‹ Extraits en prose, philosophie, histoire, littérature, mélangesChapitre 16 sur 207 · Boilcau, É[). V · texte numérisé non relu

Boilcau, É[). V

Mais, s'il y avait des millions d'êtres qui fussent tout autre chose que notre matière, dont nous ne connaissons que les apparences, et tout autre chose que notre esprit, notre souffle idéal, dont nous ne savons précisément rien du tout ? et qui pourra m'assurer que ces millions d'êtres n'existent pas ? et qui pourra soupçonner que Dieu, démontré existant par ses elfets, n'est pas inflniment différent de tous ces êtres-là, et que l'espace n'est pas un de ces êtres ?

Nous sommes bien loin de dire avec Lucrèce :

ErçjO, prœter inane etcorpora, tertia per se Nulla potest reymm in numéro natuva referri.

Hors le corps et le vide, il n'est rien dans le monde.

Mais oserons-nous croire avec lui que l'espace infini existe ?

A-t-on jamais pu répondre à son argument : « Lancez une flèche des bornes du monde, tombera-t-elle dans le rien, dans le néant? »

Clarke, qui parlait au nom de Newton, prétend que « l'espace a des propriétés, qu'il est étendu, qu'il est mesurable ; donc il existe ; » mais si on lui répond qu'on met quelquechose là où il n'y avait rien, que répliqueront Newton et Clarke ?

Newton regarde l'espace comme le sensorium de Dieu. J'ai cru entendre ce grand mot autrefois, car j'étais jeune ; à présent je ne l'entends pas plus que ses explications de l'Apocalypse. L'espace sensorium de Dieu, l'organe intérieur de Dieu! je m'y perds, et lui aussi. 11 crut, au rapport de Locke, qu'on pouvait expliquer la création en supposant que Dieu, par un acte de sa volonté et de son pouvoir, avait rendu l'espace impénétrable. Il est triste qu'un génie tel que Newton ait dit des choses si inintelligibles.

{Dict.2^Ml.)

ESPRIT HUMAIN (BORNES DE l').

On demandait un jour à Newton pourquoi il marchait quand il en avait envie, et comment son bras et sa main se remuaient à sa volonté. Il répondit bravement qu'il n'en savait rien. « Mais du moins, lui dit-on, vous qui connaissez si bien la gravitation des planètes, vous me direz par quelle raison elles tournent dans un sens plutôt que dans un autre ; » et il avoua encore qu'il n'en savait rien.

Ceux qui enseignèrent que l'Océan était salé de peur qu'il ne se corrompît, et que les marées étaient faites pour conduire nos vaisseaux dans nos ports , furent un peu honteux quand on leur répliqua que la Méditerranée a des ports et point de reflux. Musschenbroek lui-même est tombé dans cette inadvertance.

Quelqu'un a-t-il jamais pu dire précisément comment une bûche se change dans son foyer en charbon ardent, et par quelle mécanique la chaux s'enflamme avec de l'eau fraîche?

Le premier principe du mouvement du cœur dans les animaux est-il bien connu? sait-on bien nettement comment la génération s'opère? a-t-on deviné ce qui nous donne les sensations, les idées, la mémoire? Nous ne connaissons pas plus l'essence de la matière que les enfants qui en touclient la superficie.

Qui nous apprendra par quelle mécanique ce grain de blé que nous jetons en terre se relève pour produire un tuyau chargé d'un épi, et comment le même sol produit une pomme au haut de cet arbre, et une châtaigne à l'arbre voisin ? Plusieurs docteurs ont dit : « Que ne sais-je pas? » Montaigne disait : « Que sais-je? »

Décideur impitoyable, pédagogue à phrases, raisonneur fouri'é, tu cherches les bornes de ton esprit. Elles sont au bout de ton nez.

GUERTxE So

Pai'le : 77i' apprendras-tu par quels subtils ressorts L'éternel artisan fait végéter les corps? etc. i.

Nos bornes sont donc partout ; et avec cela nous sommes orgueilleux comme des paons, que nous prononçons pans.

{Dict. phil.)

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