‹ Extraits en prose de VoltaireChapitre 139 sur 259 · Voy. p. 192, note · texte numérisé non relu

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2. Simple analogie sans portée. — Cela n'est vrai que des littératures.

comme celle des Grecs, qui se développent sans l'intervention démodules ni de maîtres étrangers.

stances que laissa Malherbe; et il y a grande apparence que, sans Pierre Corneille, le génie des prosateurs ne se serait pas développé.

Cet homme est d'autant plus admirable, qu'il n'était environné que de très mauvais modèles quand il commença à donner des tragédies. Ce qui devait encore lui fermer le bon chemin, c'est que ces mauvais modèles étaient estimés; et, pour comble de découragement, ils étaient favorisés par le cardinal de Richelieu, le protecteur des gens de lettres et non pas du bon goût. Il récompensait de misérables écrivains qui d'ordinaire sont rampants; et, par une hauteur d'esprit si bien placée ailleurs, il voulait abaisser ceux en qui il sentait avec quelque dépit un vrai génie, qui rarement se phe à la dépendance. Il est bien rare qu'un homme puissant, quand il est lui-même artiste, protège sincèrement les bons artistes.

Corneille eut à combattre son siècle, ses rivaux, et le cardinal de Richelieu. Je ne répéterai point ici ce qui a été écrit sur le Cid. Je remarquerai seulement que l'Académie, dans ses judicieuses* décisions entre Corneille et Scudéri, eut trop de complaisance pour le cardinal de Richelieu, en condamnant l'amour de Chimène. Aimer le meurtrier de son père, et poursuivre la vengeance de ce meurtre, était une chose admirable. Vaincre son amour eût été un défaut capital dans l'art tragique, qui consiste principalement dans les combats du cœur; mais l'art était inconnu alors à tout le monde, hors à l'auteur.

Le Cid ne fut pas le seul ouvrage de Corneille que le cardinal de Richelieu voulut rabaisser. L'abbé d'Aubignac nous apprend que ce ministre désapprouva Polyeiide-.

1 Plus timides encore que juiiicie\ises.

5J. L'hôtel Rambouillet égale-

ment : on ne trouvait pas Polyeucte assez palant. Au fond, c'est aussi l'avis de Voltaire.

Le Cid, après tout, était une imitation très embellie de Guillcm (le Castro, et en plusieurs endroits une traduction. China, qui le suivit, était unique. J'ai connu un ancien domestique de la maison de Coudé, qui disait que le grand Condé, à l'âge de vingt ans, étant à la première représenLition de Cinna, versa des larmes à ces paroles d'Auguste :

Je suis maître de moi comme de l'univei'S ; Je le suis, je veux l'être. 0 siècles! ô mémoire! Conservez à jamais ma dernière victoire. Je triomphe aujourd'hui du pkis juste courroux De qui le souvenir puisse aller jusqu'à vous : Soyons amis, Cinna, c'est moi qui t'en convie.

C'étaient là des larmes de héros. Le grand Corneille faisant pleurer le grand Condé d'admiration est une époque bien célèbre dans l'histoire de l'esprit humain*.

La quantité de pièces indignes de lui qu'il fit plusieurs années après n'empêcha pas la nation de le regarder comme un grand homme, ainsi que les fautes considérables d'Homère n'ont jamais empêché qu'il ne fût sublime. C'est le privilège du vrai génie, et surtout du génie qui ouvre une carrière, de faire impunément de grandes fautes.

Corneille s'était formé tout seul; mais Louis XIV, Colbert, Sophocle, et Euripide, contribuèrent tous à former Racine. Une ode qu'il composa à l'âge de dix-huit ans*, pour le mariage du roi, lui attira un présent qu'il n'attendait pas 5, et le détermina à la poésie. Sa réputation s'est accrue de jour en jour, et celle des ouvrages de Corneille a un peu

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