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dps démarches équivoques, avoienl après tout CQiubaitu hablmellemçn^ dans les rangs des royalistes. Ont- ils justifié ces espérances? on en jqgera : pour moi , je ne veux que raconter des faiu.
Le premier soin du ministère fut de tranquilliser les révolulipnnaires de France sur ses intentions à l’égard des révolutionnaires espagnols. Il déclara formellement et à plusieurs reprises qu’il ne troubleroil point leurs opérations ; et je crois même, sans l’affirmer , qu’il qualifia de calomnie la supposition qu’il pût avoir la pensée d’intervenir dans les affaires de la péninsule ; c’est-à-dire la pensée de sauver du poignard ou de l’échafaud un petit-fils de Louis XIV et le cousin de Louis XVIII. Il seroit aisé de vérifier si ma mémoire me trompe en relisant les discours prononcés à cette époque dans la chambre. Toujours est-il certain que la promesse de ne point intervenir fut faite, et qu’elle ■ a été tenue très-loyalement.
Le ministère alla plus loin ; il s’étoit engagé envers le côté gauche à garder une stricte neutralité. Voyons ce que fut cette neutralité, ce qu’elle est encore.
Ainsi qu’il devoit arriver dans un pays si fidèle , il ne larda pas à se former en Espagne
tin parti d’hommes dévoués au trône , à la religion, à la société. Partout ils cherchèrent à s’ai-mer pour délivrer leur roi captif, et pour soustraire leur patrie aux épouvantables calamités c[ui pesoient sur elle. Une régenee s or* ganisa pour diriger -ce noble élan , pour atteindre ce but sacré. Les royalistes firent enfin ce qu’ils avoient déjà fait, lorsque Buonaparte tenoit moins dangereusement Ferdinand VU prisonnier à Valençay.-
Voilà donc en Espagne deux gouvernements, l’un composé des geôliers du roi, qui n’annoncent que trop bautement l’intention d’être bientôt ses bourreaux ; des féroces conducteurs de ces bandes dont le cri de guerre est , Meure Dieu l vive V enfer l l’autre , composé des plus fidèles sujets de cet infortuné roi , résolus à mourir pour lui.
Lequel de ces deux gouvernements le ministère reconnoîtra-t-il? Le premier sans hésiter ; car il est clair que les défenseurs de la Foi et leurs héroïques chefs sont insurgés-, et en effet, on ne peut disconvenir tju’ils ne soient en rébellion ouverte contre les descamisados. C’est donc en ceux-ci qu’on verra la véritable Espagne , son ‘ légitime gouvernement ; c’est avec eux- qu on traitera , s’ils le daignent pour-
lanl ; heureux si l’on obiieut quelques légères modiflcations qu’on juge désirables dans leur ■sublime constitution. • ■
Encore un coup , je ne di^ute point y je raconte : mais qu on me dise si, pendant trente années si fécondés en evenemraiis prodigieux, la révolution avoit remporté un .pareil triomphe?
Des sommes énorme&sont levées sur la France par voie d emprunt , pour aider à soutenir la glorieuse cause des martiUeros On se rappelle' que M. Roy , dans une occasion semblable , découragea les prêteurs ; mais' il n’y entendoib rien sans doute y c’étoit 1 peut-être nuire au crédit , et le crédit est une si. belle chose ! 'Il est' juste d’avouer qu’ily a six semaines, on permit aussi à la régence d’emprunter à peu près ce qui seroit necessaire pour élever, une croix; de> bois sur la tombe des espagnols fidèles , que. les révolutionnaires ont égorgé; sous les ybux< de nos soldats frémissant d’horreur et impatiens de vengeance.
