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Et, frémissant du coup qui vous fait soupirer, Loin de blâmer vos pleurs, je suis près de pleurer.
(Acte I, scène v.)
Dès ce premier acte, Iphigénie est condamnée à la mort, Iphigénie qui se flatte avec tant de raison depouser Achille : elle va être sacrifiée sur le même autel où elle doit donner la main à son amant.
Nuhendi tempore in jpso.
Tantwn relliqio potuit suadere malorum ! >
(Lucrèce.)
Second acte d'Iphigénie.
G"est avec une adresse bien digne de lui que Racine, au second acte, fait paraître Ériphile avant qu'on ait vu Iphigénie. Si l'amante aimée d'Achille s'était montrée la première, on ne pourrait souffrir Eriphile, sa rivale. Ce personnage est absolument nécessaire à la pièce, puisqu'il en fait le dénoûment; il en fait même le nœud; c'est elle qui, sans le savoir, inspire des soupçons cruels à Clytemnestre, et une juste jalousie à Iphigénie; et par un art encore plus adriiirable, l'auteur sait intéresser pour cette Ériphile ellemême. Elle a toujours été malheureuse, elle ignore ses parents, elle a été prise dans sa patrie mise en cendres : un oracle funeste la trouble; et, pour comble de maux, elle a une passion involontaire pour ce même Achille dont elle est captive.
Daos les cruelles mains par qui je fus ravie, Je demeurai longtemps sans lumière et sans vie. Enfin mes tristes yeux cherchèrent la clarté ; Et, me voyant presser d'un bras ensanglanté, Je frémissais, Doris, et d'un vainqueur sauvage Craignais de rencontrer l'effroyable visage. J'entrai dans son vaisseau, détestant sa fureur,
1. « Le jour même de son hymen... Tant la superstition peut conseiller de forfaits ! .1
Et toujours détournant ma vue avec horreur. Je le vis : son aspect n'avait rien de farouche : Je sentis le reproche expirer dans ma bouche, Je sentis contre moi mon cœur se déclarer, J'oubliai ma colère, et ne sus que pleurer.
Il le faut avouer, on ne faisait point de tels vers avant Racine ; non seulement personne ne savait la route du cœur, mais presque personne ne savait les finesses de la versification, cet art de rompre la mesure :
Je le vis : son aspect n'avait rien de farouche.
•Personne ne connaissait cet heureux mélange de syllabes longues et brèves, et de consonnes suivies de voyelles qui font couler un vers avec tant de mollesse, et qui le font entrer dans une oreille sensible et juste avec tant de plaisir.
Quel tendre et prodigieux efiet cause ensuite l'arrivée d'iphigénie ! Elle vole après son père aux yeux d'Ériphile même, de son père qui a pris enfin la résolution de la sacrifier ; chaque mot de cette scène tourne le poignard dans le cœur. Iphigénie ne dit pas des choses outrées, comme dans Euripide, je voudrais être folle (ou faire la folle) pour vous égayer, pour vous plaire. Tout est noble dans la pièce française, mais d'une simplicité attendrissante ; et la scène finit par ces mots terribles : Vous y serez, ma fille. Sentence de mort après laquelle il ne faut plus rien dire.
On prétend que ce mot déchirant est dans Euripide, on le répète sans cesse. Non, il n'y est pas. Il faut se défaire enfin, dans un siècle tel que le nôtre, de cette maligne opiniâtreté à faire valoir toujours le théâtre ancien des Grecs aux dépens du théâtre français. Voici ce qui est dans Euripide.
IPHIGÉNIE. — Mon père, me ferez-vous habiter dans un autre séjour? (Ce qui veut dire, me marierez-vous ailleurs? )
AGAMEMNON. — Laisscz cela; il ne convient pas à une fille de savoir toutes ces choses.
IPHIGÉNIE. — Mou père, revenez au plus tôt après avoir achevé votre entreprise.
AOAMEMNON. — Il faut auparavant que je fasse un sacrifice.
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iPHiGÉME. - Ferons-nous, mon père, un chœur autour de l'autel''
AOAMEMxoN. - Je te crois plus heureuse que moi; mais à présent
cela ne fimportepas; donne-moi un baiser triste et ta mairpuTs
que u dois ê re si longtemps absente de ton père. 0 quelle go^ri-
Prrv"er?t,îf ''''"'' ''"""-^' ^^"^ de douleur' la ville des Phrygiens et Heleue me causent I e ne veux plus parler, car je pleure trop en fembrassant. Et vous, fille de Léda, excusez-moi si Umour paternel m'attendrit trop, quand je dois dônnS ma fiSe à
Ensuite Agaraemnon instruit Glytemnestre de la généaiogie d Achille, et Glytemnestre lui demande si les noces "de Pelée et de Thétis se firent au fond de la mer.
Brumoy a déguisé autant qu'il la pu ce dialogue, comme Il a falsifie presque toutes les pièces qu'il a traduites; mais rendonsjustice à la vérité, et jugeons si ce morceau d'Euripide approche de celui de Racine.
Verra-t-on a l'autel voire heureuse famille?
„., . AGAIIEMNON.
Helas !