‹ Extraits en prose, philosophie, histoire, littérature, mélangesChapitre 13 sur 207 · EXISTENCE DE DIEU · texte numérisé non relu

EXISTENCE DE DIEU

n'est pas matériel? » 11 faut donc, ou que vous avouiez que la cause peut communiquer quelque chose de positif qu'elle n'a pas, ou que la matière n'a point de cause de son existence ; ou enfin que vous souteniez que la matière est une pure négation et une limitation ; ou bien, si ces trois parties sont absurdes, il faut que vous avouiez que l'existence des êtres intelligents ne prouve pas plus que l'être existant par lui-même est un être intelligent, que l'existence des êtres matériels ne prouve que l'être existant par lui-même est matière ; car la chose est absolument semblable. On dira la même chose du mouvement. A l'égard du mot de perfection, on en abuse ici visiblement ; car, qui osera dire que la matière est une imperfection, et la pensée une perfection? Je ne crois pas que personne ose décider ainsi de l'essence des choses. Et puis, que veut dire perfection? Est-ce perfection par rapport à Dieu, ou par rapport à nous?

Je sais que l'on peut dire que cette opinion ramènerait au spinosisme ; à cela je pourrais répondre que je n'y puis que faire, et que mon raisonnement, s'il est bon, ne peut devenir mauvais par les conséquences qu'on en peut tirer. Mais, de plus, rien ne serait plus faux que cette conséquence ; car cela prouverait seulement que notre intelligence ne ressemble pas plus à l'intelligence de Dieu, que notre manière d'être étendu ne ressemble à la manière dont Dieu remplit l'espace. Dieu n'est point dans le cas des causes que nous connaissons ; il a pu créer l'esprit et la matière, sans être ni matière ni esprit ; ni l'un ni l'autre ne dérivent de lui, mais sont créés par lui. Je ne connais pas le quomodo, il est vrai : j'aime mieux m'arrêter que de m'égarer ; son existence m'est démontrée ; mais pour ses attributs et son essence, il m'est je crois, démontré que je ne suis pas fait pour les comprendre.

Dire que Dieu n'a pu faire ce monde ni nécessairement ni librement, n'est qu'un sophisme qui tombe de lui-même dès qu'on a prouvé qu'il y a un Dieu, et que le monde n'est pas Dieu; et cette objection se réduit seulement à ceci :'« Je ne puis comprendre que Dieu ait créé l'univers plutôt dans un temps que dans un autre ; donc il ne l'a pu créer. » C'est comme

si l'on disait : « Je ne puis comprendre pourquoi un tel homme ou un tel cheval n'a pas existé mille ans auparavant; donc leur existence est impossible. » De plus, la volonté libre de Dieu est une raison suffisante du temps dans lequel il a voulu créer le monde. Si Dieu existe, il est libre ; et il ne le serait pas s'il était toujours déterminé par une raison suffisante, et si sa volonté ne lui en servait pas. D'ailleurs, cette raison suffisante serait-elle dans lui ou hors de lui ? Si elle est hors de lui , il ne se détermine donc pas librement; si elle est en lui, qu'est-ce autre chose que sa volonté?

Les lois mathématiques-sont immuables, il est vrai; mais il n'était pas nécessaire que de telles lois fussent préférées h d'autres. Il n'était pas nécessaire que la terre fût placée où elle est; aucune loi mathématique ne peut agir par ellemême; aucune n'agit sans mouvement, le mouvement n'existe point par lui-même ; donc il faut recourir ci un premier moteur. J'avoue que les planètes, placées à telle distance du soleil, doivent parcourir leurs orbites selon les lois qu'elles observent, que même leur distance peut être réglée par la quantité de matière qu'elles renferment. Mais pourrat-on dire qu'il était nécessaire qu'il y eût un certain nombre d'étoiles, que ce nombre ne peut être augmenté ni diminué, que sur la terre il est d'une nécessité absolue et inhérente dans la nature des choses qu'ily eût un certain nombre d'êtres? Non, sans doute, puisque ce nombre change tous les jours. Donc toute la nature, depuis l'étoile la plus éloignée jusqu'à un brin d'herbe, doit être soumise à un premier moteur.