Cependant, les pauvres défenseurs.de la=foi et de la royauté, sans armés,' sans habillemens,'^ sans pain quelquefois , bravent tout poub mourir. Le ministère les regarde ; et je.sûiV convaincu qui les a secrètement admir^. :‘'J'''f 11 est triste que les journaux alçni dit q^e d«*l
ariîies achetées et payées par ces martyrs aient été saisies à la frontière. Pour l’honneur de là France, je désire que ce fait èoît faux } mais il n’a point, que je saches été démenti.
Passons : Phistoire fatigue l’âme quelquefois.
Un congrès s’assemble', la France s’y rend ; Bon> le ministère (i). L’Europe conBante remet entre ses mains 1^ destinées de l’Espagne ; elle périra s’il le veut, s’il veut elle sera sauvée. Que fera-t-il? Pas ud doute n’entre dans un secd esprit. L’oi^ane officiel du cabinet anglois hii-méme croit la plus légère hésitation imposable > parce qu’il la juge également impolitiqüe et déshonorante. 11 se trompoit. On héâte, ont^giverse; on montre aujourd’hui la velléité d’obéir, si ce n’est au commandement de l’honneur , aux conseils impérieux d’une politique saine , au moins à l’instinct pressant de la conservation. Le lendemain ce n’est plus
(i) 'Leé pièces ofSctelles publiées en Angleterre ont fait connottre à toute l’Europe la noble conduite de M. le duc de Montmorency au congrès de Vérone ; et ' en quittant le ministère, lorsqu’un système de lâcheté prévalut dans ses conseils , il a donné un exemple aussi honorable qn’il a paru jusqu’ici aux hommes du pou-' vtûr difficile è imiter. '
cela : on a vu des inconvénients. Qui sait, si , en regardant bien , on n’en verra pas d’au^ lœs ? Les révolutionnaire^ assurent qu’il y en a tant! Après une pen^ de guerre, précédée de douze mois d’inact,ion complète , e£^yé do son cQu rage, le , ministère ,d^t : n^ocions; et U négocie .efTe^tiveme^ sur les cadavre^ des dér fenseurs d<î Ferdinand VU ; et, ras^é £^rço .qu’il négocie avec les honunes o jpxirteau , il annonce ei;i(ln que la paix ne sera point trotul^lé.e, ,c’eS(t-.|t-dire qu’en, ce qui le concerne , la révolution s’accomplira paisiblement en £sr pagne , pourvu que X honneur de la Frîpic® sa dignité n’en souffrent point..
D’honnenr et de dignité, U n’en , faut plus parler , on le conçoit trop bien ; parlons de l’existence.
Ayez-vous donc espéré que la révolution d’Espagne, si elle triomphe , se renferme entre ses fronUères? Ne voyez-voujs donc pas qu’en ce moment elle est le bras dè la révolution européepne, et que ce bras est levé sur vous? Vous croyez éviter la guerre ,,et vous ne ffûtes autre .chose que nous en préparer une plus terrible. Vous montrez votre foiblesse an-dedans, votre tbiblessc aU7dchors , et, poursuivis par les fantômes d’un esprit troublé, vous .vous réfugiez
dans votre peur comme dans un asile inviolable : eh bien donc! dormez-là , jusqu’à ce que la révolution vous réveille !
■' Ecoutons cependant le ministère, ou du ‘riioîiis ceux‘’^i se sont chargés de justifier sa politique. Quand la malheureuse Espagne sera couverte de ruines et inondée de sang ; lorsque les derniers soutiens de la royauté et de la religion auront succombé ; lorsque des millions de'ffénéliques ( car la cantagion s’étendra ), las dë s’égorger entre eux, jeteront sur la France un regard avide, et se précipiteront dans nos provinces pour s’unir aux révolutionnaires qui les attendent; alors que fera-t-on ? La guerre? Non ce n’est pas ainsi que nos pro- 'fonds politiques l’entendent. Us ont trouvé un autre moyen de préserver le pays , un moyen beaucoup plus constitutionnel , disent-ils : ils feront murer les Pyrénées ?
