‹ Extraits en prose, philosophie, histoire, littérature, mélangesChapitre 153 sur 207 · DU VRAI DANS LES OUVRAGES · texte numérisé non relu

DU VRAI DANS LES OUVRAGES

11 est vrai physiquement qa'Hippolyte ne serait pas au monde sans sa mèi-e : mais il n'est pas dans le vrai des mœurs, dans le caractère d'un gouverneur sage, d'inspirer à son pupille de faire l'amour contre la défense de son père.

Les autres héros qu'il fait parler ne disent pas toujours des choses fortes et sublimes ; mais ils en disent toujours de vraies ; au contraire de Corneille, qui s'égare trop souvent dans un pompeux et vain étalage de déclamations ampoulées et frivoles. Il est si condamnable sur cet article que, si la plupart de ses pièces étaient nouvelles, je ne crois pas que les beautés en rachetassent les défauts, quelque grandes qu'elles puissent être.

C'est pécher contre le vrai que de peindre Cinna comme un conjuré incertain, entraîné malgré lui dans la conspiration contre Auguste, et de faire ensuite conseiller à Auguste, par ce même Cinna, de garder l'empire pour avoir un prétexte de l'assassiner. Ce trait n'est pas conforme à son caractère. U n'y a là rien de vrai. Corneille pèche contre cette loi dans des détails innombrables.

Molière est vrai dans tout ce qu"il dit.

Il y a aussi une autre espèce de vrai qu'on recherche dans les ouvrages; c'est la conformité de ce que dit un auteur avec son âge, son caractère, son état. Le public n'a jamais bien accueilli des vers tendres pour une Iris en l'air, ni des ouvrages de morale faits par des gens purement beaux esprits, auxquels il est égal de travailler sur des sujets de dévotion et de galanterie. Ces ouvrages sont presque toujours insipides, parce qu'ils ne sont point partis du cœur d'un homme pénétré. Ce vrai manque trop souvent aux ouvrages de Rousseau.

Et cherchez loin de Paris jusqu'à Rome, Ouc ua verrez sot qui soit honnête homme.

Cela n'est pas dans le vrai. Il y a des esprits extrêmement bornés qui ont beaucoup de vertu ; et on ne pourra pas dire que Sylla, Marius, tous les chefs des guerres civiles, les

Borgia, les Cromwell, et tant d'autres fussent des imbéciles,

des sots.

Nul n'est, en tout, si bien traité qu'un sot.

11 n'y a rien de si faux que cette maxime. Un sot est peu fêlé; et les gens d'esprit, d'un bon caractère, sont l'arae de

la société.

Vous êtes-vous, seigneur, imaginé, Le cœur humain de près examiné, Eu y portant le compas et l'équcrre.

Que l'amitié par l'estime s'acquière ?

Oui, sans doute; elle commence par l'estime; et c'est se moquer du monde, que de prétendre qu'un homme qui a des talents estimables n'ait pas une grande avance pour se faire des amis. Il faut que son caractère les mérite ; mais l'estime prépare cette amitié. 11 y a même quelque chose de révoltant à supposer que [dus on est estimable, et moins on sera en état d'avoir lamitié des honnêtes gens. Ce sentiment absurde est pernicieux ; et, en général, il faut remarquer que tout ce qui n'est que paradoxe déplaît aux esprits bien faits.

Morosophie inventa l'art d'écrire...

Mille autres arts encor plus détestables Eurent le fruit de ses soius redoutables.

C'est outrager la vérité et le bon sens, que de venir nous dire que Morosophie, c'est-à-dire, en bon français, la Folie, a inventé un des arts les plus utiles aux hommes ; et, quand on songe que c'est un écrivain qui dit cela, on ne peut s'empêcher de lever les épaules. Il y a cent exemples frappants de ces paradoxes faux et insoutenables dans Rousseau, qu'il faut lire avec une précaution extrême. En un mot, la principale règle pour lire les auteurs avec fruit, c'est d'examiner si ce qu'ils disent est vrai en général ; s'il est vrai dans les occasions où ils le disent ; s'il est vrai dans la bouche des personnages qu'on fait parler ; car enfin la vérité est toujours la première beauté, et les autres doivent lui servir d'ornement. C'est la pierre de touche dans toutes les langues et dans tous les genres d'écrire.

{Connaissance des beautés et des défauts de la poésie, etc.)

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