‹ Extraits en prose de VoltaireChapitre 102 sur 259 · Vers de J.-B. Roiiss(?iiu · texte numérisé non relu

Vers de J.-B. Roiiss(?iiu

grandes beautés à la peinture. On cite surtout cet artifice avec lequel un peintre * mil un voile sur la tête d'Agamemnon, dans le sacrifice d'ipliigénie ; artifice cependant bien moins beau que si le peintre avait eu le secret de faire voir sur le visage d'Agamemnon le combat delà douleur d'un père, de l'autorité d'un monarque et du respect pour ses dieux; comme Rubens a eu l'art de peindre dans les regards et dans l'attitude de Marie de Médicis, la douleur de l'enfantement, la joie d'avoir un fils, et la complaisance dont elle envisage cet enfant.

En g(''néral les imaginations des peintres, quand elles ne sont qu'ingénieuses, font plus d'honneur à l'esprit de l'artiste qu'elles ne contribuent aux beautés de l'art. Toutes les compositions allégoriques ne valent pas la belle exécution de la main, qui fait le prix des tableaux.

Dans tous les arts la belle imagination est toujours naturelle : la fausse est celle qui assemble des objets incompatibles : la bizarre peint des objets qui n'ont ni analogie, ni allégorie, ni vraisemblance, comme des esprits qui se jettent à la tète dans leurs combats des montagnes chargées d'arbres, qui tirent du canon dans le ciel, qui font une chaussée dans le chaos; Lucifer qui se transforme en crapaud; un ange coupé en deux par un coup de canon, et dont les deux parties se rejoignent incontinent, etc...... L'imagination forte approfondit les objets; la

faible les effleure; la douce se repose dans les peintures agréables: l'ardente entasse images sur images; la sage est celle qui emploie avec choix tous ces différents caractères, mais qui admet très rarement le bizarre et rejette toujours le faux.

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