■ A' la vérité ils espèrent qu’on ne les forcera pas d’en venir à cette extrémité ; car enfin , ajoutent-ils , si la révblution consent à se modifier elle-même? Pauvre illusion! elle lé devroit pour ses intérêts, elle le devroit pohr rendre 'son triomphe plus sûr , en le retardant de quelques instants. Mais je vous ferai une seule question : dites-nioi avec qui vous traiterez , quelles
garanties on peut vous tlonner, quelles garanties vous pouvez recevoir? Votre traité, quel qu’il soit , car je ne veux pas discuter ici celle question , votre traité ne sera ' qu’une consécration solennelle de la révolte , et un appel général à la rébellion, ‘
Mais qui peut prévoiries suites de la guerre? Ehl sans doute, qui peut les prévoir, 'quand on a fait tout ce qu’on -pouvoit faire pour tourner les chances contre soi? Cependant le 'succès offre peu d’incertitude : on n’imagine qu’un événement qui -pourrolt amener '■de grands - revers; et de cet i événement sortirott une accusation si terrible contre le minislèrê', qu on ne sauroit se permettre de le supposer possible. Au reste y ne vous y trompez point ;'Vous n’ayez, pas à calculer si vous, ferez la t guerre'^, mais quand vous la ferez.'La révolution avance; eUe avance en écrasant céux quirseroient attjourd’bui pouFVOus d’inappréciables auxiliaires. Serez- vous plus forts quand ils. ne seront plu&? Pensez-vous que vos soldats seront' plus en sûreté dans l’Espagne , lorsqu’au lieu des frères d’armes qui les appellent, ils n’y rencontreront que leurs tombes et leurs mânes indignés? On a osé calomnier cqs nobles défenseurs du trône , on a osé dire que « le jour où l’armée
D française enireroil dans leur pays , les » royalistes s’unirdietit aux révolutionnaires » pour les repousser. » Qu’ont répondu les royalistes? a Nous n’avons point refusé contre y> Buonaparte le .Secoûrs' des Anglois et des » Portugais, comment repousserions-nous le J> secours des François , nos alliés naturels , U pour détruire la révolution? Si les .Catalans ^ nJes Atragonois, les Nava rois, sont étonnés n de quelques chose , c’est d’attendi^ .encore » les'François (i). » Us ont, lieu en effet d’étre étonnés ; appelés pour défehdre Dieu et le Toi, ce sera la première fois, depuis douze siècles, que les François libres auront>manqué k un semblable rendez-vous.
5 On feint d’appréhender de coinpronieltreles .jours du roi ; cotaHnesi la révolution victorieuse devoit être plus doiice , plus humaine que la révolution vaincue ! '.N ’ésl-ce 'pas au contraire ses craintes qui ont protégé le roi jwsqa?ici? ‘Personne, assurément, lie <Torit}e'irles vœnx 'plus irdénts que les nôtwfs pour la conservation de cettei têtC' sacrée'; nos Sentiments ne -peuvent être doüteux; 'et c’est pour cela que
fl) Lettre ou général Qaesacla, insérée dans les journaux-
nous oserons dire qu’il ne s’agit pas uniquement de sauver le roi, mais encore la royauté , et non-seulement la royauté chez uu seul peuple , mais la royauté dans l’Europe entière. Le. temps., presse puisse la dernière heure ne pas sonner pendant que les ministres négocient!
VINGT-UN janvier:
Un roi , un échafaud , l’enfer dans ses joies, sanglantes , la’ terre dans le silence' et dans la terreur , le ciel qui s’ouvre pour recevoir le juste et se referme soudain ; voilà le 21 janvier.
