‹ Extraits en prose de VoltaireChapitre 20 sur 259 · VI. — BATAILLE DE ROCROI · texte numérisé non relu

VI. — BATAILLE DE ROCROI

Le fort de la guerre' était du côté de la Flandre; les troupes espagnoles sortirent des frontières du Hainaut au nombre de vingt-six mille hommes, sous la conduite d'un vieux général expérimenté, nommé don Francisco de Mello. Ils vinrent ravager les frontières de la Champagne; ils attaquèrent Rocroi, et ils crurent pénétrer bientôt jusqu'aux portes de Paris, comme ils avaient fait huit ans auparavant-. La mort de Louis XllI, la faiblesse d'une minorité, relevaient leurs espérances ; et quand ils virent qu'on ne leur opposait qu'une armée inférieure en nombre, commandée par un jeune homme de vingt-un ans, leur espérance se changea en sécurité.

Ce jeune homme sans expérience, qu'ils méprisaient, était Louis de Bourbon, alors duc d'Enghien, connu depuis sous le nom de grand Coudé. La plupart des grands capitaines sont devenus tels par degrés. Ce prince était né général; l'art de la guerre semblait en lui un instinct naturel : il n'y avait en Europe que lui et le Suédois Tors tenson qui eussent eu à vingt ans ce génie qui peut se passer de l'expérience^.

1. La guerre de Trente ans : la France soutenait alors la lutte contre les Impériaux et l'Espagne.

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