‹ Extraits en prose, philosophie, histoire, littérature, mélangesChapitre 21 sur 207 · HOMME · texte numérisé non relu

HOMME

Pour connaître le physique de l'espèce humame, il faut lire les ouvrages d'anatomie, les articles du Dictionnaire encyclopédique par M. Venel, ou plutôt faire un cours d'anatomie

Pour connaître l'homme qu'on appelle moral, il faut surtout avoir vécu et réfléchi.

Tous les livres de morale ne sont-ils pas renfermes dans ces paroles de Job : « Homo natus de muliere, brevi vivens tempore repleturmultis miseriis; qui quasi flos egreditur etconteritur et fugit velut umbra ? L'homme né de la femme vit peu -'il est rempli de misères ; il est comme une fleur qui Vépànouit, se flétrit, et qu'on écrase; il passe comme une

ombre. » , , .

Nous avons déjà vu que la race humaine na qu environ vin-t-deux ans à vivre, en comptant ceux qui meurent sur le sein de leurs nourrices, et ceux qui traînent jusqu a cent ans les restes d'une vie imbécile et misérable.

C'e^t un bel apologue que cette ancienne fable du premier homme, qui était destiné d'abord à vivre vingt ans tout au plus • ce qui se réduisait à cinq ans, en évaluant une vie avec

une autre. L'homme était désespéré ; il avait auprès de lui une chenille, un papillon, un paon, un cheval, un renard et un singe.

« Prolonge ma vie, dit-il à Jupiter; je vaux mieux que tous ces animaux-là : il est juste que moi et mes enfants nous vivions très longtemps pour commander à toutes les bêtes. — Volontiers , dit Jupiter; mais je n'ai qu'un certain nombre de jours à partager entre tous les êtres à qui j'ai accordé la vie. Je ne puis te donner qu'en retranchant aux autres. Car ne t'imagine pas , parce que je suis Jupiter, que je sois infini et tout-puissant : j'ai ma nature et ma mesure. Çà, je veux bien t'accorder quelques années de plus, en les ôtant à ces six animaux dont tu es jaloux, à condition que tu auras successivement leurs manières d'être. L'homme sera d'abord chenille, en se traînant comme elle dans sa première enfance. 11 aura jusqu'à quinze ans la légèreté d'un papillon; dans sa jeunesse, la vanité d'un paon. 11 faudra, dans l'âge viril, qu'il subisse autant de travaux que le cheval. Vers les cinquante ans, il aura les ruses du renard ; et dans sa vieillesse il sera laid et ridicule comme un singe. » C'est assez là en général le destin de l'homme.

Remarquez encore que, malgré les bontés de Jupiter, cet animal, toute compensation faite, n'ayant que vingt-deux à vingt-trois ans à vivre tout au plus, en prenant le genre humain en général, il en faut ôter le tiers pour le temps du sommeil, pendant lequel on est mort ; reste à quinze ou environ ; de ces quinze retranchons au moins huit pour la première enfance, qui est, comme on l'a dit, le premier vestibule de la vie. Le produit net sera sept ans ; de ces sept ans, la moitié du moins se consume dans les douleurs de toute espèce ; puis trois ans et demi pour travailler, s'ennuyer, et pour avoir un peu de satisfaction : et que de gens n'en ont point du tout! Eh bien! pauvre animal, feras-tu encore le fier?

De la raison, des mains industrieuses, un^ tète capable de généraliser des idées, une langue assez souple pour les ex:^ primer ; ce sont là les grands bienfaits accordés par l'Être suprême à l'homme, à l'exclusion des autre% animaux.

HOMMES NÉS POUTx LA SOCIETE 41

Le mâle en général vit un peu moins longtemps que la femelle.

Il est toujours plus grand, proportion gardée. L'homme de la plus haute taille a d'ordinaire deux ou trois pouces par-dessus la plus grande femme.

Sa force est presque toujours supérieure: il est plus agile ; et ayant tous les organes plus forts, il est plus capable d'une attention suivie. Tous les arts ont été inventés par lui et non par la femme. On doit remarquer que ce n'est pas le feu de l'imagination, mais la méditation persévérante et la combinaison des idées qui ont fait inventer les arts, comme les mécaniques, la poudre à canon, l'imprimerie, l'horlogerie, etc.

L'espèce humaine est la seule qui sache qu'elle doit mourir, et elle ne le sait que par l'expérience. Un enfant élevé seul, et transporté dans une île déserte, ne s'en douterait pas plus qu'une plante et un chat.

Un homme à singularités a imprimé que le corps humain est un fruit qui est vert jusqu'à la vieillesse, et que le moment •le la mort est la maturité. l^':TFing'^ maturité giip la pourriture et la cendre ! La tête de ce philosophe n'était pas mûre. Combien la rage de dire des choses nouvelles a-t-elle fait dire de choses extravagantes!

Les principales occupations de notre espèce sont le loge-

ment, la nourriture et le vêtement; tout le reste est acces-

soire : et c'est ce pauvre accessoire qui a produit tant de

meurtres et de ravages.

[Dict. phil.)

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