Cliaque année ce jour funèbre nous rapporte la meme douleur avec les mêmes souvenirs ; ilémeut profondément l’âme, mais c’est tout aussi. U passe au milieu de nous comme un fantôme sinistre que personne n’ose interroger. Sa présence inquiète et fatigue. On se hâte vers le lendemain , pour ÿ . trouver l’oubli de ce passé terrible qui jette tant de lumière, et une lumière si effrayante sur l’avenir. U semble qu’on croie l’espérance plus en sûreté dans les ténèbres. On veut bien encore s’attrister sur une illustre infortune ; mais on -désire qu’elle soit muette , parce qu’on redoute peut-être lesleçons qu’elle donneroit.
Princes , peuples , vous qui tenez encore à l’humanité par quelque lien , pleurez, le roimartyr : il a été grand dans sa mort, et le chrétien , à ce moment lugubre , a retrouve des.
forces pour porter dignement une double cou-
ronne. Pleurez ; maïs que vos pleurs ne soient pas des pleurs stériles, un vain attendrissement qui se dissipe sans laisser de traces : pleurez , et entendez tout ce que vous dit cette mort pleine d’instructions profondes. Le tombeau ne flatte point , ne dissimule point , et l’on peut écouter sans défiance la voix qui n’est plus du temps.
Qu’elle est haute la condition des rois ! mais qu’il est dfficile de s’y soutenir par la seule force de son âme , quand tous les autres appuis viennent à défaillir ! et que cette forcé tout humaine est de peu* de secours contre certaines épreuves ! Ce qui fait le roi fort c’est la foi , l’inébranlable conviction que le pouvoir qu’il a reçu d’en haut ne lui manquera jamais , s’il ne manque pas lui-même au pouvoir.- Le souverain qui laisse mettre son autorité en litige, l’abandonne par cela même ; l’altérer c’est la détruire ; elle est ce que Dieu l’a faite, ou elle n’est point. Ce n’est pas sous la Convention , mais sous les Etats-généraux que la monarchie périt en France. La première concession que l’infortuné Louis XVI fit aux factieux , décida
sa ruine. On ne reculé point sur le 'trôné: derrière il n’y a que des abîmes.
Depttis que des doctrines funestes s’éloient
répandues, Ofl ayoit cessé de comprendre l’ordre, ei surioul d’y croire. De là tout ce que noms avons vu, et tout ce que nous voyons. On clw7 cha , et Ton .cherche encore au sein du christianisme , une société qui ne soit pas la aociéié^ chrétienne. Le christianisme a créé la royauté , elle est un de ses biwlaits. 11 a élevé le pouvoir , il l’aidivinisé, (K)ur ainsi dire; et en lui imprimant un caractère sacré, il Ini a, donné je ne sais quelle douceur qui rappelle son origh^e céleste, et qu’il n’eut jamais dans les temps ancjens. Hors du christianisme , il y, a .des maîtres qu’on hak , qu’on supporte, tout an plps : les nations chrétiennes seules ,qitt des rois i seules elles connolssent cette .touchante, et sublime .institu-r lion de la paternité sociale-; et sous l’influence d’une religion qui a des, lois ,, et les mêmes lois pour le souverain et pour les sujets , on a vu le plus étonnant miracle qui puisse s’opérer dans l’ordre moral ,, je ne dis pas simplement la soumission , l’attachement personnel au chet' qui gouverne , mais l’amour pour le pouvoir.
'Et comme , à raison même de lu perfection de cet él^t social, il est le seul qui soit durable , le seul même qui soit possible ayijpur d’hui ; comme les peuples chrétiens ne s^Voient se plier au
despotisme, et qu’aucun peuple ne peut subsister dans l’anarchie ; dès que la royauté est ébranlée, la société chancelle; elle croule , quand la royauté est abattue.
Née du christianisme, indeniifiée avec lui , elle n’a de force que celle qu’il lui prête ; mais Celte force, pendant qu’il règne, est toute-puissante : aussi est- ce toujours le christianisme qu’on attaque d’abord, lorsqu’on a résolu de la renverser. Ses destinées sont liées aux siennes , et le moment où elle tente de les en séparer , est le moment où commence sa chute.