Quant à ce qu'on objecte, qu'un pré n'est pas essentiellement fait pour des chevaux, etc., on ne peut conclure de là qu'il n'y ait point de cause finale, mais seulement que nous ne connaissons pas toutes les causes finales. Il faut ici surtout raisonner de bonne foi, et ne point chercher à se tromper soi-même ; quand on voit une chose qui a toujours le même effet , qui n'a uniquement que cet effet, qui est composée d'une infinité d'organes, dans lesquels il y a une infinité de mouvements qui tous concourent à la même production, il me semble qu'on ne peut, sans une secrète

EXISTEiNCE DE DIEU 21

répugnance, nier une cause finale. Le germe de tous les végétaux, de tous les animaux, est dans ce cas: ne faut-il pas être un peu hardi pour dire que tout cela ne se rapporte à aucune fin?

Je conviens qu'il n'y a point de démonstration proprement dite qui prouve que l'estomac est fait pour digérer, comme il n'y a point de démonstration qu'il fait jour; mais les matérialistes sont bien loin de pouvoir démontrer aussi que l'estomac n'est pas fait pour digérer: qu'on juge seulement avec équité, comme on juge des choses dans le cours ordinaire, quelle est l'opinion la plus probable.

A l'égard des reproches d'injustice et de cruauté qu'on fait à Dieu, je réponds d'abord que, supposé qu'il y ait un mal moral (ce qui me paraît une chimère), ce mal moral est tout aussi impossible à expliquer dans le système de la matière que dans celui d'un Dieu. Je réponds ensuite que nous n'avons d'autres idées de la justice que celles que nous nous sommes formées de toute action utile à la société, et conformes aux lois établies par nous pour le bien commun; or, cette idée n'étant qu'une idée de relation d'homme à homme, elle ne peut avoir aucune analogie avec Dieu. Il est tout aussi absurde de dire de Dieu en ce sens que Dieu est juste ou injuste, que de dire : « Dieu est bleu ou carré. »

Il est donc insensé de reprocher à Dieu que les mouches soient mangées par les araignées, et que les hommes ne vivent que quatre-vingts ans, qu'ils abusent de leur liberté pour se détruire les uns les autres, qu'ils aient des maladies, des passions cruelles, etc. : car nous n'avons certainement aucune idée que les hommes et les mouches dussent être éternels. Pour bien assurer qu'une chose est mal, il faut voir en même temps qu'on pourrait mieux faire. Nous ne pouvons certainement juger qu'une machine est imparfaite que par l'idée de la perfection qui lui manque : nous ne pouvons, par exemple, juger que les trois côtés d'un triangle sont inégaux, si nous n'avons l'idée d'un triangle équilatéral; nous ne pouvons dire qu'une montre est mauvaise, si nous n'avons une

idée distincte d'un certain nombre d'espaces égaux que l'aiguille de cette montre doit également parcourir. Mais qui aura une idée selon laquelle ce monde-ci déroge h la sagesse divine?

Dans l'opinion^u'il y a un Dieu il se trouve des difficultés ; mais dans l'opinion contraire il y a des absurdités : et c'est ce qu'il faut examiner avec application, en faisant un petit précis de ce qu'un matérialiste est obligé de croire.

Conséquences nécessaires de Vopinion des matérialistes.

11 faut qu'ils disent que le monde existe nécessairement et par lui-même ; de sorte qu'il y aurait de la contradiction dans les termes à dire qu'une partie de la matière pourrait n'exister pas, ou pourrait exister autrement qu'elle est : il faut qu'ils disent que le monde matériel a en soi essentiellement la pensée et le sentiment, car il ne peut les acquérir, puisque, en ce cas, ils lui viendraient de rien ; il ne peut les avoir d'ailleurs, puisqu'il est supposé être tout ce qui est. Il faut donc que cette pensée et ce sentiment lui soient inhérents comme l'étendue, la divisibilité, la capacité du mouvement, sont inhérentes à la matière ; et il faut, avec cela, confesser qu'il n'y a qu'un petit nombre de parties qui aient ce sentiment et cette pensée essentielle au total du monde ; que ces sentiments et ces pensées, quoique inhérents dans la matière, périssent cependant à chaque instant ; ou bien il faudra avancer qu'il y a une arae du monde qui se répand dans les corps organisés; et alors il faudra que cette ame soit autre chose que le monde. Ainsi, de quelque côté que l'on se tourne, on ne trouve que des chimères qui se détruisent.

