livre fait pour enseigner la vertu. Les éditions en furent
innombrables. J'en ai vu quatorze en langue anglaise. Il
est vrai qu'après la mort de ce monarque si craint, si
envié, si respecté de tous, et si haï de quelques-uns, quand
la malignité humaine a cessé de s'assouvir des allusions
prétendues qui censuraient sa conduite, les juges d'un
goût sévère' ont traité le Télémaque avec quelque rigueur.
Ils ont blcàmé les longueurs, les détails, les aventures trop
peu liées, les descriptions trop répétées et trop uniformes
de la vie champêtre; mais ce livre a toujours été regardé
comme un des beaux monuments d'un siècle florissant.
On peut compter parmi les productions d'un genre
unique les Caractères de La Bruyère. Il n'y avait pas chez
les anciens plus d'exemples d'un tel ouvrage que du
Télémaque. Un style rapide, concis, nerveux, des expressions
pittoresques, un usage tout nouveau de la langue, mais
qui n'en blesse pas les règles, frappèrent le public; et les
allusions qu'on y trouvait en foule achevèrent le succès.
Quand La Bruyère montra son ouvrage manuscrit à M. de
Malézieux^, celui-ci lui dit : « Voilà de quoi vous attirer
beaucoup de lecteurs et beaucoup d'ennemis. )) Ce livre
baissa dans l'esprit des hommes quand une génération
entière, attaquée dans l'ouvrage, fut passée. Cependant,