Que les rois donc apprennent ce qu’ils sont : ministres de Dieu pour le bien (i) ; dépositaires de sa puissance , ils l’ont reçue de lui , et ne peuvent l’aliéner. La royauté est un véritable sacerdoce politique : on ne peut pas plus s’en dépouiller que du sacerdoce religieux. L’un et l’autre sont divins dans leur origine , dans leurs fonctions , dans leur objet ; l’un et l’autre , quoique diflëremment, dérivent de la même source, et l’on est roi comme on est prêtre, non pour soi , mais pour le peuple qu’on est appelé
(i) Dei ettùn miuiUrr est tibi ùi honum.
Fp. ad Rom. XIll , 4-
à conduire , à sauver. Le pouvoir ne cesse ja-* mais d’appartenir à Dieu ; jamais il ne devient la propriété, de celui qui l’exerce. Un roi n’est pas un homme puissant : qu’est-ce que la puissance de l’homme ? il est, nous le répétons , le ministre de Dieu } et, le dirai- je en ce jour, Louis XVI n’a péri que parce qu’il voulut n’être qu’homme , lorsqu’il lui étoit commandé d’être i*oi.
Et aussi voilà ce qui fît de sa mort une calamité telle qu’aucune nation n’en éprouva jamais de sembkble. Avec lui périt la royauté et depuis , nous avons eu l’anarchie , le despotisme , tout , excepté elle. Rejeté des institutions , le christianisme a laissé dans la société un vide imnwnseoùles passions s’agitent. Quelque chose manque aux peuples ; ils le sentent, et cherchent avec inquiétude la sécurité que ien de ce .qui est ne leur promet.
Les rois à leur tour s’effraient ; ils ont peuf; de la royauté , de cette royauté qui n’est plus, mais qui sera de nouveau, dès qu’ils le voudront. Ils ont perdu le sentiment de leur force , en oubliant d’où elle vient. Ils demandent tout à la terre , même le pouvoir qui vient du ciel. Ils lui demandent la paix qu’elle doit recevoir
d’euic . Ils appellent les peuples pour elTaccr l’empreinte du doigt de Dieu sur leur front ; et ils s’étonnent qu’ensuite les hommes leur disent : Vous êtes comme l’un de nous ! ' '
On ne suppose pas plus tôt que l’autorité vient de l’homme, qu’elle paroîtune usurpation parce que l’homme n’a «réellement aucune autorité sur l’homme; il faut qu’elle descende de plus haut'. Du principe que le pouvoir appartiènt à la multitude , il s’ensuit que chaque membre de l’association y a un droit égal. Alors les souverains en abandonnent une partie pour se faire pardonner ce qn’ils en -retiennent ; mais ils 'ne réussissent qu’à irriter des désirs à demi satisfaits , et à légitimer les factions.
Le pouvoir est tout ensemble la raison , la volonté, là force de la société'; il 'est indivisible par son essence ; le diviser c’est l’anéantir, et par le fait il est toujours un , c’est toujours une seule raison, une seule volonté qui prévaut, soit constamment , lorsque la société est constituée comme elle doit l’être , soit momentanément, lorsqu’il y a désordre ; et quand on parle du concours de plusieurs volontés ou de plusieurs pouvoirs pour former la loi , cela veut dire seulement qu’on a chargé le hasard ou les pas-
sioDS humaines ÿ de décider çhaquc jour qui sera roi (i); cela veut dire qu’il n’existe plus de royauté , qu’elle est abolie.