Les matérialistes doivent encore soutenir que le mouvement est essentiel à la matière. Ils sont par là réduits à dire que le mouvement n'a jamais pu ni ne pourra jamais augmenter ni diminuer; ils seront forcés d'avancer que cent mille hommes qui marchent à la fois, et cent coups de canon que l'on tire, ne produisent aucun mouvement nouveau dans

la nature. Il faudra encore qu'ils assurent qu'il n'y a aucune liberté, et par là, qu'ils détruisent tous les liens delà société, et qu'ils croient une fatalité tout aussi difficile à comprendre que la liberté, mais qu'eux-mêmes démentent dans la pratique. Qu'un lecteur équitable, ayant mûrement pesé le pour et le contre de l'existence d'un Dieu créateur, voie à présent de quel côté est la vraisemblance.

Après nous être ainsi traînés de doute en doute, et de conclusion en conclusion, jusqu'à pouvoir regarder cette proposition : Il y a un Dieu, comme la chose la plus vraisemblable que les hommes puissent penser, et après avoir vu que la proposition contraire est une des plus absurdes ; il semble naturel de rechercher quelle relation il y a entre Dieu et nous ; de 'voir si Dieu a établi des lois pour les êtres pensants, comme il y a des lois mécaniques pour les êtres matériels; d'examiner s'il y a une morale, et ce qu'elle peut être; s'il y a une religion établie par Dieu même. Ces questions sont d'une importance à qui tout cède, et les recherches dans lesquelles nous amusons notre vie sont bien frivoles en comparaison.

{Traité de Métaphysique.)

La connaissance d'un Dieu n'est point empreinte en nous par les mains de la nature; car tous les hommes auraient la même idée, et nulle idée ne naît avec nous. Elle ne nous vient point comme la perception de la lumière, de la terre, etc., que nous recevons dès que nos yeux et notre entendement s'ouvrent. Est-ce une idée philosophique? Non. Les hommes ont admis des dieux avant qu'il y eût des philosophes.

D'où est donc dérivée cette idée ? Du sentiment et de cette logique naturelle qui se développe avec l'âge dans les hom-

mes les plus grossiers. On a vu des effets étonnants de 1.. nature, des moissons et des stérilités, des jours sereins e des tempêtes, des bienfaits et des fléaux, et on a senti ur maître. 11 a fallu des chefs pour gouverner des sociétés, et on a eu besoin d'admettre des souverains de ces souverains nouveaux que la faiblesse humaine s'était donnés, des êtres dont le pouvoir suprême fit trembler des hommes qui pouvaient accabler leurs égaux. Les premiers souverains ont à leur tour employé ces notions pour cimenter leur puissance. Voilà les premiers pas, voilà pourquoi chaque petite société avait son dieu. Ces notions étaient grossières parce que tout l'était. Il est très naturel de raisonner par analogie. Une société sous un chef ne niait point que la peuplade voisine n'eût aussi son juge, son capitaine ; par conséquent elle ne pouvait nier qu'elle n'eût aussi son dieu. Mais comme chaque peuplade avait intérêt que son capitaine fût le meilleur, elle avait intérêt aussi à croire, et par conséquent elle croyait que son dieu était le plus puissant. De là ces anciennes fables si longtemps généralement répandues, que les dieux d'une nation combattaient contre les dieux d'une autre. De là tant de passages dans les livres hébreux qui décèlent à tout moment l'opinion où étaient les Juifs, que les dieux de leurs ennemis existaient, mais que le Dieu des Juifs leur était supérieur.

Cependant il y eut des prêtres, des mages, des philosophes, dans les grands États, où la société perfectionnée pouvait comporter des hommes oisifs, occupés de spéculations.

