‹ Extraits en prose, philosophie, histoire, littérature, mélangesChapitre 106 sur 207 · FAIBLE · texte numérisé non relu

FAIBLE

Un ouvrage peut être faible par les pensées ou par le style : par les pensées, quand elles sont trop communes, ou lorsque, étant justes, elles ne sont pas assez approfondies; par le style, quand il est dépourvu d'images, de tours, de figures qui réveillent Tattention. Les oraisons funèbres de Mascaron sont faibles, et son style n'a point de vie, en comparaison de Bossuet.

Toute harangue est faible quand elle n'est pas relevée par des tours ingénieux et par des expressions énergiques; mais un plaidoyer est faible quand , avec tout le secours de l'éloquence et toute la véhémence de l'action, il manque de raison. Nul ouvrage philosophique n'est faible, malgré la faiblesse d'un style lâche, quand le raisonnement est juste et profond. Une tragédie est faible, quoique le style en soit fort, quand l'intérêt n'est pas soutenu. La comédie la mieux écrite est faible, si elle manque de ce que les Latins appelaient vis comica, « la force comique » : c'est ce que César reproche à Térence :

Lenibus atque utinam scripUs adjuncta foret vis Comica ^!

C'est surtout en quoi a péché souvent la comédie nommée larmoyante. Les vers faibles ne sont pas ceux qui pèchent contre les règles, mais contre le génie; qui, dans leur mécanique, sont sans variété, sans choix de termes, sans heureuses inversions, et qui, dans leur poésie, conservent trop la simplicité de la prose. On ne peut mieux sentir cette différence qu'en comparant les endroits que Racine et Campistron, son imitateur, ont traités.

{Dict. phil.)

1. Il Pourquoi faut-il que la force comique ait manqué à des vers si doux!

312 VOLTAIUE

Fierté est une des expressions qui, n'ayant d'abord été employées que dans un sens odieux, ont été ensuite détournées à un sens favorable.

C'est un crime quand ce mot signifie la vanité hautaine, altière, orf,'ueilleuse , dédaigneuse : c'est presque une louange quand il signifie la hauteur d'une ame noble.

C'est un juste éloge dans un général qui marche avec fierté à l'ennemi. Les écrivains ont loué la fierté de la démarche de Louis XIV : ils auraient dû se contenter d'en remarquer la noblesse.

La fierté de l'ame, sans hauteur, est un mérite compatible avec la modestie. Il n'y a que la fierté dans l'air et dans les manières qui choque; elle déplaît dans les rois mêmes.

La fierté dans l'extérieur, dans la société , est l'expression de l'orgueil : la fierté dans l'ame est de la grandeur.

Les nuances sont si délicates, qu'esprit fier est un blâme, ame fière une louange; c'est que par esprit fier on entend un homme qui pense avantageusement de soi-même , et par ame fière on entend des sentiments élevés.

La fierté annoncée par l'extérieur est tellement un défaut, que les petits qui louent bassement les grands de ce défaut sont obligés de l'adoucir, ou plutôt de le relever par une èpithcte : cette noble fierté. Elle n'est pas simplement la vanité, qui consiste à se faire valoir par les petites choses; elle n'est pas la présomption, qui se croit capable des grandes; elle n'est pas le dédain, qui ajoute encore le mépris des autres à l'air de la grande opinion de soi-même; mais elle sallie intimement avec tous ces défauts.

On s'est servi de ce mot dans les romans et dans les vers, surtout dans les opéras, pour exprimer la sévérité de la pudeur; on y rencontre partout vaine fierté, rigoureuse fierté.

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