Mais voici alors ce qui arnve : à mesure que la souveraineté s’affoiblit, le respect et l’amour des peuples s’afibiblissent également. Leurs élections se portent d’elles-œêmes vers l’autorité qui les contient y parce qu’ils sentent que c’est elle seule aussi qui les protège } et ce qu’ils pardonnent le moins an pouvoir > c’est de descendre : un sùr instinct les avertit que leur existence est menacée. De là cette sourde agitation y ces alarmes vagues qui troublent la société» et préparent les esprits à tous les changemens. On en cherche la cause et on ne la voit point. Les rêves de l’opinion succèdent aux éternelles maximes de la raison sociale. On se défie du bien même ; on s’aigrit contre le bonheur » on se prévient contre l’ordre. Le peuple s’aliène de plus en plus de la souveraineté ; elle croit le rap* procher d’elle en s’afibiblbsant encore , et elle
(i) Ove UH sol non impera...
Ivi errante il gwento euer convient.
( Tasso , tant. i . )
ne lait par là que riiKjuiéier , que l’irriler davantage , car la pnissance seule est populaire. Les factions naissent ; elles remuent , elles exaltent les passions; il se forme dans l’état comme un état nouveau ; une guerre intestine commence ; le souverain résiste à peine , parce qu’il est à peine souverain ; il transige d’abord ; il obéit bientôt. Rois ! vous savez le reste. On vous a vus défendre au pied de votre trône , tout ce qui vous restolt, la vie, et la défendre en vain ! N’attendez point de clémence, n’attendez point de pitié d’une multitude aveugle et transportée de fureur : quand le peuple commande au maître qui lui avoit été donné poulie sauver de lui-même , presque toujours il finit par lui commander de mourir.
Vous , sur qui reposent les destins de l’Europe , et à qui Dieu demandera compte du pouvoir qu’il vous a confié , venez sur cette place funèbre où un autre est venu aussi : venez et contemplez : c’est ici qu’il expia par son saciifice, le sacrifice qu’il avoit cru devoir faire de la royauté. Voilà le Heu d’où son âme pure monta vers le ciel. Les passants le foulent aux pieds; car qu’y a-t-il maintenant de sacré pour •nous ? Aucun monument n’y rappelle le crime des bourreaux , le triomphe du martyr ; mais ,
maigre l’insouciance des hommes , il y reste quelque chose de lui. Ces pierres qui furent teintes de son sang ont une voix. Chefs des nations , puissiez-vous Tenlendre ! c’est à vous qu’elle s’adresse 5 et que dit- elle ? Tout en un seul mot : Soyez rois I
DE L’AVE.XIR.
Dans ce siècle d’indifférence el d’égoïsme on n’aime point à entendre parler de l’avenir j il inquiète les âmes amollies; on le rédoute vaguement; on voudroltle traiter comme la révolution et négocier avec lui ; mais l’avenir ne négocie point, car il n’est autre chose que l’inflexible volonté de Dieu, qui punit' et récompense ici- bas les peuples. Ne pouvant donc fléchir ou corrompre cet avenir inexorable',’ on l’oublie tant qu’on peut; on écarte avec’empresseraentles réflexions quialarmeroient;‘ons’étourdit, on s’endort; ctla lâcheté qui n’ose considérer les suites des fautes qu’elle a commises et qu’elle ne veut point réparer, a trouvé ‘ uh nouveau synonyme de la prévoyance ; elle l’appélle')^-; natisme. ' " ' ““ ' ‘
Cette disposition , devenue malheureusement trop générale , lient à l’esprit d’incrédulité.' J^a foi seule ne craint point de sortir du présent, car le présent n’est pas sa demeure. Mais quand on a renfermé dans cette vie rapide tout ce qu’on croit, tout ce qû*on désire , tout ce •
qu’on espère , alors on s’irrite contre tout ce qui menace ce frêle édifice du temps , et contre le temps même. On n’ose regarder devant soi ; on s’attache avec fureur au moment qui passe , comme pour essayer de le retenir ; on lui sacrifie tout , parce que ce moment est tout pour les hommes du présent. Ils tracent autour de lem pensée un cercle étroit où elle s’agite , où elle se tourmente ; et dès qu’on les force à lever les yeux sur le lendemain , ils tombent en d’inexprimables angoisses , ils éclatent en reproches , ils épuisent toutes les expressions de la colère ; et pourquoi ? On a troublé leur repos , pn a répandu sur les chimères dont ils se berçoient une lumière fatale qui les dissipe ; on a dit ce qui sera , et ils ne peuvent plus jpuir avec tranquillité de ce qui est.