Quelques-uns d'entre eux perfectionnèrent leur raison jusqu'à reconnaître en secret un Dieu unique et universel. Ainsi, quoique chez les anciens Égyptiens on adorât Osiri, Osiris, ou plutôt Osireth (qui signifie cette terre est à moi) ; quoiqu'ils adorassent encore d'autres êtres supérieurs, cependant ils admettaient un Dieu suprême, un principe unique qu'ils appelaient Knef, et dont le symbole était une sphère posée sur le frontispice du temple.

Sur ce modèle les Grecs eurent leur Zeus, leur Jupiter, maître des autres dieux, qui n'étaient que ce que sont les

anges chez les Babyloniens et chez les Hébreux, et les saints chez les chrétiens de la communion romaine.

C'est une question plus épineuse qu'on ne pense, et très peu approfondie, si plusieurs dieux égaux en puissance pourraient subsister à la fois.

Nous n'avons aucune notion adéquate de la Divinité, nous nous traînons seulement de soupçons en soupçons, de vraisemblances en probabilités. Nous arrivons à un très petit nombre de certitudes. Il y a quelque chose, donc il y a quelque chose d'éternel, car rien n'est produit de rien. Voilà une vérité certaine sur laquelle votre esprit se repose. Tout ouvrage qui nous montre des moyens et une fin, annonce un ouvrier ; donc cet univers composé de ressorts, de moyens dont chacun a sa fin, découvre un ouvrier très puissant, très intelligent. Voilà une probabilité qui approche de la plus grande certitude; mais cet artisan suprême est-il infini? est-il partout? est-il en un lieu? Comment répondre à cette question avec notre intelligence bornée et nos faibles connaissances ?

Ma seule raison me prouve un être qui a arrangé la matière de ce monde ; mais ma raison est impuissante à me prouver qu'il ait fait cette matière, qu'il l'ait tirée du néant. Tous les sages de l'antiquité, sans aucune exception, ont cru la matière éternelle et subsistante par elle-même. Tout ce que je puis faire sans le secours d'une lumière supérieure, c'est donc de croire que le Dieu de ce monde est aussi éternel et existant par lui-même. Dieu et la matière existent par la nature des choses. D'autres dieux ainsi que d'autres mondes ne subsisteraient-ils pas? Des nations entières, des écoles très éclairées ont bien admis deux dieux dans ce monde-ci, l'un la source du bien, l'autre la source du mal. Ils ont admis une guerre interminable entre deux puissances égales. Certes la nature peut plus aisément soutTrir dans l'immensité de l'espace plusieurs êtres indépendants, maîtres absolus chacun dans leur étendue, que deux dieux bornés et impuissants dans ce monde, dont l'un ne peut faire le bien, et l'autre ne peut faire le mal.

Si Dieu et la matière existent de toute éternité, comme

l'antiquité l'a cru, voilà deux êtres nécessaires; or, s'il v a deux êtres nécessaires, il peut y en avoir trente. Ces seuls doutes, qui sont le germe d'une infinité de réflexions, servent au moins à nous convaincre de la faiblesse de notre entendement. Il faut que nous confessions notre ignorance sur la nature de la Divinité avec Cicéron. ^ous n'en saurons jamais plus que lui.

Les écoles ont beau nous dire que Dieu est infini négativement et non privativement, /br/naZiier et non materialiter ; qu'il est le premier, le moyen, et le dernier acte ; qu'il est partout sans être dans aucun lieu; cent pages de commentaires sur de pareilles définitions ne peuvent nous donner la moindre lumière. Nous n'avons ni degré, ni point d'appui pour monter à de telles connaissances. Nous sentons que nous sommes sous la main d'un être invisible ; c'est tout, et nous ne pouvons faire un pas au delà. Il y a une témérité insensée à vouloir deviner ce que c'est que cet être, s'il est étendu ou non, s'il existe dans un lieu ou non, comment il existe, comment il opère.

Je crains toujours de me tromper; mais tous les monuments me font voir, avec évidence, que les anciens peuples policés reconnaissaient un Dieu suprême. Il n'y a pas un seul livre, une médaille, un bas-felief, une inscription, où il soit parlé de Junon, de Minerve, de Neptune, de Mars, et des autres dieux, comme d'un être formateur, souverain de toute la nature. Au contraire, les plus anciens livres profanes que nous ayons, Hésiode et Homère, représentent leur Zeus comme seul lançant la foudre, comme seul maître des dieux et des hommes ; il punit même les autres dieux ; il attache Junon à une chaîne ; il chasse Apollon du ciel.

