne lui fallait, en général, qu’un mois pour écrire un roman, tant sa facilité était extraordinaire. Son œuvre est variée. C’est « le romantisme lyrique qui s’exprime » d’abord dans ses romans. Avec une imagination débordante, elle est souvent tombée dans l’exagération, et ses personnages sont plus idéalistes