Tels sont les hommes à qui la France a été trop long -temps livrée, et que le poëte de l’enfer sembloit avoir en vue, lorsqu’il peignoit ces malheureux qui ont perdu le bien de ï intelligence , ces tristes âmes qui vécurent sans louange et sans infamie : mêlés aux anges abjects, qui ne furent ni rebelles ni fidèles à Dieu y mais qui furent pour eux-mêmes , lemr vie aveugle est si basse , qu^ils envient
tout autre sort. La miséricorde et la justice les dédaignent également (i).
O; sont ces hommes dégradés qui inventèrent le système funeste qu’on n’a pas cessé de suivre depuis. Ménager avec soin l’erreur et la vérité, la fidélité et la trahison, le crime et la vertu , ' voilà ce qu’ils imaginèrent , croyant arriver par là , non pas sans doute à un ordre de choses stable , mais à un provisoire toujours assez long s’il duroit autant qu’eux. Ils se persuadèrent qu’en se tenant de la sorte entre la révolution et la monarchie , ils parviendrolent à faire de l’une et de l’autre un instrument de leur ambition ; qu’ils arrêteroient l’excès du, mal avec ce qu’ils conservoient de bien j qu’ils empêcheroient le triomphe du bien avec ce qu’ils conservoient de mal ; et qu’en opposant
(i) Le gcnti dolorosc
C’hanno perduto '1 ben dello ’ntcllctto
L'anime triste di coloro ,
Che visser sanza infiimia , c sanza lodo- Mischiale sono a quel cattivo coro Dcgii angeli , che non furon ribclli ,
Nè fur lldeli a Dio , ma per sc foro....
E la lor cieca vita ô ta&to bassa ,
Che 'nvidiosi sou d’ogni allra sorte....
Mir,cricordia c giustizia gli sdegna.
Dante, canl. III.
l’nne à l’aulre ces deux forces contraires , ils écarleroient egalement du pouvoir et les royalistes et , les factieux , qui conibattrolent pour leur assurer la jouissance paisible de tout ce qu’ils convoitent , les emplois et les dignités.
Qui ne connoîlle résultat de ce système pervers ? Les .doctrines les plus opposées consacrées tour à tour, , les âmes avilies par la corruption, l’honneur acheté et vendu , toutes les passions excitées, toutes les jalousies, toutes les craintes , tous les désirs , toutes les fureurs portées au dernier degré d’exaltation ; des complots sans cesse renaissants, d’exécrables assassinats , le régicide arrivant jusqu’à l’entrée de la chambre , des révoltes à main armée , des trônes renversés , toute l’Europe ébranlée dans ses fondements. . ,.i
Voilà ce qu’on a vu : en est- ce assez pour éclairer les amis de l’ordre, ceux qui veulent la tranquillité , le salut de la France et des Bourbons ? Et si des hommes qui ont marqué dans les rangs des royalistes parviennent au pouvoir après une expérience si terrible et si décisive, abandonneront- ils le système quia produit tant de désastres ! et qu'ils ont combattu long-temps ? Essaieront-ils au moins de marcher dans une autre vole ?