L'ancienne religion des brachmanes, la première qui admit des créatures célestes, la première qui parla de leur rébellion, s'explique d'une manière sublime sur l'unité et la puissance de Dieu, comme nous l'avons vu à l'article Ange.

Les Chinois, tout anciens qu'ils sont, ne viennent qu'après les Indiens ; ils ont reconnu un seul Dieu de temps immémorial ; point de dieux subalternes, point de génies ou dé-

raons médiateurs entre Dieu et les hommes, point d'oracles, point de dogmes abstraits, point de disputes théologiques chez les lettrés ; l'empereur fut toujours le premier pontife, la religion fut toujours auguste et simple : c'est ainsi que ce vaste empire, quoique subjugué deux fois, s'est toujours conservé dans son intégrité, qu'il a soumis ses vainqueurs à ses lois, et que, malgré les crimes et les malheurs attachés à la race humaine, il est encore l'État le plus florissant de la terre.

Les mages de Chaldée, les Sabéens, ne reconnaissaient qu'un seul Dieu suprême, et l'adoraient dans les étoiles qui sont son ouvrage.

Les Persans l'adoraient dans le soleil. La sphère posée sur le frontispice du temple de Memphis était l'emblème d'un Dieu unique et parfait, nommé Knef -par les Égyptiens.

Le titre de Detis optimus inajcimus n'a jamais été donné par les Romains qu'au seulJupiter :

Hominum sator atque deoi'um.

On ne peut trop répéter cette grande vérité que nous indiquons ailleurs.

Cette adoration d'un Dieu suprême est confirmée depuis Romulus jusqu'à la destruction entière de l'empire, et à celle de sa religion. Malgré toutes les folies du peuple qui vénérait des dieux secondaires et ridicules, et malgré les épicuriens qui au fond n'en reconnaissaient aucun, il est avéré que les magistrats et les sages adorèrent dans tous les temps un Dieu souverain.

Dans le grand nombre de témoignages qui nous restent de cette vérité, je choisirai d'abord celui de Maxime de T}t, qui florissait sous les Antonins, ces modèles de la vraie piété, puisqu'ils l'étaient de l'humanité. Voici ses paroles dans son discours intitulé : De Dieu selon Platon. Le lecteur qui veut s'instruire est prié de les bien peser.

« Les hommes ont eu la faiblesse de donner à Dieu une tigure humaine, parce qu'ils n'avaient rien vu au-dessus de l'homme; mais il est ridicule de s'imaginer, avec Homère, que Jupiter ou la suprême divinité a les sourcils noirs et les

cheveux d'or, et qu'il ne peut les secouer sans ébranler le ciel.

« Quand on interroge les hommes sur la nature de la Divinité, toutes leurs réponses sont différentes. Cependant, au milieu de cette prodigieuse variété d'opinions, vous trouverez un même sentiment par toute la terre : c'est qu'il n'y a qu'un seul Dieu, qui est le père de tous, » etc.

Qjl2 deviendront, après cet aveu formel et après les discours immortels des Cicéron, des Anlonin, des Épictète ; que deviendront, dis-je, les déclamations que tant de pédants ignorants répètent encore aujourd'hui? A quoi serviront ces éternels reproches d'un polythéisme grossier et d'une idolâtrie puérile, qu'à nous convaincre que ceux qui les font n'ont pas la plus légère connaissance de la sainte antiquité? Ils ont pris les rêveries d'Homère pour la doctrine des sages.

Faut-il un témoignage encore plus fort et plus expressif? Vous le trouverez dans la lettre de Maxime de Madaure à saint Augustin ; tous deux étaient philosophes et orateurs ; du moins ils s'en piquaient: ils s'écrivaient librement; ils étaient amis autant que peuvent l'être un homme de l'ancienne religion et un de la nouvelle.

Lisez la lettre de Maxime de Madaure, et la réponse de

l'évêque d'Hippone

(Dict. phil.)

Page 1