Il faul bien le dire ; non. Ils prendi'onl,.ce syslènje où leurs prédécesseurs l’oiil laissé , et le, conduiront à son dernier ternie, que tout le monde aperçoit déjà , et qui déjà peut-être est inévitable , grâce à ce qu’ils ont fait pour le rendre teL
Ils contiendront mollement la révolution dans l’intérieur, et en même temps ils respecteront sa légitimité au-debors. Us la regarderont paisiblement croître et prospérer dans un royaume voisin; ils eicuseront dans leurs journaux ses actes les plus violents; ils atténueront, ses crimes ; ils reconnoîtront le droit des factions, le droit des soldats de renverser les trônes, de détruire les gouvernements qui leur déplaisent pourvu qu’il y ait assez de vigueur dans leurs opérations pour qu’on puisse dire qu’ils exécutent la volonté nationale., dis que les minbtres reconnoîtront ce droit ; car c’est le reconnoître expressément que de traiter avec les factieux comme avec un pouvoir légitime ; que d’admettre leurs ambassadeurs; que d’autoriser les tribunaux à recevoir leurs plaintes cn^ dette qualité; que de demander aux rebelles, pour unique réparation de leur' crime,’ quelques modifications dans le code d’anarchie qu’ils, ont dicté insolemment à lem- souverain prisonnier.
Q^pendanl les nàmistres qui avoient cru échapper avec quelque honneur au supplice d’agir , ne tarderont pas à recueillir le fruit de leur foibîesse. Ces mêmes factieux , qu’ils ont si habilement ménagés, leur feront sentir le mépris qu’inspire toujours une conduite lâche et tortueuse. Ils repousseront dédaigneusement leurs avances, et n’y répondront que par des sarcasmes et par des menaces.
Que feront, en des circonstances si difficiles pour eux , les hommes du présent ? Ils feront chaque jour ce qui leur paroitra le moins embarrassant chaque jour , la guerre s’ils y sont forcés , la paix s’ils le peuvent , et très-probablement dès lors ils ne feront comme elles devroient être faites, ni la guerre ni la paix. Ils s’exposeront, eux et l’état, à toutes les chances fâcheuses des résolutions opposées. Ils craindront le repos, ils craindront le mouvement, ils craindront tout, hors ce qu’il faudroit craindre. Ils diviseront,' ils décourageront l’opinion publique ; ils chercheront un allié dans le sommeil,' et que sait-on' •? ^nt-être un asile dans la miort.
' Cependant la révolution, qui ne sommeille jamais, les observe avec une joie mal dissimulée ; elle applaudit à leur timidité, elle flatte
leur indécision elle leur promet ses bonnes jp'âces s’ils persévèrent , et se montre prête à ouvrir ses rangs pour les recevoir. Mais recevra-t-elle aussi les Bourbons et la monarchie ?
Non , ce n’èst pas ainsi qu’on soutient les états , et Dieu les a établis sur d’aUtres bases que cette politique incertaine et honteuse. La justice et la vérité sont leurs fondements, et c’est par une volonté puissante qu’ils vivent. Le pouvoir qui hésite , cesse d’être pouvoir pendant qu’il hésite. On n’obéit qu’à celui qui commande ; et lorsque ceux qui ont le droit , qui ont le devoir de commander , se taisent , il en vient d’autres qui commandent sans droit ; et on obéit , parce qu’ils ont la force , et que les peuples ont le besoin d’obéir; c’est leur penchant , leur nature , leur être tout entier.
Que prévoir donc dans une position aussi étonnante que la nôtre ? Qu’est-ce que l’avenir nous réserve ? Sommes-nous destinés à subir des calamités nouvelles ? Le génie du mal l’emportera-t-il encore une fois ? Nous le demandons aux minbtres : eux seuls peuvent résoudre ces questions. Les destinées de la France et de ' l’Europe sont en leurs mains. Pour nous, sentinelle obscure et peut-être importune , nous ne pouvons que répéter ces paroles mémo-
râbles que fit entendre , dans la chaire chrétienne , un prélat illustre , au moment où nos longs malheurs alloient commencer : c( Nous » ne sonames ni prophète ni enfant de pro- » phète, les mystères du Très -Haut et les » secrets de l’avenir ne nous ont point été ré- » vêles; mais, voyant sur le soir le ciel en feu,, » nous nous sommes dit que la joui'née du n lendemain seroit brûlante ! »